(gianni) I'm not holding on to old feelings, I just haven't found any new ones yet

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage


avatar

Gianni D'Agostini
SIRÈNES - DROWN YOUR SOUL
OSSATURE: : Le temps a creusé ses traits presque autant que les effluves d'alcool et l'odeur âcre du tabac qui l’entourent constamment, soixante-quatre ans dit-on pour accompagner ce corps dont les articulations pourries par son âme corrompue menacent de se rompre à chaque instant pour ne laisser qu'un amas de chair avariée dans la gamelle des chiens de l'enfer. CONTRAT: : Du sang qu’il a sur les mains il ne se soucie que de celui qui les a teintés en ramassant leurs corps à l’âme envolée et non des cous brisés et embrassés de ses canines, fluide ferreux qui lui obstrue la gorge jusqu’à étouffer son éther. D’abord désenfanté d’une fillette inconsciente de dix ans par un chasseur, c’est sa propre négligence qui l’a précipité dans le veuvage, le laissant seul au milieu des flammes de la ville. BESOGNE: : La légende est passée, a commencé à rentrer dans les mœurs pour ne plus susciter les étoiles dans les yeux, sans doute à se faire trop discret le pense-t-on mort, l’ancien explorateur océanographique ayant défrayé la chronique par ses voyages, ses découvertes et ses actions plus ou moins discutables. Il a laissé ses envies de glorioles derrière lui, il en a perdu le goût après les pertes d’êtres trop chers dont le large lui a volé de précieux instants. Il est maintenant apothicaire, incapable de rester confortablement dans sa retraite, dans une petite boutique sur les bords du Tibre, non loin des quartiers ouest.
ÉCORCE: : Il a vu passer autant de jours que de nuits, reflets des astres caressant sa cuirasse grise avant qu’elle ne devienne une tendre peau rosée puis des constellations de rides sur son visage comme si même la plus puissante magie ne pouvait cacher la laideur de sa nature véritable. Peut-être ne sait-il même pas compter jusque là, le vieux briscard, quatre mille ans d’écorce à poncer avant d’essayer de trouver ses organes devenus poussière. ÉCHINE: : Bête des mers côtières terrorisant des navires de pacotilles de son simple aileron, sa tête aplatie aux yeux périphérique le rends reconnaissable parmi son espèce, requin-marteau aux rangées de dents infinies prêt à s’abreuver à tous les badauds qu’il rencontre, incapable de faire taire ses instincts. PRESTIGE: : Son odorat s’est sur-développé pour contrer sa vue défaillante qui le rendrait presque aveugle, son corps abîmé et son visage fracturé n’en sont que sublimé par son aura de sirène, ses yeux vide d’âme ne le seront jamais assez pour faire oublier sa voix enchanteresse hypnotisant ses victimes, sa peau sous laquelle se cache une cuirasse d’écaille ne laisse jamais couler le sang trop longtemps et dans sa gorge se trouve, bien à l’abri, ses branchies pour lui permettre de rester dans son élément pendant des heures. GANG: : Allégeance à cette reine lointaine qu'il n'a jamais connu, prêt à rendre ses promesses vaines à la moindre demande de sa grandeur. @EFFIGIE: : Mickey Rourke (selfservice), XynPapple (signature) BAFOUILLES: : 37 PACTE: : 17/06/2017



Message
Mer 5 Juil - 22:06
GIANNI D'AGOSTINI
ALL YOU ARE TO ME IS MEAT
anecdotes
(LE GRAND BLEU) ◈ Il est resté là, inchangé malgré les pertes de liquides toxics et autres sacs plastiques venus le dénaturer, son azur à l'épreuve du temps et du caprice des hommes. C'est la zone épipélagique et son immensité faussée, cette profondeur même, endroit où la lumière filtre encore mais où les lames sont trop éloignées pour encore être distincte, là où, à la profondeur parfaite, tous les repères sont perdus. Il n'y a plus de surface, plus d'abysses, à peine quelques plongeurs perdus avec lesquels nager, les charmer assez longtemps pour qu'il s'y étouffe, incapable de retrouver leur chemin. Plus de jour, plus de nuit, c'est ici qu'il a ouvert les yeux pour la première fois, qu'il voudrait revenir les fermer, où tout est plus simple, où il n'y a rien d'autre que les courants pour venir caresser sa cuirasse abîmée. L'océan, c'est d'en partir qui a engendré les mécanismes de sa perte, fatalité qui peine à s’effondrer sur son squelette fatigué. (ENVIE DE GLOIRE) ◈ Il ne la touchera pas tout de suite, cette poudre dorée qui finira par l'étouffer, obstruer ses pores jusqu'à sa trachée, le laissant suffoquer dans sa propre gorge, et pourtant c'est derrière elle qu'il a couru toutes ces années avant qu'elle ne le détruise, fine paroi d'illusions qui s'est effondrée dans le sang et la crasse pour ne lui révéler que des ruines sur lequel il était impossible de régner. Des caraques aux toiles épaisses le conduisant aux terres inconnues aux dragueurs miniers éponymes des nymphes, il a usé de ses dents aiguisées jusqu'à toutes les perdre pour se faire une place parmi les plus grands, allant d'une impulsion à une autre avant d'être abruti par l'expérience, plus réfléchi, d'y accéder enfin, d'être privé d'une vie qu'il pensait à lui pour l'éternité avant de la perdre. (AMOUR) ◈ Ce n'est pas une chose sur lequel un requin devrait s'attarder, pourtant ceux de son espèce migrent parfois à deux, alliance des sangs tièdes pour ne pas trop se laisser emporter par les courants froids. Attaché aux fonds des eaux photiques, il n'y avait aucune tendresse à chasser les poissons ensembles, parfois quelques coups de dents à se disputer une dernière arrête, mais sur le continent, perdus entre des cœurs palpitants de haine et des esprits remplis d'ignorance, entre deux gorges lacérées, elle forgea cette habitude de lui prendre la main, inquiète de cette inconnue qu'il avait déjà dressée. Contaminé par le virus humain, Gianni s'est mis à vivre comme eux, et elle aussi, sans doute, s'est mise à l'aimer. Il pensait s’enivrer plus de sa beauté que de ses sentiments, à l’apparence plus belle, plus jeune, tout le monde lui enviait, jusqu'à prétendre lui voler, sans se soucier que sous les traits qu'on aurait dit esquissés par les maîtres se cachait la bête. (MONDE FINI) ◈ Chaque recoin semble exploré, cartographié, quantifié, connu et exploité par l'homme, tous les détails des côtes sont posés sur les cartes sans cesse réactualisées pour être le plus réaliste possible, on en vient jusqu'à apprivoiser les contrées les plus sauvages à force d'exploit et de prouesses techniques. Gianni n'aime pas assez le froid pour aller chasser les neiges éternelles des pôles, il ne peut se résoudre à s'enfoncer dans les détroits hostiles des forêts vierges, transpirantes d'humidité mais étouffantes de ses fleuves déjà pollués par les activités humaines et ses bordures toujours un peu plus lacérées. Le monde est fini, comme si Gianni n'avait plus rien à y faire, mais l'océan devenu une décharge en ébullition, écosystème déréglé par le virus homo sapiens, n'est plus cette maison accueillante prête à l’accueillir à nouveau en son sein. Il y a toujours au fond de lui cette sensation désagréable de ne pas être à la maison quand pourtant il vit dans cet appartement grouillant des souvenirs de cette vie, et de celles d'avant par quelques bibelots rachetés ci et là, mais, par delà les photos sur les murs, il n'y a rien pour le rassurer à Rome, pas même les lamentations du Tibre corrompu par le béton et les barrages qui le contraignent. Pendant des années, ce fut l'exploration sous-marine qui lui donna un second souffle, à s'engouffrer toujours plus profondément dans les abysses, dans les recoins sombres où ses nageoires n'auraient jamais pu le porter, pourtant aujourd'hui, plus besoin d'envoyer d'homme dans les bas-fonds, plus besoin de rien avec les machines toujours plus performantes. A rester derrière un écran aux images absconses, dans un bureau aux cloisons grisâtres, le monde ne vaut plus la peine d'être (re)découvert, sa vieille carcasse dérivante en mer prête à se faire charcuter par les premiers charognards croisant sa route. (MOUVEMENT & MÂCHOUILLEMENT) ◈ Sa nature de squale bouillonne sous son épiderme fatigué par le soleil, dicte ses instincts encore parfois trop primitifs pour qu'il se pense chez les siens parmi les humains. Il a gardé cette mauvaise habitude de devoir être en mouvement constant pour ne pas s'asphyxier, s'il ne peut marcher et dormir comme il l'aurait fait en remuant ses nageoires, il en garde un sommeil agité, se remuant si souvent qu'il en est presque impossible de dormir avec lui. Un tapotement des doigts sur la table, un tremblement intempestif de la jambe, un mouvement des bras pour remettre ses lunettes en place, incapable de rester sur ses deux pieds sans en bouger un, il ne peut s'empêcher de bouger, incapable de se dire que ses poumons ne manqueront de rien s'il s'arrête l'espace de quelques instants. De même, quand il ne s'allume pas une cigarette, il trouve toujours le moyen de se fourrer quelque chose dans la bouche, parfois un chewing-gum, souvent un petit bout de bois pour lui occuper sa dentition qui a toujours besoin de croquer quelque chose, bouche qui voudrait toujours rester ouverte jusqu'à se dessécher. Il n'est pas arrivé au bout de ses dents, à les maltraiter, à trop les user lors des périodes de grande chasse, il en a fait tomber des organes minéralisés, incapable de s'en préoccuper. Elles repoussent toujours,  sans lui arracher aucun gémissement de douleur, elles viennent poignarder sa gencive sensible pour en émerge comme le ferait un aileron des vagues d'une mer bondée, lui font goûter au fer présent dans son sang avant de revenir parfaire sa dentition, droite et écarlate, sourire carnassier qui ne le quitte sous aucune de ses formes. (MYTHE) ◈ Gianni et ses aventures, toutes plus mystifiées les unes que les autres, exagérées à l'outrance mais, plus invraisemblables sont elles et plus le public les gobent sans les remettre en question, des luminescences sous-marine au fond des pupilles. L'explorateur abyssal prodigue, comme s'il avait vécu dans l'océan, à ramener des images assez puissante pour infliger un coup au thorax et couper la respiration quelques secondes, à pêcher des poissons qu'on n'aurait pas pu capable de respirer sous les océans, mais, bien plus que les récits d'ailleurs, c'est sans doute l'homme qui a fasciné, ses mystères et le secrets entourant ses traversées toujours chaotiques. Sale gosse plein de caprices, invité irrévérencieux des journalistes, connu pour être un capitaine exécrable prêt à abandonner des marins sur des bateaux en pleine mer - ils se sont perdus, bien sûr, entre deux creux de vague, là où, affamé, il pouvait retourner les croquer pendant un moment d'inattention - et toujours prêt à en découdre avec un plus têtu que lui, rien ne semblait pouvoir calmer cette tempête de testostérone trop sensible, tête brûlée jusqu'à ce que le seau d'eau des responsabilités et de la mort ne viennent l'éteindre pour de bon.  (NAUFRAGE) ◈ C'est l'histoire la plus connue, celle qui sans doute a fini de transformer l'homme en légende. Nager sans protection au milieu de carnassiers affamés, plonger dans une marée noire dans un élan de protestation, il y a eu bien plus que ses sautes d'humeurs pour le fixer dans l'imaginaire italien. Il n'a fallu qu'un naufrage au large de la mer de Tasman, une tempête pour finir d'abîmer la coque d'un navire usé, et le canaux de sauvetage des survivants pour dériver jusqu'aux îles Auckland, désertes de toutes civilisations. L'histoire veut que les dix marins, dont le capitaine, ait réussi à survivre presque un mois avant que le premier mort ne survienne et, affamés, les pauvres survivant l'auraient dévorées. Pendant deux mois, fièvres et malnutritions ont entrainés les décès jusqu'à ce que le dernier survivant, excédé, ne réussissent à se construire un radeau d'une cargaison s'étant échouée sur la plage pour aller retrouver la civilisation, secouru par un bateau après avoir dérivé pendant des jours. La tempête à bien mis à mal son navire qu'il aurait dû rafistoler depuis longtemps, trop confiant en ses capacités à toujours s'en sortir pour se penser capable d'être victime d'une telle chose, et l'île a bien accueilli dix survivants, mais il n'a pas attendu que ceux-ci tombent malade ou meurent de fatigue puisque, pointilleux, il déteste la viande au mauvais goût. Bon nageur, il n'est resté qu'à peine quelques jours sur cette île, allant profiter du temps clément d'Oban avant de, fortuitement, se faire retrouver en mer par un navire de pêche. (PERTE DE SOI) ◈ Il peut la sentir, au fond de lui, à trop laisser ses deux pieds sur terre malgré les heures passées sous l'eau chaude de sa douche, qu'elle s'en va petit à petit, ne laisse que l'appétit sauvage du prédateur pour mieux laisser le virus humain prendre le dessus sur le reste. S'il ne se rend pas compte des choses qui le ramènent encore à ses écailles, son odorat toujours infaillible malgré son nez trop de fois cassé, ce charisme émanant de lui sans qu'il n'ait besoin de chercher comment plaire, séduction héréditaire des terreurs qui en font oublier son visage tuméfié par le temps, ses blessures qui ne restent jamais assez longtemps ouverte pour le laisser à vif, tout autant de choses qu'il ne se sait plus acquises mais qui sont encore là. Ce sont les petits détails qui le rendent fou, tout ce qu'il ne fait plus, tout ce qu'il fait à la place. Cette mièvrerie sentimentale qui l'envahit parfois, ces choses affreuses que l'on appelle les larmes et qui, de leurs substances acides, viennent lui brûler les joues jusqu'à lui dissoudre les os crâniens. C'était quand, encore en vie, il ne mordait plus son écailleuse à la base de la nuque lors des étreintes jusqu'à ce que les cicatrices sa mâchoire ne s'efface du tissu de sa peau, comme un coup de gomme passé sur son être entier. C'est une des pertes à laquelle il aimerait remédier mais y est incapable, chacun de ses gestes consciemment effectué apparaissant comme un nouveau dénaturement. (PRÉSERVATION) ◈ Le nord sur lequel son compas s'est bloqué il y a des années, ses premières paroles accordées au petit micro jusqu'à sa bouche. Un monde entier à sauver. Des êtres à ne plus négliger, incapable de se faire entendre de leurs branchies muettes, des bulles d'eau éclatées au mazout et autres dégueulasseries venues se perdre dans les courants. S'il a apprécié chaque minute de gloire venue tanner sa peau, il les a aussi utilisé pour devenir l'avocat de cet espace maltraité par l'homme et ses inventions, territoire sauvagement acquis sans jamais qu'ils n'aient pensé à le disputer à ses dirigeants de droit, à essayer d'éduquer les masses sur une beauté trop fragile pour être approché des civilisations, défenseur des terres de ses origines dont il sait qu'il ne pourra les retrouver intactes mais qui lutte pourtant pour en laisser quelque chose. Les élans du cœur de Gianni ne se sont, bien sûr, pas confiné à quelques bafouillements pour faire l'objet d'un article discret dans un journal de seconde zone, le requin ne s'étant pas lancé dans les passions politiques mais les ayants attisés à coup de poings dans les institutions et de dents dans les chairs des corrupteurs. (FRUIT DE SA CHAIR) ◈ Il y en a eu, au creux de l'eau, des petits alevins, mais les sorciers ont accompagnés leurs bons mots magiques d'une toute autre malédiction, la seule sans doute qui a compté vraiment. Un seul enfant, trop chétif pour ne jamais réussir à vivre seul, bambin qui a tardé à venir, un petit être insatiable doté de plus de larmes qu'un corps ne devrait pouvoir en abriter. Une fille, une surprise qu'il n'attendait pas aussi vite, puisqu'après tout l'éternité leur tendait les bras. Peut-être aurait-il dû attendre une autre vie, peut-être Gianni aurait dû t-il faire l'effort d'abandonner celle-ci pour en forger une nouvelle, plus apte à la vie de famille, mais, comme à son habitude, il n'a pas prit le temps d'y réfléchir, prêt à tout gâcher pour rien. C'est une enfant qu'il a vu grandir par intermittence, un être pour qui pourtant il a pris le temps de s’asseoir, parfois, pour lui apprendre à contrôler ses instincts de requin, les assouvir, lui faire découvrir les fonds marins et leurs secrets qui ne devaient pas en être pour elle. Portrait un peu trop inspiré de celui de son père, la doucerette était autant une bête indomptable que son père, capable de provoquer les assiettes volantes de la colère au détour d'une crise dont elle ne voulait lâcher les aboutissants, les dents trop bien implantés dans la chair du caprice pour le laisser s'échapper. Elle était encore trop jeune sans doute pour comprendre qu'à fouler une terre que personne ne voulait qu'elle devienne sienne, le danger était omniprésent, mais comment convaincre un enfant d'arrêter de vivre quand le monde lui semble à porter de main. Les dents acérées de Gianni étaient au large, l'odorat décuplé de la mère occupée à acheter de quoi se sustenter mais le chasseur, lui, avait réussi à appâter sa proie. (MÉMOIRE) ◈ C'est comme ça que certaines l'appellent, cet amas de pages qu'il a gratté pendant des années, son bureau si calme transformé en salle de jeux intermittente par une tornade aux nattes blondes. Il aura prit plusieurs années à tenter de trouver les mots, lui d'habitude préférant faire que de se poser des questions, mais trop habitué aux bruits de fonds de l'entrechoquement des jouets et des rires d'enfants pour vouloir faire autre chose pendant une trop longue période. Il y raconte tout, y ajoute ci et là petits mensonges pour parfaire sa vérité, se laisse aller à se créer des aspects plus humains qu'il ne l'a vraiment été, pas encore affaibli par la tragédie. (AVEUGLE) ◈ Les yeux crevés dont le pus de la blessure mal pansée finirait d'infecter la perte de ses sens, Gianni s'est effacé face au drame. Incapable de rester chez lui où chaque pièce semblait vide, il s'est crée, à sa façon, un bien beau manteau pour qu'on ne voit son corps tomber en lambeaux putréfiés. Pas possible pour lui de rester immobile, incapable de retourner en mer et s'exposer à nouveau au monde, il a préféré se faire oublier, endosser un rôle qui n'est pas le sien, manier de ses mains plutôt que de laisser son esprit vagabonder, s'obliger, se contraindre à se lever tous les jours pour ne pas entrer dans une léthargie mortelle. C'est à ça qu'elle sert, la boutique, encore aujourd'hui, à lui donner une raison de poser un pied devant l'autre dans les rues pavées de Rome, une discipline auto-infligée jusqu'à en devenir exsangue, des œillères placées sur ses yeux sans se rendre compte que tout ce qu'il s'infligeait pour que ses pensées gardent un cap, il le gardait pour lui. Il n'a jamais été partageur, ni attentionné, au point de ne pas voir que les rides se creusant sur la peau de son aimée était plus profonde que les siennes, que ses yeux rougis n'avaient plus de larmes à couler et, qu'incapable de trouver le perpétrateur  de ses malheurs, toute sa colère déviait inévitablement vers elle-même. Pourtant, il n'a pas été surpris de rentrer pour trouver son corps sans vie, il s'en est juste effondré un peu plus. (RÉAPPRENDRE) ◈ Comme s'il venait de fouler la terre pour la première fois, maladroit sur les deux pattes lui sont poussées pendant la nuit. Des détails insignifiant jusqu'à ceux, vitaux, il doit tout réapprendre à faire, seul. Se servir de la machine à laver, extravagante qui semblent envoyée par les plus puissants sorciers démoniaques, jusqu'à chasser, seul, dans les dédales de la nuit, sans aucune compagnie avec qui partager le sang chaud de ses proies. Il a dû s'y remettre à plusieurs fois, presque malhabile, pour attirer une proie dans les ruelles sans lumières de la ville, témoins des milles crimes de l'humanité. S'endormir seule, aussi, lui qui, après le décès de sa fille, s'était tourné sur le côté pour faire face à la fenêtre regarde maintenant le plafond, incapable de prendre toute la place. Pourtant, s'il a encore gardé quelque chose, c'est son instinct de bête violente, chasseuse, prête à remuer tous les pavés de Rome pour retrouver la cause de ses larmes trop salées pour être délicieuses, prêt à en brûler l'Opus de sa propre stupidité. (STELLA) ◈ C'était un meurtre comme un autre, dans la nuit romaine trop agitée, un loubard et son blouson mal ficelé prêt à en découdre avec le premier venu, trop alcoolisé, il a eu le malheur de tomber sur le squale. Une autre carcasse entassée sur les cendres de Rome, qui y prêterait attention ? Ce n'est que quelques jours plus tard que le destin s'est manifesté, taquin, comme à son habitude, en laissant dans les étages de sa cage d'escalier une jeune femme aux yeux globuleux emplis de larmes. Elle n'est pas grand chose, du haut de ses jambes minuscules, pourtant pour un gars qui n'a plus rien, elle suffit à l'apaiser, comme un pansement qui se serait collé après une bourrasque sur une blessure qu'il refusait de soigner. Elle prend soin de lui en échange de cette compagnie singulière qu'elle semble apprécier, sans qu'il ne sache pourquoi, elle est comme cette dose de morphine précieuse après s'être fait opérer du cœur, et, avec surprise, Gianni s'est rendu compte qu'il en avait encore un. (INCAPABLE) ◈ De s'en aller lui aussi. C'est comme s'il n'y avait plus rien à écrire mais qu'il ne pouvait se décider à mourir.
chronologie
circa 2000 bc ‹ Premiers mouvements de nageoire dans les eaux chaudes et profondes de l'océan Indien, près des côtes kényanes, où le poisson abondant n'était pas encore dans l’intérêt des quelques fermiers établis dans les terres. Une vie de requin halicorne des eaux chaudes, migrateur aux longues dents observant la vie terrestre lors de quelques rencontres fortuites sans pourtant jamais réellement s'en soucier.
2500 bc ‹ Il se trouve une compagne au détour des côtes australiennes, migrera avec elle à l'avenir.
1600 ‹ Grâce aux êtres runiques, deux jambes lui poussent et ses rangées de dents acérées finissent par tomber pour n'en laisser qu'une à l'émail aplati, lui permettant de sortir des étendues marines devenues trop hostiles à cause des caraques les écumant sans relâche. Gianni pose sa nouvelle enveloppe de cartilage sur le sol italien, où il attrape ce prénom pour essayer de se fondre dans la foule, profite du chaos des villes pour se régaler de ses nouvelles proies incapable de le voir comme un prédateur.
1618-1619 ‹ Gianni se lasse déjà de l'océan, arpentant le vieux continent en restant près du large, il réussit à se faire engager par les frères Garcia de Nodal pour leur grande expédition vers la terre du feu, se contentera de saigner quelques marins trop faibles pour effectuer la traversée. Passionné par le travail de la découverte, il se débrouillera pour être présent sur les plus grandes expéditions, survivant à nombres de naufrages grâce à sa nature de squale.
1871 ‹ Gianni est perdu en France quand la guerre éclate, muré dans une Paris insoumise à la merci des canons prusses, se délecte du chaos de la Commune pour se rassasier tout en fréquentant des intellectuels enragés inconscients du danger, va même jusqu'à gouter les animaux exotiques du jardin des plantes pour éveiller ses papilles. Il esquive la bataille finale en s'échappant par la Seine, lassé de la décadence humaine pour retourner à l'océan, se noyer dans les souvenirs d'une vie plus simple.
1895 ‹ Gianni retrouve sa compagne dans le labyrinthe des côtes philippiennes, chasse le mâle l'ayant remplacé en lui laissant quelques dents dans la cuirasse de sa nageoire dorsale. Il reprends sa place, comme s'il ne s'était pas absenté pendant plusieurs siècles.
1953 ‹ Éraflés par l'onde de choc de Little Boy et Fatman, chassés depuis trop longtemps par les pêcheurs de plus en plus aventureux, maintenant étouffés par les substances humaines sciemment oubliées dans l'océan, Gianni convainc sa compagne de le suivre sur les plateaux émergés pour échapper à leurs tourments. Ils s'établissent dans un appartement tranquille du quartier ouest, (re)découvrant les charmes de la vie humaine.
1973 ‹ Atteint du mal de mer, insouciant incorrigible, Gianni retrouve la vie de marin, nage subtilement jusqu'à fréquenter les grands noms des explorateurs océaniques, délaisse sans doute un peu trop ses responsabilités conjugales, il épouse pourtant son écailleuse pour lui promettre amour et fidélité éternelle avant de s'enfuir, prends toujours soin de lui écrire des lettres lorsqu'il fait escale dans des ports.
1980 ‹ Après une expédition particulièrement médiatisée, Gianni participe à sa première émission de télévision, devient le Cousteau italien de par les images qu'il ramène du bout du monde et ses actions pour préserver l'océan et ses habitants, desquels il se sent encore proche.
2002 ‹ Naissance de sa fille, qui la ramène bien plus souvent à terre qu'il ne le voudrait, il profite de ses après-midi de pleurs et de rire enfantins à écrire dans son bureau les esquisses de ses mémoires.
2012 ‹ Meurtre mal déguisé en accident, c'est bien l'odeur de l'opus qui recouvre le cadavre de sa fille. Perdu dans l'océan Indien, il revient en urgence à Rome, et, du haut de ses 59 ans, prends sa retraite sans jamais finir son dernier voyage. La perte de cet être cher dont il n'a pas assez profité l'affecte profondément, commence à marquer son déclin physique. Il reste les deux pieds cloué à terre, près de sa femme, commençant à chercher le chasseur s'étant pris à ses entrailles.
2014 ‹ Pour ne pas rester dans ses idées mornes, Gianni ouvre une boutique d'apothicaire sur le rivage du Tibre, mobilise ses souvenirs d'anciennes vies pour proposer les remèdes aux grands maux de ceux qui viennent le voir, chasse les badauds venus rencontrer l'explorateur de légende. Un soir d'une journée comme une autre, il rentre pour découvrir les avants-bras lacérés de sa femme, plongée dans la baignoire, sans doute depuis des heures.
LIENS
▹  Stella Nieven
Ulisse Del Viccho
Mara Vanhart
Aldabella Pellegrino

RPS EN COURS
▹ (trying to keep an eye on you like a hurt, lost and blinded fool), ft. Stella Nieven.
▹ (les fonds marins), ft. Ulisse Del Viccho.
▹ (You're looking at the man), ft. Mara Vanhart.

carnavage

_________________
I CAN'T CONTROL
THIS BLOODLUST


Dernière édition par Gianni D'Agostini le Ven 4 Aoû - 11:30, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
(gianni) I'm not holding on to old feelings, I just haven't found any new ones yet
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
Sujets similaires
-
» 00. keep holding on | c.a. gillespie - e.z. ashmore
» Le clown de Giani Esposito
» { I'll show you that I can change a thousand destinies, I'm holding the futur faraway overhead }
» « Let it go, can't holding back anymore. » | Over
» Keep Holding On ... ✗ LILAS

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
RIGOR MORTIS ::  :: LA HIÉRARCHIE DES DIABLES :: LES MÂLES-
Sauter vers: