suinte la sueur des ombres. (belphegore)

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[titre de mon champ]: OSSATURE: : perpétuité cramponnée aux pétales d'une fleur de l'âge fauchée à deux décades. [titre de mon champ]: CONTRAT: : myocarde somnolant, pétrifié en sa lave, sous la cendre des siècles. [titre de mon champ]: BESOGNE: : scylla sème kyrielle de mues en sa sombre scissure, amoncèle autant de têtes. nihiliste (des)incarnée, elle n'est rien pour personne, elle est sa propre légion. [titre de mon champ]:
[titre de mon champ]: ÉCORCE: : près de sept siècles, qu'elle se l'écrit, sa posthume tragédie. [titre de mon champ]: GANG: : sibyllin pygmalion, elle est consigliere de la nostro regno, revers occulte de loreto. [titre de mon champ]: @EFFIGIE: : n. vodianova // (sign. & ava. by lazare) [titre de mon champ]: BAFOUILLES: : 252 [titre de mon champ]: PACTE: : 11/02/2017



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Sujet: Re: suinte la sueur des ombres. (belphegore)   Sam 8 Juil 2017 - 19:36
suinte la sueur des ombres

       

il y a, tapi dans l'ombre de ma chute,
l'espoir fou que tu me regardes.

Il est de notoriété commune que le blanc, c'est salissant. Sitôt s'accointe-t-il à quelque crasse, qu'il en liche la lie, s'abreuve de l'excès, s'en macule volontiers. Ainsi qu'un safre pochard se languissant de la moindre larme d'éthanol, le blanc ne semble, du reste, n'espérer que la griserie. Cette aubaine d'étancher sa soif, qu'importe le vin, qu'importe le vice, tant que celui-ci galvanise, soulage le manque immanent. Le blanc n'est, en cela, qu'une déficience de tons n'escomptant qu'être comblée, un vacuum béant n'aspirant qu'à se laisser imprégner, féconder. Le blanc n'est, en somme, qu'un néant espérant son chaos, ainsi qu'une toile sa gouache, ou un môme son fatum. Lorsque celui-ci se montre, alors, il s'y donne, s'y rue, jouit de s'y perdre, avec cette sorte de furia dévastatrice insensée que les niais ne comprendront jamais. N'est-ce pas contre-nature de désirer, d'exulter et puis de chérir ainsi son propre gâchis ? qu'ils couinent tous, s'apitoyant sur les immondices dont se barbouillent, en toute prestesse, leurs linges naguère intacts, comme leurs filles jadis vierges. Leurs lamentations n'y feront rien, leurs pleurs ne les en laveront pas. Car ce qui est fait ne peut être défait, et c'est ainsi, au contraire, qu'il en va des choses terrestres ; la pureté, qu'on se le dise, n'est pas de ce monde.

C'est de la sorte qu'elle s'offre, Medea. Corps et âme, elle ouvre grand. Vorace, de tout ce qui gorge son rien, de tout ce qui bonde son bidon vide. Il n'est pas un atome qui serre les dents, pas une particule qui fasse des façons, et tout est bon. À lécher, à sucer, à mordre. Rien ne s'évince, et il n'est pas non plus une saveur qui ne fasse pas l'objet d'un régal absolu. Pas même la douleur. Surtout pas elle, d'ailleurs. Car c'est à travers celle-ci qu'elle le sent le mieux, le plus. Son magnétique A(i)mant, au devant duquel chacun de ses pôles s'orientent. De fait, le voilà fait centre de son être, autant que de son cosmos, en tel instant. Mitan qu'elle enlace, comme la chair d'un fruit pas tout à fait mûr étreint son noyau, épouse sa forme sévère. Rigidité qui, vice versa, la façonne, la sculpte à son exacte échelle, à sa stricte volonté. Ils en sont là, eux, de la synergie des corps, dont le Docte causait, tantôt, argüant que le Très-Haut n'y pouvait rien entraver. Ah ! comme elle le plaint, ce Bon Dieu. Quelqu'un devrait lui prêcher la manière — le Corbeau lui-même, pourquoi pas ? il fait ça très bien. Non, songe-t-elle, au diable vont les odieux. Le Royaume des cieux n'est point pour eux. Dommage. Et haletante, hilare, elle se dit que, peut-être, si de son vivant son Fils avait écopé de tels coups de trique avant de caner, le catéchisme dominical aurait été foutrement moins lassant.  

L'Ange débraillé, chaloupant ainsi, entre langueur et pugilat, volupté et scandales, en omet presque son triste Pareil qui pourtant, à son anse, machicote encore son pénible thrène. C'est lorsqu'à la faveur d'une véhémente houle, leurs orbes jumelles roulent les unes contre les autres, que soudain, elle se souvient. Tendre frère, charitable Oreste qui, la veille au soir encore, implorait les Cieux pour que soit sienne sa peine, sa peste. De bien des maux, il la protégea, par le passé, et d'autant de troubles, il la préserva. À l'abris, à l'étroit. Blanche, bien blanche. Ainsi que ces draps blancs, bien blancs, qu'il souille désormais de ses pisse et sang. À son tour, d'être blanc, bien blanc, purgé qu'il est de son rouge. Qu'est-ce que ça fait, Oreste, hein ? Ça fait qu'il en crève, le crétin. Et ça l'endêve de plus belle, la frangine, qui quant à elle l'a supporté seize années, son lent assassinat. Alors, empaumant la flavescente toison du ménechme, elle force les quinquets vitreux à se lester d'une vision dernière, afin que dans la tombe, et au-delà, elle le suive, le poursuive, pour les siècles des siècles. Comme un blasphème glavioté d'un monde à l'autre, elle jouit, enfin. C'en est trop ; au paroxysme, elle syncope.

Quelques secondes de perdition, tout au plus. Laps de temps duquel elle émerge, sans geindre, ainsi même qu'elle est née. Nulle doléance, de toute façon, n'excorie jamais sa trachée, quand bien même en son for, vocifère le chœur des mille morts ; chez elle, la géhenne ne se chante pas, elle se danse. Aussi grelotte son squelette, tout choqué, tout carambolé, quoiqu'encore cramponné à son Cataclysme, ainsi qu'un noyé s'agrippe au brisant contre lequel son crâne vient à peine d'exploser. Guindant mirettes, elle l'épie, alors, en silence ; arpente à prunelles titubantes les saillies conférant à l'homme des airs de récifs inconstants, et au contraire ses crevasses, insondables et par-là sans âge. En a-t-il un ? A-t-il un nom ? À dire vrai, elle s'en fout, peu ou prou. Ce sont là des énigmes triviales, à l'aulne des nuées d'autres qui lui grouillent sous les yeux, et bientôt sous les lèvres, tandis qu'elle dépose un bécot, ô combien délicat et dévotieux, en l'un des moult précipices qu'accuse le portrait de pierre. Et maintenant ? qu'elle questionne, enfin, sans même prendre la peine d'user de phonèmes pour traduire, mal, ce que son regard scande mieux. Car ce maintenant, auquel l'enfant rêve, n'a pas plus de présent que d'après. Ce maintenant, auquel l'enfant songe, a même plus de densité qu'un toujours, concept dont elle n'a pourtant pas la moindre intellection, et pourtant. Force est de constater qu'elle en a au moins l'idée, si ce n'est le projet.

   

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[titre de mon champ]: ÉCORCE: : fin sursise s'éternisant depuis deux millénaires. [titre de mon champ]: GANG: : ogre de clan. un diable de régent pour son sire le roi chrétien, agapito gallerini. [titre de mon champ]: @EFFIGIE: : del toro. [titre de mon champ]: BAFOUILLES: : 216 [titre de mon champ]: PACTE: : 11/02/2017



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Sujet: Re: suinte la sueur des ombres. (belphegore)   Jeu 13 Juil 2017 - 2:19
Ils franchissent, foulant l'hydre et le stellion,

Ravins, torrents, halliers, sans que rien ne les arrête

Effraction indélébile qui prend place. Qui pioche pour trouver l’or brut de l’ingénue, coincé dans la terre fertile, et semble-t-il virginale, de son hypogastre salué. Pas un râle ne s'échappe de l'animal qui du masculin en a surtout l'attribut roidi, planté si profond en la matrice qu'il frôle le cœur plein de jouvence chahutant sous la poitrine écrasée. Rompu au devoir de la saillie et particulièrement rodé en la matière des plaisirs charnels, l'acte ne lui procure plus cette satiété qui comblait autrefois carne et appétit morfal. La Mort lui a ravi ses intentions triviales et les a remplacées par une plus violente manie, sorte de science exacte délibérément virtuose qui amène le corps jusqu'aux portes de la perfection afin que l'esprit, félon mais curieux, n'entre à la dérobée dans les égouts malfamés de ce que le sublime a de plus honteux à receler. Rhapsodes et poètes ne content jamais l'amour en rappelant combien il est puant, visqueux, assourdissant. Il faut un corbeau pour mettre la main sur ces basses choses, il faut cela, un répugnant phénomène baladant sa carcasse sur Terre, pour que le rudiment – l’absolu rudiment – ne prenne forme à même les courbures d'une si belle pucelle. La sueur qui détrempe et se mêle aux sangs d'un frère et d'un hymen détruits, leur parfum ferreux trahissant la tiédeur de laquelle on les a arrachés. Le blanc séminal qui coule entre lippes harassées, toussotant par intervalles, à la fois timide de naître ainsi à l'œil nu, puis si bien orgueilleux qu'il en devient gras, épais, obstruant tout sur son passage, pressé de dégringoler à la vitesse d'un éboulis. La mine de l'enfant, éreintée d'être faite femme, rubescente, gonflée par des veinures exaltées, aussi vivante que ne l'est le tapis rouge sur lequel elle prend couleur. Ses pores qui ont l'odeur d'une passion qui n'appartient qu'à elle ; et dont il inhale, à langue perdue, le secret de confection.
Rien ne lui échappe. Pas même les pétales de la fleur lésée qu'il savoure, après en avoir cueilli les fragments en bord de griffe, et qu'il mémorise à jamais comme plus tard ce Proust euphorique retiendra sa madeleine dans un angle de son âme. Tout cela est un tableau de maître, pour qui la nature primitive de la Ô combien fameuse Existence est autrement plus aguichante que ses apparats douçâtres et romanesques.

Medea est la sanie étrange des vertus bienaimées, elle est la scarification anormale que s’infligent les sentiments, elle est, alanguie là, sous lui, repue quoiqu’attentive, l’Obsession éclose qui lui picore un peu de ses vices à chacun de ses baisers. La regarder faire est un crime en soi ; n’allez pas dire au roi des bandits d’arrêter de sitôt.

Ӿ Ӿ Ӿ

Elle est partie l’attendre au port, bercée par l’embrun marin et les fétidités humaines, musette pendue pour tout legs emporté. Le reste de ce patrimoine dont elle n’héritera jamais fait salles combles en la demeure parcourue. Dans la pogne du coupe-jarret rutile un flambeau avec lequel, lentement, au fil de l’interminable marche à travers galeries, il allume les tentures, les fait s’embraser, hurler avec à peu près autant de virulence que les domestiques et hères perdurant encore dans la villa n’éructent contre leur satané glas. C’est tout une maisonnée que les enfers, quels qu’ils soient, rappellent à eux, inspirant âmes qui vivent et lignée intégrale. N’en restera qu’une, de Carnese, sa muse qu’aucun mortel ni dieu ne s’amusera à lui ôter.  

L’engeance psychopompe quitte la fournaise dans un clair de lune rieur. Révérence est faite à la Nacrée, du coin du labre, sourire complice avec l’astre opulent qui enrobe de ses faisceaux immenses l’incendie ravageur. La purulence ignée est, un moment, dissimulée. Une poignée de secondes suffisante pour que l’Abominable ne s’évade.

Ӿ Ӿ Ӿ

La touffeur sicilienne a repris ses aises contre les étoffes du praticien.
Aujourd’hui encore, il signore besogne à crocheter la bidoche d’un cadavre récemment fauché, taillant expertement ici et là lorsque la médecine l’exige, et tronçonnant sans finesse aucune le reste de viande lorsque tel flanc ou tel abdomen fait rempart entre le charognard et ses découvertes. Rien n’a vraiment changé, si ce n’est la menue silhouette rôdaillant tout autour, alerte au moindre des sifflements que le mentor édicterait. La pogne vient souvent chercher sa délicate homologue pour la guider à travers autopsie, enseignant à la flavescente demoiselle un art de savant boucher. Sa pupille est vive, pleine de ces bonnes intentions – sanguinaires – qu’ont les louveteaux chassant avec pater. Une hâte d’apprendre qu’il nourrit sans discontinuer, lorsqu’elle observe, mange, sommeille, piaille à quatre pattes. Il l’interroge et l’engorge à la moindre occasion, chaque fois que possible, acteur zélé d’une éducation qu’il a opiniâtrement anéantie pour mieux la reconstruire, et, peut-être, la sculpter comme une œuvre unique.

L’on cogne à l’huis.
Sans attendre que les épaules massives ne requièrent assistance, l’aimable terreur voltige jusqu’au fin fond de la petite masure et ouvre à la géronte venue leur apporter pitance ; deux pichets d’un lait frais. L’immédiat contact avec un rai crépusculaire, délogeant brusquement Macellaio de sa fosse obombrée, fait lâcher à la senestre sa lame chirurgicale et reculer dans les ténèbres l’aberration mutilée. Le grognement, bien que fulgurant et désormais tu, tord le cou de la vieille qui exorbite sa panique et épie l’homme qui se cache dans le râble de la nymphette. Patronyme est rugi depuis la poix bienfaitrice pour que la porte soit fermée, ce qui ne tarde pas à survenir, aussitôt quoi le médecin se redresse, un prurit taciturne contractant ses ridules. L’été allonge le règne du Soleil dans l’empyrée ensuquée.

« Lorsque tu la croiseras au marché demande-lui de passer plus tard, dorénavant. »

Et de reprendre labeur là où la malédiction l’a arrêté. L’enfant, cependant, ne doit rien savoir de sa condition. Des charognes, oui, tout ! Mais de sa nature, rien.

« Deux litres seulement ? »

Un vague coup d’œil a été jeté à la modeste subsistance. Les temps sont durs, à ce qu’il paraît.

« En auras-tu assez ? »

Il la trouve amaigrie, spectre errant dans leur bicoque avec une énergie qu’il redoute éphémère. Cette futilité de cycle, auparavant caduque, est redevenue l’apanage de son quotidien. Avoir à sa charge une vie, aussi discrète soit-elle, redéfinit l’amble de ses nuits. De sa réalité toute entière.  

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Sujet: Re: suinte la sueur des ombres. (belphegore)   Lun 17 Juil 2017 - 19:07
Charm me. Furiously. Torment me. In detail.

Give me blood and rage and a heart for horror,

teach me to be tough enough to face this world.

De connivence avec l'Obscur, qui gronde à son verso, l'Éclat montre les dents, érigeant au seuil de la bicoque l'un de ses insignes sourires de Minerve, coulé semble-t-il dans le même rutilant airain que l'Egide, voué à méduser sur place les trop curieux qui, au mépris du bon sens, s'oseraient à lorgner au fond du barathre raviné à revers. Aussi la rombière, coupable d'hardiesse, sclérose-t-elle l'épouvante d'un quinquet globulaire sur le lustre de l'émail si joliment nivelé, s'y dégotant là une sorte de phénoménale sédation. La mystification triomphe toujours des simples d'esprits, prompts qu'ils sont à croire tout autant aux diableries qu'aux charmes. Alors, sitôt que le Titan provoque, en grondant, dans le cœur des hommes, l'un de ces eschatologiques séismes dont lui seul a le secret, la Nymphe n'a qu'à folâtrer de débâcle en débris, pétrifiant le chaos ravageant les parages d'une de ses poignantes minauderies, pour que, soudain, l'on se persuade de la stabilité du monde. Tout va bien, qu'on se rassure, tant qu'il y a des anges pour en rire.

« Merci, Tullia. » souffle alors la bergère, que le loup hèle, scellant d'un coude encombré la lourde au nez de la dénommée, un brin hébétée. N'empêche que ça n'entrave pas la débandade des médisances de caracoler par monts et par vaux, ni ne prohibe aux langues les plus ingambes de guincher en chaque venelle de Noto. C'est que la prime stupeur, suscitée par son impossible éclosion de sous l'aile du Corbeau, s'étiole à mesure que les quelques rares flâneries matinales de l'oiselle relèvent d'une certaine régularité, qu'on lui incombe désormais de circonstancier. Or, qui dit question, dit réquisitoire, duquel toujours procède le doute, et enfin le blâme. Ceux gobant, sans discuter, la fable qu'elle épanche lorsque l'on s'enquiert de sa situation, ils ne sont plus nombreux. Et si nul ne s'est encore risqué à la confronter – sans doute par déférence à l'égard de la notoriété de son prétendu oncle ? –, la perplexité au mieux, la condamnation sinon, plombe de plus en plus le profil qu'elle garde pourtant déjà bien bas. Non pas que leurs supputations soient en mesure d'excorier cette espèce d'honneur canonique dont elle n'est à ce jour plus dotée, mais ça l'indignerait, en revanche, que son Docte soit inquiété par l'aigre bien-pensance de ses bégauds de riverains. L'époque n'est guère propice à l'amnistie de ce qu'elle juge damnable, et s'il en est qui écopent toujours des procès d'intention, ce sont bien les savants. Medea sait cela, c'est Averroès qui l'a écrit, c'est son Maître qui lui lit. Alors, oui, parce qu'on ne le lui p(r)endra pas, elle incline sa blonde caboche, et le dimanche, lorsqu'au point du jour il s'endort, se dérobe et endure, à son insu, la messe pour deux. Non plus par crainte de Dieu, mais par appréhension vis-à-vis de son infecte Création, car les pires, seuls, ont survécu.  

Dès lors, deux litres, c'est ce qu'on leur donne, oui. Cela vaut mieux que le fouet, la corde ou le flambeau, et puis, après tout, n'est-elle pas née sous le signe du manque ? N'est-elle pas qui elle est, justement, parce qu'elle est de la race des insatiables, de ceux qui n'en auront jamais assez ? Alors, elle hausse une épaule, se délestant des brocs en faisant montre d'un luxe de précautions outrancier, eut égard à la qualité même du lait, certes frais, mais qu'elle subodore toutefois coupé à l'eau. « Je n'aurai qu'à boire lentement. », qu'elle susurre, d'un ton égal, transvasant un tantinet du breuvage dans son godet de bois. « Ce n'est de toute façon pas de lait, dont j'ai soif, Maestro. », ajoute-t-elle, plus bas encore, mais le timbre tout cousu de cette même espièglerie lui ourlant l'œillade. Un filet de voix cristallin ponctue sa gaieté sincère, tandis qu'elle donne suite à l'élaboration de son repas quotidien ; un tesson de parmigiano, quelques grains de raisin, le tout engoncé entre deux tranches d'une miche aux noix presqu'aussi coriaces que ne le sont ses quenottes nobiliaires. Au Boucher, nulle pitance n'est même proposée ; à la vingt-cinquième négation, elle a compris... non, comprendre n'est pas le mot, mais accepté plutôt, à l'instar de chacune des étrangetés dont le Corbeau ait pu, jusqu'ici, faire montre. Elle s'en accommode, ne l'interroge pas à ce sujet, si ce n'est parfois par le biais de l'une de ses maints moues involontaires. Ce n'est point là un défaut de curiosité, loin s'en faut, mais elle le suppose irritable, à ce sujet, et par ailleurs présume qu'il n'est peut-être pas encore temps de taquiner certains mystères. Toutefois, s'il est vrai qu'elle ne comprend pas, elle n'en voit pas moins. Peut-être pas tout, mais assez. Assez pour accepter, donc. Car ainsi sont faits les palpitants adolescents, lorsqu'ils s'embrasent. Qu'importe la nature du feu, tant qu'il consume.  

C'est ainsi munie de sa seule subsistance, que son pupitre l'étudiante rallie. Celui-ci que le pédagogue a lui-même agencé de sorte à ce que ses fragiles rétines soient en mesure de profiter au mieux du halo que dispensent les chandelles vacillant, en sous-nombre, à contre-courant des ténèbres, maîtresses incontestées du logis. À portée toutefois de sa grande pogne ; ça, c'est elle qui s'en est assurée, quoique les giclées en tout genre que l'art occasionne aient ruiné plus d'une de ses estampes – ce n'est là que l'un des risques du métier et, à vrai dire, non le plus troublant. C'est qu'on lui a détecté quelque don à tel office, aussi grave-t-elle, de la pointe d'une rémige de corneille, chacune des étapes que le praticien souhaite immortaliser. Prunelle errant à même le bidon bâillant entre leurs deux museaux, un instant, c'est à la scrutation de l'hispide qu'elle se dédie bientôt, mâchonnant distraitement son casse-dent. Puis, sa becquée déglutie à renfort de blanchâtre rasade, elle lâche le tout, ex abrupto, voltige jusqu'à la Bête, dont elle enlace l'ample échine. « Merci. », qu'elle chuchote, pour la première fois depuis l'évènement, minois brisé contre épine dorsale, décidant qu'à compter de maintenant, elle ne rendra plus grâce à quiconque, car ce n'est rien de moins que son entière reconnaissance qui lui revient de droit. Aussitôt, elle le délivre de son élan, se déporte à son flanc, lorgnant plus avant sur la charogne, et pose enfin la sempiternelle question ponctuant le jour, ayant initié leur nuit, et toutes celles qui ont suivi. « Que voyez-vous ? »

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Sujet: Re: suinte la sueur des ombres. (belphegore)   
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