Slumber Party [Irénée]

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Slumber Party [Irénée] - Sam 2 Déc - 22:51
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lycans
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EFFIGIE : Saoirse Ronan
BAFOUILLES : 1246
PACTE : 30/11/2017
OSSATURE : 28 ans
CONTRAT : Célibataire, mariée à son métier, indisponibilité temporaire pour descente dans le tunnel de la drogue. C'est Alice au pays des merveilles avec des flingues.
BESOGNE : Dealer/Rabatteur (Agent du GOA infiltré)
FABLE : Adele sait tout ce qu'il y a à savoir des meutes et comment les éviter. Elle a de faibles notions sur l'existence des sorciers. Renifle et fuit les suceurs de sang avec efficacité. Des sirènes ? Faut quand même pas exagérer.
ÉCHINE : Wolfman (la version originale, bien entendu. Rien ne vaut les classiques)
PRESTIGE : Faiblarde pour les alphas, Hulk pour les humains. L'odorat d'une femme enceinte et la médaille d'or au quatre cents mètres haie. Au bas de l'alphabet grec et de la chaîne alimentaire, Adele n'est pas plus épaisse qu'un gros chien (bon d'accord, un très gros chien) Poule pondeuse pour sa race, c'est sympa les omegas. T'as raté quelques pages de l'histoire du féminisme, Dame Nature.
GANG : Nostro Regno. Tant qu'on gagne, on joue.
CREDIT : ava by me / sign by lazare

.Slumber Party.


C'est peut-être une piste intéressante, l'hôpital. Peut-être qu'on approche enfin d'un gros fournisseur. C'est quand-même dingue qu'après plus d'un an j'aie pas trouvé autre chose que des passeurs et des fonctionnaires de la transaction. Quelqu'un, quelque part, doit bien fabriquer cette foutue drogue.
Ouais, ou alors on va rencontrer un énième connard qui en sait pas plus que les autres et qui va nous tendre un truc inutilisable dans des quantités dérisoires.
C'est pas en voyant les choses comme ça que je vais réussir à me lever demain matin.
Je serais pas encore couchée demain matin. Et puis, je comprendrais l'enthousiasme si on essayait de déterrer un trafic de sang. Là, pour sûr, ce serait la bonne piste, l'hôpital. Même que ce serait inquiétant d'avoir mis un an à s'y rendre. Dans le cas présent, j'attends le moment où va me tendre une pauvre plaquette de morphine avant de faire péter la bouteille de champagne...


" Vous vous sentez bien ? " C'est le marmonnement mi hésitant mi concerné d'une femme partagée entre son devoir de bonne citoyenne et sa peur de tomber sur une camée anorexique alcoolisée jusqu'au bout des ongles, qui arrache Eloise à ses ruminations scindées. Un battement de paupières la ramène à la vision de la machine à café devant laquelle elle a fini par s'arrêter entre deux réflexions contemplatives. Dans un bref sourire, l'agent, achève le geste de sa main dressée pour jeter la pièce dans la fente et appuyer sur le premier bouton qui lui servira de la caféine. " Pardon. J'aime pas les hôpitaux. J'ai l'odorat sensible. " Madame dodeline de la tête, un air bien compréhensif plein la frimousse. Cette soudaine illumination de patience, réaction épidermique à la misère du monde; lui passera sans doute après sa deuxième heure d'attente; à en juger par l'air courroucé, beaucoup moins clément, de l'homme si pressé de les voir se taire pour lui laisser la place, tant qu'il danse d'un pied sur l'autre. L'hôpital, c'est un peu comme une course d'endurance; on est plein d'arrogance et de certitudes au début mais on fait beaucoup moins le malin sur les derniers kilomètres, quand la ligne d'arrivée devient un mirage qui s'obstine à ne plus jamais se rapprocher.

" Vous êtes peut-être enceinte. " s'accorde madame dans un sourire de connivence, une oeillade inquiète sur la rasade de caféine s'écoulant dans le plastique en un ronronnement asthmatique, vétuste. Le rire nerveux que cette phrase déclenche aussitôt chez Eloise pour unique réponse l'offusque sans doute un peu, à en croire son pas de recul. Dieu m'en garde, qu'elle se retient de répliquer, ce joli moment d'humanité envolé sitôt qu'elle s'est rebellée contre la mondanité. Pourtant il faut patienter un peu encore. Tout derrière, l'homme donne l'impression d'imploser. Sans surprise, elle s'empresse de récupérer son brûlant dû d'une main peu impressionnée, s'écarte du passage, le nez collé à son verre pour espérer humer un fumet moins écoeurant que les autres.
Du sang, de la sueur, de la crasse, et une impressionnante prépondérance d'urine.
Mais un oeil sur les flèches directionnelles de l'étage, l'une vers les urgences et l'autre vers la gériatrie, lui offre plus d'explication qu'il n'en faut à ce sujet.
Vois le côté positif des choses, Eloïse, tu ne connaîtras pas ce problème avant un bon siècle et demi. Etourdie par cette pensée, la menue silhouette se presse entre les différentes files d'attente pour atteindre la sortie de cet enfer pestilentiel. Une brise fraîche lui ramène des puanteurs plus familières, pots d'échappements et cendriers pleins; Eloise s'empresse de s'éloigner des uns pour contribuer au remplissage de l'autre. Les fesses sur un bout de muret un peu pas trop crade, elle trempe timidement ses lèvres dans le breuvage de mauvaise qualité, se rendort à demi dans les volutes de la cigarette qu'elle vient d'allumer.

L'hiver à Rome l'a toujours un peu dépitée. Dans la douceur peu assumée de ses dix degrés, c'est toujours la même ville, en plus gris - sans ses journées sans fins et son soleil violent, privé des couleurs d'automne ou le renouveau du printemps. Rien plus qu'une ville banale, gigantesque et trop peuplée, avec quelques monuments au milieu. Le froid mordant et le temps de caractère dont elle ne cessait de se plaindre de Londres lui manque à cette période, quand elle est forcée d'assister à un spectacle aussi tiède, aussi fade. Même après quinze ans.

Ce serait peut-être pas si mal. De rien trouver. Ce serait une bonne excuse.
Et j'en fais quoi de ma bonne excuse. Je vais faire pousser des plants au Mexique et je vis de l'élevage de mes poules ?
Va falloir y songer. Va falloir être réaliste. Admettons, il y a quelque chose de solide à trouver ici. Assez pour rentrer au poste. Le présenter.
Se faire retirer sa plaque et lancer la moitié des criminels de la ville à ses trousses.
... Il arrive. Je le sens.
Du nerf.



" Salut Terreur. " dans un sourire mutin, Adele achève sa cigarette sur une bouffée nerveuse. Visage animé, prunelle étincelante d'une curiosité, une anticipation un peu détonante. Un sérieux oublié tant que la situation ne l'exige pas. Ca fait très underground, très thriller du dimanche tout ça - c'est exaltant. Elle récupère un café abandonné près d'elle pour le tendre à la montagne qui vient d'arriver, achève le sien d'une goulée vigoureuse. " Je l'ai pris sans sucre, dans le doute. Comme dit ma grand mère, c'est plus facile d'en remettre que d'en enlever. "

Redescend de son muret pour trouver l'entrée de l'hôpital dans l'autre sens, dans un enthousiasme modéré. Il n'y a plus qu'à espérer que le sauveur de la soirée ne soit pas un patient de gériatrie, pour le bien de ses synapses olfactives.
A ce stade, plus rien ne la surprendrait.


☾ ☾ ☾ ☾ ☾
Comme la lune fidèle à n'importe quel quartier, je veux être utile à ceux qui m'ont aimée; à ceux qui m'aimeront et à ceux qui m'aimaient. Je veux être utile à vivre et à rêver. 
(c)lazare
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Slumber Party [Irénée] - Lun 1 Jan - 2:11
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CROCE Adèle
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Putain de téléphone, fulminé-je intérieurement lorsque, rageur, je pousse d’un pied une chaise pour m’y asseoir. Je balance l’appareil de malheur sur la table. Ne sais même pas comment m’en sortir pour tout faire bien fonctionner – je ne touche ce genre de chose que pour téléphoner, répondre à des appels et, en cas d’extrême urgence, envoyer des sms. Je vois Varri bouger, du coin de l’œil. Tendre le râble pour regarder ce qui se trame. – Ca va, craché-je d’un timbre qui prouve que ça va pas avant même qu’elle ne pose la moindre question. Elle semble hésiter mais, préfère se remettre devant son émission italienne plutôt que venir me proposer son aide. Doit voir à ma gueule que ce n’est pas un moment propice à la moindre tentative de communication. C’est que je l’ai attendu quelques jours, en plus, ce con de portable. Ai râlé pendant au moins une heure en magasin pour récupérer mon numéro, prétextant un vol et des messages que je souhaiterais récupérer. J’ai dû voir trois vendeurs avant que l’on ne parvienne à me donner une réponse convenable. – Mais on ne peut pas vous faire ça de suite vous comprenez le temps de… Là j’ai arrêté d’écouter, j’étais déjà énervé. J’ai pris du retard au travail – n’ai pas recroisé Ada et ai dû me démerder seul pour essayer de faire un minimum de chiffre. Ca m’a surpris qu’on ne vienne pas m’emmerder parce que, ça allait faire une semaine que je faisais le mort – au moins. – J’abandonne ! capitulé-je en envoyant valser sur le lit la boite complète. Je ne suis même pas arrivé à trouver où on devait mettre cette connasse de carte SIM. Varri semble ravie de me rendre service – c’est ça où elle en avait vraiment marre d’entendre de l’italien à la TV. Elle ne passe que 5 min à allumer le bordel – j’y suis depuis 30 min – et une dizaine à mettre en ordre tout un tas de paramètres. – Merci, soufflé-je en me redressant pour venir prendre l’appareil qu’elle me tend. Je l’embrasse. Ca vibre – comme si ça ne m’avait pas encore assez fait chier. Une fois, deux fois. C’est des messages. Vraiment beaucoup de messages. De numéros inconnus puisque on n’est pas parvenu à récupérer les miens.

J’en ouvre quelques uns en faisant les 100 pas.
M’allume une clope devant la lecture de l’un d’eux : RDV Samedi 17h – District Sud Hôpital – Ravitaillement – Avec AC – Impossibilité de faire autrement. Je regarde l’horloge dans l’angle de l’écran.

On est samedi.


Je comprends les gens qui viennent passer leurs vacances à Rome. J’ai eu la chance d’y passer un printemps et me suis rendu compte, par moment, de la superbe des paysages que cette ville propose. L’atmosphère y semblait plus pure et féérique que n’importe quel autre endroit que j’avais pu visiter avant – peu nombreux, mais quand même. Ca scintillait, ça rappelait une époque lointaine, ça soufflait des histoires pittoresques. Ca avait le don de rappeler de belles cartes postales. Mais j’ai déjà plus de mal à comprendre les gens qui aiment y vivre toute l’année ; bien que l’été fusse beau, il fut surtout horriblement chaud. J’ai cru mourir chaque jour parce que chaque jour les températures prenaient des degrés supplémentaires. A un moment, j’ai pensé qu’on allait atteindre des records – or, selon Ada, le réchauffement climatique n’avait pas fait du bien à cette saison, qui était plus fraîche que les années précédentes. J’avais bon espoir de retrouver un peu de Suède dans l’hiver Italien… Un espoir vain. Force est de constater que l’hiver est aussi décevant que les autres saisons, finalement. Parce qu’il faut moche, à Rome. Pas juste froid, comme à Kiruna – très froid. Là il fait humide, le ciel est bas sans qu’il ne neige… Il pleut. Mon Dieu. Qu’est-ce qu’il pleut. Pas aujourd’hui mais les autres jours, en général. Il pleut. Je trouve ça particulièrement déprimant…

La portière du taxi claque derrière moi. L’hôpital. Je lève le menton en direction de la bâtisse, me fait la remarque que je n’y suis jamais allé, depuis que je suis ici – par chance parce que je la trouve encore moins engageante dans la grisaille ambiante. Je dodeline du chef. Met peu de temps à repérer, non loin de l’entrée, la silhouette chétive d’Adèle assisse sur une murette. Je trépigne, bizarrement, pris de la soudaine envie de revenir sur mes pas – pas parce que je n’ai pas envie de la voir, juste parce que je n’ai pas envie de faire cette conne de transaction. Prend ma motivation à deux mains pour m’avancer vers la blonde qui ne tarde pas à se tourner vers moi. Adèle c’est… Une gonzesse étrange. Elle à ce physique que beaucoup décrirait comme atypique. Moi je suis incapable d’y foutre un nom. Elle n’est pas plantureuse, Adèle. Pas sexy. Pas renversante. Pas particulière. Adèle, tu te retournes pas sur elle dans la rue. J’ai du mal à lui relever un charme percutant quand elle ouvre pas la bouche - pour causer j'entends. Et, bien que je trouve qu’Ada n’est pas jolie, je trouve qu’elle a un physique plus atypique qu’une Adèle. Pourtant… Pourtant Adèle elle n’est pas banale. Pas classique. Elle est loin des mannequins sur papier glacé, celles qu’on en a marre de reluquer – quand on veut faire bien devant les gens c’est ce qu’on dit, nous autres. Adèle elle est… Une lune, me dis-je quand elle me tend un café sans sucre. Ton visage me fait penser à un soir de pleine lune, ne me demande pas pourquoi… L’odeur de chien mouillé qui va avec, j’imagine. Je grogne, en guise de remerciement, me satisfait que la boisson soit à peine chaude après avoir attendu mon arrivée. – On vient voir qui ? demandé-je d’une voix morne dès qu’on passe les portes automatiques. Et là… BAM. Je prends une pause. Un vague moment d’arrêt. Plaque mon poignet contre mon pif en ouvrant de grands yeux étonnés. Ca put. Genre, ça put pas comme un hôpital devrait puer en toute logique… C’est au-delà de ça. Ca put des trucs étranges, des trucs que je n’ai jamais reniflés dans un hôpital. Ca put la peur et l’angoisse. La tristesse. Ca put la folie pure, l’aphasie. Les médicaments, l’urine, le sang, la merde. La mort. Des morts dans de la merde.

Je cligne des paupières. Lentement. Jette une œillade de biais à ma comparse de la journée. La prie de m'épargner le moindre commentaire d’un froncement de sourcil autoritaire. J’aurais du bouffer avant de venir. Ca m’aurait peut-être évité le retour de bile bien désagréable qui vient me brûler la trachée. Par chance, je ne gerbe pas, mais c’est franchement à deux doigts. Connard de nouveau sens olfactif. Je serre le poing. Bois le café cul-sec en reprenant l’escale. – J’n’avais pas de nom, finis-je par continuer, le timbre enroué par le malaise – plus on gambade, plus les fragrances me prennent aux naseaux. Si maintenant il faut jouer à qui est Charlie, ça va pas être triste.




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Slumber Party [Irénée] - Mar 2 Jan - 15:52
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EFFIGIE : Saoirse Ronan
BAFOUILLES : 1246
PACTE : 30/11/2017
OSSATURE : 28 ans
CONTRAT : Célibataire, mariée à son métier, indisponibilité temporaire pour descente dans le tunnel de la drogue. C'est Alice au pays des merveilles avec des flingues.
BESOGNE : Dealer/Rabatteur (Agent du GOA infiltré)
FABLE : Adele sait tout ce qu'il y a à savoir des meutes et comment les éviter. Elle a de faibles notions sur l'existence des sorciers. Renifle et fuit les suceurs de sang avec efficacité. Des sirènes ? Faut quand même pas exagérer.
ÉCHINE : Wolfman (la version originale, bien entendu. Rien ne vaut les classiques)
PRESTIGE : Faiblarde pour les alphas, Hulk pour les humains. L'odorat d'une femme enceinte et la médaille d'or au quatre cents mètres haie. Au bas de l'alphabet grec et de la chaîne alimentaire, Adele n'est pas plus épaisse qu'un gros chien (bon d'accord, un très gros chien) Poule pondeuse pour sa race, c'est sympa les omegas. T'as raté quelques pages de l'histoire du féminisme, Dame Nature.
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CREDIT : ava by me / sign by lazare

.Slumber Party.



Sous les roses pastel d'une aube timide, l'abattoir a presque des allures de poème - une pâle copie baudelairienne, métaphore bestiale et paradoxes esthétiques. Comme un reptile de tôle et de mortier endormi entre deux collines, digérerait très lentement son bétail, englouti vivant. Cette image de joli cauchemar avec laquelle Eloise compose depuis trop longtemps, au point d'être parvenue à la tolérer, parfois même en apprécier les couleurs; la douceur d'une aube grise sur les reliefs anguleux de ses murs en béton crasseux, monstre industriel le jour qui devient l'antre de la cruauté naturelle les soirs de mauvaises lunes.
Assise à flanc de colline, une thermos de chocolat entre les mains et les genoux sous un plaid aux motifs écossais décharnés par les années, elle ancre un bras dans celui de son père, tassé à ses côtés. Instant improbable emprunté au temps et sa réalité, dans lequel Adele glane et recompose les restes de son innocence - son humanité.

" Et c'est un ami, cet homme ? "

Un rire tranche la mélodie des chants auroraux d'éperviers en un cristal un peu grave, à l'entente de cette interrogation naïve, curiosité légitime à défaut d'être très crédible. Elle fait un écart sauvage, la femme au visage d'enfant, la bête aux courbes humaines - à la seule idée qu'un jour elle fût assez désespérée pour qualifier un de ces individus d'ami véritable.

" C'est un dealer tout ce qu'il y a de plus dealant.  gronde sa voix enrouée par les désossements nocturnes, barrière de dédain dressé entre son esprit et cette affreuse perspective contre laquelle il se défend, corps et âme.  Mais qu'est ce que j'aurais fait de moi, si on m'avait envoyée au trou, ou coupé les vivres en pleine mutation ? elle concède, Eloise, pour palabrer sur ce dilemme qu'elle n'aura pu s'empêcher de verbaliser, entre deux rayons d'aurore. Un regard entrechoqué aux yeux de son père lui fait plonger le museau dans sa thermos, fuite évidente à leurs souvenirs partagés, ceux qui les ont rapprochés dans l’inéducable destruction du foyer.  C'est difficile à expliquer. Expliquer à son humain de père, cet instinct primaire de conservation de la race, ce relent de protection absurde et bestial niché dans sa gorge, à la faire grogner. Avouer à son père tout court, la situation désastreuse dans laquelle on se trouve; et qu'au moins ce non ami aura eu la décence de nous regarder nous oublier dans les drogues au pire de l'horreur, sans juger l'acte d'auto sabotage auquel il assistait. Je prône la justice, pas la torture, c'est tout. "

Elle conclut, euphémique, Eloise - de ce dilemme qu'elle oubliera trop vite, dans le prochain sachet de drogue qu'elle le verra faire disparaître dans sa main de dealer, à défaut sa patte lupique, des semaines et des semaines encore.




De monstre en monstre.

D'un grognement peu amène, l'homme donne le ton à l'échange, d'une soirée qui promet d'être longue - pas de tape dans le dos, alors ? ça fait longtemps, comment tu vas, et la famille ? oh tu sais, ma mère, ça s'arrange pas.

Un peu distraite, sans doute, par cette soirée dont elle se passerait ou cet aparté qu'elle préférerait écourter, par l'exaltation amusée d'Adèle sous les impulsions mensongères d'Eloise et la concentration épuisante que la scandaleuse lui exige; elle emboîte le pas du florentin sans véritablement insister. C'est quand elle a passé le sas d'un huis plus clos que le parking, que l'évidence lui explose aux narines. Nemesio refoule les embruns de mort à ses nouveaux sens, Adele réprime l'appel d'instincts plus profondément ancrés par le temps. Alors ça y est, Terreur ? S'il les arrête en plein milieu du passage, Irénée écrase tout commentaire d'une oeillade morne à ce sujet. Claquement de fouet autoritaire ponctué d'un haussement d'épaules insolent, enfant peu impressionnée par les réprimandes. Trop chancelant sur ses quatre pattes pour l'intimider encore, de menaces non verbales dont il n'est du reste pas besoin; Adele est une peste, mais ce n'est pas une connasse, pas au point de battre l'homme à terre pour la beauté d'une blague.

Alors elle attend que la nausée lui passe, s'indiffère du regard indigné des gens; silhouettes pressées d'échapper à l'antre de l'enfer, ralenties aux portes que sa silhouette de géant garde comme un cerbère.

" C'est un miracle que t'aies eu le lieu, déjà, si j'en crois les autres. plaisante t'elle dans un autre registre, engouffrée dans la brèche des banalités avec lesquelles il veut distraire cet instant péniblement ridicule. Un peu plus et c'est toi qu'on me demandait d'aller chercher à la morgue. Ce qui m'aurait contrariée. J'ai beaucoup de respect pour ton futur cadavre, mais y a Sharknado : The 4th awakens qui m'attend ce soir; et les morts c'est beaucoup de paperasse. "

Un sourire, un peu mutin, l'indécence d'une désolation sincère au coin des lippes. Une main dans ses cheveux pour les démêler d'un mouvement souple, Adele le suit à petite allure quand il reprend la marche, et s'emploie à plonger plus profond dans le four de pestilence, d'une allure incertaine. Elle le félicite en un sens, de donner tellement de corps à leur présence, par le sien qui la supporte à peine - visage verdâtre, teint livide, pupille nauséeuse, il a tout pour rendre crédible, son passage dans ce mouroir.

" Régis, brancardier. elle précise, Adele, presque une pointe de déception dans la voix, à cette annonce sans la moindre prestance. Qui pourrait décemment se vanter d'avoir fait affaire avec Régis, brancardier - ou même de l'avoir arrêté, pour ce que ça la concerne.
J'ai enfin chopé Régis, les gars - maintenant Al Capone n'a qu'à bien se tenir. On doit le retrouver au service oncologie. "

Parce qu'on ne pose pas de question à des gens qui se rendent dans un service d'oncologie.
Ascenseur appelé, Adele le repère sur un organigramme en code couleur, appuie sur le bouton du septième étage une fois les portes ouvertes - qu'elle referme ainsi en un bref alcôve de douceur aux sens douloureux d'Irénée. S'il n'y avait que l'odeur. Mais une fois l'accueil derrière eux et les étages amorcés, il y aura les gémissements dans les oreilles, échappés de chacune des portes de chambre, même closes. Les effluves si forts que le réseau olfactif commun à la gustation vous donne la sensation de les boires, ces odeurs et ces peurs. La sensation collante et poisseuse des déjections, de la sueur et de l'effroi, comme une caresse sur la peau dont on ne veut pas.

Elle a l'habitude, Adele - tout ça n'est pas tellement différent de l'abattoir. L'humain d'hôpital sent comme une vache qu'on égorge. Tous les mammifères se chient dessus dans la mort.

L'ascension se fait en silence. Eloise s'emploie à contempler leur reflet dans la glace, enlaidi par les vulgaires néons de l'ascenseur - pour taire bien profond ses instincts les plus altruistes, d'une remarque réconfortante, ou juste une oeillade inquiète. Se contente de se soucier, ces brèves secondes, de la perspective d'un loup fraîchement muté dans des couloirs pleins de sang et de mort. De ce qu'elle se sent capable de gérer une transaction mal entamée, mais pas une bête lâchée en un lieu plein comme un oeuf de profanes apeurés. Au moins les cancéreux rempli à débordements de produits chimiques n'ouvrent ils pas vraiment l'appétit. , elle songe, dans un relent de cynisme achevé. Pour tous les autres risques qu'Irénée représente et qu'elle mesure, Adele est rapidement tentée de proposer de poursuivre le voyage seule. Qu'il rentre chez lui, se fasse un bon grog, et contemple sa vie en miette sur le plafond de sa chambre. Initiative assassinée par les portes ouvertes au troisième, dans un faible avertissement sonore, pour laisser entrée quelques silhouettes malingres, qui l'obligent à se tasser dans un coin de l'ascenseur. Dans un soupir rentré, Adele se rendort un peu dans les étages qui défilent, et s'engouffre dans le passage creusé entre les gens par les épaules d'Irénée quand ils arrivent à leur étage.

Sans surprise, le service se dessine en U, trois couloirs et deux angles sous leurs pas égarés. Entre les numéros de chambres d'où s'échappent tout un tas de détresses différentes, quelques autres portes plus obscures, de personnel et de maintenance. Arrêtés dans un passage avec un banc d'attente et une vue correcte sur le personnel, il ne leur reste plus qu'à guetter ce qui pourrait ressembler à un brancardier - ou à un Régis. Adele prend vite le parti de s'asseoir pour attendre, contemple les minutes qui s'égrainent dans une patience approximative - le temps est une notion relative mais dans l'absolu, elle a toujours des projets pour la soirée. Trop de grains dans le sablier pour ne pas s'inquiéter de ce qu'Irénée va pouvoir encore en supporter; assez pour désinhiber les regards qu'elle serait tentée de lui adresser, qui se multiplient bien vite, d'ailleurs.
Mais pas suffisant à lui donner envie d'adresser l'éléphant dans la pièce. Un entre deux assez inconfortable, en somme. C'est drôle, on avait jamais passé autant de temps seuls tous les deux, qu'elle finit par se retenir de lâcher, porte ouverte enfoncée dans l'espoir vain d'étouffer le malaise.

Il ne l'avait jamais vraiment intéressée, cet homme. Un cliché parmi d'autres clichés, celui du type qui deale de la drogue parce que même les criminels n'auraient spontanément pas envie de l'emmerder. Des vibrations surnaturelles pas très bien identifiées, une vague piste pendant un bref moment, d'ailleurs communiquée à une très lointaine collègue avant d'être abandonnée - devant l'absence de preuves et d'indices malgré les événements étranges autour de cette officier. Un poisson florentin dans un bancs de squales romains plus intéressants à trier. Et elle l'avoie peut-être, deux ailes si violemment sectionnées, qu'elle a peiné un moment à voler pour rendre justice dans la contrée.

Elle lui reconnaît un certain magnétisme, dans la façon qu'ont sa barbe et ses cheveux d'encadrer son regard; comme une ponctuation, un contraste net au mordoré perçant de son iris, dessiné par les rides d'un bel âge pour un homme de cette carrure. Un charme un peu oedipien, en somme, mais une présence très forte en comité restreint, le genre qui gonfle à réduire l'espace, rendre les huis clos irrespirables si l'envie lui en prend. Une intelligence inquiétante, aussi, parfois - beaucoup moins con que la plupart de ses congénères, Nemesio en devient une compagnie difficile pour qui se complaît dans de dangereux mensonges. Mais outre un délit de faciès - ce charisme auquel on associe mal un statut de grouillot dans les sphères du crime - rien qui n'intéressât vraiment un flic en couverture.

Et puis un jour il est entré dans le bar, une aura plus chaleureuse sur les épaules, un air étrangement plus sympathique sur la gueule. Adele se souvient n'avoir plus pu s'empêcher la bêtise confondante d'une aide proposée, à laquelle il n'y a jamais vraiment eu de suite. Il s'est passé tellement de temps depuis qu'elle a presque eu l'occasion d'oublier. Et ce soir, elle ne croyait pas avoir à y repenser - à ce dilemme parfaitement non résolu qu'il lui inflige sans le savoir.

Après un temps suffisant pour la broyer sous l'envie de réitérer l'assistance offerte, un uniforme bleu nuit attire son oeil au bout du couloir, à faire mourir cet ersatz de grâce intime avant qu'elle n'émane. L'impatience supplante l'altruisme, Adele se lève pour partir au devant de l'échange, charme plus efficace qu'une montagne masculine qu'elle devine à bout de son amabilité relative. Brancardier, une allure de Régis plein la gueule, c'est une effroyable déception que de lire un autre prénom peu mémorable sur son insigne. Elle retient son soupir, Adele, se contente de profiter de l'aubaine pour demander en douceur où elle pourrait le trouver.

" Il est de sortie en ambulance, Régis.
- C'est que, on est de passage à Rome, il devait nous laisser ses clés.
-...  On a une salle de pause au deuxième, vous pouvez l'attendre là bas. J'y allais, je vous emmène.  "

Retour à l'ascenseur, sans passer par la case départ, sans toucher les points de patience.



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Slumber Party [Irénée] - Sam 13 Jan - 21:17
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CROCE Adèle
SLUMBER PARTY

Sharknado : The 4th awakens. Sharknado : The 4th awakens, me répété-je plusieurs fois dans l’écho désagréable de mon encéphale obsédé par les nouveautés olfactives qui l’entoure. J’espère lui faire passer l’envie de disséquer chacune des différentes fragrances. Le noyer dans des informations banales qui pourraient l’intéresser. Sharknado : The 4th awakens. On tourne dans un couloir. On évite quelques patients ou quelques visiteurs. Qu’importe, je veux juste oublier. Sharknado : The 4th awakens. Oublier le lieu. Ce qu’il m’évoque. Toutes ces choses qu’il m’évoque et qui ne devraient pas me toucher. Toute cette blancheur qui pique les yeux – ces blousses qui dissocient les classes. Ces lits qui gênent le passage. Cet enchaînement de portes similaires qui cachent des maux pourtant distincts – des douleurs variables aux détails uniques et criants. Ces âmes qui hurlent. Ces corps qui puent. Sharknado : The 4th awakens. Je ne sais définitivement ce que c’est. Une série ou un film ? Cinéma ou petit écran ? Mes billes émeraudes se perdent sur les boutons de l’ascenseur éclairés d’une faible loupiote orangée. Il me faut un instant pour me rendre compte qu’Adèle répond à ma question, un autre pour pester de ne pas avoir entendu le nom de celui qu’on est censé intercepter. Je fronce les sourcils en enfonçant mes paluches loin dans les poches de ma veste. Hausse une épaule comme le ferait quelqu’un qui a parfaitement compris mais qui s’en fout, finalement – dans une indifférence feinte et complètement mutique. J’espère juste qu’elle sait ce qu’elle fait. Plus que moi. Me demande vaguement pourquoi moi, justement. Pourquoi j’ai été appelé. Ca fait des semaines qu’on ne m’a pas mis avec Adèle. Parce que deux bons dealers qu’on fait bosser au même endroit, au même moment ça reste parfaitement improductif. On fait quoi, une fois qu’on a la came ? On se la partage ? On la ramène à quelqu’un ? Je me mord l’intérieur d’une joue. Qu’est-ce que je fous là ? Il faut que je sorte de ce con de circuit, me dit-je en baissant le menton pour me faxer dans l’habitacle métallique. Vide. Dans une chance improbable les premiers étages sont franchis dans un silence apaisant. Dans le ronron mécanique d’un ascenseur embaumant le désinfectant et autre chose- une chose que je n’arrive pas à nommer. Mais les suivants – les derniers – sont sillonnés dans le malaise frappant d’un espace trop exigu. Il y a trop de gens. Je déteste quand il y a trop de gens. Et quand les bras se frôlent. Et quand on fait semblant de ne pas s’en formaliser parce que sinon ce n’est pas socialement correct alors que ça nous dégoute parce qu’on ne sait pas ce qu’à notre voisin de gauche, encore moins celui de droite... Je jette un coup d’œil à Adèle, absorbée par les étages qui défilent – comme je te comprends. Ai l’envie furtive de lui empoigner la main dans un geste désespéré ; pour me raccrocher à la seule image connue et rassurante qui pourrait m’empêcher d’emplâtrer le prochain qui me bouscule dans le remous d’un niveau. Béni le septième  d’arriver avant que je ne me fasse passer pour un véritable autiste. Me dégage de ce capharnaüm dans un frisson incontrôlable qui me secoue toute l’échine.

Couloir interminable. Odeurs chimiques. Gémissements. Attente démesurée. On avance jusqu’à ces chaises qu’on voit souvent dans les hôpitaux – accrochées au mur par un rail pour éviter que des gens trop énervés les envoient violemment dans les faces impersonnelles de ces employés annonçant de graves nouvelles. Il y est installée une femme, déjà, enroulée dans un long trench beige qui lui donne des allures de détective – mais son visage fermé et la larme qu’elle tente de retenir dès qu’elle nous voit approcher, prouve qu’elle est juste là pour un proche. Je me détourne, d’un geste vif. Reste debout, une épaule appuyée contre le mur frai quand Adèle préfère s’asseoir, dans une attitude probablement plus naturelle et patiente. Elle jette des œillades un peu partout – sur les gens qui traversent avec des uniformes colorés et sur moi, avec une insistance relative. Assez pour que je m’en rende compte, pas assez pour outrepasser les limites de la décence. Tu as toujours su trouver le juste milieu pour ce genre de choses, ai-je envie de lui balancer quand je penche ma caboche en sa direction. Etudier les gens. Les observer sans paraître folle à lier. Avec cette pudeur presque candide – ce respect étrange et fascinant dans l’étude distraite des mystères qui les accompagne, ces gens que tu regardes. Tu les décortiques comme s’ils étaient uniques. Avec une justesse personnelle qui rendrait le pire des connards aussi attrayant que le Pape lui-même. Et tu vises souvent au bon endroit. Ouais. Il me semble. Dans une neutralité tranchante. Dans une émotivité oubliée pour l’objectivité. J’aimerais… J’aimerais, à cet instant précis, savoir à quoi tu penses. J’aimerais savoir qui je suis – me voir avec tes yeux et avoir ton avis. J’aimerais que tu m’aides à y voir plus clair. Mais les portes battantes battent l’air. Font bondir la louve de sa chaise. Elle va à la rencontre de l’impudent qui vient de les ouvrir. L’accoste dans une sympathie chantante qui pourrait rendre le sourire à n’importe qui – même quelqu’un qui vient de passer la pire journée de sa vie. Seulement Régis n’est pas là. Je tique – pour le nom et le départ étonnant de notre passeur. Serais d’humeur à refuser de suivre son collègue jusqu’à la salle qu’il nous indique. M’y résous cependant, parce qu’Adèle s’y résout. Le chemin parcourut est refait en sens inverse – je ne me familiarise toujours pas avec les odeurs, c’est dingue. On atterrit au second en moins de temps qu’il ne faut pour le dire – sans escale, cette fois – tandis que l’autre nous entraine dans le fond d’un nouveau couloir.

La salle de pause est glaciale. La décoration est inexistante, les chaises, autour d’une table rectangulaire, sont d’un vert foncé parfaitement immonde – dissocié des tabourets de bar noir classique sur la gauche d’un distributeur de boissons chaudes. On y est seul, étonnamment, et l’autre nous fait signe de nous installer les sièges, n’importe lesquels. – Je sens que ça va être long, soufflé-je en refusant l’invitation d’un coup de poignet dédaigneux. – Ca fait longtemps, qu’il est parti, Raymond ? Une pièce enfoncée dans la bouche béante de la machine à café, le doigt de notre guide reste suspendu au dessus du boitier numérique. – Pardon ? Qui ça ? Raymond ? C’est pas comme ça qu’il s’appelle, l’ambulancier absent ? Je cherche la réponse dans les prunelles de ma partenaire or, l’autre la prend de court dans un gloussement poli. – Régis ! Il hausse des épaules. – Non, ça doit faire une petite demi-heure. Cela dit l’urgence n’était pas si loin que ça, il risque de ne pas mettre longtemps à revenir. Court silence.Alors, comme ça, il vous prête son appartement ? La machine crache un gobelet en plastique dans un bruit significatif. – Il m’disait qu’il habitait pas le quartier le plus chic de Rome pourtant. Vous venez d’où ?Florence, balancé-je distrait quand je contemple les reliefs d’un paysage sur une photo artistique. – Oh. Le verre collé sur le menton, il respire les effluves vaporeux qui en émanent. – C’est beau ? J’imagine.Assez.Vous le connaissez depuis long, Régis ? Pour en oublier le nom, murmure-t-il. Je fais volte face, un rictus carnassier sur le coin de la gueule. Je vais te manger si t’arrête pas de m’emmerder.Vous avez pas des trucs à faire Inspecteur Barnaby ? On s’en voudrait de vous retenir quand d’autres enquêtes de haut vol doivent vous attendre. Il se crispe. Semble chercher, dans un regard interrogateur, l’humour sous la coupe rauque d’un timbre foutrement sincère. Hésite à se marrer, une fraction de second avant que son bipeur ne se mettre à gerber une alarme stridente. – Excusez-moi ! Il disparait avec la rapidité d’un lièvre coursé par des chiens de chasse en abandonnant son café sur la table.

Lassé, je m’affale finalement sur une assisse. La fait crisser sous mon poids. Plaque mes deux coudes sur la table. – J’ai envie de rentrer chez moi, râlé-je en me prenant les tempes dans les paumes. Ce n’est pas à nous d’être là. Je suis tenté de lui demander de continuer cette transaction seule – Régis, vu d’ici, n’a pas l’air dangereux et il y a assez de témoins dans l’établissement pour lui laisser tout le loisir de s’en sortir indemne, à Adèle, et ce, sans utiliser ses capacités surnaturelles. Ma carrure ne nous sert absolument à rien dans ces circonstances merdiques. Il n’y a personne à impressionner et Adèle sait se défendre. Je me pose plus confortablement sur la table – m’y couche à moitié – dans un grognement contrarié – dans la rétention des propositions déraisonnables que j’ai envie de lui faire. Tu n’es pas un café. Je ne peux pas t’abandonner comme Barnaby a abandonné son café.Tu penses… Tu penses qu’un jour tu arrêteras, ça ?, questionné-je dans un soupir profond après quelques minutes de calme. – De courir derrière des gens qui ne sont pas là ; tout ça pour revendre de la came à d’autres gens qui ne savent plus quoi foutre de leur vie ou de leur santé ? Je lui coule un regard sibyllin. – Tu voulais être quoi, quand t’étais gosse ? Tu te disais que tu serais qui, plus tard, quand tu serais grande ? Moi. Moi je ne voulais rien faire quand j’étais gosse. Ni pompier. Ni flic. Ni justicier. Ni cow-boy. J’ai jamais rêvé de devenir les figurines avec lesquelles je jouais. Etre moi ça me paraissait déjà énorme. Me construire dans l’indifférence d’un père. Et je crois que j’y suis plutôt bien arrivé, finalement. A être le reflet parfait de ce "rien" représentatif d’une époque. A n’être personne.

Je ferme les yeux – les cligne un peu fort dans un souvenir douloureux. Me redresse dans une inspiration agacée.  Suis surpris d’entendre la porte. Encore plus de voir une blousse blanche apparaître. Un monsieur d’un certain âge, bedonnant, des lunettes rondes collées sur le haut de son nez – au plus proche de ses mirettes – débarque essoufflé. Il capte nos minois avant de nous décocher un large sourire amical. Ses cheveux blanchâtres, rabattus sur l’arrière dans une coupe sans prétention, cachent à peine des reflets orangés qui prouvent que, dans sa jeunesse, cet homme devait être roux. – Vous êtes les amis de Régis ? qu’il demande après de brèves salutations. – Je suis le Professeur Hurlington ! se présente-il quand je me refuse de lui prendre la main qu’il me tend. Il ne s’en formalise pas, se penche presque immédiatement vers la flamboyante Adèle. – Adèle, si je ne me trompe pas. Régis m’a dit que vous étiez la plus aimable des deux. Il baisse d’un ton, se met au plus proche de la table comme s’il souhaitait nous dire un secret. Surveille la porte bien que légèrement cachées par le renfoncement du mur. – On vous cherche tous deux depuis plus de 20 minutes. On s’est partagé les étages. Il doit être aux environs de la  morgue.Appelez le, Professeur, proposé-je assez fort pour le faire sursauter. – Je vais seulement l’appeler pour lui dire qu’il nous attende. Une morgue est plus discrète qu’une salle de pause, Monsieur. Vous devriez le savoir, ricane-t-il, fier de m’avoir mouché.





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Slumber Party [Irénée] - Lun 15 Jan - 11:14
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lycans
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EFFIGIE : Saoirse Ronan
BAFOUILLES : 1246
PACTE : 30/11/2017
OSSATURE : 28 ans
CONTRAT : Célibataire, mariée à son métier, indisponibilité temporaire pour descente dans le tunnel de la drogue. C'est Alice au pays des merveilles avec des flingues.
BESOGNE : Dealer/Rabatteur (Agent du GOA infiltré)
FABLE : Adele sait tout ce qu'il y a à savoir des meutes et comment les éviter. Elle a de faibles notions sur l'existence des sorciers. Renifle et fuit les suceurs de sang avec efficacité. Des sirènes ? Faut quand même pas exagérer.
ÉCHINE : Wolfman (la version originale, bien entendu. Rien ne vaut les classiques)
PRESTIGE : Faiblarde pour les alphas, Hulk pour les humains. L'odorat d'une femme enceinte et la médaille d'or au quatre cents mètres haie. Au bas de l'alphabet grec et de la chaîne alimentaire, Adele n'est pas plus épaisse qu'un gros chien (bon d'accord, un très gros chien) Poule pondeuse pour sa race, c'est sympa les omegas. T'as raté quelques pages de l'histoire du féminisme, Dame Nature.
GANG : Nostro Regno. Tant qu'on gagne, on joue.
CREDIT : ava by me / sign by lazare

.Slumber Party.



La salle de pause a l'allure de toutes les salles de pauses; des salles de fonctionnaires où on a privilégié le fonctionnel à l'esthétique, d'un mobilier disharmonieux récupéré à l'emporte pièce et déposé là en un ensemble vaguement pratique. Machine à café d'un autre temps et placards en bois très mal imité cloués au mur, où trois assiettes doivent se battre en duel avec cinq tasses, certaines affublées d'une étiquette pour qu'on ait plus l'incorrection fondamentale de s'en servir. Une âme un peu plus audacieuse a laissé une bouilloire bon marché dans un coin du plan de travail, à côté de laquelle une boîte de thé de supérette - bonne à faire grincer des dents l'anglaise qui sommeille en elle - est éventrée dans une générosité relative envers la communauté. Le thé, d'accord mais les tasses, faut pas déconner. On imagine aisément les employés se battre sur la vitesse à laquelle les sachets sont vidés sans être remplacés.
Sur le mur arrière, accablé par cette antre de la dépression quotidienne, quelqu'un a cru bon de scotcher grossièrement les Tournesols de Van Gogh à la vue de tous, une image qui ne va avec rien d'autre dans la pièce et ne fait que souligner encore la laideur pratique du reste.

Peu émue par cette pâle réplique de toutes les autres salles où elle a pu errer, entre commissariats et administrations d'état, tribunaux et virées tardives aux urgences avec un prévenu menotté à son brancard, Eloise pénètre dans la salle sans une once de retenue. A ses côtés, le soupir de son partenaire embaume l'air, dans un dialecte aussi éloigné que possible du romain dans lequel ils échangent ou du florentin dont il se revendique. Le même que celui qu'elle l'avait déjà entendu parler il y a un bout, maintenant, dans les débuts de sa couverture, avec la bande d'étrangers qui aura brièvement côtoyé les rangs de la mafia. Elle ne l'avait que peu questionné, à l'époque - un homme a le droit de savoir parler plusieurs langues, et d'après ce qu'elle a pu comprendre Irénée en maîtrise largement plus que deux. Aujourd'hui, sans qu'elle ait l'imprudence de le relever manifestement, la spontanéité avec laquelle cette bouche lasse crache son lointain soupir au dessus d'épaules affaissées l'interpelle d'avantage; elle a le naturel de ses bloody hell, cette phrase, des choses qu'elle s'entend lâcher quand elle est trop épuisée ou accaparée pour mobiliser des dialectes qui ne seraient pas de sa mère.

Un homme a le droit d'avoir plusieurs langues maternelles. Tirant une chaise à elle dans un grincement un peu désagréable sous l'invitation plutôt envolée de leur sympathique guide, Adele s'y vautre dans une lassitude manifeste, les mains accaparées par des brochures de concessionnaires et de laboratoires qu'elle éventre pour parcourir les du regard. Peut-être qu'il aura eu honte de dire qu'à la maison, on parlait moins la langue de Florence que celle de la famille, celle du pays d'où ils venaient et qui ne suffisait pas à la faire vivre. Même si à la langue qu'elle croit reconnaître - de ce snobisme confondant avec lequel mademoiselle fouille et exige ses films en version originale et brasse ainsi pas mal de phonétique à travers le monde - ce pays là n'a clairement pas besoin des fondateurs de l'Europe pour subsister, serait même du genre à pouvoir se permettre de jeter symboliquement de grosses coupures à la gueule des anciens dans les G20, pour leur rappeler où se trouve la monnaie moderne. Un homme a le droit de ne pas vouloir s'emmerder avec le racisme ordinaire - citant l'exemple de sa propre mère et de celui dont elle l'a entendue faire preuve, Eloise ne peut que le comprendre, cet homme.

En tout cas la langue lui est naturelle, elle y mettrait sa main au feu. Beaucoup plus en tout cas que la suite maladroite des palabres, qui stupéfie Adele et l'incite à plonger un œil consterné dans le regard interrogatif qu'il a l'audace de lui lancer. Raymond ? Sérieusement ? Autant le dire tout de suite qu'on en a plus rien à foutre, et qu'on a sciemment décidé de saboter l''échange, ça évitera l'ambiguïté. Alerte, la rouquine ouvre la bouche pour ponctuer le doute raisonnable de quelque baliverne - que c'est un cousin éloigné un peu mal élevé et qu'il se sent pas forcé de retenir le copain qui les héberge - mais Irénée coupe court au problème, optant pour le je m'en foutisme à la place du mensonge. Donner l'impression de ne pas se sentir inquiété par les questions, ça marche aussi. De toute façon leur sympathique guide n'a pas le temps de se formaliser symboliquement du degré de ses acerbes rétorques, qu'une sonnerie désagréable le rappelle à son devoir et le fait bondir de sa chaise. Un homme consciencieux, songe Adele, la truffe aussitôt replongée dans ses brochures dans un soupir las; pas comme d'autres, pas foutus de retenir le seul prénom qui les concerne pour mener leur mission à bien.

Irénée se relâche, Irénée s'effondre à son devant.
Même l'entendre s'asseoir sur sa chaise est un événement, allégorie accablante d'un colosse dont on aurait fracassé les pieds d'argile au marteau piqueur. Souffle une nouvelle bribe de sa souffrance interne dans un italien plus compréhensible pour elle, s'affale complètement sur la table dans un épuisement qu'Adele se retient de ponctuer d'une grimace compassionnelle. Ne sachant toujours pas comment se positionner entre l'état qu'il manifeste et les commentaires qu'il lui refuse tacitement à son sujet, elle est surprise de l'entendre ouvrir à nouveau la bouche, pour une adresse directe à la curiosité un peu envahissante. La conversation jusque là inexistante prend un virage brutal vers des philosophies trop profondes, qui la désarçonnent un peu. Rétive à se confier à un homme qui ne semble s'intéresser au sujet que pour focaliser son cerveau en roue libre, Adele en perd l'opportunité de mettre à l'épreuve ses heures de préparation au mensonge. Elle la connaît, la réponse - aussi instinctivement ou presque, que s'il s'agissait de sa propre vie. Ne se serait pas lancée dans l'entreprise, dans ses maniaqueries confondantes, si elle n'avait été sûre que son personnage respirait déjà autant qu'elle avant de l'incarner. Mais elle doute, peut-être à tort, que ses réponses fassent réellement l'objet de l'intérêt d'Irénée, se convainc plutôt que c'est un appel au secours, une recherche désespérée de bouée dans la tempête, et qu'elle est la seule présence dans la pièce à pouvoir en incarner une. " ... Rentre, si tu veux. " se contente t'elle de proposer alors, en lieu et place d'une réponse. Par compassion autant que par prudence, à ne pas exiger l'impossible d'un homme dont l'épuisement ne parvient pas à se remémorer un simple prénom; Adele appuie la suggestion d'un regard droit quand il relève le nez vers elle, avant de replonger aussitôt les mirettes dans ses feuillets morbides, le laissant seul à son dilemme sans le jugement d'une œillade pesante. Qu'il ait l'opportunité de se lever dans un remerciement symbolique pour partir, sans en faire un drame inutile. Sûr qu'elle préférerait ne pas être seule dans ce mouroir, et que la compagnie de cet homme lui est assez plaisante, pour des raisons de génétique qu'elle s'explique mal elle-même - pas au point cependant de se formaliser de son départ.

C'est bien dans cette optique qu'elle garde ses distances, d'ailleurs, Adele - refuse de répondre à ses questions comme d'entendre les doutes qu'il émet sur son propre métier, même enorgueilli comme tous les autres de son mépris pour le consommateur, comme s'il n'avait jamais rien foutu dans ses veines, lui; comme si c'était plus glorieux de vendre de la merde que de la sniffer. Parce que commencer à attendre quelque chose de l'autre c'est prendre le risque de voir ses attentes déçues; s'exposer au sentiment de trahison accompagnant ce genre d'échec. Elle ne se voit pas les lui faire subir, ses attentes et sa trahison, au prétexte qu'il est d'une famille arbitraire dont il n'a pas l'air de vouloir, et traîne dans son sillage une odeur non désirée de foyer pour elle, sorte de madeleine de Proust avec moins de beurre et plus de tripes.

Nemesio est toujours là quand le Professeur Hurlington fait son entrée dans la pièce, un choix présumé dont elle est silencieusement reconnaissante; avec son nom de compatriote et ses allures de professeur Dumbledore, il donne à la scène des relents de pièce de théâtre sociale, où des personnages colorés s'orchestreraient autour des deux acteurs faisant office de pilier pour le commentaire en sous texte. Y a un côté Ionesco dans les événements qu'ils sont entrain de subir, de plus en plus surréaliste.

Un homme un peu trop bien élevé pour le milieu, enjoué à l'excès pour leur secteur d'activité courante. De l'ambulancier naïf elle pouvait comprendre une bonhomie naturelle pour l'inconnu, de ce médecin en blouse bien blanche qui fait du trafic avec des criminels notoires, un peu moins. Elle lui rend pourtant sa poignée de main, Adele, taisant sa méfiance immédiate dans un sourire de convenance. " Oh ben c'est pas vraiment un challenge. " rebondit elle dans une risette, insolente et complice, rentrant dans le jeu camarade de cet étrange docteur pour dissimuler ses réserves. Irénée endosse son rôle de mauvais flic, rebondit sur les palabres guillerets avec la dureté terrifiante d'une patience à bout dont on ne veut pas découvrir la limite réelle. Professeur Compatriote dégaine son téléphone hors de prix, pour échanger des phrases les plus vagues possibles avec un illustre inconnu à l'autre bout du fil, si vite que son identité n'a pas le temps d'être confirmée. Décochant à l'auguste personnage une œillade discrètement méfiante, Adele reprend ses airs de gamine inoffensive et peu remarquable dès qu'il raccroche pour leur dire de le suivre. Retour dans l'ascenseur qu'elle ne peut déjà plus voir encadré sur un mur, pour descendre de trois étages vers les sous sols où l'hôpital entrepose les conséquences fatales de ses erreurs médicales.

Les couloirs dans lesquels ils échouent leur font encore un autre décorum, qui ne fait cette fois même plus semblant de l'être. Serpent large en bloc de béton nu sans la moindre fenêtre, où des lignes ont été grossièrement peintes aux murs pour indiquer les divers entrepôts de maintenance, que sillonnent des charriots de métal lourd transportant des caisses pleines à craquer de tenues roses vertes et blanches ou des plateaux de bouffe dans des containers isothermes. Adele espère sincèrement qu'il existe un itinéraire plus chaleureux pour les familles endeuillées, que celui-ci qui, dans son absence de malheur, la rend déjà parfaitement claustrophobe.
Arrivés aux locaux vaguement plus accueillants de leur destination, qu'indique un panneau Morgue sans subtilité au dessus de la porte, ils longent une salle d'attente, ou un seul couple semble n'avoir plus de larmes à pleurer et se contente de fixer le vide ensemble, mesurant les horreurs pragmatiques et administratives qui les attendent, comme un bras d'honneur dans leur terrible épreuve.

Professeur Compatriote s'enfonce dans un placard pour leur en sortir deux blouses constellées de tâches propres, histoire d'acheter un vague semblant de crédibilité à leur présence. N'osant pas imaginer à quel point cette crédibilité est risible, Adele enfile la sienne pour nager dedans, se bat entre les manches et les boutons histoire de lui rendre une coupe vaguement honnête. De là ils poussent carrément les portes de l'entrepôt à cadavre, sitôt arrosés de nouvelles flagrances, d'une mort aseptisée par les produits d'hygiène et les corps réfrigérés. De mieux en mieux, elle songe en passant entre des brancards et des rangées de casiers en métal au mur, tout le long de la grande salle, jusqu'à ce qui fait office de bureau au Professeur. Un autre exemple de fonctionnalité nue, pas très esthétique, seule preuve manifeste de son salaire étant un ordinateur hors de prix posé sur son bureau bon marché.

" Je vais chercher Régis. ", déclare le bon professeur Compatriote, les abandonnant à nouveau à leur huis clos sans le moindre état d'âme. Il ne faut pas quelques secondes pour que, cette fois, Adele ponctue la situation d'un Putain lapidaire, impatient. Dans un soupir manifeste et bruyant, aux allures boudeurs de gosse mal dégrossie, elle vautre à demi son postérieur sur le bureau et fouille dans les poches de sa veste pour en sortir son paquet de cigarettes. Audace provocatrice à qui osera venir lui dire que c'est interdit, vengeance à l'égard de cet homme qu'elle ne peut déjà pas sentir et dont elle se réjouit d'empuantir l'environnement de travail; mademoiselle embrase l'une de ses fournisseuses de cancer, recrache la fumée devant elle sans la moindre pudeur. " Architecte. déclare placidement Adele dans la naissance d'un silence dont elle a marre, tout autant sinon plus détonante que Nemesio dans ses révélations soudaines. Je voulais devenir architecte mais ça m'est vite passé. Je me suis rangée aux rêves qu'on avait pour moi très tôt quand j'étais petite. Mes seules ambitions personnelles c'était le podium en classe, l'or en gymnastique et un poids inférieur aux limites viables. arrachant à sa cigarette l'une de ces bouffées pressées qu'ont les gens certains d'être interrompus avant d'avoir terminé, elle en dégage la cendre devant ses pieds, dans la satisfaction de l'immature incorrection qu'on lui a bien cherchée. Un trait de personnalité que la véritable fille en dessous de ses allures envie, l'une des seules véritables satisfactions de sa couverture, qu'est le pêché véniel et jouissif d'une provocatrice caractérisée. Et puis je me suis fait mordre, et j'ai récupéré un instinct de survie. elle déclare, la pure vérité de ses déclarations déviant dans le mensonge sans un temps d'hésitation, ponctué de la nonchalance d'un haussement d'épaules naïf et peu concerné. Je vois pas pourquoi j'arrêterais. J'ai toujours vendu de la came, depuis que j'ai quinze ans, pour acheter la mienne au début même si ça a pas duré longtemps. Ma drogue à moi c'est ce métier. Et puis, je suis très douée. Sa gueule se fend de l'orgueil macabre d'un sourire, sa main tend la cigarette à demie consommée à son partenaire, comme on se passe un joint entre amis de débauche, regrettant en une fumée expulsée avec profondeur qu'il n'y ait pas de THC dans celui-là pour lui occuper la pensée. Et toi alors, Terreur. C'est quoi ton excuse ? "

Un sourire mutin lui fend les lèvres, à Adele, à cette question intrusive à laquelle elle ne l'oblige pourtant pas à répondre. Enchaîne même assez vite, dans un revirement de ton sincère, sur ce qu'elle essaye de lui dire depuis tout à l'heure malgré l'orgueil de l'homme à vouloir la faire taire. " Je sais que c'est dur, je suis passée par là. Mais tu verras ce que je te dis - pour l'instinct de survie. T'es en haut de la chaîne alimentaire maintenant. Tu te rendras vite compte que les limites sociales ont plus vraiment de sens, que c'est même l'un des gros avantages. Tu feras tes propres choix. C'est pas des choix faciles, ceci dit c'est quand-même jouissif de te dire qu'ils viennent de toi, pas de ce que te rabâchaient des parents quand t'étais gosse ou le code pénal quand t'étais moins gosse.
Et si tu veux me dire que t'as décidé de te reconvertir dans la chasse au sanglier ou la musique country, je serais la première à m'en réjouir, même à faire péter une bouteille de champagne dans ton dos pour m'approprier une victoire qui n'est pas la mienne, ego mal placé de cette maigre consolation à ma vie de merde. ... C'était quoi, tout à l'heure, du suédois ? " elle enchaîne, Adele, sans doute un peu désinhibée par les minutes passées à deux et les confessions qui s'en sont arrachées.

Ceci dit elle n'a pas le temps d'entendre la réponse, qu'un bruit la fait bondir de son assise, dans une tension immédiate.
Un grognement, dont elle est presque sûre de la véracité, et encore plus de l'humanité. Lui faisant aussitôt signe de se taire, Adele coule vers la porte du bureau, une main arrimée à la crosse du flingue qu'elle a dissimulé dans son dos, l'autre à la poignée, pour l'ouvrir dans une lenteur insupportable, mais silencieuse. Entrebâillant le volet, elle aperçoit dans l'interstice la vision poignante et surréaliste d'un homme très blanc, très nu, sillonnant les brancards, le nez en l'air à la recherche de nourriture.

Le sang passé en un demi tour de ses organes secondaires au cerveau alerte et au cœur gonflé de tension sous les effets d'une adrénaline immédiate, Adele referme la porte avec la prudence d'un chirurgien sur une manœuvre délicate, progresse à pas de loups vers le bureau, auquel elle emprunte une feuille et un stylo.

Vampire. écrit-elle précipitamment de l'un sur l'autre, à l'adresse de son camarade. Évite de le laisser te mordre.




☾ ☾ ☾ ☾ ☾
Comme la lune fidèle à n'importe quel quartier, je veux être utile à ceux qui m'ont aimée; à ceux qui m'aimeront et à ceux qui m'aimaient. Je veux être utile à vivre et à rêver. 
(c)lazare
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Slumber Party [Irénée] - Mer 17 Jan - 3:07
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CARISSI Irénée
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CROCE Adèle
SLUMBER PARTY

Coup d’œil de la louve. Rendu immédiatement dans un désaccord cordial. Je me refuse spontanément à suivre ce type à travers l’hôpital – on m’a dit qu’il fallait que je traite avec Régis alors, je serais plutôt du genre à traiter avec Régis. Bête et méchant. Je m’y refuse comme je m’y refuserais si le premier clampin qui passait - affublé d’un beau badge, d’une belle blouse blanche et tout propre sur lui – me le proposait. Je dodeline du chef, dans une négation discrète – le genre qui doit pourtant être prise pour une hésitation passagère, parce que personne n’y fait attention. Tout le monde s’en fout et s’occupe d’autre chose. Le Professeur s’éloigne, compose un numéro dans la symphonie des touches numériques, termine sa conversation téléphonique avant même que je ne puisse tendre l’oreille pour en écouter les termes et Adèle se lève avant que je ne puisse la retenir par la manche pour lui causer de mon trouble – pas d’un pressentiment quelconque cependant, juste d’un instinct affreusement tribal. De ma vie dans les steppes j’en ai surtout retenu une grande méfiance et une grande appréhension. Il faudrait peut-être que tu en prennes de la graine, on ne suit pas les hommes au bout du monde, même s’ils te proposent des bonbons, Adèle.

Je les accompagne, pourtant ; sans savoir si c’est du dépit ou de la simple curiosité ; du masochisme ou un nouvel instinct de protection complètement inutile – je suis à peu près sûr qu’Adèle est capable de me battre au bras de fer, désormais, j’ose donc à peine imaginer ce qu’elle serait capable de faire à un Professeur un peu bedonnant, pas du tout athlétique et encore moins surnaturel... Je râle, quand même. Je donne un grand coup de reins pour envoyer valser ma chaise, quand même. Et je traine les pieds jusqu’à l’ascenseur. Et je prends bien garde de me retrouver à côté du Professeur, qui ne daigne faire attention à moi que pour me prévenir que je le gêne pour accéder aux boutons des étages. Et on descend encore, de trop de niveaux. Et on arrive dans un sous-sol qui pourrait ressemblait à la plupart des sous sols dans lesquels je suis allé. Sauf, peut être, que celui là sens les viscères et une forte odeur de menthe poivrée – elle pourrait même recouvrir tout le reste, sans aucun problème. Elle pique le nez et éveille les sens d’une pointe agréable et assez fraiche pour me faire oublier qu’on est complètement enfermé – qu’il n’y a aucun moyen de s’échapper. Aucun espoir. Aucune flèche qui indique les sorties de secours les plus proches ; ce qui pourrait me paraitre étrange parce que, des êtres humains capables d’avoir des problèmes - techniques, physiques, logistiques - doivent se retrouver ici journalièrement pour exécuter leur journée de travail. Au lieu de quoi je tends le menton, me repais de quelques fragrances de sanguette ; salive au goût de fer qui se pose sur ma langue lorsque je la darde hors de ma bouche comme un serpent. Me stoppe, un peu vaseux, un peu ailleurs – la mine patibulaire de ceux qui planent et l’œil hagard – pour juger un instant ce que le grand père semble me tendre. Il me faut 30 bonnes secondes pour comprendre que c’est une blouse – 30 autres pour comprendre que, définitivement, je ne la passerais jamais… Ou que jusqu’au poignet - le biceps me dit merde quand les épaules crient au scandale. Je la balance nonchalamment sur mon avant bras, ce qui ne plait guère à notre hôte, mais dont il se contente après une recherche brève sur la taille supérieure de vêtement – qu’il ne trouve pas. Puis on se balade encore. A côté de corps que l’on ne voit pas. Cachés dans des congélateurs high tech qui n’interceptent pourtant pas tous les effluves ; ce jusqu’à un bureau. Petit, ridicule et pauvre ; éclairé d’une lumière jaunâtre désagréable et d’une ampoule nue qui la rend criarde. En deux enjambées je suis devant le mur du fond. Des dalles. Prend la moitié de l’espace de mon gabarit – pourtant pas le plus impressionnant du monde. Je me retourne dans une réflexion pédante qui me brûle les lèvres. Me heurte à un Hurlington sur la partance – qui part pour le plus grand désespoir d’Adèle. Elle se pose dans une insulte spontanée. Dans une tension de ses muscles qui ressemble à s’y méprendre à une lourde lassitude. T’es pas la seule à en avoir marre. Si j’avais su, je me serais barré quand tu m’en as donné l’occasion.

Le silence s’abat. Un silence de mort. Bien plus terrible que celui de l’ascenseur, celui que j’avais trouvé intimiste et reposant, parce que celui là est couplé de l’attente et que je n’ai pas été fourni avec l’option patience. Une ventilation se met en route, dans un ronron mécanique – fait écho à une solitude que nous partageons pourtant à deux. Adèle s’allume une clope. Me donne envie de fumer, moi aussi. Or je réprime l’envie avec une certaine fierté – c’est que ça va vite avoir des allures d’aquarium si je m’y mets. Je soupire. Hoquette au mot qu’elle lâche – une réponse à une question lointaine que j’aurais presque pu oublier lui avoir posé. Cela dit je me laisse porter par l’aveu – par sa voix légère et fluette qui recouvre le bruit de la ventilation mécanique. Elle est comme une mélodie tranchant l’oppression oppressive. Comme une bouée balancée au milieu d’un océan d’exaspération. Architecte. Je ne sais pas si c’est véridique ; ni même si elle me crache ça plus pour nous faire passer le temps que pour tenter de copiner.  Adèle est sympa. Dans la mesure du raisonnable. Elle est aussi, et surtout, aussi sociable que moi. Ne m’a jamais prouvé par des élans amicaux son désir de s’attacher à autre chose qu’à son boulot. Elle est professionnelle, Adèle. Même si elle m’a proposé son aide pour ma mutation– ces soirs de pleine lune qui me laissaient avec une maîtrise abstraite.

Je récupère la clope qu’elle me tend, absorbé par l’image difficile de cette gamine chétive fan de gymnastique et de reconnaissance qu’elle me dépeint. Moi. Moi j’ai pas d’excuse, qu’elle ne me laisse pas le temps de lui rétorquer quand elle enchaîne trop vite pour mon cerveau soufflé. Qui se désouffle rapidement, dans un ricanement jaune. Dans une bouffée de nicotine énervée. Si tu savais… Si tu savais que j’étais tout en haut avant cette morsure. Que j’aurais pu retenir une armée ; faire ployer le plus puissant des lupins. Lui faire péter un organe vital en un claquement de doigt. Si tu savais que je n’avais pas besoin de luter pour me contrôler. Que je ne me sentais pas agressé par la moindre odeur, le moindre bruit, le moindre sentiment et le moindre changement. Si tu savais que j’étais crains, respecté et certainement aimé. Que j’étais chef. Que j’étais Roi. Que j’étais Suprême. Et que maintenant…. Maintenant je ne suis rien d’autre qu’un louveteau au milieu d’un troupeau affamé – que je ne suis plus rien et que ça me crève d’avoir besoin de demander de l’aide à des gens dont je me serais moqué. Qui n’étaient pas meilleurs. Qui n’étaient pas mieux. Qui n’étaient pas plus forts ni plus puissants. Que j’ai passé des années seul, dans des steppes enneigées, pour atteindre un niveau d’excellence qui ferait rager le plus grand des Suprêmes Italiens. Que j’étais jeune mais que je n’avais rien à envier aux anciens… Et tout a changé. Tout a mal changé.

Un grognement ponctue sa dernière question. La fait se redresser dans une vivacité féline. Fluide. Elle m’intime de me taire, bien que je n’avais pas décidé de parler. Glisse jusqu’à la porte du bureau, une main cherchant la crosse d’un flingue que je ne lui avais pas deviné – ce qui me surprend, je suis plutôt du genre à attacher de l’importance aux boursoufflures improbables qui peuvent apparaitre sur les pans d’une veste. Elle entrouvre avec prudence l’entrée. Jette un œil à l’extérieur.  N’a pas besoin de causer pour que je comprenne d’avance ce qui se passe à l’extérieur. Un vampire. J’avais entendu des histoires à ce sujet. Le genre qu’on capte au détour d’un couloir ou d’une conversation ; dans un journal local ou dans un magasine à scandales négligemment posé sur une table de salle d’attente. Des histoires folles sur des cadavres qui s’étaient un jour relevés, dans des morgues plus ou moins connues, dans des villes plus ou moins grandes. Ca avait été comme une mode. Un truc dont on parle pendant un moment et qui s’estompe. Qui finit par disparaître – des mémoires et de la paperasse. Avant de revenir. Comme un flash. Ce soir. Ici. Maintenant. Il paraît qu’un jour, dans une morgue de l’Oklahoma, tout le personnel s’était fait dévorer par un être étrange, un fantôme, le diable – un animal sauvage, me rappelé-je en chancelant légèrement sur mes jambes – pas par peur ou appréhension, juste dans une réminiscence un peu violente, aux couleurs de voix passées. Le fait d’hiver avant été diffusé à la télévision lorsque j’habitais déjà à Rome, avec Eija. Je me souviens m’être dit qu’il faudrait une régulation,  pour ce genre de problème technique, une brigade, des exécuteurs de cadavres – des décapitations préventives parce que les vrais morts ne s’en plaindraient jamais. Des perfusions de verveine, des gardes fous avec des flingues et une force surhumaine. Ou plus simplement limer les dents à tous ces cons de vampires qui ne savent pas se contrôler quand il s’agit d’infanter des bambins qu’ils perdent comme des chaussettes dans un lave linge. Je m’étais dit que ça n’arrivait qu’avec eux, ce genre de polémique ; qu’ils faisaient chier et qu’ils nous feraient tous prendre - même si je ne savais pas vraiment ce qu’une révélation pourrait impliquer, que je ne le sais toujours pas. Et puis je me suis fait maladroitement mordre par une louve trop défoncée pour véritablement réfléchir à l’ampleur de son geste. Elle m’a oublié comme des Sires oublient leur bambin, certainement. Elle m’a laissé partir, l’épaule en charpie, l’égo en lambeau – je revoie son sourire, cette risette ridicule coller sur le coin de sa face ; ses babines retroussées et ses crocs sanguinolents. Sa gueule déformée d’une transformation à demi achevée. Ses airs de dame sous sa peau de bête.

C’est la feuille qu’Adèle redresse dans un mouvement calculé qui me fait sortir de mes élucubrations. J’y lis l’évidence avant d’y déceler la non évidence. Fronce les sourcils pour me pencher sur son bordel. Pas me faire mordre ? Pourquoi j’en aurais envie, de un et, pourquoi je ne devrais pas, de deux ? T’es pas ma mère, laisse moi faire mes propres boulettes. J’arque un sourcil, donne un coup d’index dans un amas de stylos – disposés dans une tasse peace, love & joy blanche et noire reconvertie en pot à crayons. Je pince un critérium, gratte sur le papier Moi qui rêvais d’une soirée Blow, Blood & Bite dans une mine si faussement désemparée que ça en deviendrait presque réaliste Allez, même pas une petite morsure ? T’es sûre ? Et je pousse un incroyable soupir muet. Pointe le flingue qu’elle a si gentiment mis en lumière pour lui faire saisir de, simplement, tirer dans le tas. A ce que je sache, aucun vampire n’a continué de courir derrière sa proie après une balle de 9mm logée entre ses deux yeux. Je veux bien qu’il s’en remette, moins que ça ne le ralentisse pas un minimum. Je secoue la tête. Lève les yeux au ciel dans un agacement comique. – I… Il y en a combien ? ai-je le désir de questionner sans y parvenir. Je lâche la cigarette dans une surprise tremblante. Plaque ma paume à ma gorge pour racler mes cordes vocales visiblement défaillantes. - La bouche en O, je bulle avec autant d’éloquence qu’un muet à un meeting de sourd. Putain de merde ! Mes pupilles se dilatent. Je me penche subitement vers Adèle pour lui pincer l’avant bras – tente de la faire couiner dans le geste, prie pour que je sois le seul toucher par une aphasie passagère. C’est le stresse des derniers jours. Fais que ce soit le stresse des derniers jours qui me coupe dans mes élans jacasseurs. Or elle ne couine pas, Adèle. Elle reste sans voix.

Brusquement je me retourne vers le bureau, mon palpitant battant si fort qu’il serait même surprenant qu’un humain de l’entende pas. J’extirpe d’un tiroir un calepin à moitié noircie de notes. Ecris, sur la première page blanche que je trouve : IL EST OU, HURLIMACHIN ? Soit il ne reviendra jamais parce qu'il va se faire bouffer avec Régis, soit il n'a jamais eu l'intention d'aller récupérer Régis. Ne lui laisse pas le temps de répondre. L’interpelle de nouveau. Chargeur, plein ou pas ? Combien de vampires ? Si la morgue est pleine on est littéralement dans la merde. Je louche sur la poignée. Une clé. S'enfermer ici serait peut-être la meilleure des solutions, pour l'instant. Ca nous permettrait de réfléchir sans céder complètement à la panique - ou à l'adrénaline. Faut juste pas qu'on ait la subite envie d'aller au petit coin.






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Slumber Party [Irénée] - Mer 17 Jan - 14:11
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EFFIGIE : Saoirse Ronan
BAFOUILLES : 1246
PACTE : 30/11/2017
OSSATURE : 28 ans
CONTRAT : Célibataire, mariée à son métier, indisponibilité temporaire pour descente dans le tunnel de la drogue. C'est Alice au pays des merveilles avec des flingues.
BESOGNE : Dealer/Rabatteur (Agent du GOA infiltré)
FABLE : Adele sait tout ce qu'il y a à savoir des meutes et comment les éviter. Elle a de faibles notions sur l'existence des sorciers. Renifle et fuit les suceurs de sang avec efficacité. Des sirènes ? Faut quand même pas exagérer.
ÉCHINE : Wolfman (la version originale, bien entendu. Rien ne vaut les classiques)
PRESTIGE : Faiblarde pour les alphas, Hulk pour les humains. L'odorat d'une femme enceinte et la médaille d'or au quatre cents mètres haie. Au bas de l'alphabet grec et de la chaîne alimentaire, Adele n'est pas plus épaisse qu'un gros chien (bon d'accord, un très gros chien) Poule pondeuse pour sa race, c'est sympa les omegas. T'as raté quelques pages de l'histoire du féminisme, Dame Nature.
GANG : Nostro Regno. Tant qu'on gagne, on joue.
CREDIT : ava by me / sign by lazare

.Slumber Party.



Et moi j'étais la princesse d'un royaume d'opulence, ingrate et confortable dans sa tour d'ivoire, Terreur. Je serais devenue avocat, peut-être sénateur ou président. Ou alors je serais juste devenue une femme de, et j'aurais compensé la dignité bafouée de mon cerveau alerte en livrant un peu de mon argent facile à des associations qui font bien dans les soirées mondaines. J'aurais suivi le lit du fleuve qu’on avait creusé pour moi, inerte et ballotée, et peut-être que je m'en serais pas plus mal portée ; peut-être qu'au lieu de bavasser avec un dealer pour tuer le silence d'une chambre froide, je siroterais un cosmo le cul dans le sable de pays encore chauds à cette saison. Mais voilà, ça m'est arrivé, et ça t'est arrivé, et ça ne sert à rien de se regarder le nombril sur ce qui s'est passé, vaudrait mieux lever le nez vers ce qui va arriver.
Les Rois se complaisent dans l'insatisfaction d'un monde éternellement trop étroit; les sorciers se vautrent dans l'illusion de contrôler les éléments d'un monde qui a vécu des milliards d'années avant eux et vivra des milliards d'années après. Peu importe le sommet ou sa hauteur, n'importe quelle montagne est une micro poussière dans l'univers. Dans les proportions de ce monde, l'Homme le plus puissant que la Terre ait connu et le SDF schizo au pied de l'immeuble n'ont pas tellement d'écart l'un d’avec l'autre. Ce qui est essentiel, ce qui compte vraiment, se trouve souvent dans le kilomètre qui nous entoure, tout au plus, la circonférence intimiste des gens qui ont la bêtise de nous aimer et ceux qui ont le mauvais goût de ne pas le faire.
Vaudrait mieux bâtir dans ce kilomètre, que de contempler le vide étendu et insondable, d'un monde perdu tout autour.
On s'en fout du monde. Il s'en fout, le monde.


Essuyant les lignes rapides de sa griffe désobligeante dans un soupir exaspéré, Adele s'en déresponsabilise d'une main jetée en l'air à son adresse - eh ben tu te feras mordre, et t'auras mal, et tu viendras pas te plaindre. L'oreille revenue contre la porte, elle écoute avec attention les bruits qui commencent à gratter derrière, de plus en plus nombreux, au point qu'il en devienne débile de l'ouvrir si ce n'est plus pour courir. Elle en entend deux, peut-être trois, mesure à l'accroissement de leur nombre leurs chances qui s'amenuisent à due proportion. Plus qu'un loup dans une phase particulièrement instable et dangereuse dans un buffet immense, il faut maintenant gérer un loup dans une phrase particulièrement fragile et incertaine dans un repère de monstres. Trop pleine d'adrénaline pour être défaitiste, Adele compte les chances qu'ils auraient de s'en sortir en fonçant dans le tas pour s'enfuir, en conclut que ce n'est pas tellement irréalisable - tant qu'ils ne sont que trois.

Une douleur vive dans son bras interrompt la turbine surchauffée de ses réflexions hachurées, lui arrachant une plainte abrupte, de surprise. Muette, la plainte.
Choquée de son propre mutisme, Adele réitère sa tentative, sans le moindre succès. Estomaquée bien vite, elle s'empoigne la gorge et la presse, comme pour faire sortir le son, comme si ses cordes vocales allaient réagir pareil qu'un tube de dentifrice vide; s'égosille silencieusement dans l'air, ce qui doit donner lieu à une image particulièrement ridicule et pathétique. Le regard soudain terrorisé qu'elle jette à son acolyte se transforme vite en agacement furieux - fugace. Sourcils froncés sur ses billes bleues bien courroucées, Adele jette son poing dans le bras d'Irénée d’un coup vif - pas assez pour lui faire mal, assez pour protester. Pour évacuer d'une façon ou l'autre, la tension terrible et nerveuse qui lui fait comme un étau chauffé à blanc dans les côtes. Et si j'avais couiné, gros malin - tu allais les gérer les vampires débarqués en furie par la porte ouverte, je présume ? que veut dire son œillade furieuse et bien moins éloquente que sa verve; peu importe puisque le rustre ne daigne y prêter que bien peu d'attention. Se remet plutôt à jeter des mots paniqués sur le papier, en capitales majuscules pour marquer l'emphase de ses angoisses. Eberluée, Adele écarquille les yeux, fait mine de se taper les poches les unes après les autres; une moue trop adorable et contrite pour ne pas être encore plus narquoise, tirant sitôt sa jolie bouche à ses recherches infructueuses.

Essuyant l'œil noir de son compère dans un coup de menton provocateur, Adele daigne enfin s'intéresser à la moins absurde des deux questions. Acquiesce pour le chargeur e signe le chiffre trois en l'air, qu'elle relativise en un geste d'incertitude, l'oreille tendue pour vérifier ses déclarations arbitraires, aux bruits qu'elle pourrait entendre.

Ou plutôt, qu'elle n'entend pas.

C'est avec un temps de retard, qu'Adele réalise le silence effroyable qui les entoure, tout à coup. Les créatures tout juste arrachées de la mort ont dû subir le même sort qu'eux, plongeant la morgue dans un mutisme à faire relativiser tous les autres - un état presque non supportable, dans lequel le moindre bruit des funestes pas derrière la porte devient la plus terrifiante des menaces qu’un pourrait expérimenter. Plus que le danger pragmatique de ne pas même pouvoir les suivre à l'oreille, Adele est prise d'une peur beaucoup plus irrationnelle et difficile pour ce silence. Une cage d'effroi que scelle l'impression d'être enfermée dans sa propre tombe, à cette privation sensorielle dont usent les tortionnaires à travers le monde et qu'elle ne supporte déjà plus après seulement quelques secondes. Qui la flingue d’en dedans. Adele a une pensée fugace pour Alessandra et sa peur d'être enterrée vivante, se dit qu'elle vient sans doute de la gagner à son tour, la phobie la plus rapidement née de l'Histoire. Et c'est encore pire que ça - parce que dans un cercueil il est toujours les hurlements pour évacuer la terreur et nous tenir compagnie dans le silence oppressant de notre mort. Là elle a le sentiment cinglant et vif que c'est son propre corps, le cercueil, et se sent taper contre les parois de sa boîte crânienne comme une folle dans la chambre capitonnée d’un asile.

Elle tient bon, Adele. Elle tient tout - les larmes qui sont son dernier recours, le haut le cœur qui semble être sa dernière soupape d'évacuation, même l'envie démente et débile de cogner dans les murs, renverser le bureau, secouer les armoires en fer pour casser le silence. Elle tient dans son corps devenu insoutenable, sur ses jambes malgré le vertige qui les menace.

Se reprend pas trop tard, assez pour aviser l'œillade d'Irénée vers la serrure de leur alcôve de protection illusoire. Secoue la tête de droite à gauche, réfutant cette idée avant même de l'avoir complètement abstraite. Dans une économie de geste guidée par l'empressement un peu stupide à en finir dans leur inertie pourtant temporisée, elle pointe son partenaire du doigt et se renfile l'aisselle pour avertir du danger de leurs odeurs corporelles - que les vampires ne manqueront pas de sentir dès qu'ils seront un peu moins décontenancés, un peu plus alertes. Avise l'œil estomaqué de Nemesio à ce qui semble être une accusation maladroite de mauvaise hygiène. Dodeline à nouveau du chef avec forte exaspération, les bras jetés en l'air dans un geste d'impatience. Les pointe cette fois tous les deux du doigt, puis la porte, pour se renifler encore - dans un long discours explicatif de ses onomatopées gestuelles lapidaires.

Elle prend une seconde pour réfléchir. Dans une contemplation figée du vide et un visage inexpressif, ce qui semble être un pet cérébral quand on a pas l'heur de prévenir qu'on doit réfléchir. Ne sait pas si c'est parce que l'inertie mutique la tue de peur et réveille des envies de massacres inhérentes à la moindre montée de tension en elle, mais elle se sent des besoins proactifs et rien d’autre. Ne parvient qu’à penser qu’elle ne compte pas rester là à rien faire, une pensée qui est chez l’être humain l’origine d’un enfer de mauvaises initiatives.
Toujours est il qu'elle tend son flingue à Irénée d'une main un peu fébrile, une main qui tente de garder corps mais ne sait pas rester tout à fait elle-même dans une posture aussi horrible. On ne vous apprend pas ça, à l'école de police. Sa main libre lui fait signe de rester en arrière pour la couvrir, tandis que son regard bleu d'enfant un peu aberrante, un peu malsaine dans une telle posture, cherche son approbation d'une pupille interrogative. Hoche la tête , l’œil un peu trop grave, un peu trop profond quand il s'empare de l'arme, le cœur serré. Cherche un réconfort dans son visage sauvage comme une enfant pleurerait ses parents dans une grande surface, pour une seconde de bond terrible dans leurs intimités respectives. Parce qu'elle est terrifiée, seule, qu'il n'y a que lui en face d'elle; et, surtout, parce qu'ils sont condamnés à œuvrer pour sauver le cul de l'autre, maintenant, c'est pas tellement le moment de se la jouer grande individualiste qui peut se démerder toute seule. Parce qu’elle se dit que si elle pouvait se nicher dans ses bras dans un tas de chair improbable en attendant que ça passe, pour se sentir moins terrorisée, une partie d’elle le ferait sans doute.

Nasaux dilatés pour laisser passer l'air dans ses poumons sans un bruit, Adele inspire les effluves de menthe et de cadavre dans une recherche désespérée de courage. Se tourne vers la porte, bande son corps pour le préparer à l'action. Un arc réflexe aberrant se connecte entre ses neurones, invoque un geste d'opération militaire à sa main qui se lève. Le réseau de son identité temporaire s'illumine avec une micro seconde de retard pour tuer la gestuelle fatale avant qu'elle ne se réalise. Le tout donne un sursaut musculaire chaotique dans son bras, au bout duquel sa main frappe brutalement la porte dans une maladresse improbable.
Dans le silence total et funeste qui les entoure, le coup pourtant léger semble cogner l'air à l'en déplacer, à faire sursauter violemment les corps pleins à craquer de leur tension nerveuse.

Prompte à réagir malgré l'exaspération et la terreur qui la prennent et doivent accabler l'homme derrière elle, Adele ouvre la porte en grand sans prendre le temps de s’excuser, pour se jeter sur les créatures alertées avant qu'elles ne gagnent trop de terrain. C'est toute gueule ouverte mais dans un silence surréaliste, théâtre muet de l'horreur, que non pas trois mais cinq ou six vampires sont entrain de se ruer sur le duo qui se dévoile. Sans s'arrêter pour les compter, Adele attrape le plus proche aux épaules et le jette avec force sur le deuxième, dans un jeu de quilles efficace. Court à toute vitesse en ligne droite, arrosée par des coups de feu dont la puissance assourdissante font résonner des acouphènes terribles et durables dans ses tympans - mais qu'est ce qu'elle s'en fout d'être temporairement sourde, maintenant.

Main tendue vers le portes battantes de la morgue comme un coureur de relai, Adele n'a pas le temps de la toucher qu'elle sent une force invisible la figer dans sa course. La prendre et l'enfermer dans sa bulle, à l'en broyer ses os, l'espace d'une micro seconde. Avant de la renvoyer en arrière d'une poussée violente, un souffle de bombe, sur un brancard en métal que son corps écrase dans un bruit démentiel. Un vampire qui a réchappé aux balles très brièvement utiles profite de son désarroi pour se jeter aussitôt sur elle, pour une lutte au sol dans laquelle le meilleur des tireurs ne se risquerait pas à perdre une balle. Bénéficiant de l'expérience gauche de la créature, Adele parvient à se dégager rapidement, empoigne aussitôt le crane glacé pour rompre la nuque qui le tient aux épaules d'un geste violent. Paniquée, révoltée et furieuse, elle se dégage du corps temporairement assommé en battant des jambes, saute sur ses pieds pour adresser de gigantesques signes à Irénée.

Ayant attrapé son attention après un temps qu'elle estime beaucoup trop long, elle jette ses bras vers la porte dans une gestuelle à l'amplitude invraisemblable de panique, dans une initiative désespérée.
Une initiative approuvée.
Une initiative conjointe.
Une initiative stupide.

Bang.
Bang bang bang bang.
Obligée de plonger derrière le brancard effondré pour éviter la balle perdue à toute vitesse sur les casiers en métal, Adele se cogne contre mur en rangées de fer puis le sol en dessous. Réalise, allongée là par terre dans une seconde de répit improbable; que l'un des battants de métal s'est ouvert et bat désormais mollement dans l'air, au dessus de son nez.
Que la serrure en est intacte et la poignée sciemment ouverte.
Que quelqu'un a volontairement jeté ces horreurs sur eux.
Confirmation idiote d’une évidence évidente, une série de preuves qu’elle n’a même pas pris le temps d’assembler pour considérer. Et qui la flingue de sidération avec un temps de retard.
Le métier se perd, il faut croire.
T'as plus qu'à devenir vraiment dealer ou partir élever tes chèvres, il faut croire.



☾ ☾ ☾ ☾ ☾
Comme la lune fidèle à n'importe quel quartier, je veux être utile à ceux qui m'ont aimée; à ceux qui m'aimeront et à ceux qui m'aimaient. Je veux être utile à vivre et à rêver. 
(c)lazare
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Slumber Party [Irénée] - Ven 19 Jan - 2:30
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CARISSI Irénée
&
CROCE Adèle
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Ou peut-être que ce n’est pas une si bonne idée que ça… Cette histoire de clé. C’est qu’il est clair, le regard qu’elle me lance, Adèle. Et la caboche qu’elle dodeline de droite et de gauche dans une négation qui vient du cœur. Elle a compris, Adèle, que je voulais fermer cette conne de porte pour qu’on soit tranquille pour s’écrire tous nos petits plans sur un joli calepin brun. Mais elle refuse, Adèle. Elle refuse et, outre le fait de se comporter comme si elle paniquait – ce qui est légitime, j’imagine que je panique moi-même – elle se comporte aussi comme si elle avait peur, Adèle. Tant et si bien que j’ai du mal à foutre le doigt sur ce qui semble l’effrayer – d’autant qu’Adèle n’est, de base, pas facile à effrayer. Au bout de quelques années au service d’une mafia puissante, à dealer dans les quartiers les plus bas, pauvre et dangereux de Rome - ou d’ailleurs - tu commences à maitriser l’indifférence blasée. Un art. Réel. Adèle est douée, pour ça, d’habitude. Dans le genre Je suis venue, j’ai vu, je n’ai pas été impressionné et je ne me suis pas donné la peine d’acheter ce tee shirt elle se pose là. Bien devant certains autres même. Des hommes ou des femmes, des créatures ou des moins créatures. Elle se positionne comme l’une des meilleures – des plus froides, des plus tempérées et des plus réfléchies. J’aimais travailler avec elle parce que, avec Adèle, tu es sûr qu’il n’y aura pas de problème – qu’elle ne te poussera pas au cul lorsque tu as envie de t’arrêter ou qu’elle ne partira pas avec le premier péquenaud un peu facile qui passe. Adèle, elle n’a pas peur. Alors Adèle, elle me laisse un peu coi. Encore plus lorsqu’elle me pointe de l’index pour sentir ses dessous de bras. Attend, tu penses vraiment que c’est le moment de me faire un topo sur mon hygiène ? J’ouvre de grands yeux. Lève les paluches, paumes vers le ciel dans une incompréhension sincère. Mais qu’est ce que tu me fais là ? Je pus ? Vraiment ? Les rabaisse presqu’immédiatement dans un soupir que j’exagère pour qu’elle le capte – me dit qu’ils peuvent nous sentir tant qu’ils veulent pourvu qu’ils restent sagement derrière la porte et qu’ils s’entre-tuent tous entre eux, sans l’aide de personne.

Cependant, Adèle semble se reconstruire sous mon museau à mesure que les idées affleurent. Puis elle se tend – un instant je peux encore déceler une sorte de crispation autour de ses paupières comme si quelque chose lui faisait mal – me passe son arme que j’examine et sous pèse dans une moue impressionnée. Elle m’intime de rester en arrière. Je comprends assez rapidement qu’elle préfère largement sortir de là plutôt qu’on continue de se parler sans vraiment se parler – ça aurait pourtant pu être drôle, t’aurais aimé savoir que je n’ai jamais été très bon en mime. Et… Nouvel instant. Nouveau regard. Plus percutant. Il est au-delà de cette simple crispation autour des paupières. Il est autre chose. Quelque chose de plus profond. De plus incisif encore – de plus déchirant. Pour la première fois depuis qu’on se connait, il me semble la voir. La voir comme une femme à travers sa masse de cheveux fins sans couleur qu’on puisse nommer ; de voir ce que d’autres doivent voir plus vite - dans son regard bleuté, ses grands yeux en amandes, dans leur clarté éblouissante lorsqu’elle est parcouru d’un sentiment féroce ; dans l’éloquence de ses doutes, la finesse de ses décisions. De voir ce côté sauvage dans une crispation latente – palpable. De voir un désarroi si humain, si honnête, que je ne pense pas avoir eu l’occasion de le croiser souvent. Tu es comme la lune, me souffle mon propre écho dans l’imaginaire de l’écoute quand j’acquiesce dans une mécanique assurée. Ce n’est pas vrai, je mens. N’y va pas. Je nous tue tous les deux.  

Elle tape dans la porte. Se foire dans l’entrée – ou la sortie selon les points de vu – qu’elle voulait faire. Me fait hoqueter – ou sursauter, mais je suis bien trop fier pour l’admettre. Ne perd pas plus de temps en babillage gestuel.

Ils ne sont pas trois. Et ils sont tous à poil, comme le veux la coutume. L’évidence me frappe avec la même violence qu’une balle dum-dum en pleine tête. Même si je n’ai pas le temps d’analyser avec exactitude la situation – tout se passe trop vite -  je devine qu’il n’y a pas assez de balles dans son chargeur pour laisser de la place aux erreurs de tir. Alors, je vise. Du mieux que je peux, quand Adèle fonce comme une sprinteuse poursuivit par la mort, en direction de la porte battante. Aucune considération pour les cadavres qui s’amassent autour d’elle. Elle les bouscule – comme un loup bousculerait une peluche. La première fois que j’appui l’index sur la détente – pour empêcher la seule femme vampire de se jeter sur ma coéquipière d’un soir – le bruit me paraît atrocement puissant. Fais vibrer mon encéphale dans une désagréable sensation ; me rappelle - dans le revers que se prend Adèle - qu’on est tous foutrement ridicule à n’avoir que nos yeux pour pleurer et nos larmes pour s’exprimer. Parce que, tout le monde gigote dans une pièce de théâtre muette. Comme dans un film d’un autre temps. D’un autre monde. Loin, très loin, de ce que nous pouvons entendre maintenant – des trucs ahurissants à coup d’effets sonores à des milliards de dollars ou d’euros ou de n’importe qu’elle autre monnaie. Ce doit être pour ça, pour la gratuité du geste, que je me fais plaisir. Balance trois autres détonations. Touche deux autres vampires – genoux, tempe, front. Ils s’écroulent. Ils s’écroulent et je sais que ça ne durera pas longtemps ; je sais aussi qu’on ne peut visiblement pas se barrer d’ici sans être propulsé à l’autre bout de la morgue, pris par une bourrasque de vent magique.

J’avance, en me rendant compte que j’étais jusqu’alors resté sur le pas de la porte. Me laisse guider par les mouvements un peu fou d’Adèle. Chambre dans une appréciation attentive – qu’on ne se prenne rien dans un malencontreux rebond. Canarde les battants. Bang. Bang. Bang. Bang. Bang. Et, comme Adèle l’avait fait deux secondes plus tôt, les cartouches reviennent. Boomerang mortel. Un ricoché touche un vampire supplémentaire. Son copain, franchement ravi de ne pas avoir subi ce sort, se jette sur la louve à terre. Je tente d’aller la rejoindre. Me fait choper une cheville par un mort amoché. Secoue la guibolle dans un reflexe risible. Vais pour lui dégommer la tronche quand un autre m’agrippe l’épaule. Putain ! Je titube dans un net déséquilibre latéral. Entend les dents claquer. Les phalanges me pincent. Les serres m’enserrent. Je devine les gorges frémir de grognement gourmand. Percute brancard et placard mortuaire ; manque de tomber en écrasant le plexus de celui qui est couché – ce qui a le mérite de lui faire lâcher prise – balance mon coude dans la pommette de celui qui est debout. Aimerais appeler Adèle. Me souviens dans une protestation qui restera silencieuse que je suis toujours aphone. Le second coup de coude est plus puissant, moins hésitant – plus brutal. Le cartilage du museau se craquelle. La nuque se heurte à une poignée. L’impact me libère. Ils sont tous momentanément maitrisé, les nouveaux nés, que je constate brièvement dans un tour fait sur moi-même. Le palpitant, palpitant trop fort et la respiration aussi saccadé que si j’avais fait plusieurs tour de grand 8 d’affilés. Je me suis déjà rendu sur des scènes de crime. Pas souvent mais ça m’est arrivé en Suède. Elles sont souvent pleine de badauds, le genre qui savent pas quoi foutre de leur samedi après-midi. Par lecture et expérience, j’avais appris que les seules qui n’attirent pas les curieux sont celles où le meurtre à été commis en pleine nuit et celles qui sont au milieu de nulle part. Et encore ; un meurtre commis en pleine nuit ne décourage pas toujours les gens dans les endroits habités. Ils sont prêts à sortir de leur lit à n’importe qu’elle heure si c’est pour contempler un cadavre… Je me demande désormais comment ça se passe, dans une morgue ? Les massacres de gens qui doivent déjà être mort. Comment ils le justifient pour ne pas que la presse à scandale s’empare de ces affaires surprenantes ?

Pas le temps de me répondre. J’empoigne le biceps d’Adèle dès qu’elle se retrouve à ma portée. Soulève son poids plume pour qu’elle se remette sur ses jambes. La tire et la tracte dans le fond de la morgue – ne fait attention à rien d’autre qu’à cette porte, à la gauche des tiroirs réfrigérants. Prie pour que le passage ne soit pas scellé par un sort – veux sortir d’ici plus que tout et trouver un passage qui ne sera pas envouté, par oublie plus que par désir. Aimerais sauter de joie quand on passe sans encombre… Dans une salle d’autopsie. Je me fige. A l’odeur. Ai un haut le cœur que je me surprends d’avoir – j’ai déjà senti la mort, ça ne m’a jamais dérangé autant. De la bile me brûle la trachée à m’en faire danser des points blancs devant les mirettes. Un homme est allongé. Là. A trois pas. Un homme qui n’est pas là que depuis hier. Ici, il doit pas faire loin d’une vingtaine de degrés et je doute que ce soit la meilleure température des locaux pour garde un mort dans un bon état. J’essai, malgré tout, de faire abstraction du malaise qui me prend. Pousse la gamine un peu fort, surement, pour bloquer l’accès du plus gros meuble que je trouve. Lui rend son flingue, en lui claquant nonchalamment contre le bide. Lui indique, qu’il ne lui reste qu’une balle dans son chargeur. Donne un coup de menton bref en sa direction. Tapote un doigt contre mes lèvres ; grimace, en laissant voguer ma main de droite et de gauche dans un comme ci, comme ça. Lui demande, de fait, si ça la panique vraiment de ne pas pouvoir parler. Ai du mal à mettre la fameuse nuance du ou c’est ne pas pouvoir parler qui te panique ? Jette un coup d’œil par-dessus mon épaule. On aurait du prendre ces putains de feuilles. On aurait nettement moins galéré pour arriver à communiquer. Vais récupérer d’une précision victorieuse un magnétophone laissé à l’abandon – comme ce cadavre, d’ailleurs. Je me demande même comment c’est possible dans un hôpital. Au niveau de l’hyginère. De laisse un mec, même inconnu, sans rien d’autre qu’un drap et des fortes températures.

Bref, je rembobine légèrement. Souris dès que je balance la bande son. Si il n’y a qu’entendre des voix pour te faire plaisir, je ne vais pas me priver de t’en faire écouter. Tu vas probablement être le cerveau de l’opération, il serait donc préférable que tu arrives à respirer. – […] trace d’ongle située sous le menton, une ecchymose - large comme une pièce de 20 centimes - située sous l’angle gauche de la mâchoire et deux trous – large comme une pointe de crayon – situés dans le cou, niveau caro… La bande audio saute. Silence. Gloussement.Vous n’en réchapperez pas, crache une voix glaciale, à moitié trafiquée, dans un italien assez ronronnant et pernicieux pour me faire parier que ce mec n’est pas du pays. Clac. Gloussement.Vous n’en réchapperez pas. Clac. Gloussement. - Vous n’en réchapperez pas. Clac. Et l’enregistrement continu. Encore et encore. Dans cette interminable rythmée par un clac étrange – celui, probablement, d’un bouton REC. Jusqu’à ce que je le lâche. Que je me détourne. Déterminé. Que je m’élance, à mon tour, vers la sortie. Que je ferme les paupières dans l’appréhension du choc avant même que je ne touche la charpente. Oust. Pas plus chanceux. Un uppercut métaphysique me cogne. En plein dans le bide. Me dégage en arrière avec la facilité déconcertante de celui qui a trop de force et qui ne sait plus quoi en foutre. Je me sens floué. Je me sens léger – alors que je ne le suis pas, loin de là.[/i] Je vais péter dans la table d’autopsie. Renverse un bol et quelques ustensiles. M’écorche d’un scalpel et ne peut même pas m’en plaindre lorsque, dans un instinct un peu tardif, je fini par me protéger le visage. La dernière chose s’effondre : La table elle-même. RAAAAH ! Bordel ! Je ne bouge plus. Finalement pas si mal là où je suis, enchevêtré. Si tu ris par contre… Je serais capable de te mordre. Roule sur le flanc pour pouvoir loucher sur ma coéquipière ; Ok. Ca fait mal. Mais tu n’avais pas prévenu, aussi. Alors je vais te détester jusqu’à ce qu’on meure. Fronce les sourcils en brandissant ma blessure de guerre – qui se refermerait avant même qu’elle ne soit allée chercher de quoi la réparer – sur le charnu du creux de ma menotte. Cette porte non plus, n’est pas fonctionnelle, et je sens que je sens le sang. Une œillade est coulée jusqu’à la salle où les vampires se trouvent. Glisse dans l’angle. Capte le mécanisme de ventilation sous les plaques du plafond. Je me couche. Jauge. Si on peut pas passer par la terre ferme… Il va peut être falloir que t’aille voir de plus haut… Je m’approuve. Me réintéresse à Adèle. Aux plaques du plafond. A Adèle. Aux plaques. A Adèle. Aux plaques. A Adèle. Aux plaques… Allez, avoue que t’as compris ce que j’essai de te dire.






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Slumber Party [Irénée] - Ven 19 Jan - 18:52
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EFFIGIE : Saoirse Ronan
BAFOUILLES : 1246
PACTE : 30/11/2017
OSSATURE : 28 ans
CONTRAT : Célibataire, mariée à son métier, indisponibilité temporaire pour descente dans le tunnel de la drogue. C'est Alice au pays des merveilles avec des flingues.
BESOGNE : Dealer/Rabatteur (Agent du GOA infiltré)
FABLE : Adele sait tout ce qu'il y a à savoir des meutes et comment les éviter. Elle a de faibles notions sur l'existence des sorciers. Renifle et fuit les suceurs de sang avec efficacité. Des sirènes ? Faut quand même pas exagérer.
ÉCHINE : Wolfman (la version originale, bien entendu. Rien ne vaut les classiques)
PRESTIGE : Faiblarde pour les alphas, Hulk pour les humains. L'odorat d'une femme enceinte et la médaille d'or au quatre cents mètres haie. Au bas de l'alphabet grec et de la chaîne alimentaire, Adele n'est pas plus épaisse qu'un gros chien (bon d'accord, un très gros chien) Poule pondeuse pour sa race, c'est sympa les omegas. T'as raté quelques pages de l'histoire du féminisme, Dame Nature.
GANG : Nostro Regno. Tant qu'on gagne, on joue.
CREDIT : ava by me / sign by lazare

.Slumber Party.



Tu... l'as eu par ricochet ?
Planquée - plutôt coincée, se rendra vite t'elle compte - dans son antre de métal éphémère, Adele remue pour porter un quelconque secours dans la rixe qui a éclaté presque silencieusement à quelques mètres d'elle.

Sans la moindre nuance de voix et de cris pour agrémenter leur misère, l'ambiance est à la cacophonie du fer contre le fer. Irénée s'y débat comme un diable, contre deux monstres dont leur surnombre parvient à peine à le faire plier. Le tout a des allures de pièces contemporaines, ces hommes à poil qui font beaucoup de bruit dans des mouvements improbables - on imagine bien l'élite intellectuelle s'y masturber le nombril pour crier au génie alors que ce ne sont que des hommes à poils qui font du bruit dans des mouvements improbables. Brancard coincé couché dans les portes des casiers, elle ne sait trop comment, Adele rampe maladroitement sur ses coudes entre une vis et une barre pour s'extraire de sa cage de mauvaise fortune. Le nez vers la bagarre dans une parfaite inutilité même si ce n'est pas faute de se tortiller pour s'extraire, Adele admire un peu la puissance dont son acolyte fait preuve, l'étonnante rapidité de ses mouvements pour une telle masse, tellement qu'on peine à y croire.

Où tu as appris à faire tout ça ? Exilée au pays des portes ouvertes à enfoncer encore, Adele réalise qu'elle ne connaît pratiquement rien de cet homme. Pas seulement en terme de fichier de police et de traçabilité, elle ne sait vraiment rien, point final. Les autres dealers sont plus jeunes que lui, les plus vieux des mafieux sont bavards, quand ils ne sont pas déjà des criminels notoires bien connus des fichiers de police. Nemesio reste secret. Irrémédiablement secret. Le genre de secret qui pousse un peu la curiosité quand on s'en rend compte, comme une pierre qu'on soulèverait après s'être cogné le pied dedans. On s'en fout de connaître les six mois de vie intéressante d'un dealer de vingt cinq ans et on sait déjà que les grands criminels font des trucs de grand criminel. Et lui ? Elle est piquée, Adele, tout à coup - maintenant qu'elle a rien à foutre que ramper entre ses bouts de fers. Pas Eloise, pas comme une flic - ou alors, juste un peu. Piquée comme par ce type qu'on rencontre rarement en soirée et qui a de vraies histoires à raconter - ces histoires qu'on écoute l'oreille tendue et la bouche un peu ouverte, attentif malgré les verres trop nombreux, incrédule malgré notre prétention d'avoir tout vu, tout entendu.  

Quelque chose lui serre le bras dès que son torse dépasse assez du tas de métal, et la soulève comme si elle ne pesait rien pour la remettre sur ses jambes. Adele tente un réflexe de défense avant de se rendre compte que c'est seulement lui, qui veut seulement l'aider.
Elle dirait bien merci, mais... Elle dirait des tas de choses, en fait. Elle dirait bien joué, elle s'excuserait de l'avoir sous-estimé, elle dirait même l’alphabet en néerlandais si seulement on daignait lui rendre ce droit, Adele. Mais puisqu'elle ne peut pas non plus se plaindre, elle se contente de courir derrière Irénée jusqu'à une autre porte, se rend compte en lui collant le train, lamentablement ballottée par sa main qui la tient encore, qu'elle aura été jusque là bien inutile. Tout au plus, elle a réussi à empirer la situation. Peut-être qu'il avait raison, peut-être qu'ils auraient mieux fait d'attendre sagement derrière leur porte. Essoufflée, déglinguée par le choc et vaguement piteuse, Adele s'adosse à la porte dès qu'elle se ferme dans un soupir las, les paupières closes pour reprendre souffle et contenance. Elle est agressée par des effluves cadavériques dont elle daigne à peine se rendre compte - cette fois c'est vraiment l'abattoir, et ça va faire quinze ans qu'elle baigne dedans - s'aperçoit malgré tout en ouvrant un oeil qu'Irénée encaisse moins bien qu'elle. Une moue contrite tire brièvement la bouche d'Adele, quand elle se rend compte une nouvelle fois de son inutilité absolue contre ce mal. Peut-être que t'as bien fait de refuser mon aide - ou plutôt de ne pas l'accepter - sans doute que j'aurais pas été bien utile au final. Mais il la pousse avant une tentative désespérée de remporter un concours de mimes si par miracle elle parvenait à lui communiquer son incertitude. Un peu brusquement, un peu par surprise, Adele chancelle comme un pantin dans le vent et se voit recevoir son arme sans avoir son mot à dire. Elle a presque envie de lui dire qu'elle s'en fout, du nombre de balle, écrasée par un défaitisme qui ne lui ressemble pas. Mais cette sensation de ne servir à rien. Et ce silence. Ce silence.

Irénée tente de parler, pourtant; dans une gestuelle approximative, s'adresse à elle dans ce qu'elle pense être une idée pour la suite. Quand elle réalise que c'est une attention à son égard, le visage d'Adele se fissure d'une certaine reconnaissance. Cette gratitude assez brève et un peu bête qu'on ressent dans un vague battement de coeur, pour une chose à laquelle on ne s'attendait pas de l'autre. Dans une grimace difficile plus que dans une moue charmante, elle se tapote l'oreille pour rectifier la supposition de l'homme, présumée dans une gestuelle méritoire. Ce n'est pas de ne rien dire, qui la dérange; c'est de ne rien entendre. Rien que ce silence, même incomplet, même lacéré par les détonations, déchiré par les coups sur le métal. Ce silence lui rappelle son enfance, quand elle hurlait et cognait dans la table pour entendre autre chose que des couverts en argent sur de la porcelaine, même juste sa propre voix. Ca lui rappelle le mauvais jugement de la société à l'égard de cette gosse à qui on collait l'étiquette de mal élevée, et la honte de sa mère quand elle s'excusait de ses scènes interminables. Ca lui rappelle la rapidité avec laquelle elle a fini par cesser de hurler, s'abandonner au silence; la facilité avec laquelle on l'a domptée. Ca lui rappelle que la seule chose qui l'a sortie de sa torpeur léthargique est une morsure; ni elle ni sa volonté, ni sa combativité mais un élément extérieur; un foutu pacte avec le diable et le prix qu'elle l'a payé.

... Elle a vraiment horreur du silence.

Irénée lui déniche un magnétophone.
Irénée le lui met en marche.
Irénée lui sourit; du sourire un peu bête et très fière d'une initiative pas mauvaise.
Dans un geste parfaitement inutile, presque une perte de temps; il est peu probable que le Docteur No auquel ils ont affaire se vante de son office sur un magnétophone - quoique. Un geste d'une gratuité qui la déstabilise un peu; pour une seconde, Adele remercie la providence d'être aphone, car elle n'aurait pas su pas que dire. Ce n'est pourtant pas grand chose, une attention minime. Mais elle réalise qu'en plus de ne pas le connaître, elle l'avait rangé dans la violence égoïste et sans considération de tous les autres, assez pour être surprise par ce geste. Elle s'en veut, tout à coup, comme elle est touchée; le remercie d'un sourire un peu pâle et profite de la voix même imparfaite et désagréable grésillant dans le magnétophone.

Vous n’en réchapperez pas. Adele relève le museau de stupeur, un frisson de recul dans la colonne à cette menace étrange. La première édition est inquiétante. Vous n’en réchapperez pas. La deuxième, un peu redondante. Vous n’en réchapperez pas. La troisième, franchement agaçante.

Si y a une chose dont elle a plus horreur du silence, Adele, c'est qu'on abatte les cartes pour elle.
Dans un froncement de nez dédaigneux, elle récupère un peu de sa combativité. Cette phrase a le mérite de l'énerver, assez pour dépasser son manque de confiance, et se souvenir de ce dont la nature l'a dotée - et même si c'est le diable en personne qui en est responsable, ça la rend capable, pas aussi inutile qu'elle voudrait le croire. Elle crierait presque des encouragements à Irénée dans l'idiotie de son initiative, si elle avait de la voix à donner - soyons stupides à deux, la débilité a remporté plus d'une bataille. Même si comme prévu il est renvoyé à son point de départ, dans une violence qui oblige la louve à s'écarter pour ne pas le recevoir de plein fouet. A la place il va s'écraser dans d'autres monstres de métal, au milieu desquels il s'empêtre bien vite. Vision improbable que ce géant, cette force de la nature, vautré entre des instruments minuscules et une table chirurgicale. Si le spectacle achève de la détendre, Adele se retient d'en rire quand elle avise l’œillade à son égard, scelle sa bouche sous sa paume pour souligner son effort méritoire à contenir son hilarité. Une mine désolée lui fend le visage face à la terrible blessure, mais elle n'a pas le temps de faire mine de regarder les étagères que les berges ont déjà retrouvé corps. Tu vois, il y a des avantages.

Et puis... un silence pensif. Des regards entendus. Coups de menton en l'air, au bout desquels il n'y a que le vide, et une grille de métal au plafond. Adele agrandit ses yeux bleus, si c'est encore possible, s'arrache une grimace désapprobatrice. Ce n'est pas tant le conduit étroit, les ventilateurs et les moutons de poussières... c'est d'être balancée à travers la pièce dans une trajectoire improbable et imprévisible si par malheur le bourreau fou a pensé à cette échappatoire.
J'ai pas le choix, hein ? Dans un soupir excessif pour être sûre de faire entendre son mécontentement inutile, Adele se campe face à Irénée, mains posées sur ses bras, les siens écartés comme si elle tentait de soulever une armoire; et le repositionnent d'autorité sous la grille. Examinant son terrain de travail, elle décide que ça fera l'affaire et le contourne, tire la table dans son dos pour s'y mettre debout. Achève l'ascension en passant ses jambes sur les épaules gigantesques de la montagne florentine, veillant à ne pas l'étrangler entre ses cuisses dans un mouvement de panique.

Au sommet de sa pyramide humaine grossièrement stable, Adele bande son corps vers le haut pour repousser le morceau de métal. Qui cède sans résistance à sa tentative - et elle ne doute pas que monsieur sous elle partage le hurlement de joie qu'elle voudrait pousser devant ce résultat. Avec souplesse, elle se tortille pour passer ses bras puis les coudes, au bout desquels elle se tracte dans ce qui serait un grognement bovin et excessif si on lui accordait le droit de parole. Bat des jambes dans le vide quand Irénée n'est plus dessous pour donner de l'élan à son corps qui se saucissonne à l'intérieur.
Conduit étroit, mouton de poussière et ventilateurs. Soirée idéale.

Rampant comme un vermisseau dans la direction qui lui semble être la plus sûre - tout droit - Adele est arrêtée par ce qui lui semble être un nouveau bruit de métal sur sa gauche, ne provenant d'aucune des salles dont elle vient. Très handicapée de ne pouvoir communiquer ni position ni mouvement à son partenaire, elle décide seule de suivre la piste du bruit, espérant secrètement tomber sur Compatriote Hurlimachin et prendre la première place dans les rangs de ceux qui lui tordront le cou avec grand plaisir. Arrivée au dessus d'une pièce qui doit se trouver de l'autre côté de la morgue, elle avise par les fentes de la grille une cage posée au sol. Dans cette cage, accroupi faute de pouvoir y tenir debout, un garçon d'une vingtaine d'années très humain, très habillé et très paniqué s'égosille silencieusement.
... Régis ?
Bouche ouverte, il lui fait l'effet d'une carpe hors de son état naturel; et Adele se dit qu'ils ont effectivement eu l'air bien idiot quand ils s'essayaient à l'exercice eux mêmes. Dans un soupir tendu, elle se débarrasse de la grille et saute dans un bond souple à côté de la cage, à faire sursauter le prisonnier comme un lapin pris dans les phares.

Elle le considère une seconde, Adele. Incertaine. Incrédule. Mais elle n'a pas du tout les moyens de se lancer dans toutes les questions qui lui bousculent le crâne. Alors à la place, elle ramasse les clés délaissées sur une étagère contre le mur, accourt vers la serrure de la cage pour les essayer jusqu'à ce que l'une marche, le doux cliquetis d'un verrou ouvert entendu dans le silence.
Régis, comme le confirme l'étiquette de son uniforme, bondit sur elle pour l'empoigner aux épaules dès qu'il est libre, la secouer comme une brute en s'époumonant dans le mutisme de plus belle. A bout de patience, Adele le repousse d'un élan vif, se désigne puis sa bouche pour lui signaler qu'ils sont dans le même bateau, et se fend d'un regard menaçant s'il recommence.

Et là. Drame.
Les bruits auxquels elle ne prêtait pas tellement attention dans la morgue adjacente lui parviennent aux oreilles. Beaucoup de bruit. Beaucoup de monde, très réveillé. Assez lointains, comme si au lieu d'essayer de s'approcher ils les fuyaient. Comme s'ils se ruaient vers la porte d'en face.
Et. Drame.
Elle aimerait se dire que c'est instantané. Que revenir l'aider est une évidence. Après la bagarre, et les quelques choses vaguement risibles dans le malheur; le magnétophone. Que ça suffit à la convaincre, Adele.
Que la pensée ne lui traverse pas le crâne. Bruyante et impossible à ignorer.

Tu es libre. Tu as un type terrorisé dans les pattes et l'occasion de lui sauver la vie. C'est un dealer. Est-ce qu'un en moins n'est pas une victoire dans la position dans laquelle tu te trouves ? Est-ce que tu crois vraiment qu'il reviendrait te chercher ? Et puis, ce n'est pas comme si tu ne sauvais que ton cul. Il y a aussi Régis.

Dans ce qu'elle voudrait pousser de cri exaspéré, Adele empoigne le bras du brancardier et le rejette sans douceur dans la cage. Désolée Régis. Elle ferme le verrou avec soin sous ses protestations déchirantes et muettes, lui assurant une protection passagère à ce qui pourrait rentrer dans la pièce. Court vers la porte de la pièce et l'arrache sans prendre le temps de tourner la poignée; Adele se rue dans la morgue, vers la mêlée qui s'entasse sur une porte enfoncée.

J'arrive. J'arrive.


☾ ☾ ☾ ☾ ☾
Comme la lune fidèle à n'importe quel quartier, je veux être utile à ceux qui m'ont aimée; à ceux qui m'aimeront et à ceux qui m'aimaient. Je veux être utile à vivre et à rêver. 
(c)lazare
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Slumber Party [Irénée] - Lun 5 Fév - 1:57
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CARISSI Irénée
&
CROCE Adèle
SLUMBER PARTY

C’est comme une danse contemporaine. Un truc un peu bizarre et désynchronisé. Le genre qui passerait sur une chaîne que personne ne regarde sauf ceux qui ont envie de rire… Ou ceux qui ont envie de paraître très intelligent en déblatérant sur l’art subversif. Cependant, ça s’explique, cette gaucherie commune quand il est question de faire passer Adèle dans l’évacuation. Nous sommes deux personnes qui n’avons jamais réellement échangé, après tout. Adèle m’a aidé et m’aiderait probablement encore ; or c’est une aide qu’elle m’offre dans le silence de deux personnes blessées. Nous n’avons pas besoin de parler, généralement. Pas besoin de long discours sur notre enfance et les aléas qui nous ont menés là où nous sommes – ce qui m’arrange, ma vie ne serait que mensonge. Parce qu’on s’en fout. Parce qu’on se comprend dans une incompréhension nonchalante. Parce que nous n’attendons rien, de l’autre. Cela dit, dans cette privation momentané de communiqué par un sortilège étrange qui tient plus du tour de passe-passe mais qui n’est pas moins chiant qu’autre chose, on semble complètement paumé. Comme si nous avions finalement besoin de nous entendre pour faire quelque chose de plus ou moins cohérent – de pas totalement stupide et maladroit. Malhabile et… Timide. Ca serait un comble si, doté de parole, je me serais permis de te demander là où je pouvais te toucher sans que tu gueules. Mais c’est ça, le problème. C’est qu’elle ne peut pas gueuler, si quelque chose la dérange. Alors, j’ose à peine poser les mains sur elle. Encore moins lui coller la paluche sur la croupe pour lui donner l’impulsion nécessaire pour s’enfuir par cette bouche d’aération. Elle galère pourtant à s’y hisser entièrement, sous mon regard circonspect. Les jambes toujours dans le vide et le bracelet à son poignet tintant contre le métal froid – m’indiquant qu’elle essaie tant bien que mal de ramper en espérant que je dégage de sous elle, fissa. Je m’exécute. Fais un pas de côté pour lui permettre de la donner, cette impulsion vive des reins qui l’amène à disparaître par le conduit. Qui l’amène à me laisser seul, parce que techniquement il n’y a que par les portes que je pourrais aisément passer. L’inconvénient des larges épaules, putain. J’ouvre la bouche dans le soucis de lui demander de me donner régulièrement sa position, ne serais-ce que dans un bruit quelconque… Me ravisse parce que : Je ne peux pas faire autrement que me raviser.

Je roule des yeux, désespéré. Mes bras claquent sur mes flancs quand je donne un coup de pied dans un récipient renversé. Ce dernier va taper contre le mur. Devient assourdissant dans la résonnance vide de l’endroit. M’incite à relever le nez vers la porte à l’hublot vitrée… A y voir le regard interrogateur d’un des vampires qui cherche par l’initiative à capter ce qui lui bloque l’accès. Non mais je rêve ! Ne me dit pas que les bébés cadavres sont complètement capables de réfléchir parce que sinon je suis bien dans la merde. Vous poussez comme des champignons depuis tout à l’heure. Et vous avez l’air particulièrement increvables. Je trépigne. Reviens sous la bouche béante de l’évacuation pour essayer de la suivre par voie terrestre. Ce qui est parfaitement inutile parce que je me retrouve bien vite en face le mur du fond et, si Adèle est arrivée à aller plus loin que ça, je suis toujours bloqué par le sortilège de la porte, moi. Je tourne en rond. Comme un lion en cage. Rugi intérieurement à voir les vampires s’agglutiner sagement devant l’entrée. Sagement, que je me dis en prenant une pause dans le cent mètre inutile que j’ai entreprit. Sage jusqu’à quand ? que je finis par me demander en croisant les mirettes carnassières d’un individu assoiffé. Il baragouine un truc. Mais je ne sais pas lire sur les lèvres – ou peut être le Kvène mais j’avoue avoir du mal avec une langue qui ne m’est pas natale. Il appui son index contre la séparation. Pointe du doigt le meuble qui bloque la porte. Mais tu me prends vraiment pour un con ou bien ? J’arque un sourcil méprisant. Lève un majeur honorifique. Tu parles d’une bonne idée. Adèle est partie avec le flingue, grand con de Kvène. Je sursaute dès que le poing de l’adversaire s’abat contre le chambranle pour le faire vibrer. La vigueur de l’impact m’indique qu’il n’aura probablement pas de mal à tout démonter sans mon aide – le meuble basculé est carrément décoratif, à ce stade. Je recule. Analyse d’un peu plus loin la situation quand l’odeur du macchabée, sur ma gauche, relance une nausée passagère. Ca ne me va pas, les montées d’adrénaline. Encore moins la panique, qui me pousse à avoir des idées assez pessimistes pour me voir mort avant l’heure. Adèle ne va pas revenir que mon encéphale me souffle dans un rire moqueur. Tu l’as aidé à partir par le seul endroit que tu ne pouvais pas emprunter et qui n’était visiblement pas ensorcelé.

Les secondes s’écoulent dans le tapage de ces connards qui défoncent trop facilement la porte. La morgue redevient un lieu d’enfer chaotique et discordant. Je suis dans une belle merde. Acculé contre la table d’autopsie, à la recherche d’une solution de replie. Je pense vaguement me planquer quelque part, avant de me raviser. Ils m’ont vu. Ca serait suicidaire que de me bloquer dans un coin en attendant bêtement d’y crever. Éventré ou égorgé. Assumer la défaite. Foncer dans le tas… Me paraît être l’initiative la plus censée en l’état. Alors, dans un mouvement un peu précipité, je fonds sur la porte où l’un des vampires est déjà parvenu à s’incruster jusqu’au buste. Il tend vers moi une main écorchée. Tente de se dégager quand je la lui agrippe pour lui tordre le poignet dans un angle improbable. Il griffe l’air. Pousse un cri inarticulé – silencieux et pourtant douloureux. Darde sa langue hors de sa bouche comme le ferait un serpent. C’est dans une impulsion survivante que je frappe son crâne. Vise la tempe. L’impact me fait me dresser sur la pointe des pieds. Pour l’élan. Pour la puissance du coup que j’assène. Le crâne de la créature claque contre le meuble en contrebas. Se fend dans une déchirure terrible et mouillée. Rebondit quand je réitère pour m’assurer qu’il ne se réveille pas immédiatement – voire plus jamais par manque de ressource pour que ça lui soit possible. Et dans une cacophonie morbide, tous ses petits copains se jettent sur la porte. Excités par l’odeur du sang qui s’échappe du corps qui retombe mollement. Les crocs vibrent dans l’air. Les ongles lacèrent la chair morte. Ils veulent extraire leur acolyte de l’ouverture qu’il a laissé. Dans un vent d’angoisse j’essai de le retenir. Mais ils sont plusieurs à se mesurer à moi. Arrivent à l’arracher de son trou et s’y mettent à plusieurs pour le creuser plus encore malgré mes tentatives infructueuses de les faire céder. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la porte est soulevée de ses gongs. Balancée en ma direction sans plus de cérémonie. J’ai à peine le temps de me baisser pour éviter le pire qu’une horde enragée me plaque à terre à la façon de rugbyman en colère. La rencontre avec le sol frai se fait sans aucune douceur. Nous glissons sur un bon mètre, embarqué par la violence de l’accolade. J’en oublie de me protéger le visage. Préfère éloigner une gueule beaucoup trop dentues. Enserre un cou. Récupère un scalpel à proximité, projeté vers moi par quelques bousculades. Taille une carotide dans une erreur mouvementée. J’aurais préféré le frapper sous le menton pour neutraliser ses mâchoires. Du sang tiède éclabousse mon visage. M’aveugle l’espace d’une seconde ferreuse. Et si celui que je viens de toucher se renverse sur le côté, un autre me maintient au sol en se plaçant à califourchon au dessus de moi. Je ne vais jamais y arriver !

A tâtons je saisis une de ses épaules pour le retenir. M’essuie les yeux avec le dos de ma menotte. Des mâchoires claquent. J’entaille une joue quand il recule vivement le visage, pense à l’injonction d’Adèle qui me disait qu’il ne fallait pas que je me fasse mordre. Trop tard. Sa bouche se referme sur mon avant bras. Je voudrais hurler. Il secoue la tête comme le ferait un putain de chien qui vient de trouver un jouet attrayant. Mes doigts s’ouvrent. Mon scalpel tombe. La pointe d’un pied percute mes côtes. Des visages se penchent sur moi, lippes retroussées. Ils visent tous ma gorge, bordel remarqué-je en rentrant mon cou dans mes épaules. Ca va trop vite. C'est trop brouillon. Je suis paumé dans l'espace temps.

J’ondule. Enfonce le pouce de ma main valide dans une orbite. Emporté dans son élan, le vampire concerné s’y empale même de lui-même. Assez rapidement et inconsciemment pour que le globe éclate dans un fluide chaud et épais. Je vais mourir. Je vais mourir sous une couche de liquides visqueux. Tu parles d’une mort rêvée. Le loup en moi rugit, canalisé par l’improbable angoisse de la fin qui m’anime. Ne me permet aucun contrôle sur une transformation quelconque parce que, chaque fois que j’y pense un instinct plus humain bloque l’animal dans sa cage métaphysique. C’est la colère. C’est la colère qui marche avec moi… Dans le degré de l’émotion forte la peur de crever n’est pas assez dévastatrice.

Dans l’affolement. Dans tous ces gestes approximatives qui éloignent plus que ce qu’ils neutralisent, j’arrive à penser à Varri, un peu à contre cœur. Parce que ce n’est ni le lieu, ni le moment. Elle ne sait pas où je suis, me dis-je dans un bouleversement complètement stupide. Si je meurs, elle va m’attendre. Elle va m’attendre des heures et des jours en pensant que je l’ai abandonné pour une bête histoire de soirée gâchée. Et comme si la providence avait entendu l’appel de ma déraison sentimentale, le poids sur mes jambes disparait au même moment que le bout de chair de mon avant bras. La brûlure de la mâchoire qui se barre avec ma peau est tue par l’adrénaline qui remonte en flèche ; mon tibia est balancé dans les chevilles d’une néonate pour la faucher sans grande considération. Il me faut de longues secondes pour m’apercevoir que c’est Adèle qui est revenue. Et que c’est elle qui m’a libéré de l’étau cannibale. Je te remercierais plus tard, on reste carrément en sous nombre et il m’est toujours impossible de me remettre sur mes jambes. Parce que ces cons n’en on pas fini avec moi. Mais la louve récupère une partie de nos adversaires ce qui facilite carrément mon champs de possibilités. Je peux frapper avec plus d’aisance et de recul malgré une position allongée pas forcément favorable. Me trainer sur le sol pour me soustraire à l’animation voisine et rouler sur l’un des vampires que je fais tomber pour reprendre l’avantage. Je donne des coups et j’en reçois dans le risible de bruitage sans son. Empoigne les cheveux poisseux pour envoyer valser la tempe contre le carrelage clair. Une fois. Deux fois. Trois, quatre, cinq... Frénétique.

Puis.
Plus rien.

La respiration sifflante au dessus du corps sans vie. Les muscles tremblants d’une pression sourde. Les yeux écarquillés sur l’amas sanguinolent que je viens de créer et la mare de sang qui se forme sous la bouillie d’un visage… Je ne bouge plus. Sens, dans une sensation détonante, que tout est fini – ou du moins cette bagarre chaotique et foutrement inégale. J’ai envie de m’écrouler et d’attendre que quelqu’un vienne nous aider. Je me penche en avant. Ramène mes mains de part et d’autre du vampire. Les plante dans l’hémoglobine déjà froide et louche sur la blessure de mon bras qui peine nettement à se refermer. Jette un regard trouble par-dessus mon épaule pour voir où est Adèle, dans la pensée furtive qu’elle puisse ne pas être aussi fraîche que moi – bien que la fraîcheur, à ce stade, est carrément de l’ordre du relatif.



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