Anguis in herbe | Marius

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Silas Benedetti
HUMAINS - DISSOLVED VOICES
OSSATURE: : vingt-quatre, parce que la déraison et l’innocence n’ont pas d’âge. il est comme figé dans le temps, imperméable à la réalité. CONTRAT: : les amours ratés sont son domaine d’expertise. entiché d'une sirène, infatuation condamnée. BESOGNE: : fasciné par le macabre, le morbide et le tabou, il trouve sérénité comme embaumeur d'âmes perdues, enjoliveur de corps desséchés. il travaille avec la mort bien plus qu'avec les vivants, douceur chétive dont les penchants inavouables surprennent toujours.
FABLE: : lucide mais imprudent. PRESTIGE: : l’espoir vain, l’amour fou, l’ivresse malheureuse. la folie des plus chétifs. @EFFIGIE: : © DΛNDELION, philukas. BAFOUILLES: : 172 PACTE: : 21/09/2017



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Mar 31 Oct - 15:11

— Hors des choses divines —

Tu ne sais pas vraiment de quelles illusions il parle – il y en a bien trop. Celles qui ne durent qu’un instant, fugaces, puis celles qui s’accrochent aux parois du cœur et y emmurent l’esprit. Une naïveté doucereuse qu’on ne soupçonne pas de prime abord, qu’on ne découvre que trop tard, stade cancéreux terminal au point de non-retour. S’enticher fonctionne de la même manière, sûrement ; quand on comprend ce qui est en train de se passer, il est déjà trop tard, rouages infernaux enclenchés, cœur fragile courant à sa propre perte.

« Quelles illusions ? » tu soupires, éreinté des propres efforts que tu dois fournir pour ne pas perdre le fil de tout. Tu hésites. Ce pourrait être le leurre terrible de la pénombre glissée dans les foules, humains déguisés, êtres traîtres trompant leurs confrères pour mieux les dévorer. Ce pourrait être l’illusion du cœur, celui qui bat pour un autre, vainement, qui se fatigue à s’affoler et s’affoler et s’affoler encore au moindre souffle qu’on daigne lui offrir, offrande empoisonnée ne servant qu’à l’enraciner plus profondément dans une affection dévastatrice. Ce pourrait être un peu de tout, les illusions de la vie, celles que les gamins comme toi ne voient pas, jamais, trop occupés à divaguer vers d’autres songes, à se demander quelle couleur a la mort.

De la verveine, ça ne te dit pas grand-chose, mais tu te contentes de froncer les sourcils à sa mention, trop perdu pour trouver la force de formuler les mots, contrariété apaisée pourtant chaque fois que tu te sens sa main effleurer ta peau, s’échouer dans tes cheveux comme si c’était précisément là qu’elle était censée être. Tu voudrais le croire volontiers, cœur refroidi par l’idée qu’il puisse laisser ses doigts pâles dans la chevelure d’un autre. La pensée t’énerve profondément et ton visage se déforme, mais tu fermes les yeux comme pour te concentrer sur son contact, sur la caresse qui semble te bercer peu à peu, te tirer hors de tous dangers.

« Je n’savais pas qu’on avait. » Tu t’arrêtes, troublé, mots manquant dans une phrase encore ivre. « Des engagements… » Tu lèvres les yeux vers lui, gosse docile dénué de honte, dénudé de pudeur, dénué de toute la timidité naturelle qu’on attribue d’office aux gens délicats comme toi. Etonnant à chaque fois de constater que tu n’as peur de rien quand tu as l’air si frêle, ange tombé des cieux par erreur, écrasé contre le bitume et emprisonné sur une Terre morne et dangereuse. C’est presque comme si tu n’avais guère ta place ici-bas, et pourtant, tu t’acharnes à rester. « Tu ne m’as rien dit. » Rien au moment venu, rien pendant ces jours de silence non plus, solitude amplifiée par son absence, vide interminable et néant des jours qui ne se comptent plus alors. Tu lui en veux d’avoir disparu sans rien dire, d’avoir comme promis quelque chose qui ne fut pas tenu. Alors parlons d’engagements, oui, de ces serments qu’il te dit avoir faits et dont tu n’as pas souvenir. Peut-être étaient-ils subtiles, résidant dans les caresses et dans les baisers, un contrat muet qu’on ne comprendrait qu’en fermant les paupières, en cherchant entre les phalanges. Tu as peut-être raté quelque chose, persuadé qu’il n’en était que guère possessif, qu’il ne voulait de toi que ton sang, présence d’un gosse peu nécessaire dans sa vie.

Il te berce, et tu te sens plus léger. Tout devient plus silencieux, même s’il lâche des soupirs si doux que tu pourrais en frissonner. « Quel engagement ? » tu demandes, sagement cette fois, d’une voix si posée qu’elle en semblerait presque endormie, paupières closes, main posée sur un abdomen serein gonflé et dégonflé dans un rythme paisible. Ta main cherche son coude alors qu’il continue ses caresses, et tu les poses-là, doigts fantomatiques cherchant le contact sans vraiment trop savoir où ni comment l’initier. Nulle peau à caresser ici, mais tu fais mine d’érafler le tissu d’un geste doux pour lui faire comprendre que tu es là, que tu écoutes, que tu ferais n’importe quoi s’il te le demandait – pour le remercier, aussi, de mille choses, des choses terribles et des choses moins terribles, celles qu’on ne dit qu’à demi-mots. Il le sait sans doute, qu’il t’a dévasté de l’intérieur, qu’il a planté une graine dans ton cœur d’enfant qui alors n’a fait que grandir depuis, même dénuée de soleil, même dénuée d’eau et d’amour. Probablement que c’est le tourment et la solitude qui la font s’épanouir plus vite, affection impossible à contrecarrer, et tu abandonnes dans un soupir, décidant que ce n’est plus la peine de lutter. Tu la laisses faire, tu la laisses s’enrouler autour de tes poumons comme le lierre parsemant les murs d’une vieille bâtisse, liens faussement protecteurs aux airs de prison éternelle. Tu t’abandonnes pour de bon, fatigué de chercher des issues qui ont été condamnées il y a bien longtemps. Qu’il fasse ce qu’il veut de toi, peu importe, peu importe.

Et tu continues ta caresse maladroite à travers le tissu, attendant sagement qu’il t’explique ce que ton esprit chétif a bien pu rater. Et tu souris, rien qu’un peu, parce que c’est suffisant.

« Je peux m’engager moi si tu veux. » Yeux innocents cherchant les siens, conscients que tu t’emprisonnes de ton propre chef. Que tu suggères de ton plein gré solitude et tourment. Que tu réserves ta chair pour la sienne, que tu promets silencieux, s’il te le demande, de ne plus arpenter Rome la terrible en quête de toutes ces choses vaines, et ce, qu’il puisse te les donner ou non.

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Marius L. Vitale
SIRÈNES - DROWN YOUR SOUL
OSSATURE: : Trentaine apposée sur la paperasse factice, échine piégée entre deux âges. CONTRAT: : De trop nombreuses conquêtes éphémères qui se sont fanées, myocarde sel qui fuit l'attachement, âme jouissant de sa pleine liberté. BESOGNE: : Précieuses qui étincèlent de leurs éclats délétères, joaillier aux phalanges habiles ornant les nuques de gemmes. Murmures et secrets glanés ou soufflés, informations échangées, babines fourbes crapahutant à la cité sainte une fois le crépuscule tombé.
ÉCORCE: : Six-cent-quatre-vingt-sept années d'errance, observateur silencieux qui voit le monde se perdre peu à peu. Belle gueule juvénile mensongère et factice. ÉCHINE: : Fils de l'ondine et des abysses dévorant les souffles. Piranha aux écailles d'un bleu nuit et aux éclats lazuli qui scintillent dans les flots à la manière d'une voûte nocturne. PRESTIGE: : Douce cristalline qui joue entre les doigts, domptée à merveille, branchies striant les flancs peu importe la forme. Doux murmure inné pour séduire les âmes par la fourberie, ainsi qu'une carne qui se referme sous les maux. GANG: : Opportuniste solitaire, grimaçant alors que celle qui se dit reine est évoquée, désolation d'un poisson avisé maître de son échine, détournant le regard des bas fonds dégueulasses. @EFFIGIE: : Brendon Urie ❉ faust (ava) / DΛNDELION (gifs/aes) BAFOUILLES: : 2942 PACTE: : 09/04/2017



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Dim 5 Nov - 13:25
Anguis in herbe
Silas & Marius

« One misstep, you're mine and you better stay clever if you want to survive. Once you cross the line. You'll be wishing you would listen when you meet your demise. »
Innocence. Naïveté dégueulant de sa carcasse éphémère. A croire qu'il ne vit pas les pièges mortels, les crocs affûtés qui en eurent après sa carne, bercé aux aiguisées à l'aide de quelques murmures dociles, mots doux appâts, minois aux grand yeux faussement attendris. Humanité ignorante, belle lorsqu'elle s'abandonne, malheureux chétifs qui adulent ce qu'ils ne comprirent pas, fascination du macabre et de l'odieux. A moins qu'il ne fut parfaitement conscient de la crasse dans laquelle il fut fourré, devinant les noirs desseins et autres fourberies, flatteries factices, manipulation dégueulasse, s'y complaisant. Rictus ébauché, presque invisible, à peine déposé sur les babines encore affamées. Question qui demeure sans réponse, refusant de lui mettre l'évidence un peu plus sous le museau, cherchant à ne pas anéantir un tant soi peu les cordes d'un filet ancré fermement dans son derme.

Monts et merveilles. Interrogations qui semble désireuse de promesses, y voyant le désir de souffles qui ne s’échapperaient pas des lippes. Ô que l'odieux pourrait prendre un tout autre tournant, griffes habiles plantées dans le myocarde pour l'en extraire et en grappiller les moindres miettes, broyant un peu plus ses désirs d'affections et de réciprocité. Couple bancal et factice pour qu'il s'y perdent d'avantage. Bagatelle de l'engeance aqueuse, se jouant des sentiments de paumés pour mieux les dévorer, en sucer l'âme jusqu'à la moelle, se les appropriant jusqu'aux tripes avant qu'ils ne s'éteignent. Séduction assassine. En jubiler alors qu'il s'offre un peu plus, conscient qu'il fut parfait pantin, minois angélique captif. Et les babines se perdent, rejoignent des lèvres déjà ivres, se font provocatrices, culottées, dépourvue de la réponse escomptées, en jouent.

Il fut abandonné, déposé sur le parvis de la fontaine égarée. Mirettes le délaissant au profit d'une égarée au pas décidé, talons raisonnant sur le pavé, désireuse de rentrer dans une demeure qui ne serait pas retrouvé. Myocarde agité par la nuit, appâtant les papilles non repues qui salivent. Nouvelle provocation régie par le désir de rendre cette amertume qu'il eu provoqué, juste retour des choses alors que la rancune demeure. Bête possessive de sa proie et de son adonné, désirant frapper pour mieux régner, entraver son idylle pour lui faire saisir qu'il fut remplaçable s'il venait à s'égarer de nouveau, se perdre dans d'autres griffes, écho d'un sort qui put lui être réservé. Rictus carnassier, frappe imminente, spectacle offert aux iris ivres du mioche délaissé.

La belle fut saisie, poignet entravé, tandis qu'un murmure pernicieux se glisse à ses tympans, capture, attendant qu'elle s'adonne à son tour. Elle devint désireuse, guidée par le fredonnement délétère, lèvres cherchant celles de son ravisseur, monstruosité sans nom, répliquant avec un malin plaisir en un baiser qui fut mortel. Une paume glisse, phalanges redressant son menton, ne perdent pas de temps, babines embrassant son cou avant de frapper, intention d'annihiler, toute autre. Tenailles qui entravent, marquent le derme non sans violence pour en libérer le vermeil. Faim refoulée et à peine rassasiée éveillée de nouveau, reprenant là où elle fut délaissée. Apaisement définitif, souffle dérobé. Donzelle qui jouit de bienfaits illusoires, manipulée, mensonge détournant la monstruosité. Elle devint muette, carcasse gagnant les abysses et maintenue par des bras fermes pour la garder entre les crocs, gloutonnerie. Ivresse sanguine autorisée, vapeurs délicieuses et frénésie. Morsure létale qui en devint revigorante. Incendie qui s'éteint, demeurant gourmandise jusqu'à rendre blafard son palpitant qui s'éteint. Carne désarticulée qui finit par tomber sur le sol, désormais dénuée de tout intérêt, énième cadavre d'une série au nombre tus.

Lippes rassasiées ôtées de leur méfait d'un revers de main, toisant Silas avant de réduire la distance qui fut imposée, poisson repus s'approchant dangereusement. La réponse s'échappe enfin, se perd dans l'horreur tout en cherchant ses mirettes. « Tu m'appartiens. » Mets-toi ça dans le crâne. Puérilité que d'attiser sa jalousie de manière si nette et précise, ton qui en devint sec, cherchant l'exclusivité. Vengeance ridicule et horrifiante.
(c) DΛNDELION

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Silas Benedetti
HUMAINS - DISSOLVED VOICES
OSSATURE: : vingt-quatre, parce que la déraison et l’innocence n’ont pas d’âge. il est comme figé dans le temps, imperméable à la réalité. CONTRAT: : les amours ratés sont son domaine d’expertise. entiché d'une sirène, infatuation condamnée. BESOGNE: : fasciné par le macabre, le morbide et le tabou, il trouve sérénité comme embaumeur d'âmes perdues, enjoliveur de corps desséchés. il travaille avec la mort bien plus qu'avec les vivants, douceur chétive dont les penchants inavouables surprennent toujours.
FABLE: : lucide mais imprudent. PRESTIGE: : l’espoir vain, l’amour fou, l’ivresse malheureuse. la folie des plus chétifs. @EFFIGIE: : © DΛNDELION, philukas. BAFOUILLES: : 172 PACTE: : 21/09/2017



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Sam 11 Nov - 6:10

— Hors des choses divines —

Ça n’est pas vraiment triste, pas tragique non plus. C’est parce qu’il n’y a rien qu’on ne peut pas vraiment en pleurer. Même si toi tu t’accroches aux illusions de petit garçon, aux espoirs fébriles qui souvent ne survivent pas l’année. Un jour on se réveille, on s’en rappelle, on se trouve naïf d’y avoir cru et surtout d’avoir cru qu’ils dureraient des éternités entières. Parce qu’au fond, il n’y a plus rien de constant, plus rien d’immortel dans ce monde. Sauf Marius peut-être.

Les lèvres trouvent leurs comparses, mais il n’y a aucun soulagement, aucune paix. Il n’y a que l’absence et le vide, des tendresses développées en négatif. Pour mieux en faire le deuil. Pour mieux voir ce dont elles manquent tristement. Sinistre, tu te laisses avoir, tu ne luttes même pas contre l’affection qui te prend aux tripes et qui te crispe le cœur – une main effleure sa mâchoire, l’autre se fait muette, et tu acceptes l’offrande sans broncher parce que les gosses comme toi n’ont pas assez d’amour propre pour exiger plus. Pour exiger tout court.

Il s’en va. Le premier soir, peut-être, tu te serais contenté d’un cadeau pareil, d’une simplicité monstrueuse mais qui pourtant résonne dans tes oreilles comme inespéré. Cette nuit, tu n’as sur le bout des lèvres que le goût d’une satisfaction à moitié repue, elle négligée et toi abusé. Tu te redresses difficilement, les idées brumeuses et le corps assoupi par la quiétude installée, et tu l’observes s’en aller avec mécontentement, cherchant les mots qu’il faut pour grogner.

Et toi tu n’as jamais vraiment été acteur de ta propre vie, cantonné au témoin impuissant, au spectateur nonchalant dont on ne sollicite ni l’avis ni la participation quelconque. Tu te contentes de subir, de te laisser aller au gré des flots en espérant vainement qu’ils te mèneront où tu souhaites. Quand tu rouvres les yeux pour te retrouver au bout du monde, tu n’as que toi à blâmer, parce que tu sais que tu aurais dû essayer un peu plus. Que tu aurais dû te réveiller quand tu le devais. Pourtant l’histoire se répète, éternelle, inchangée ; chaque fois tu te fais muet ou bien vain, l’inécouté, le gamin planqué dans les escaliers pour mieux espionner l’univers.

Alors, tu ne bouges pas. Tu t’assois correctement, esprit finalement réveillé, lèvres fourmillant des siennes, et tu assistes à la scène sans véritablement avoir le pouvoir de l’empêcher. De l’influencer de quelque façon. Toi tu es condamné à regarder la vie se faire, sous tes yeux tantôt ébahis tantôt fatigués, et tu acceptes, malgré toi. Et tu brûles. Oh tu brûles de l’envie de plus, l’envie de te faire capricieux pour une fois, exception interdite que tu t’autoriserais sans remord.

Ce n’est pas tant le macabre de la chose, la séduction factice ou bien si pure qu’elle en est difficile à saisir. Toi tu pourrais te faire spectateur de ses pires méfaits, et tu ne flancherais pas une seconde, aussi fugace soit-elle. Non, c’est plutôt l’horreur de la solitude, de sentir ta peau si délaissée tandis qu’il caresse la sienne, et comprendre, même si l’évidence avait toujours été, que tu n’es qu’un amas de chair parmi d’autres. Un sang purificateur, nécessaire, le précieux que tu lui offres sans rien questionner.

Tu te gâches. Tu te gâtes. Tu t’éreintes pour ses beaux yeux.

La pratique t’effleure tout d’abord. Appeler la police, ou bien quelqu’un pour en ramasser le corps – ironie que ce serait de devoir t’occuper du cadavre quand tu eus assisté à sa mort, un peu plus tôt, un secret que tu garderais près du cœur sans pourtant en ressentir la culpabilité. Humain à ras bord, dépossédé de ses vertus par moments fugaces, quand il fréquente de trop la bassesse de la nuit. Tu te demandes si tu saurais la perdre, l’humanité, par excès et par vices, ou si elle restera ancrée dans ta chair quoi que tu fasses. La question te fait frémir, parce que tu n’en as pas moins terrible que lui dans l’instant. Toi tu tolères, tu pardonnes le meurtre, le vol intéressé, le caprice de la nature – tu le couvrirais presque, mentant pour sa liberté, péchés s’accumulant sans se compter car tu te perdrais s’il te le demandait.

La réalisation te rend d’autant plus furieux. Que les efforts fournis alors ne trouveront jamais miroir, qu’ils ne seront jamais rendus en totalité. Des récompenses données avec parcimonie, des baisers dont la chaleur serait factice, des étreintes charnelles qui se perdraient au matin. Oh comme ça t’attristerait, si tu n’étais pas aussi submergé, par tout – les vestiges d’une panique assourdissante, d’un soulagement coupable, d’une affection aveugle. Et il revient, voleur charmeur aux sourires dénués de remord.

Les premiers mots qui te viennent sont d’une gaminerie trop innocente, mais la colère qu’ils renferment est bien plus rouge. « Tu l’as embrassée. » Les priorités se font terribles, trahissant une infatuation monstrueuse – vol des lèvres préféré à l’infamie du meurtre, commis pourtant devant tes yeux. C’est la première fois que tu t’en fais témoin, et, macabrement, tu ressors moins choqué par l’issue immorale de l’étreinte que par son existence même. Il devrait en rire – savoir qu’il t’a perverti jusqu’à la moelle, qu’il a fait de toi une proie loyale et clémente, qui pardonne ce qu’elle voit plutôt que ce qu’elle ressent. Quel piètre humain tu peux faire, errant aux frontières de la moralité et du péché, laissé égaré dans la nuit comme si aucun crime n’avait été commis.

Debout, le gosse, mécontent du spectacle aux airs de leçons, de réprimandes subtiles et insidieuses. Tu voudrais lui rappeler qu’il n’y a nul besoin de dérober des lèvres pour en voler l’hémoglobine, que l’érotisme d’un tel acte n’est que pur désir. Pourtant tu te fais muet, pommettes roses et agacées, sourcils noués dans une moue contrariée. Il t’a touché en plein cœur et tu ne fais même pas mine de feindre l’indifférence. Il y a bien longtemps que tu n’es plus intact.

« Je ne t’appartiens pas », que tu persistes, orgueil ravivé par le partage non consenti, inconstance de tes mots qui se fait ridicule tandis que tu oscilles entre la franchise trop humble et la fierté mensongère. A tes propres oreilles, tes mots sonnent faux. Et tu sais qu’il en a conscience. Mais tu t’acharnes vainement, bras croisés pour la mise à distance, factice, à peine utile pour te rendre fort. Parce que tu sais, au fond, qu’il suffirait qu’il te le demande pour que tu te fasses proie docile à nouveau. C’est ça qui te met hors de toi. « Et le corps, tu en fais quoi ? Tu vas le laisser là à pourrir sur le bitume ? » Tu n’oses, tu n’oses lui dire que tu lui appartiens, et que la seule tristesse que tu en retires, c’est qu’il ne t’appartient pas – alors tu cherches distraitement de quoi lui faire des reproches creuses, qu’il devinerait diversions, tu cherches des prétextes pour ne pas avoir à admettre qu’il a raison – ni même, qu’au fond, le macabre du spectacle t’a charmé malgré toi.

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