Way out

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ESSENCE OF CHAOS

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conter son règne
[titre de mon champ]: OSSATURE: : Trente trois ans [titre de mon champ]: CONTRAT: : En relation libre, célibataire - tout dépend des jours [titre de mon champ]: BESOGNE: : Modèle de nu à la faculté d'arts le jour, chanteuse de jazz dans un bar le soir [titre de mon champ]:
[titre de mon champ]: FABLE: : Elle connait l'existence de créatures surnaturelles depuis son adolescence. [titre de mon champ]: ÉCHINE: : Humaine, chair tendre et insouciance de l'éphémère. [titre de mon champ]: GANG: : Lourd passif dans la Mano Rossa. Ayant quitté la sphère depuis dix ans. [titre de mon champ]: @EFFIGIE: : Freema Agyeman, Carnavage [titre de mon champ]: BAFOUILLES: : 117 [titre de mon champ]: PACTE: : 22/04/2017



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Sujet: Way out   Mer 26 Avr - 19:07

Antigone Ursari & Alessandra Ottone

Way out


« T’y crois toi, à ces pseudos attentats ? » Matilde, assise en tailleur sur le muret de pierre surplombant la Rome crépusculaire, relève le nez de son journal, interrogeant d’un regard vif Alessandra, étendue de tout son long, mains regroupées sous sa nuque. La question est sur toutes les lèvres. Les feuilles sont noircies des dires du Pape, sacro-sainte parole que peu semble remettre en question. « Qu’est ce qu’il peut bien savoir, ce vieux sénile. » Articule la métisse, profitant des derniers rayons tel un chat s’étirant lascivement au soleil. « Dis-toi que ce que crachent les journaux est toujours en dessous de la vérité. » Sourire flirtant sur les lippes charnues de la belle. Sombres chiroptères tourbillonnant dans le ciel – voilà ce qu’offre quelques discrets témoignages avant d’être traînés dans la boue. « Et toi t’as rien vu ? Tu décuvais dans un coin ou quoi ? » Se moque la colocataire, insistant tant bien que mal pour récolter ne serait ce qu’une information sur les récents évènements. « Non. Je me tapais ton mec. » Rétorque Aly dans un éclat de rire en évitant la tape que cherche à lui asséner son amie. L’agitation enfantine se calme et la coiffe tressée se repose contre la pierre chaude, embrassant d’une pensée l’hypothèse qu’Alessandra se garde bien de partager. Vampires. Elle connaît leur existence depuis si longtemps que rien ne parvient à l’effrayer. Parfois, la belle s’interroge et se dit que si la vérité éclatait – cela soulèverait bien des guerres. Le soupçon disparaît quand la fine silhouette de Matilde s’agite. « J’avais pas vu l’heure ! Je vais être à la bourre. » Elle attrape son sac à bandoulière et dresse une main en guise de salutations. « Envoie le bonjour à Lucio. » Egrène Aly d’allusions son ton ronronnant. Matilde lui jette un regard amusé avant de tourner talons et s’engouffrer à l’angle d’une ruelle. Se dissipe la malice sur le visage de la belle esseulée tandis qu’elle se redresse, ramenant un genou contre elle et s’y appuyant avec langueur. Elle s’extasie devant le paysage embrasé de tons chauds - inspirateur d'allégresse. L’Eglise la nargue au loin et elle songe à cette piété abandonnée en même temps que ce passé destructeur. Attrayant de l’extérieur mais si sinistre en son sein.

Les ruelles ne tardent pas à dégueuler la débauche. Les terrasses de café se remplissent et à mesure que la lumière décline, la population rajeunit et s’encanaille. Alessandra vient à regretter la disparition de l’astre lénifiant – celui qui laisse place à sa jumelle lactescente. Tandis qu’elle marche à travers les meutes d’individus, la belle s’interroge. Qui sont-ils vraiment ? Elle le sait pertinemment – maintes créatures au sang froid se planquent derrière le sourire chaleureux de quelques imposteurs. Elle suit le flot humain, se laissant porter par l’effervescence de quelques insouciants. Elle dévale les marches du métro, cœur névralgique d’une Rome en perpétuel mouvement. Elle s’enfonce dans le boyau éclairé d’une lumière blafarde et repère une silhouette à quelques mètres devant elle. Brunette plongée dans ses pensées, démarche quelque peu masculine parmi les badauds. Une exception qui titille la curiosité. Le regard se fait davantage incisif, a beau loucher sur les sacs à main des bourgeoises que sa pulsion névrotique lui revient en pleine face. Portefeuille dépassant de la poche arrière de la brune. Lèvre mordue, prémisse du larcin. Alessandra se coule entre les galbes et rattrape la donzelle à la tignasse courte, flirte contre son râble le temps de lui subtiliser l’objet de son désir. Doigts habiles et main dextre, succès que la métisse croit glaner avec simplicité. Elle oblique aussitôt dans un conduit moins bondé, glissant sa trouvaille dans la poche de son cuir.

Goût du risque. Saveur de la victoire.
 

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[titre de mon champ]: OSSATURE: : 27 ans [titre de mon champ]: CONTRAT: : solitaire [titre de mon champ]: BESOGNE: : barmaid, petits trafics, prostitution occasionnelle [titre de mon champ]:
[titre de mon champ]: ÉCORCE: : 206 années d'errance [titre de mon champ]: ÉCHINE: : Vampire [titre de mon champ]: PRESTIGE: : Sens surdéveloppés, force, agilité, rapidité, résistance au froid, monstruosité [titre de mon champ]: GANG: : sans allégeance [titre de mon champ]: @EFFIGIE: : ava ©Opheo, sign ©bat'phanie [titre de mon champ]: BAFOUILLES: : 1007 [titre de mon champ]: PACTE: : 22/04/2017



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Sujet: Re: Way out   Jeu 27 Avr - 6:46

Pour quelques minutes encore, les pierres blanches retiennent la chaleur de l’astre diurne. Je caresse la surface rugueuse de ma paume, cherche à m’imprégner de cette persistance, à saisir l’intrusion indirecte et subversive du jour dans ma nuit éternelle. Autour de mes épaules, l’air se rafraîchit déjà et ondoie plus lentement sous la lune. Sous mes yeux, la cité s’éveille en clignotant, tandis que la Faim creuse un sillon dans ma gorge. Perchée sur mon minuscule balcon, je sens mes muscles s’étirer, mes os se distendre, pris d’une volonté expansionniste. Les ailes ne demandent qu’à poindre, déchirer mes omoplates pour m’emmener loin au dessus de la ville. Je retiens la pulsion, l’enferme précieusement sous ma peau. Pas encore. Plus tard…

Frustrée, la bête se tapit contre mes vertèbres, électrise mes nerfs. Je veux m’étendre, je veux voler, et me voilà réduite à rejoindre les lumières en contrebas, la foule bruyante de la capitale, les rues noyées de corps palpitants… Si leurs veines m’appellent, leur présence me hérisse. Je prends le temps de me rouler une clope, de l’embraser, et de la consumer jusqu’au filtre, appuyée à la balustrade. Des éclats de rire montent parfois jusqu'à moi, quelques notes de musique, le concert des klaxons, la rumeur du trafic. Des odeurs aussi. Fumées grasses, aérations délétères, nourriture, et en arrière-plan, effacées par les autres, les arômes suaves de la vigne, des pins et des champs. Depuis presque trois ans, ces perceptions me sont devenues familières. Et pourtant… Je me surprends encore à chercher l’odeur des nuages et de l’iode, ou le cap enneigé du Mont Rainier.

Dans un soupir à peine perceptible, j’envoie valser mon mégot et retourne à l’intérieur pour piocher quelques fringues dans le foutoir de mon antre. Une poignée de minutes plus tard, j’ai rejoint la fange des rues pavées. Les corps se pressent dans les ruelles, s’invectivent et s’alpaguent au son des verres entrechoqués, du claquement des couverts. Trop nombreux, trop vivants, je me fonds pourtant en leur sein comme on plonge dans l’onde. Ce soir, je ne travaille pas. La nuit se déroule devant moi comme une angoisse. Je n’ai aucune idée de la manière de combler ces heures. Ma langue réclame du Sang, mon corps veut de l’action, mon âme se perd en conjectures. Changer de quartier, peut-être... Traîner sous les hautes façades du Vatican, invoquer le danger, par pur ennui. À moins que je ne parte en quête de quelque substance illicite pour meubler le vide.

Sur une impulsion, je m’engouffre dans la gorge sombre d’une entrée de métro. Les fêtards se bousculent, sautent lestement par dessus les portillons. Je les imite. Pas de carte… Je choisis une direction au hasard, entreprends de la suivre. Quand soudain. Le contact est discret, léger, presque imperceptible. Pour un peu, je croirais avoir rêvé. Ma main serait tentée de fuser, pour rattraper celle de l’insolent, interrompre son geste et couper sa retraite. Je me contrains pourtant à l’attente, partagée entre curiosité et excitation. Le Sort a mis une proie sur mon chemin, je ne vais pas m’épargner le plaisir de la traque.

Je le laisse filer, détourne tout juste la tête pour humer son essence, poussant le vice jusqu’à lui laisser quelques secondes d’avance. Et puis je m’élance. Furtive, sur le sillage unique de mon voleur, remontant la piste d’un gel douche acidulé et de poussières carboniques. Je bifurque bientôt sur la gauche et l’aperçois. Il n’est pas allé bien loin. Elle. Je distingue une silhouette assurée, une masse de cheveux sombres. En silence, j’arrive à sa hauteur, pour me révéler soudain d’une main papillonnant sur son épaule. Souffle volontairement bas, doux, dépourvu d’animosité.

— Tu as quelque chose qui m’appartient.

J’ai voulu la surprendre, c’est elle qui me prend de court en se retournant. Cette fille… Je l’ai déjà vue. L’œil inquisiteur, je recule d’un pas et la considère une seconde, le temps que la mémoire me revienne. Le déclic ne tarde pas à se faire, le souvenir est encore frais. C’est elle, la chanteuse à la voix de velours… Je l’ai écoutée il y a quelques jours de ça, dans un petit club du quartier. Sa tonalité m’avait charmée, j’étais restée là-bas une bonne partie de soirée à enchaîner les verres en me laissant porter par la musique. L’ébauche d’un sourire passe sur mes traits, avant de disparaître. Quel était son nom, déjà ? Il était affiché à l’entrée, sur une petite affiche artisanale, mais je ne parviens pas à m’en rappeler.

— Les artistes roulent pas sur l’or, je veux bien le croire… Mais moi non plus.

Je ne lui laisse pas le temps de rétorquer, pas le temps de réagir. L’attitude nonchalante que j’arborais jusqu’ici disparaît dans un battement de cils. En un pas, je suis sur elle, lui bloquant le passage. Mes mains s’appliquent à sonder les replis de sa veste, un beau cuir que je n’aurais pas renié, et se referment enfin sur mon bien, que j’extrais de sa planque.

L’objet lui passe sous le nez avant que j’en examine le contenu. Quelques billets sont froissés à l’intérieur. J’en sors un, retourne le reste dans ma poche arrière, à la place qu’il n’aurait jamais dû quitter. Le morceau de papier glisse entre le majeur et l’index, voile un instant mon visage, sur lequel un nouveau sourire vient de glisser. Je ne prends pas la peine de détailler, de me présenter ou d’expliquer que je la connais et pourquoi. Qu’elle prenne le train en marche.

— Un billet pour une chanson ?

J’ignore tout de mes propres intentions. Son offense a servi de prétexte à la chasse, mais celle-ci s’est achevée bien trop tôt pour être satisfaisante. Pour le moment, la curiosité l’emporte sur la faim, même si mon esprit complote en sourdine sur un moyen de l’isoler. C’est un réflexe à peine conscient, une habitude. Je recule un peu pour lui laisser une plus grande latitude de mouvement. Mes traits ont retrouvé leur sérieux, une attitude d’intérêt revêche et dénué d’empathie.

— T’es vraiment dans la dèche ?

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Sujet: Re: Way out   Mar 2 Mai - 23:27

Antigone Ursari & Alessandra Ottone

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Les semelles de ses godasses couinent contre le pavement sale – elle se croit seule, se pointe sur le quai avec la satisfaction de son larcin. Qu’il est bon de se sentir vivre. Aly guette l’heure. Métro dans trois minutes, pas grand monde dans cette direction. L’esprit papillonne, les membres se détendent jusqu’à ce qu’un courant d’air ne la fasse frémir. Pression contre son épaule – Alessandra se retourne et manque de se décrocher la mâchoire en voyant que la fille l’a suivi. M-E-R-D-E. Qu’elle pense. Les traits de la brunette sont pourtant dénués de toute agressivité. Quelque chose semble même retenir son attention. Tandis qu’Aly grimace, prise sur le fait, son interlocutrice se fend d’un sourire étrange. Elle dégage un truc, s’est pointée derrière elle sans que ce soit perceptible. Et pourtant, la métisse est adepte de cette pratique et n’échoue que très rarement. « J’dois être rouillée. » Commente-t-elle pour elle sur un ton bas. La remarque glissée par sa victime devenue prédatrice lui arrache un haussement de sourcils. « Com... » Pas le temps de laisser libre cours à son interrogation. La gonzesse s’avance, irradiant d’une aura écrasante et laisse traîner sa paluche dans l’intérieur de sa veste. Alessandra lève les bras en signe de reddition mais n’esquisse pas un pas de côté. Elle se contente de sourire, œillade plissée à l’attention de son interlocutrice qui met la main sur son bien. « Ok. T’as l’air sacrément douée pour faire traîner tes mimines toi aussi. » Elle se permet de plaisanter, ne semble pas appréhender la réaction de la donzelle. Elle bloque sur l’étincelle badine qui flirte dans ses calots alors qu’elle lui tend un billet, lui demandant une chanson. La lucidité cavale finalement sur le visage éclairé par sourire amusé. « Hm… Encore une preuve qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Qui pourrait croire que je chante du jazz et que toi tu l’écoutes. » Alessandra observe la brunette, bras retombant contre ses flancs. Cette dernière daigne se reculer, rendre à Aly son périmètre de sécurité – la métisse observe le billet tendu mais ne le prend pas pour autant. Ses lèvres se joignent dans moue dubitative – l’encéphale réfléchit à la réponse à donner. « Non, c’est juste une vieille habitude qu’il m’est difficile de perdre. » Elle fourre ses mains dans les poches de son jeans avec nonchalance, coulant une œillade sur les quelques passants qui attendent le métro. « Pour me faire pardonner, je te paie un coup. C’est la moindre des choses. » L’invitation est lancée avec naturel, s’accompagnant d’un geste du museau pour l’inviter à la suivre. Alessandra ouvre la voie, retourne sur ses pas pour sortir de la gueule béante donnant sur les entrailles de la terre. Elle grimpe les marches, joue des coudes pour se sortir de la masse humaine puis se retourne vers la brunette en lui lançant un sourire espiègle. « Tiens. » L’objet voltige, appelant à être rattrapé. Une montre. De marque. Masculine. Bijou qu’elle vient de dérober. Sale manie qui lui colle à la peau. « Tu pourras l’offrir à ton mec. » Alessandra aime toujours initier des échanges atypiques – surtout lorsque la curiosité s’en mêle. Cette nana là l’intrigue drôlement. Elle marche, patiente le temps que la brunette se tienne à ses côtés avant de lui adresser la parole. « Moi c’est Alessandra. » La base de tout rituel civilisé – chose qui n’est pas franchement spontanée à la roublarde.


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Sujet: Re: Way out   Mar 30 Mai - 16:40

La lueur de stupeur qui traverse son regard s’estompe presque aussi vite qu’elle était apparue. Visiblement, cette fille n’est pas du genre à se laisser impressionner. Prise la main dans le sac — ou la poche, dans le cas qui nous concerne —, elle cultive avec application un flegme ironique. Les mains en l’air, sa coopération n’a rien d’humble et ne laisse entrevoir aucun regret. D’un côté, cette impénitence a tout pour me plaire. De l’autre, je suis prise d’un besoin subit de la soumettre.

Cette foutue habitude de ne voir le monde qu’en termes de rapport de force, de potentiels ennemis, de rivaux à assujettir pour ne pas me sentir moi-même dominée. Je me rends bien compte que c’est stupide. Que ça ne m’a jamais rien apporté de bon. Mais je ne sais pas faire autrement. Alors ouais, peut-être que je m’impose un peu plus que nécessaire, peut-être que joue à la terrasser d’un regard, à l’envahir de mes mains quand il m’aurait suffi de l’effleurer pour récupérer mon bien.

Ça l’émeut pas plus que ça, nimbée d’un sourire insolent. Je suis tentée de pousser plus loin, de me durcir, d’exciter la peur dans ses entrailles. Luttant contre mes éternels travers, si je ne me départis pas d’un soupçon de malice j’opte au moins pour une conduite plus sociable en répondant à son effronterie d’un ton léger.

— Tu sais ce qu’on dit, c’est pas au vieux singe…

Faux aveu, illusion de proximité. En réalité, j’ai peu d’expérience dans le détroussage professionnel, je ne dois ma dextérité qu’aux petits avantages de ma nature et d’une existence prolongée. Mais je ne peux pas lui raconter ça, n’est-ce pas… Son regard s’allume d’un éclair de compréhension et elle enchaîne aussitôt sur un trait d’esprit. Vive. Je hausse un sourcil, étire la commissure de mes lèvres dans un rictus en coin.

— J’ai des goûts variés.

Ouais, je taquine. Par jeu, par envie, par désœuvrement. Je poursuis en rempochant mon billet. Puisqu’elle n’a pas l’excuse de la nécessité, autant que je garde mon fric. Il finira de toute façon par me glisser entre les doigts, et ce sera certainement pas pour payer mon loyer. En parlant de mauvaises habitudes…

— Ouais, on en a tous quelques unes… La tienne est plutôt originale, par contre, faut avouer. C’est quoi l’histoire, tu descends d’une grande famille de pillards ? T’as eu une enfance tragique ?

J’étouffe la pointe d’agressivité dans ma voix. À croire que je peux vraiment pas m’en empêcher. Elle est pourtant pas désagréable, elle. Simple, ouverte, elle dégage l’assurance tranquille de la meuf bien dans sa peau en toutes circonstances, de celle qui attend pas la permission de l’univers pour exister comme elle l’entend. Le genre de fille que je pourrais apprécier, donc, si je cherchais à me faire des potes. C’est pas le cas, mais je suis incapable de résister à la promesse d’un verre d’alcool. J’étais presque tentée de le faire pourtant, par pur esprit de contradiction : sa proposition tient plutôt de l’annonce factuelle, comme s’il était évident que j’allais l’accepter. C’est vrai, et évidemment, ça m’énerve.

Poussée par le vent de sa confiance, elle s’est déjà détournée, disparaissant rapidement parmi les usagers pressés sur les quais. Je la regarde s’éloigner dans une moue, hésitant à la laisser s’évanouir dans la nature. Juste par orgueil déplacé. Parce que je l’ai bien aimée, aussi, et que j’ai envie de rester sur cette impression. Il vaut toujours mieux laisser filer les gens avant qu’ils vous déçoivent. Mais comme je l’ai dit… L’appel de la boisson finit par l’emporter. Je me raisonne. Qu’est-ce que j’ai de mieux à faire ce soir, de toute façon ? Pourquoi me refuser ce plaisir sans conséquence ?

Sur un juron soufflé entre mes dents, je m’élance finalement à sa suite, sinue entre les corps pour la rattraper dans les escaliers et déboucher à l’air libre. Elle me balance un truc que je rattrape par réflexe et examine d’un œil inquisiteur. Son geste, son absence totale de remords, son sourire et sa supposition dénuée de subtilité, tout cela déclenche ma première réaction véritablement spontanée. Un éclat de rire aussi franc que surpris, tandis que j’attache l’objet à mon poignet.

— Si tu me la donnes, je vois pas pourquoi j’irai l’offrir à quelqu’un d’autre. Et puis finalement, tu devrais te fier un peu plus aux apparences… J’ai une gueule à avoir un mec ?

J’ai une gueule à crever toute seule sous le comptoir d’un pub, voilà ce que j’ai. Malheureusement, c’est pas aussi simple que ça. Le bras levé devant mon visage, j’admire les reflets chromés de la babiole sur ma peau. Je l’offrirais pas au premier péquenaud venu, mais je pourrais certainement la revendre un bon prix, en revanche… Si besoin. Parce qu’en attendant, elle a beau être un peu trop grande, je trouve que ça me va bien. Et puis je me rappelle pas la dernière fois qu’on m’ait offert un cadeau. Même volé. En quelques pas, je reviens à sa hauteur. Je l’ai pas remerciée. Mais je saurais pas comment le faire sans me sentir un peu conne. Puisqu’elle est déjà passée à autre chose, je décide commodément que c’est trop tard. La tête inclinée, je l’étudie du coin de l’œil.

— Mh. T’es un drôle d’oiseau toi, hein ? Une pause, comme une infime hésitation, avant de lâcher d’un ton bas. Antigone.

Ça fait trois ans, et le prénom porte toujours une saveur étrange dans ma bouche. Je ne m’y suis pas habituée, pas plus que je ne me suis faite au tumulte de la capitale italienne. Je n’ai rien contre cette ville, mais je ne m’y sens pas chez moi. Une sensation à laquelle j’ai rarement goûté après ma mort, mais dont l’Amérique se rapprochait peut-être le plus. Seulement, il n’y a plus rien pour moi là-bas. Chassant ces pensées moroses, je plonge une main dans ma poche pour en extraire ma blague à tabac, où s’entassent quelques clopes roulées à l’avance. Puisqu’on en est à échanger des civilités, je lui tends la pochette de cuir.

— Tu fumes ?

Une cigarette s’est déjà logée entre mes lèvres, que j’allume d’un geste nerveux, inspirant une longue bouffée aromatique. D’un geste du menton, j’indique une terrasse proche, animée de joyeux fêtards aux rires tapageurs, et n’attends pas pour nous y dénicher une petite table engoncée au milieu des autres. J’ai tendance à préférer les atmosphères plus intimistes, mais j’ai pas envie de lâcher tout de suite ma sèche. Assise en face d’elle, je prends enfin le temps de la dévisager. Un serveur interrompt presque aussitôt mon examen. Je commande sans lui accorder un regard.

— Un scotch sans glace. Et toi Billie Holiday, c’est quoi ton poison ?

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Sujet: Re: Way out   Jeu 15 Juin - 22:49

Antigone Ursari & Alessandra Ottone

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Cela fait plus de dix ans qu’Alessandra a tiré un trait sur cette vie de mesure et de contrition à l’égard du paternel qu’elle ne désirait pas décevoir depuis son plus jeune âge. De cette image inflexible que la famille dégageait – elle n’en a rien gardé, préférant se jeter corps et âme dans une nature plus spontanée, changeant au gré de ses humeurs. La Nascimbeni exècre l’hypocrisie, les grands sourires et les moules dans lesquels on s’enferme. Si elle se montre aussi à l’aise à l’égard de son interlocutrice, c’est surtout parce qu’elle la sent bien – même si les circonstances de leur rencontre ne joue pas vraiment en sa faveur. Alessandra a conscience que ses réactions suscitent toujours circonspection. Elle sait aussi que c’est son imprévisibilité qui fait sourire et désamorce généralement tout conflit. D’ailleurs, la brunette n’a rien à lui envier niveau répartie, ce qui plait bien à la métisse qui l’entraîne dans le dédale de couloirs, ne sachant pas vraiment si oui ou non elle va la suivre. Grande famille de pillards. Elle ne croit pas si bien dire, la brunette à l’œil vif et au verbe acéré. L’évocation fait tourbillonner quelques souvenirs, rappelle à Aly que la sœur est toujours dans le coin, prisonnière du despote et cette destinée qui était sienne il n’y a pas si longtemps que ça. L’acrimonieuse pensée disparaît à la conscience et l’œillade coule par-dessus l’épaule, s’assurant que la donzelle lui a emboîté le pas. A la traîne, remarque-t-elle. Probablement qu’elle a hésité, même si l’impression de similitude ne cesse de hanter la caboche de la roublarde – espérant ainsi partager un verre avec celle qu’elle a voulu voler. La montre fait son effet et le rire franc qui fait vaciller la physionomie de marbre arrache une risette amusée à la métisse. A la question de savoir si elle a la gueule de quelqu’un qui a un mec, Alessandra ralentit le pas pour mieux détailler son interlocutrice de la tête aux pieds. « Hm… P’têt pas un mec. Il aurait probablement l’impression d’se faire émasculer. Par contre, une nana, ça collerait. » Raillerie amusée qu’elle lui balance, hypothèse qui pourrait être tout aussi vraie que fausse – dans le but d’une seule chose. Toujours. Faire réagir. Grappiller des indices et dresser le portrait de la brunette dans son mental. La fille traîne à l’arrière avant de finalement la rejoindre, semblant s’être accommodée au bracelet qui ceint son poignet fin. Drôle d’oiseau. Alessandra hausse les sourcils et se fend d’un large sourire. « Joliment dit. Ceux qui m’ont décris jusqu’ici n’ont jamais eu autant de retenue que toi. C’est plutôt du genre – t’es pas chiée, t’es casse-couilles, la ferme et j’en passe. » Matilde ne se gêne d’ailleurs jamais pour rouler des yeux en signe d’exaspération lorsqu’elle ne sait que répondre à la provocation de son incorrigible colocataire. La comparse d’un soir lâche finalement son prénom. Antigone. Joli. Tout autant que la difficulté qui s’est à peine pressentie dans son le ton de la concernée lors de la confidence. C’est peut-être ça qui lui a fait de l’œil à Alessandra – l’ébauche d’un être meurtri, peinant à se faire une place dans le monde qui l’entoure. « T’as un accent, non ? » S’enquiert alors Aly dont le timbre trahit curiosité. Cette nana là n’est pas italienne pour un sou, elle pourrait y mettre sa main à couper. Pure spéculation à laquelle elle s’accroche comme à un pari. Il traîne sur le physique de la ténébreuse une aura de déportée. Aly pourrait bien y voir l’écho de ses propres turpitudes mais la pensée intimiste est aussitôt chassée par l’invitation à se calciner les poumons. « Chouette. » La métisse tire une cibiche du paquet et la porte à ses lèvres dans un soupir convenu, se penchant vers le briquet pour y embraser le papier. Antigone prend les devants et leur choisit une table. Alessandra ne tarde pas à venir se vautrer sur son siège, penchée contre son dossier pour mieux observer la voûte céleste irradiée par la lueur de Rome. Elle inspire une bouffée, recrache de petits cercles de fumée qui viennent à s’étioler dans l’air nocturne avant d’incliner son museau en direction la brunette qui commande un scotch sans glace. « T’es une dure toi. Un martini. Avec olive. » Aly ploie l’échine, coudes contre la table et sourire malicieux à l’égard de sa vis-à-vis. «C’est bien la première fois qu’on me compare à Lady Day. Admirable, cette chanteuse. Y a pas à dire l’Amérique en a pondu, des étoiles. » Ce n’est pas souvent qu’Alessandra a l’occasion de côtoyer connaisseur en la matière. Blues et Jazz sont le ciment d’un autre temps. D’un autre endroit. Elle plisse les yeux, détaille le faciès de son interlocutrice – incapable de museler la vive intrigue qui s’éprend d’elle. « Alors. T’as pas d’mec et tu adores traîner dans les vieux clubs de jazz. Tu me fais penser à ces vieilles âmes que je croise souvent au club. Sauf qu’elles, elles ont la soixantaine passée. » Alessandra secoue les cendres dans le cendrier avant de croiser son avant bras libre contre son buste et y coincer le coude jumeau d’un air pensif. « C’est quoi ton histoire ? Tu bosses où ? » Le serveur interrompt le duel de regard et Aly lui glisse quelques billets avant de le regarder s’éloigner. La jeunesse s’esclaffe, laissant flirter une ambiance festive aux alentours. Ambiance qui ne laisse pas la métisse indifférente. Devinant que ça ne va pas être simple de sous tirer quelques infos à la belle, la trentenaire a une idée. « J’ai une idée. Tu vas m’dire trois choses dont deux vraies et une fausse sur toi. Et c’est à moi de deviner qu’est ce qui est quoi. » Étincelle enfantine animant les calots de la métisse. Voilà la perspective d’un jeu à priori innocent. « Si j’me plante je bois. Puis on change. »            

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Sujet: Re: Way out   Ven 30 Juin - 1:42

Frémissement des commissures. Un sourire sibyllin en guise de confirmation implicite, une étincelle dans le regard. Elle joue. Sonde, soupèse, interroge. Je pourrais me montrer plus explicite, utiliser ma voix. Saisir son sarcasme au vol, le retourner, m’en servir comme outil de conversation, tenter même de pousser la provocation jusqu’au flirt. Je me contente du silence, murée par habitude dans une réserve presque jalouse. Ne lâcher la moindre parcelle d’information que du bout des lèvres, comme si chaque indice dévoilé portait en lui la vocation de ma perte.

J’esquive donc, contre-attaque en me penchant sur son cas, ris de bon cœur à sa répartie. Furtive insouciance ternie par ce qui ressemble à une vague de culpabilité. L’impression confuse de voler ces moments à l’univers, ou pire, de les falsifier. Redescends ma fille, avant de risquer la chute. Elle. Alessandra. Ne se pose pas ce genre de questions. Elle papillonne, éclat stellaire dans les ombres de Rome. Et je suis tentée de rester dans son sillage, attirée comme le sont tous les monstres par ce genre de lumière.

Sa question, lancée avec confiante désinvolture, me déconcerte un instant. Observatrice. En trois ans, je me suis efforcée d’adopter les inflexions et maniérismes italiens pour me fondre dans le paysage, mais il n’a pas fallu plus de quelques phrases pour que cette fille me démasque. Il est évident que je n’atteindrai jamais la fluidité d’un natif, mais ce n’est pas ce qui me gêne. La réponse est toujours délicate. Je passe une main dans mes cheveux, me lance dans une explication bancale.

— Ouais mh, j’ai vécu longtemps aux États-Unis…

Mais il est évident que ce n’est pas le roulis souple de l’américain qui l’a interpelée. J’ai toujours certaines réticences à révéler mes véritables origines, et d’autant plus ici, en Italie, où les préjugés sur les miens sont profondément ancrés dans la conscience collective. En temps normal, je préfère donc rester vague, mentionner des racines en Europe de l’Est et changer de sujet avant qu’on me demande d’élaborer. Avec elle, j’hésite un instant. Elle est noire. Ça implique forcément un rapport différent au monde, entrebâille l’idée d’une compréhension mutuelle.

Mais  je ne me sens pas prête à lui déballer mon arbre généalogique comme ça, au milieu de la rue, alors qu’on se connaît depuis cinq minutes. Je reviens donc à ma stratégie usuelle, lui présente mon paquet de sèches comme une échappatoire. Elle accepte l’offrande avec entrain, ce qui me tire un mince sourire en coin. On sera deux à empoisonner l’air de la terrasse. J’ignore si le commentaire que ma commande lui inspire est sarcastique ou non. C’est vrai que je coche à peu près toutes les cases du cliché de la meuf qui se prend pour une rebelle, et moi-même, ça me fait marrer, volute exhalée en une pulsation saccadée.

Elle s’avachit dans une posture insouciante en contraste avec la mienne, droite et presque raide sur ma chaise. Par mimétisme, je me force à détendre un peu mes muscles et assouplis mon maintien. Ce simple changement semble aussi avoir un effet sur ma psyché, puisque je lui rends son sourire avec plus de naturel et me surprends à badiner.

— Oh je suis sûre que d’autres y ont pensé avant moi… Mais j’essaie de voir où la flatterie me mènera.

Nos boissons arrivent, je plonge le museau dans les vapeurs maltées tout en dérobant un regard à ma nouvelle comparse. Qui reprend son interrogatoire, l’air de rien, avec une redoutable acuité. Elle est douée, la bougresse. Peut-être même un peu trop pour être honnête. Et il me semble avoir déjà déterminé que ce qualificatif n’est pas celui qui lui sied le mieux.

Je plonge avec un peu plus d’intensité dans ses yeux noirs, m’escrimant à en percer le mystère. Mes élans paranoïdes me font voir des chasseurs à tous les coins de rue. Je suis peut-être trop méfiante, mais dans cette ville plus que partout ailleurs, ces plaies sont partout. Une nouvelle fois, je prends le parti de m’en tirer par une pirouette exécutée dans un sourire vulpin.

— J’ai un excellent chirurgien.

J’inspire une bouffée, bois une gorgée, gagne un peu de temps. Mon histoire, je saurais même pas par quel bout la prendre… La seconde question est plus inoffensive, pour peu que j’en laisse une partie de côté. Plus inoffensive, et plus mortellement chiante également.

— Vraiment rien d’intéressant, je bosse dans un pub, ou ce qui s’en rapproche le plus dans ce pays. Et toi, à part charmer les vieilles dames dans ton club, t’as d’autres activités ?

Renvoyer la balle, une technique longuement éprouvée. Qu’elle désamorce de la manière la plus perfide possible, en proposant un jeu. Un des moyens les plus sûrs de s’attirer ma coopération ; c’est plus fort que moi, je suis incapable de résister à la moindre nuance de défi, surtout avec de l’alcool en jeu. Une lueur d’intérêt s’allume instantanément au fond de mes pupilles tandis que je me recule dans le fond de ma chaise, sans perdre Alessandra d’un regard pensif.

Machinalement, je fais courir ma clope entre mes doigts. La fierté m’impose d’accepter, mais je peux tenter d’utiliser le tout à mon avantage. La jeune femme a définitivement éveillé ma curiosité, si ce ne sont mes soupçons. Plus question d’en rester là… Je réfléchis donc soigneusement à mes trois révélations avant de les aligner d’une voix égale.

— Je me suis installée en Italie par amour. Je suis Rom. Et je vivais en Louisiane lors du premier enregistrement de Strange Fruit.

En 1939, donc. Ce qui me classe automatiquement dans la catégorie des vieilles âmes. Une vérité si grosse qu’elle ressemble à un mensonge, et qui me servira à mieux jauger mon interlocutrice. Si elle a déjà frayé avec le surnaturel, ça devrait la faire réagir, d’une manière ou d’une autre. Elle ne rejettera pas immédiatement cette hypothèse, ne s’esclaffera pas devant mon apparente incompréhension des règles.

Et dans le cas contraire... Il me suffira de jouer à l’idiote. Un sourire de sphinx joue sur mes lèvres, que ma cigarette vient un instant embrasser. Je la fixe avec calme, et peut-être une pointe de provocation, prête à décortiquer la moindre de ses expressions.

— À ton tour… Et on verra qui de nous deux boit la première.

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Dernière édition par Antigone Ursari le Jeu 20 Juil - 0:29, édité 1 fois
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[titre de mon champ]: OSSATURE: : Trente trois ans [titre de mon champ]: CONTRAT: : En relation libre, célibataire - tout dépend des jours [titre de mon champ]: BESOGNE: : Modèle de nu à la faculté d'arts le jour, chanteuse de jazz dans un bar le soir [titre de mon champ]:
[titre de mon champ]: FABLE: : Elle connait l'existence de créatures surnaturelles depuis son adolescence. [titre de mon champ]: ÉCHINE: : Humaine, chair tendre et insouciance de l'éphémère. [titre de mon champ]: GANG: : Lourd passif dans la Mano Rossa. Ayant quitté la sphère depuis dix ans. [titre de mon champ]: @EFFIGIE: : Freema Agyeman, Carnavage [titre de mon champ]: BAFOUILLES: : 117 [titre de mon champ]: PACTE: : 22/04/2017



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Sujet: Re: Way out   Ven 7 Juil - 22:14

Antigone Ursari & Alessandra Ottone

Way out


La brunette élude, passe au travers des mailles du filet, se montre avare quant aux informations qu’elle pourrait délivrer. Rien de bien étonnant. Chacun se drape de son mensonge, surtout devant l’inconnu. D’autant plus lorsqu’il essaie de vous détrousser sur le quai du métro. Alessandra ne se décourage pas pour autant. Elle ne crache jamais sur la perspective de cuisiner quelqu’un – plus ou moins subtilement.
Les Etats-Unis. L’évocation fait étinceler ses prunelles. Elle aurait pu choisir cette destination quand elle a voulu fuir sa vie d’avant mais le cœur n’y était pas. Et la raison s’appelle Sofia. La cadette, frêle créature, ayant l’altruisme chevillé au corps. La Mano Rossa aura sa peau, comme elle a failli avoir la sienne.
Alessandra chasse bien vite les souvenirs qui ternissent son humeur, leur préférant l’exaltation de cette nouvelle rencontre. C’est que la métisse adore se plonger dans les mystères humains – deviner l’ébauche même d’une anomalie. Concernant Antigone, c’est encore flou.
La physionomie se détend, les zygomatiques semblent réceptifs aux vannes douteuses qu’elle lui lance. Alessandra étire un sourire satisfait, basculant sa chaise vers l’arrière en coinçant son genou contre la table. La répartie de la brunette s’égrène à mesure des questions et la ritale s’amuse de l’évidence même de ses intentions. Lui retourner les questions pour éviter de répondre aux siennes. Elle bosse dans un pub – à croire que toutes deux étaient faites pour se trouver. Oiseaux de nuit tuant l’ennui aux terrasses de bar, se traînant leur allure dépareillée.
La perspective du jeu semble égayer le minois de la prudente. Alessandra s’en félicite en portant le verre à ses lèvres pour se rafraîchir d’une goulée, dardant sur la ténébreuse une œillade avisée. Lèvres pincées, elle repose lentement son martini tout en fronçant les sourcils  en écoutant les propositions de son interlocutrice. Amour ? La perplexité exsude de ses traits le temps de la réflexion. Curieusement, Alessandra n’imagine pas la solitaire talonner le cul d’un étalon. Tu es rom. Parfaitement crédible et ça expliquerait même cette aura glaciale qui la forge. Cette carapace insondable qu’elle brandit à qui veut voir. Et cela expliquerait aussi cette nuance exotique qu’elle se traîne pour un endroit tel que celui-là. Billy Holiday. On y revient. A ses goûts de vieille âme, mettant en avant l’impossible cohérence d’une telle chose. Pour une humaine. Alessandra se penche vers la table, posant ses coudes tout en tirant sur sa cigarette, regard braqué sur la brunette. Un ricanement tend à franchir ses lippes mais elle se rétracte, se contentant de secouer la tête avec amusement. Antigone la teste. « Hm… » Elle laisse le doute se distiller aux yeux de la maligne et devine sans mal la défiance qui s’installe entre elles. Elle goûte au jeu, elle aussi. « Dans les deux cas qui me collent, je m’en voudrai de te juger sur une impression purement physique. » Elle étire une moue dubitative teintée de provocation avant de reprendre. « Tu n’as pas la gueule à t’enticher de quiconque. Et pas l’physique de ma grand-mère. » Légère inclination du chef pour appuyer le constat. L’index s’emmêle dans l’une de ses dreadlocks colorées, l’entortillant sur elle-même – un sourire espiègle lui ravaudant la face. « Il arrive souvent qu’on me cogne. J’ai failli me marier. Je fais des claquettes. » Qu’elle lui balance derechef, ondulant des sourcils pour l’inviter à se prononcer. Elle tire une fois de plus sur sa tige avant de claquer des doigts face à un éclat de lucidité. « Ah… Et j’en mets une de plus pour le challenge. » Elle se penche vers Antigone, verre entre ses doigts. « Je n’ai pas peur des monstres. » Elle s’engage sur un sentier périlleux. Elle le sait. Mais c’est ce qu’elle aime – le risque. Elle lui rend son œillade scrutatrice, un demi-sourire aux lèvres. La fille pourrait croire qu’elle est une menace – que tout ça déguise des intentions bien plus sombres qu’il n’y parait. Et pourtant, ce n’est rien de tout ça et Alessandra compte bien sur le pragmatisme de la brunette pour s’en rendre compte. « Alors, tu me la donnes, l’adresse de ton chirurgien esthétique ? » La taquine-t-elle, papillonnant des paupières avec innocence.

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Sujet: Re: Way out   Sam 22 Juil - 0:13

Autour de nous, la clameur de la rue et de ses braillards occupants ne s’est pas assourdie. Ils s’esclaffent à grands éclats, raclent les pieds métalliques de leurs chaises sur le trottoir, s’interpellent d’une table à l’autre, entrechoquent leurs verres. Pourtant, arrimée aux yeux noirs de ma voleuse, à demi-plongée dans l’excitation morbide du défi, j’en viens presque à occulter notre tumultueux voisinage. Ma clope se consume trop rapidement en allers et retours de mes lèvres à mes doigts, alors que je brûle de siffler plus rapidement mon verre. Mais ce serait gâcher le jeu et l’enjeu, n’est-ce pas…

Le visage légèrement incliné sur la droite, je la scrute à l’en faire basculer. C’est une stratégie d’intimidation presque inconsciente. Ploie sous mon regard. Mais pas seulement. Ses traits sont singuliers, empreints d’une assertion frôlant le masculin sans jamais l’embrasser. Une frimousse harmonieuse distillant juste assez de petites imperfections pour captiver le regard : un sourire retroussé sur les gencives dévoile des quenottes saillantes, les yeux s’écartent autour d’un nez affirmé. Cette symétrie perturbée infuse du charme à sa beauté. C’est dans le mouvement, toutefois, qu’elle se révèle. Une espièglerie logée dans ses hautes pommettes, l’insolente vivacité du regard, le sourire incandescent. Joli tableau, pour qui se plaît à l’étudier.

Mais je ne m’arrête pas à cette plaisante surface. C’est ce qui se cache derrière que je veux découvrir. Ses expressions me renseignent par bribes sur ce que mes confidences provoquent. Les ridules ondoyantes du doute laissent place à une placidité réflective. Je la dépiaute du regard jusqu’à l’os, cherchant dans celui qu’elle me renvoie l’éclat de la peur ou du triomphe. Je parierais cependant qu’elle n’est pas mauvaise au poker. Ébauche de sourire, dodelinement railleur, nonchalance tabagique. Clairement j’ai de la concurrence en matière de feinte indifférence. Ça me fait sourire, d’un rictus qui ne descend pas jusqu’aux lèvres. Elle me mettrait presque aux abois.

Je hausse un sourcil d’encouragement au raisonnement qu’elle me livre. Pas la gueule à m’enticher… Sûrement celle à les faire fuir. Je pourrais m’offusquer de sa franchise abrupte si je ne mettais pas un point d’honneur à endosser cette exacte apparence, nuit après nuit. Je suis beaucoup de choses, mais je ne suis pas une hypocrite. De toute façon, elle fait exprès. Elle taquine. Le physique de sa grand-mère… Je lui renvoie donc un masque impassible, attendant tranquillement qu’elle me déroule la suite de ses réflexions.

Mais elle dévie soudain pour me tendre ses propres révélations. Je bascule en arrière pour m’adosser à mon siège et prendre le temps d’examiner chaque fait avec une précision d’entomologiste. Tant pis pour l’alcool que j’entendais réserver au jeu, j’ai trop soif et aucune patience. Une gorgée conséquente dévale mon gosier et l’embrase d’un sillage corrosif. Ça permet d’oublier un temps l’autre Soif, la vraie, l’inextinguible.

De toute façon, c’est complètement con ce principe. J’espère quoi, la saouler avant moi ? C’est malheureusement trop facile. Le seul bénéfice que je pourrais en retirer serait de la dévorer par la suite… Une idée que je n’ai pas totalement occultée de mes plans. Cette perspective me met déjà l’eau à la bouche, et je ne peux m’empêcher de la couver un instant d’une œillade gourmande. Un effort m’est nécessaire pour me reconcentrer.

Il arrive souvent qu’on la cogne. Entre ses mains baladeuses et son effronterie, ça ne m’étonnerait pas vraiment. Mais je suis à peu près certaine qu’elle sait rendre les coups. Cette fille n’est pas du genre à se laisser piétiner sans réagir, c’est pourquoi sa formulation me trouble. Elle aurait pu dire « je me bagarre souvent » ou même « je me suis déjà pris quelques mandales »… Mais ce on me cogne, ça sonne unilatéral. Ça sonne abusif. J’ai conscience de m’attarder sur des détails syntaxiques, mais l’esprit de compétition que le jeu a éveillé chez moi me pousse à ne rien laisser au hasard.

Elle a failli se marier. Une moue dubitative fend mes traits. Je l’imagine mal en robe blanche à froufrous, mais pourquoi pas ? Failli, ça implique qu’elle s’est barrée, ou qu’elle s’est fait larguer. En tout cas, quelque chose a merdé, ce qui semble mieux coller à l’image de libre insouciance qu’elle dégage.

Elle fait des claquettes. Là, je retiens les prémices d’un rire. Ça semble grotesque, mais à la fois… J’en sais trop rien. Elle me semble assez délurée pour s’éclater dans un truc comme ça et l’assumer parfaitement.

Je baisse les yeux sur mon verre, le fait rouler entre mes mains en commençant à désosser les probabilités. Toutes me paraissent vraisemblables, à des degrés variés. Mais dans une nouvelle pirouette, voilà qu’elle tord un peu les règles en ajoutant une dernière proposition. Je relève les yeux, les rive férocement aux siens. Bingo. Elle sourit, comme si elle s’en foutait. Toujours pas la moindre trace de panique ou de victoire anticipée dans ses prunelles. Elle est bien au parfum de ce qui se trame en coulisses. Mais si ce n’est pas une chasseuse, elle n’a dû tremper qu’un orteil de l’autre côté du miroir. Je secoue doucement la tête dans un dernier souffle de tabac, avant d’écraser mon mégot sur la table.

— C’est que t’en as pas encore rencontré assez, crois-moi…

Je replonge aussitôt dans la poche de ma veste, retrouve la sensation familière du vieux cuir dans ma paume, m’attelle en mouvements rapides et machinaux à confectionner une nouvelle clope. Papier, pincée, répartition, modelage, enroulage, sensation de la feuille qui crisse imperceptiblement entre le pouce et l’index, j’humecte, brin de tabac collé à la langue, arômes torréfiés sur mes papilles, je tasse, déclic, flamme, crépitement, inspire, expire.

Routine exécutée distraitement, sans un regard, pour avoir été répétée si régulièrement qu’elle semble encodée dans mes cellules. En même temps, je continue de réfléchir. La dernière affirmation est bien sûr écartée d’office, c’était un aveu assez explicite. Entre les trois premières, mon cœur balance. La plus évidente ne serait-elle pas un piège ? Je décide pourtant de tenter ma chance, dans un demi-sourire caustique.

— Okay, pardon si je me goure, mais j’te vois vraiment pas en Ginger Rogers. Alors ?

La canaille me pique d’une dernière boutade, sorte d’assertion de son choix final. Elle a vu juste, évidemment. Je hausse les épaules en tirant sur ma sèche, menton pointé vers le ciel, plus sérieuse que je ne l’aurais souhaité.

— Ouais, j’te dirai ça quand je l’aurai retrouvé. Mais vu que je compte lui retirer définitivement sa licence, je pense que tu ferais mieux de trouver quelqu’un d’autre.

Une fraction de seconde de flottement est employée à vider la moitié de mon verre, avant que je ne reprenne, fraîchement dissimulée sous un nouveau sourire de façade.

— Bon, c’était le tour d’essai. Round two ? Je lui laisse à peine le temps de réagir avant d’enchaîner. J’ai jamais tué. J’ai été mariée pendant treize ans. Quand je travaille pas derrière un comptoir, je tapine.

Ça, c’est mon réflexe de sabotage dans toute sa splendeur. Faire fuir tout interlocuteur un tant soit peu engageant à coup de vérités qui dérangent, présentées sans fard et dans toute leur hideur. Un orage s’est amassé derrière mes pupilles, lavant toute trace d’humour de mes traits.

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