Pas de deux incongru [Dilettino]

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[titre de mon champ]: OSSATURE: : Dix-sept printemps à courir dans les champs de fleurs. Le dix-huitième se joue présentement sur le bitume [titre de mon champ]: CONTRAT: : L'amour ? C'est quoi ? A quoi bon s'enquiquiner avec ça ? [titre de mon champ]: BESOGNE: : Je cours entre mes classes de danse afin d'en faire mon métier et la pose de steack oignons sauce salade sur des pains, quand il ne s'agit pas de plonger des frites dans de l'huile marronasse ou pire, de récurer les toilettes. Tout ça pour se faire un peu d'argent de poche. [titre de mon champ]:
[titre de mon champ]: FABLE: : La Fontaine, Grimm, Disney. [titre de mon champ]: ÉCHINE: : Sorcière, sorcière, prend garde à ton... [titre de mon champ]: PRESTIGE: : Magie des Astres, comme cela sonne poétique. (Je parle avec des âmes errantes, sans même le savoir.) [titre de mon champ]: @EFFIGIE: : Emily Ruhl [titre de mon champ]: BAFOUILLES: : 75 [titre de mon champ]: PACTE: : 03/05/2017



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Sujet: Pas de deux incongru [Dilettino]   Dim 28 Mai - 13:18
« En place s'il-vous-plait. Toutes ensemble pour retravailler le solo pour l'audition. En place ! Merci. Et... Un... Deux... Plus haut ! Tendez moi ces jambes jusqu'au bout des ongles. Agnese, les ailes de poulet, s'il-te-plait, où a-t-on vu des danseuses avec des bras pareil ! Bien. Elisa, concentration, tu es en retard. Arabesque, toujours plus haut et on tourne sans se crisper, on élargit comme si vous pouviez étendre le temps avec votre geste. Voilà. Et un, deux, trois, quatre, un, deux, trois, quatre. Vous trainez ! Un, deux, trois, quatre, un, deux, trois, quatre. Plus petit et plus rapide, les petits pas. C'est pas beau du tout. Allez, allez, petit, petit, et on recule. Plus net l'arrêt, il doit être brusque, avec tout le corps. Vous oubliez le regard et les bras. Il faut marquer le changement avant le prochain mouvement. Doucement le reculé, je ne vois pas de fragilité... Nunzia ! Stop, arrêtez-vous. Nunzia, s'il-te-plait un peu d'émotion ! Recommence, toute seule. [...] Non, non, non, arrête-toi, ça ne va pas du tout. Tu es grâcieuse, le geste est élégant et précis mais on s'ennuie à mourir ! A te regarder, on se demanderait si tu as déjà connu l'amour, ou une quelconque passion. Tu n'as jamais perdu de proche ? Tu es totalement amorphe, passive, frigide même. Ce rôle ne te parle pas ? Elle est désespérée, prête à tout, elle éprouve une souffrance insoutenable que tu dois retranscrire dans ta danse !

Agnese s'il-te-plait, montre nous, tout seule depuis le début. [...]
Superbe ! Tu vois Nunzia, là, le public reste sans-voix et pourtant ça n'est pas parfait - tes bras par pitié Agnese - mais l'émotion, l'Emotion ! La Passion ! C'est plus important que toute la technique du monde. Reprends. [...] Ok, c'est bon, j'en ai assez vu, le cours est fini. C'était un peu mieux mais il y a beaucoup de travail Nunzia, et pour vous aussi les filles ! Tu vois quand tu as préparé le reculé avant les petit-pas, comme ça, l'idée était là mais c'est une variation classique, tu ne dois pas changer autant le geste. C'est dans l'attitude. Ton corps et ton regard surtout. Embrase-là cette Giselle ! Et ça vaut pour tout le monde !
A demain. »

La mine renfrognée, partagée entre une envie de bouder irrépressible et le besoin pressant de travailler ce qu'on lui demandait bien qu'elle avait du mal à accepter la remarque, Nunzia se dirigea vers le vestiaire. C'était un mécanisme humain et compréhensible même si elle avait l'habitude des critiques. Les professeurs et en particulier ceux de danse faisaient une véritable collection des remarques à faire aux élèves, avec chacun son style, du plus pédagogue au plus inventif en métaphore en passant bien sûr par le plus courant, celui qui se faisait un mâlin plaisir de rabaisser, avec la fausse excuse que cela invite l'élève à se battre afin de prouver sa valeurs alors que bien souvent cela ne faisait que le décourager. Dans quelle catégorie se trouvait la grande Donatella Scarafelli ? Nunzia éprouvait une telle estime pour cette grande danseuse qu'elle ne pouvait qu'essayer de prendre en compte ses remarques, en tachant de mettre son égo de côté, même si celles-ci allaient parfois - souvent - trop loin. Et cette fois elle avait frappé en plein dans le mile, la remarque la plus difficile à encaisser. Car c'était la plus pure vérité et qu'en plus elle n'avait aucune idée de comment elle allait travailler ça. Ce rôle elle le trouvait stupide, comme la plupart des grands rôles féminins en danse classique et danse tout court d'ailleurs. Pourquoi fallait-il que cela parle toujours d'amour ? C'était niais et sans originalité. Et par dessus tout, inutile.

« Ca va Noon ? Elle a été dure et injuste avec toi, ne te laisse pas abattre, c'est clairement elle qui manque d'amour. »
« Oui, c'est comme pour tes bras, elle en fait des tonnes alors qu'il n'y a qu'elle qui le voit. »
« Elle a raison cependant, mais je fais un peu de musculation pour corriger ça. »
« Vas-y mollo, on ne voudrait pas d'une culturiste en tutu. »

Les éclats de rire enfantins se font échos avant que les deux amies ne se séparent pour se sécher et s'habiller. Il faudra ensuite quelques minutes de plus pour que la jeune fille plie sagement ses affaires et quitte le vestiaire en tenue de ville, la peau encore rougie par l'eau brûlante qu'elle a laissé coulé un peu plus longtemps que d'habitude, le temps de se perdre dans ses pensées. En sortant, elle planifiait déjà les deux heures qui lui restaient avant de partir travailler. Elle allait regarder chez elle des vidéos de cette variation par autant de danseuses que possible, encore et encore, jusqu'à trouver une version qui lui procure de l'émotion et la reproduire à l'identique. En espérant que cela fonctionne.

Mais c'était sans compter sur un imprévu impromptu. Elle aurait pu s'en douter pourtant, c'était la spécialité de Filipa, sa marraine à l'école de danse. Cette fille de dernière année semblait trainer Nunzia un peu partout tel un boulet au pied. Elle n'en avait tellement pas envie qu'elle avait mis plusieurs mois avant d'aller la voir pour lui proposer son aide. A côté d'elle, un jeune homme au look stylé et fier de lui. Dilettino. La semaine passée, Nunzia avait été trainé de force dans un café où Filipa avait retrouvé son groupe d'amis romains. Ils parlaient, ils buvaient des bières, ils fumaient. Rien qui ne pouvait intéresser Nunzia, à part qu'elle aurait voulu se donner un genre en fumant des roulés mais d'une part, c'était difficile à cacher, d'autre part, elle ne supportait pas la fumée, elle lui brûlait la gorge à chaque tentative et elle se mettait à tousser comme une idiote. Elle avait tout de même dit qu'elle ne fumait pas de cigarette lorsqu'on lui en avait proposée, sous-entendant qu'elle préférait d'autres substances. Ce jour-là, le jeune homme lui avait proposé de lui faire visiter Rome à l'occasion et Filipa avait immédiatement surenchéri et insisté. Ils avaient un peu discuté et ça c'en était arrêté là. Nunzia n'avait rien contre lui ou contre l'idée en soit, elle avait juste bien d'autres choses à penser comme l'annonçait son froncement de sourcil pensif.

« Salut, » fit-elle, avec son petit air faussement effronté.

Depuis quand étaient-ils là ? La salle de cours était fermée à la vue contrairement à la grande salle, mais Donatella parlait fort, une vraie italienne. Avaient-ils tout entendu ?
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[titre de mon champ]: OSSATURE: : vingt-deux ans [titre de mon champ]: CONTRAT: : célibataire, valse d'âme en âme, glisse sur les corps sans jamais trouver satisfaction. [titre de mon champ]: BESOGNE: : Folâtre flagorneur, d'un cœur frivole pour les formes gémellaires de ces dames. [titre de mon champ]: FABLE: : le strict minimum, les fables qu’on narre aux bambins, les colportages qu’on se murmure de bouche à oreille. [titre de mon champ]: ÉCHINE: : humain jusqu’aux tréfonds sa pleutrerie. [titre de mon champ]: PRESTIGE: : D'un rare talent pour le caprice et les enfantillages. [titre de mon champ]: GANG: : Engeance d'un fidèle de la Sacra Corona, ne saurait pourtant se considérer des leurs. [titre de mon champ]: BAFOUILLES: : 22 [titre de mon champ]: PACTE: : 03/04/2017



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Sujet: Re: Pas de deux incongru [Dilettino]   Lun 12 Juin - 14:50
La voix criarde de la professeur vociférait des ordres étouffés par le plâtre du couloir, et il fronçait les sourcils comme s’il se trouvait concerné par les injonctions sévères de la sorcière Scarafelli, son odieuse éminence des pointes et du tutu. Sous ses ordres, les ballerines allongeaient leurs corps fluets et traçaient des arabesques de leurs mains serrées en coupoles, de leur pieds tendus en postures mirifiques à rompre les os des non-initiés. Ou du moins le pensait-il, puisqu’il ne lui était pas donné de le voir.
Ce n’était ni par amour de l’art ni par franche camaraderie envers Filipa que Dilettino s’improvisait spectateur aveugle aujourd’hui, siégeant de façon désinvolte de l’autre côté du mur. Certes, l’esthétisme d’un ballet, la grâce des danseuses ne le laissait pas tout à fait indifférent, et il arrivait fréquemment que la poésie qui résulte d’une chorégraphie rondement menée anime ses iris d’une lueur fantasque, le soutire aux manigances retorses de son esprit pour l’entraîner en paysages séraphiques. Lorsque cela venait à se produire, son regard azuré se faisait plus doux, presque enfantin, embrassait la scène entière pour apprécier la totalité du spectacle puis se perdait au delà des balancés, des menées et des ronds-de-jambe, comme vrillé sur un point de chute que seul lui était capable de voir. Alors, il se surprenait à dodeliner du chef au rythme des mélodies aériennes, à composer un sourire rêveur sur ses lèvres moqueuses, à imaginer des jours heureux.

Nonobstant, en ce jour il n’était guère d’humeur à se perdre en conjonctures illusoires, à se perdre en regards ingénus. Et de toute façon, il n’y avait rien à voir. La mine altière, le visage composé en une moue boudeuse qui tirait sur le dédain, c’est d’un coup d’oeil lassé qu’il balaya avec impudence les motifs répétés exercés qui couraient sur les tapisseries. Bien sûr, il aurait pu se lever, aller jusqu’à la Grande Salle et assister à d’autres répétitions, mais il lui fallait absolument ne pas manquer la fin de ce cours-ci.
Son ennui mua en une impatience que retranscrivait la nervosité de ses gestes, des mouvements frénétiques des doigts à l’agitation de sa jambe. Empressé, il se posta à la sortie des vestiaire dès lors que la leçon approcha de sa fin. Il salua avec déférence les danseuses qui s’en échappaient, d’une courtoisie calculée, presque cérémoniale.
Filipa se para de sa superbe lorsqu’elle le vit, et d’un pas délibérément lent elle vint rejoindre son ami, se rengorgeant de sa présence. « - Filipa… Tu es incorrigible... Elle est là ? » il interrogea d’un coup de menton en direction des vestiaires. « - Ne sois pas si pressant, Dil’! Tu préfères donc tant sa compagnie à la mienne ? Attention, je pourrais devenir jalouse… » Elle eut un rire idiot, un gloussement piaillard, de ceux que les jeunes oisives pratiquent lorsqu’elle tentent de faire de l’humour, et s’accrocha à son bras comme une amante effarouchée tout en battant des cils. Il esquissa l’ombre d’un sourire et la repoussa gentiment. « - Si tu ne rechignais pas tant à te montrer sympathique, nous n’en serions pas là. » Il lui servit son air le plus moqueur.

Le temps de leur discussion désinvolte, l’attendue pointait sa frimousse au dehors, sourcils froncés en avisant le jeune homme. « - Bonjour » il souffla, retroussant le coin de ses babines en un sourire railleur. « - Prête pour la visite la plus époustouflante de Rome ? » Car tel était à l’ordre du jour : faire le tour de la capitale. A son humble avis, il en était le meilleur guide, puisqu’il en connaissait les endroits les plus fastueux. D’un geste leste de sa main, il invita Filipa à déguerpir. De toute façon, cette dernière avait ostensiblement énoncé le souhait de ne pas jouer les marraines avec Nunzia. Il s’engagea vers la sortie comme si elle n’en avait pas le choix, persuadé que tout un chacun rêverait de profiter de sa compagnie.
« - Allez! En avant! »

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▲⛛▲ la vie est bizarrement faite ; elle se contrefout souverainement des convenances, de la décence et des bonnes manières.


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Sujet: Re: Pas de deux incongru [Dilettino]   Sam 24 Juin - 11:33
Après tout, une visite guidée par un vrai romain pouvait valoir le coup. A conditions que ça ne soit pas que du blabla historique sur tel ou tel lieu, et c'est bien ce qui inquiétait Nunzia du peu qu'elle connaissait Filipa : elle ne parlait que de ses histoires et ne s'intéressait nullement à celles des autres et la jolie blonde avait eu vite fait de faire un grand raccourci ; tous ses amis devaient être comme elle. Ça c'était le premier point, le deuxième c'était de ne pas arriver en retard au travail. Et elle avait comme une mauvaise intuition, bien que cela ne relève que de son entière responsabilité. Elle savait combien elle pouvait se montrer frivole parfois.

Ainsi, elle répondit au sourire narquois du jeune bourgeois par un simple hochement de tête, se demandant ce qu'il pouvait bien avoir en tête pour se montrer aussi enthousiaste. D'ailleurs il semblait bien sûr de lui, ce qui déteignait sur l'esprit de la jeune fille, son humeur se fit plus enjouée et les paroles de La Scarafeli lui parurent bien lointaines ; elle fut convaincue en quelques secondes par son attitude que cette visite serait inoubliable. Le départ de Filipa ne la perturba en rien, c'est le contraire qui aurait été étonnant et avec un léger sourire et un sentiment de légèreté elle se dirigea vers la sortie, immédiatement suivi par son guide.

« Où allons-nous ? » Pour toute réponse, elle n’eut le droit qu'à un sourire des plus mystérieux digne de La Joconde. Soit, c'était une surprise. Chose qui avait le don d'énerver sa curiosité et si jusqu'à alors elle s'était montrée timide en sa présence, son pôle magnétique était en train de s'inverser. Ce n'était pas un rictus ou un simple geste du bras lui indiquant la droite qui allait la satisfaire. Nunzia tenta d'abord quelques noms de monuments incontournables sans obtenir plus de réponses que ce sourire qui s'élargissait alors qu'ils marchaient côte à côte le long des murs de l'école. L'arrêt de bus se dessinait droit devant et elle présuma que c'était leur destination, après tout cette ligne desservait une partie du centre-ville et quelques hauts-lieux touristiques. Elle tenta alors de demander s'ils allaient prendre le bus et à quel arrêt ils devaient descendre sans plus de résultats. C'est donc la mine boudeuse qu'elle se dirigea vers l'abri jusqu'à ce qu'un sifflement dans son dos l'oblige à se retourner. Dilettino avait quitté le trottoir et traversé la route, il s'était adossé à une voiture avec toujours cet air narquois qui en devenait contrariant. Nunzia ne l'avait même pas remarqué, et pourtant il était difficile de passer à côté de cette décapotable jaune canari flambant neuve dont il lui était impossible de déterminer la marque tant elle n'y connaissait rien ; ce qu'elle devinait juste c'est qu'elle était chère, puissante et pour le moins pimpante. La jeune fille, absorbée par cette vision à peine crédible traversa en courant sans prêter attention, se jetant sous les roues d'une voiture. Quelques klaxons et insultent fusèrent dans une scène relativement banale pour la capitale latine, pour laquelle la protagoniste pourtant campagnarde pure souche ne s'offusqua nullement ; cela faisait partie de son quotidien désormais.

Ses deux ronds de flan se posèrent sur la carrosserie vernie puis sur le jeune homme. Elle hésitait tout de même, sentant le danger pulser dans ses artères. Il allait conduire vite, sans aucun doute, elle n'aimait pas ça, mais... Une remarque moqueuse comme il savait si bien les faire lui fit sauter la portière pour s'installer sur le siège passager. « Non, la vitesse ne me fait pas peur. » Son regard décidé se planta sur le pare-brise.

Le mieux, c'était le vent dans les cheveux. Elle criait alors qu'il accélérait et sortait son buste du capot dés que possible, tendant les bras pour faire comme dans Titanic. C'était ça alors la visite ? Un tour de Rome dans une voiture complètement folle ? A chaque monument qu'elle apercevait, elle se demandait s'il allait s'arrêter mais il n'en fit rien. Et le bruit ambiant empêchait toute discussion plus poussée que des cris et des rires. En tout cas, elle se sentait reine du monde, perchée contre le pare-brise à en prendre plein le visage, ses longs cheveux presque à l'horizontal derrière elle et une main qui de temps en temps rappelait l'insouciante à l'ordre. Et puis subitement, le moteur vrombissant fut calmé dans un dernier coup de frein sportif qui ne manqua pas de lui faire se cogner la tête. Devant eux se dressait le Boscolo Exedra Roma, un hôtel Palace cinq étoiles parmi les plus luxueux de la ville. Intriguée puis dubitative, elle dévisagea le conducteur qui s'engouffrait à l'intérieur du bâtiment comme s'il était ici chez lui.

« Y'a quoi à y faire dans cet hôtel ? » fit-elle, outrée, son accent montagnard ressortant plus que d'habitude. Il ne croyait quand même pas qu'elle allait le suivre dans une chambre ? Elle croisa les bras et s'enfonça dans son siège en l'attente de plus amples explications. Un instant excitée, le suivant complètement renfrognée.
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Sujet: Re: Pas de deux incongru [Dilettino]   Mar 18 Juil - 10:35
Dilettino frémissait d’ores et déjà de plaisir à l’idée de l’après-midi qui se profilait devant eux. Décadent, certes, mais pas oisif, il avait ficelé leur visite jusque dans les moindres détails depuis le jour où ils avaient été présentés. A l’aveu de son manque de connaissance de la ville, et joint à l’horreur qu’avait Filipa pour cette fille rurale, il avait sauté sur l’occasion de la lui faire découvrir Rome à sa façon bien particulière. Il avait espéré qu’elle y verrait au plus un désir de la courtiser, au moins l’espoir de gagner son affection.
Lors de leur première rencontre, à observer sa peau immaculée et ses yeux curieux, il lui avait semblé qu’elle était faite d’une innocence enfantine, et que ses sens ingénus n’attendaient que d’être éveillés aux jeux impudiques auxquels il se livrait si volontiers. Dès lors qu’il s’était aperçu de cela, il s'était mis en tête d’en faire sa dépravée la plus pure. De façonner la jeune femme pour qu’elle satisfasse ses désirs. De se l’approprier. De faire de la Nunzia de la campagne la Nunzia de la grande Rome, une femme aussi distinguée que langoureuse. Certes, à la voir marcher devant lui, Dilettino la trouvait un peu gauche. Il devinait à sa façon d’être qu’il lui faudrait l’éduquer sur tout un tas de sujets que sa campagne n’avait pu aborder avec elle. En bien des points, elle était trop expressive, empruntée, comme une enfant. Mais bientôt, toutes ces inconvenances dans son comportement ne seraient plus. Elle était tel un diamant brut, qui n’attendait que d’être taillé sur mesure pour être serti. Oui, il ferait d’elle un bijou dont chacun voudrait se parer ; se promit-il les yeux brillants, en la rejoignant à la sortie du studio de danse.

Nunzia voulait savoir où ils iraient. Elle devait probablement croire qu’il l’emmènerait dans les coins les plus touristiques, mais il n’en était rien. S’il devait faire d’elle une femme de son cercle, autant qu’il la dispense d’avoir à se confondre avec la masse grouillante des étrangers et des vendeurs à la sauvette. S’il fallait l’éveiller à son monde, autant l’y plonger sans attendre, et lui faire goûter au luxe dans lequel il se complaisant tant. Le faste et le gaspillage, c’était pour lui comme un vieil ami, ou plutôt comme une ombre, toujours dans son sillage.
Dilettino resta silencieux, lui administra un bref sourire énigmatique. Il voulait attiser sa curiosité, éveiller son désir de savoir pour rendre leur destination plus folle encore. S’il lui avait vendu la mèche, cela aurait été inintéressant au possible, aurait manqué de cette subtilité qu’il affectionnait tant. La subtilité, encore une qualité qu’il lui faudrait insuffler à la pouliche. « - Motus. » s’était-il contenté de dire, avant de les mener à la première surprise.

C’était une décapotable jaune, le plus tape à l’oeil qui soit. Certes, cela contrastait en tout point avec la subtilité évoquée ci-avant, mais d’après lui, tout gentilhomme devait savoir faire montre de sa richesse aux moments opportuns. Nunzia, qui avait gravé une moue déçue sur son joli minois depuis sa question quant à leur destination, dépassa l’automobile sans savoir qu’elle leur était réservée. Dilettino ne put s’empêcher de rire. Elle manquait les indices les plus flagrants de leur escapade, comme un gamin incapable de déchiffrer les pistes évidentes lors de la chasse aux oeufs de pâques. Après qu’elle eut traversé la rue, il la hêla. « - Nunzia ! Pas si vite. » Elle se retourna vers lui, alors qu’il se tenait nonchalamment appuyé sur la voiture, caressant la carrosserie flamboyante du bout des doigts. L’écervelée courut vers lui d’émerveillement, manquant de peu de se faire écraser par le trafic de la cité. Voyant ses yeux stupéfaits, il rit à nouveau, heureux de sa réaction. « Qu’y a t’il ? Tu crains la vitesse ? Tu aurais peut-être préféré le bus... » il laissa l’affirmation en suspens, moqueur. Il l’invita à monter en prenant place derrière le volant.

En vérité, il était piètre conducteur. La plupart de temps, il se faisait conduire à ses événements par le chauffeur de la famille car conduire l’épuisait par bien trop d’aspects. Aussi dût-il se concentrer tout en filant avec la décapotable. Un large sourire avait pris place sur son visage juvénile au fur et à mesure que Nunzia appréciait leurs folles accélérations. Pour la déstabiliser plus encore, il s’enquit d’exécuter de multiples détours avant de gagner leur destination : le Boscolo Exedra Roma, l’un de ses repaires favoris. Après avoir contourné une fontaine plus large qu’un rond-point, il stoppa l’automobile presque devant les marches menant à l’hôtel et jeta nonchalamment les clés dans les mains d’un homme habillé en livrée bleu ciel. Il escalada deux par deux les marches marbrées du perron, d’un pas aérien, presque dansant, et parvenu tout en haut, se retourna pour décocher un regard ambigu à son hôte.
Devant sa mine déconfite, il ne put s’empêcher de rire aux éclats. Nunzia était perdue, intriguée et surtout, méfiante. Elle refusait de sortir de la voiture. « Ce qu’il y’a a faire ? … Tout ! Rien ! » Fier de son trait d’esprit, il gloussa. Le Bosco, comme il aimait à l’appeler, était le paradis des feignants. Voyant qu’elle ne bougeait toujours pas, il fronça les sourcils. « Allez… fais moi confiance! » Son regard se fit quelque peu implorant. D’une part, il ne voulait pas lui dire ce qui l’attendait, de l’autre il avait peur qu’en gardant le secret elle reste vissée dans la voiture en boudant. Que craignait-elle d’ailleurs ?

Il haussa soudainement les épaules. Peut-être l’avait-il surestimée. Peut-être que finalement, ses mauvaises habitudes de campagnarde étaient-elles trop profondément ancrée en elle pour qu’il puisse en faire une digne citoyenne romaine. D’un air qui trahissait une légère déception, il se détourna d’elle et pénétra dans le bâtiment alors qu’on lui tenait ouvert de larges portes teintées. Passant la réception, il s’adressa à un employé tout en se dirigeant en habitué dans le décor d’un luxe époustouflant : « Quand la fille entrera, dirigez là jusqu’au bassin extérieur. » Alors, sans plus se préoccuper de la suite, comme si tout était déjà écrit, il disparut dans les couloirs du palace pour atteindre la grande piscine. C’était une journée merveilleuse pour se baigner.
Il espérait que Nunzia serait de son avis.

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