Dessine-moi un mouton ▬ Varri

 :: MUSÉES
Dessine-moi un mouton ▬ Varri - Mar 9 Jan - 15:51
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humains
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EFFIGIE : Keira Knightley
BAFOUILLES : 151
PACTE : 04/01/2018


OSSATURE : vingt-sept anniversaires
CONTRAT : célibataire condamnée mais vaillante. fleur bleue dans l'âme, elle évacue sa solitude avec de sordides guerriers de passage - ceux qui n'ont pas d'intérêt pour l'amour. les autres sont aux mains de perfides petites saintes de la normalité, tendresses quotidiennes moins dérangeantes qu'elle.
BESOGNE : ancienne mécanicienne, schizophrène paranoïde reconvertie dans la peinture contre son gré. ses oeuvres profitent à la gloire d'un autre, et lui assurent protection en plus de menus cachets.
FABLE : le seul moyen qu'elle aurait encore de croire au surnaturel, serait qu'on lui enfonce la foi directement dans le neurone, avec un bistouri et une seringue
ÉCHINE : chamane délaissée, condition ignorée, don étiolé par les âges et la négligence de maintes générations avant elle.
PRESTIGE : felice peut sentir l'âme des gens, qu'elle interprète au bon vouloir de son esprit malade. elle est sujette à un spiritualisme sensible, exposée aux éléments les plus sombres de ce monde, jusqu'à la démence. plus qu'un don, une condamnation dès la naissance.
GANG : monarca, collaboration récente, saine exploitation de son art en échange de sa vie
CREDIT : (ava) ABANDON (gifs) imogenpoots / underthecut (image) quirkbooks
Ça sent le renfermé, le déjà respiré
Ça sent le corps en panne, ça sent la vie en canne
Ambiance de toux creuse sur fond de balayeuse
Dans l'écho du couloir où pendent des peignoirs à peine habités


Ebranlé d'une agitation aurorale, le premier étage du service 3B, bâtiment D, frémissait de toute sa carcasse. Corbillard de la morgue, fonctionnaires désinvestis à cette routine macabre, personnel en transmissions d'équipes écrasé sous les interrogations réglementaires. C'est incompréhensible, incompréhensible, couinait au bord des larmes, une infirmière de l'équipe de nuit, choquée par la perte, apeurée de la blouse bien blanche, sévère, et son regard atterré sur elle. Le Docteur Emri, quant à lui, ne songeait plus qu'à la mauvaise presse abattue sur son équipage, celle qui l'éloignerait drastiquement de la place au chef de pôle. Un officier de police meurt d'un arrêt cardiaque dans un asile, une faute médicale ou un système responsable ?, voyait-il venir, à des kilomètres. Il en avait des sueurs froides et ne devait son calme olympien qu'à toutes ces années à traverser l'enfer de l'internat, contraint de ne céder ni à la pression ni, parfois, au harcèlement moral de ses supérieurs.

Natalia, elle, gardait son regard noisette fixe sur l'horloge. Comme un capitaine à la proue de son navire, l'infirmière contemplait l'étendue de son monde secoué par la houle d'une tempête. Une guerrière de toutes les épreuves, jugeant avec forte mépris celles qui avaient échoué sans elle la nuit dernière, berger autoproclamé à ce troupeau gardé par son œil maternel depuis près de quinze ans, maintenant.

" Les patients, Docteur. " s'autorisa t'elle à interrompre les échanges, nulle gêne en sa silhouette solide, trapue, à l'idée de faire cesser les palabres du sacro saint corps médical. Quoi les patients ? qu'on s'emporta, sans l'impressionner guère. Eh bien occupez vous-en des patients, Natalia, que voulez-vous que je vous dise ? La situation est un peu trop grave pour que je m'occupe de savoir si la 16 a bien son café, là, vous croyez pas ?

Comme une tanière de rongeurs affolés par les vibrations ténues d'un séisme à la faible amplitude, les internés frémissaient eux-aussi, décrivant des cercles concentriques autour de la chambre vide, qu'il fallait venir casser tous les quarts d'heure. Faisant face avec bravoure à cette matinée délirante autant qu'au manque de personnel, Natalia s'acquitta du petit déjeuner dans une autorité efficace. Ce ne fut qu'à l'arrivée d'une brindille flanquée de son éternelle cascade brune, que l'infirmière s'autorisa à abandonner son poste; pour l'interpeller avant qu'elle n'ait réellement franchi le seuil.

" Felice, tu veux venir une minute ? C'est à propos de Varri. " Un peu désorientée par l'intuition de ces frétillements anormaux au sein de son monde, la jeune femme crut tout de même bon, du haut de sa psychose, de lui rappeler les horaires de son petit déjeuner. Après temporisa la soignante, faisant fi du regard atterré de la longue brune, comme si elle venait de lui annoncer qu'à dix heures, la terre se mettrait à tourner dans l'autre sens.

Peu subtil, le plus costaud de ses collègues surveillait l'échange, une seringue de benzos dissimulée dans sa gigantesque paluche. Nerveuse, Natalia se fendit malgré tout d'une certaine décence, à exposer la situation sans un détour qui reviendrait plus tard leur exploser en pleine figure.
Un ange passa, le personnel présent se rigidifia, le costaud se banda, tous prêts à essuyer la crise successive à de telles révélations.

" ... Je sais plus si elle croyait en Dieu. " Une pointe de culpabilité serra les côtes de Natalia à ces présomptions de danger, quand ce ne fut qu'une tristesse profonde et bien banale, trop humaine, pour fendre le visage un peu palot de Felice. " Mais elle est peut-être dans un meilleur endroit qu'ici. " Elle sourit, Natalia. " J'en suis sûre. " Elle sourit avec fierté. Songea aussitôt à la prochaine réunion du staff, où elle ne manquerait pas d'évoquer la sortie prochaine de la psychotique si bien rééquilibrée.

On dirait que les murs déteignent
Ou que les joues sont délavées
Et toutes les chevelures se peignent
À la mode des oreillers


" Les taxis, c'est plus ce que c'était vous savez. Quand je pense à tous ces pauv' gens qui se font trimballer juste pour remplir le compteur... "

Autre capitaine, autre navire.
La voiture avait tout. Sièges en tissu, moteur de modeste qualité, mégots mal dissimulés dans le cendrier, même ces étranges tapis en bouliers de bois sur les dossiers. Le conducteur, un homme d'un certain âge, était de ces chauffeurs respectueux mais bavards, qui aimaient ce métier pour les commentaires qu'il pouvait en faire, dans des oreilles toujours différentes.
Bercée par sa voix de ténor, Felice contemplait le défilé de Rome à travers la fenêtre, ponctuant le monologue de quelques onomatopées bien normales.

Normale, était le mot juste de l'histoire.
Normale au point d'avoir mis le manteau gris très long et les chaussures camel, le sac noir en cuir, panoplie trouvée dans un magasine vieux et froissé. Stable, à ressentir cette curiosité malsaine propre à l'humanité, pour les choses qu'on ne supporte habituellement pas de voir. Ce qu'elle faisait aujourd'hui, revenait finalement à ralentir la voiture pour regarder un accident.

Roule-moi pendant qu'j'suis faible
Que tous mes muscles cèdent
Pendant qu'tu crois qu'tu m'aides
Pendant qu'tu crois qu'je crève


" Sur cette toile on peut saisir les inspirations presque naturalistes de l'artiste. Les bois de cerfs sont ici plus explicites et invitent le spectateur à participer à l'œuvre, pour questionner son propre rapport à la nature... Mademoiselle ? "
Interrompue dans la contemplation statique et dérangeante d'une superbe silhouette éternellement flanquée de son carré blond, dissimulée au milieu du groupuscule, Felice battit des paupières un instant, rituel nécessaire à l'interruption de ce qu'elle était entrain de faire. " Vous pouvez suivre la visite si vous le désirez. " Oui et je peux aussi me jeter sur toi et te rouer le visage de coups mais tu vois, j'essaye de passer une journée normale. " C'est très aimable mais non, merci monsieur. "

Un sourire poli, un peu bizarre, un peu figé, fendit le visage sans conviction de Felice. Courtois, monsieur aimable hocha la tête avec la même force de volonté, embarqua le groupe à l'angle d'un autre couloir pour continuer d'y décortiquer ses œuvres avec la même imbécillité.

Agréablement surprise de voir le carré blond se détacher du troupeau pour venir à elle, Felice reporta ses yeux sur sa propre création placardée au mur, décorée de commentaires envolés toute la sainte journée; tuant du mieux qu'elle le pouvait, cette émotion violente et nécrotique qui commençait déjà à moindre en son thorax. Normale, Felice.

" Quel crétin. souffla t'elle énergiquement, persiffleuse, exaspérée par toutes les imbécilités dont on venait de lui ravir les esgourdes. ... Questionner son rapport à la nature, qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre. Tu veux aller prendre un café ? "

Tu sais pas comment j'rêve
D'sortir par la grande porte
Tu verras qu'c'est pas morte
Attends un peu qu'j'me lève




☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'ai besoin d'ouvrir les vannes tu comprends de tout lâcher comme un puceau qui ment de hurler ma peur de l'abandon ma recherche phonétique d'attention mon besoin de reconnaissance en permanence comme un chien des caresses ma cruauté ma politesse maladive mon zèle dangereux mes réflexes à la con.
(c)lazare
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Dessine-moi un mouton ▬ Varri - Mar 16 Jan - 14:47
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sorciers
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EFFIGIE : Charlize Theron
BAFOUILLES : 10946
PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
CREDIT : Carnavage
FELICE
&
VARRI
DESSINE-MOI UN MOUTON
Le regard céruléen dégringole à travers la vitrine pour trahir la perplexité dans un froncement intrigué. Patient 47. La tête blonde s’incline sur le côté, le col de son manteau remonté jusqu’à la truffe pour contrer le froid qui s’immisce jusqu’à sa nuque – mains fourrées dans le fond de ses poches y remuant nerveusement. Patient 47. Je connais ça. Varri penche un peu, à droite à gauche comme pour chasser les fourmis qui remontent le long de ses guiboles. Y a un truc qui la chiffonne - une gêne dans son cerveau embrumé par cette fin d’après midi en solitaire. Une réminiscence nauséeuse qui lui rappelle l’apathie morbide qu’elle s’est traînée trois mois durant. L’asile. C’est étrange pour elle d’y repenser. Ça lui semble lointain, comme un cauchemar qu’elle aurait voulu effacer de sa mémoire. Et pourtant, c’est là, suspendu à son regard au gré d’une émotion contradictoire.
Felice.
Felice, c’était une patiente de l’asile. Longiligne brune au visage émacié et à la beauté singulière. Schizophrène. Ressassant quelques discours paranoïaques faisant mention d’une mafia à ses trousses. Elle était tentante pour Varri, l’idée de plonger dans l’encéphale pour dénouer le vrai du faux – cependant, elle n’a jamais voulu prendre le risque. De peur d’en récupérer une part de folie, probablement. Ou de se retrouver coincée dans une crise identitaire majeure.
Felice, c’était l’oreille attentive. L’absence de jugement. Présence rassurante au sein de l’asile. D’une folle à une autre, les mots sont exutoires. Felice, elle a été ce qui se rapproche le plus d’une amie entre les murs décrépis chargés de cinglés. Une amie un peu hors norme ayant aidé à contenir la vague de trop plein qui aurait pu la verser dans l’inévitable déchéance de l’humain. Felice, c’est le patient 47. Une mention qui lui est restée vissée dans le crâne à Varri, parce que Felice disait pouvoir garder la tête hors de l’eau grâce à ça. A la peinture, jetée sur une toile. C’est empreint de clichés, l’artiste torturée qui balance de la couleur et met un titre dessus. Certains aiment à regarder – à intellectualiser un geste qui n’est qu’un besoin vital pour se sentir mieux. Les fous ne sont pas ceux que l'on croit.

Tétanisée devant cette observation mutique de la toile placée sur chevalet, Varri approche son faciès de la vitre à la consteller de brume. Elle se perd dans les lignes corrosives d’un tumulte intérieur qu’elle ne connaît que trop bien avant de cligner des paupières pour se sortir de son malaise. Felice, elle l’a laissée dans cet asile. Sans un mot, juste une œillade.

Elle ne saurait dire si c’est une pointe de culpabilité qui l’étrangle ou simplement la curiosité un peu voyeuriste de découvrir les créations de la brune. Mais elle a l’envie, Varri. L’envie de rentrer dans cette galerie pour s’imprégner de ça. Peut-être aussi pour lui rappeler que de folle il n’y a pas qu’elle.

En souvenir du mouroir.
Comme des sœurs d’arme.


Le bruit des pièces contre le comptoir semble réveiller l’hôtesse de la galerie de sa saisie informatique. Elle lève les yeux au dessus de ses petites lunettes rondes et détaille Varri dans un silence embarrassé avant d’étirer un sourire sur ses lèvres églantine. « Bonjour. La visite guidée vient de commencer il y a près de dix minutes. La prochaine est dans… » Elle se perd dans le cadran de sa montre avant de battre des cils dans un constat poli. « Quinze minutes. » Les mains revenues au chaud dans ses poches, Varri décroche un peu la tête sur le côté pour loucher sur le petit groupe visible dans la pièce voisine. « Merci mais je préfèrerai rattraper la visite – est ce possible ? » Sourire. Approbation critique de l’hôtesse qui encaisse avant de lui faire signe de rejoindre le groupe en mouvement et Varri tourne les talons pour évoluer au sein de cet environnement qui n’est pas franchement familier. Les callots traînent sur les toiles qui amorcent la visite, celles qu’elle a donc ratées et Blondie se surprend à s’interroger sur un fait. Est-ce une sorte de test de Rorschach, toutes ces tâches et traînées livrées à l’interprétation de celui qui regarde ? L’exercice d’analyse pourrait être amusant mais Varri se fait violence pour rejoindre le guide qui assomme d’ores et déjà les visiteurs d’un discours soporifique sur le sens caché de l’oeuvre. Perplexité transpirant de son regard qu’elle porte sur la toile dénommée, Rejet, Blondie tente de s’imaginer une Felice au seuil d’une perte de contrôle névrotique – domptant ses pulsions à coup de pinceau agacé. L’image parvient à lui arracher un sourire amusé qui s’égare au coin de ses lippes lorsque son attention se porte sur les visages concentrés – chefs accusant l’approbation dans des hochements appuyés. Parmi eux, une crinière brune, longue silhouette frêle, témoin passif de la scène et des explications fumeuses.

Tu rêves.

La blondine déglutit difficilement, incapable de s’arracher à ce dos évocateur. C’est comme si elle espérait la voir, là – maintenant. C’est comme si elle voulait spontanément appuyer là où ça fait mal dans ce souvenir trouble qui les unie. C’est dérisoire.
Et pourtant…

Le profil se dessine dans le biais d’un regard. Felice. C’est vraiment elle, entre les caricatures attentives des charognards intellectuels. Le cœur s’emballe plus que de mesure et Blondie trouve réconfort sur le béton ciré à ses pieds. Ça aurait pu être pire, qu’elle se dit, Varri. Elle aurait pu te croire morte mais elle t’a vu. Elle t’a vu partir. Ou c’est peut-être bien ça le pire.
Cette peur la tenaille, de ses mains froides. Varri pense à tourner les talons - s’enfuir à nouveau mais au lieu de ça, elle parvient à plonger ses yeux sur la toile autopsiée par quelques mots savants. Le flot humain s’avance et Blondie se laisse porter comme un banc de plancton en plein instinct grégaire. Puis sa nervosité lui fait couler une œillade de biais, sur celle qui congédie le guide pour se dissocier du groupe.

Ne sois pas lâche, Varri.

Les mirettes se captent dans un instant fugace, l’attention de l’artiste torturée est vite reportée sur son œuvre tandis que Varri se porte à son niveau. Elle ne sait pas franchement quoi dire mais Felice lui enlève une épine du pied en rageant sur la masturbation cérébrale complètement foireuse tenue par le guide au sujet de sa création.
Ce soupir de forcené la soulage, la proposition d’aller prendre un café la surprend. « Comprendre à moitié la langue, c’est utile dans ces cas là. » Lui lâche-t-elle avec empathie avant d’oser dériver de l’exutoire artistique pour se tourner vers la brune. « Cela dit, tu serais surprise de voir comment mon italien s’est amélioré depuis la dernière fois. » C’est que ça commence à faire. « Avec plaisir pour le café. »

Si un certain soulagement lui charrie les entrailles, Blondie n’en mène pas large lorsqu’elle emboîte le pas à la brune dans les ruelles de Rome. Dans la rythmique régulière de leurs pas, elle tourne et retourne ses pensées dans sa tête pour en sortir une tournure convenable qu’elle lui adresse sur un ton hésitant. « Comment est-ce que tu vas, Felice ? » C’est qu’ils sont rares, les patients de l’asile qui finissent par retrouver un semblant de vie normale. « Patient 47. » Court silence. C’est assez triste, finalement, de voir que le conditionnement a bien marché sur elle. S’en trouver réduite à un vulgaire numéro et à sa condition de malade, c’est tragique. Mais peut-être bien qu’elle se cache, Felice. « Je suis désolée d’être partie, tu sais. Partie sans rien dire. »

Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

(c)lazare.
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Dessine-moi un mouton ▬ Varri - Ven 19 Jan - 11:24
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EFFIGIE : Keira Knightley
BAFOUILLES : 151
PACTE : 04/01/2018


OSSATURE : vingt-sept anniversaires
CONTRAT : célibataire condamnée mais vaillante. fleur bleue dans l'âme, elle évacue sa solitude avec de sordides guerriers de passage - ceux qui n'ont pas d'intérêt pour l'amour. les autres sont aux mains de perfides petites saintes de la normalité, tendresses quotidiennes moins dérangeantes qu'elle.
BESOGNE : ancienne mécanicienne, schizophrène paranoïde reconvertie dans la peinture contre son gré. ses oeuvres profitent à la gloire d'un autre, et lui assurent protection en plus de menus cachets.
FABLE : le seul moyen qu'elle aurait encore de croire au surnaturel, serait qu'on lui enfonce la foi directement dans le neurone, avec un bistouri et une seringue
ÉCHINE : chamane délaissée, condition ignorée, don étiolé par les âges et la négligence de maintes générations avant elle.
PRESTIGE : felice peut sentir l'âme des gens, qu'elle interprète au bon vouloir de son esprit malade. elle est sujette à un spiritualisme sensible, exposée aux éléments les plus sombres de ce monde, jusqu'à la démence. plus qu'un don, une condamnation dès la naissance.
GANG : monarca, collaboration récente, saine exploitation de son art en échange de sa vie
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Le visage fermé de gène et a truffe basse, Varri avançait en crabe à sa rencontre - ou plutôt, laissait le monde avancer pour elle et les faire se rejoindre l'une l'autre. Une inertie dans le mouvement un peu fascinante, comme ces vidéos rétros assez étranges où les acteurs restent immobiles pendant que le décor bouge. Le même principe d'entropie avec lequel elle se laissa porter par le fleuve des banalités, à suivre le courant qui lui paraissait le plus moral plus que d'agir pour guider le lit dans l'autre sens, babillages inutiles et verbes sans saveur. Elle avait toujours été un peu comme ça, Varri : un roseau dans la tourmente, à moins courir pour en réchapper qu'à ployer sous elle sans jamais se rompre, avec une force d'inertie insolente, provocatrice. C'était reposant, les gens comme Varri; ils vous donnaient la sensation que le monde pourrait avoir projet de se détruire, il suffisait de lui sourire avec détermination pour qu'il changeât d'avis. Et puis, Felice avait depuis qu'elle la connaissait, éprouvé cette sorte de fascination étrange dans la contemplation de Varri - de son visage, surtout, qui lui rappelait quand elle le voyait que ce même monde qui l'avait si mal faite, pouvait parfois bien faire les choses.

Elle était belle, Varri. Belle comme ces filles qui avaient dû l'être trop dans leur jeunesse, pour qu'on les prît totalement au sérieux. De cette beauté renforcée par l'âge dans une crédibilité grandissante, une stature imposante - grande et fine, entre solidité et élégance. Varri avait un corps parfait et l'audace incroyable de ne pas faire tellement mine de s'en rendre compte. Elle ne le mettait pas en valeur, laissait aux regards pervers de ce monde le loisir d'imaginer les courbes plus qu'ils ne les voyaient vraiment, sous ses vêtements auxquels peu de soin était porté. Varri aurait sublimé n'importe quelle robe de grand couturier et s'entêtait dans des fripes informes, ce qui la rendait presque encore plus captivante, d'une certaine manière; un point de vue détaché de l'esthétisme moderne. Et le temps qui faisait affront à tant d'autres, semblait lui servir d'allié, donnant un crédit de femme à ses attitudes négligées. Les femmes d'expérience, celles qui ont vécu, assez pour savoir que la coquetterie n'était que caprice dérisoire.

Avec indulgence, Felice creusait le lit de ce fleuve en ligne droite pour y porter Varri, vers la sortie du musée puis le café d'en face. Les mains campées dans son manteau de trop d'élégance pour sa mine revêche et chétive, elle portait autour d'elle des regards alertes, un peu obnubilés, pratiquement sereins. Au plus proche de ce qu'était sa normalité, Felice savourait cette sensation étrange de peser dans son propre corps; comme si son âme était tout à coup presque entièrement à l'intérieur de ses chairs et que l'ensemble formaient un poids qu'elle n'était pas habituée à porter. Une interprétation qui en valait bien d'autres, puis élégante et jolie en somme; de ces compositions chimiques dans ses veines au plus fort de leur équilibre, assez pour qu'elle en eût conscience, une conscience qui se transcrivait par cette fatigue permanente. Elle ne s'en plaignait pas, Felice - d'autres comme elle, n'avaient plus que le choix de délirer ou dormir. Sans doute la fin que la vie lui réservait elle-même, alors elle préférait à se réjouir plutôt que de déplorer, ce milieu éphémère et acceptable entre excitation et torpeur.

C'est Hitman. L'agent 47. il y avait les latences, pourtant, irréductibles. Ce temps un peu étiré, assez pour s'en apercevoir mais pas suffisamment pour trop gêner, du chemin que mettaient les questions à franchir ses neurones assommées, puis le sens inverse de leurs réponse. C'est un jeu avec un chauve qui a le superpouvoir de tirer beaucoup trop bien. précisa t'elle dans un sourire nostalgique, pour cette découverte fascinante et le collègue du garage qui la lui avait montrée, avant qu'elle ne fût contrainte d'en partir. Une référence idiote et sans importance à un moment de simplicité bien banal - mais ceux là étaient les plus rares pour Felice, donc ceux qu'elle s'employait à se souvenir, tout au long de sa maigre existence.

Choisissant d'autorité une terrasse un peu mal chauffée pour s'y asseoir, Felice jeta sa carcasse dans un soupir de satisfaction manifeste, fouilla ses poches en quête de la cigarette qu'elle avait trop longtemps tenue loin de ses lèvres. Le problème de l'asile, c'était la cigarette. Fumer restant l'une des rares choses à faire dans cet endroit, la mort en devenait presque une monnaie de troc, un commerce à elle toute seule, qui occupait les esprits malades dans la tolérance indulgente d'un personnel vaguement au courant. Felice fumait depuis qu'elle avait quatorze ans, dans de telles quantités maintenant qu'elle avait enfin bon espoir d'en mourir avant de devenir totalement folle. Tu n'allais pas t'arrêter prendre un café ce soir-là. On se rattrape, tu vois. largua t'elle avec indulgence, son souffle solidifié dans l'air par la fumée nauséabonde. Comme de coutume entre camarades de misère à l'asile, elle laissa le paquet sur la table à portée de son amie privilégiée, signant ainsi l'alliance qui n'intéressait pas une personne saine autour d'elle. Je pense que tu aurais dû rester. Mais tu sais, moi, ce que je pense... Ce que pensent les schizophrènes de manière générale... Moi ça va, je te remercie.

Un serveur vint poliment prendre leur commande, et ce fut presque livrée à un jeu de rôle que Felice prit la sienne d'un réhaussement de ton élégant, une voix chantante. Pour le faire sourire, pour faire semblant - semblant que ç'aurait la moindre suite, avec lui comme avec d'autres, dans les barrières évidentes de sa maladie souvent flagrante. C'est pas grave, Varri. reporta Felice sur la femme quand il les laissa seules, dans un enchaînement un peu chaotique, un sourire plus sincèrement doux. Sa pupille brune comme voilée par cette tendresse que lui évoquait son visage, irrémédiablement, sans que Blondie y fût pour grand chose. J'ai songé à te frapper, tu vois. Je m'en souviens, tu vois. Mais aujourd'hui est une bonne journée. Tu es comme tout le monde: il y a l'asile et le reste du monde, il y a les fous et il y a les autres. Ca ne vous plaît jamais, de penser aux fous, quand vous retournez à votre petite routine. Même si tu m'accorderas que tu as triché, toi; et je ne sais pas si l'arbitre t'autoriserait ce tir dans le panier de la normalité. Fuma sur sa cigarette avec un peu plus de vigueur, la douceur involontaire de ses traits comme traversée par des ondes d'agressivité de faible amplitude, manifestes rancoeur qu'elle n'était pas plus en mesure de cacher que le reste. Les fous c'est comme les vieux et les pauvres, vous n'aimez pas y penser. Parce que ça vous rappelle que vous êtes imparfaits, un peu moches; que vous puez si vous ne vous lavez pas et que vous finirez mal. Qui aurait envie de se rappeler de ça ? le débit des paroles augmentait, un peu, sous les effets d'une nervosité contrôlable. Son chocolat chaud arrivé sous le nez, Felice y vida ses deux sachets de sucre, y tourna sa cuillère avec le petit doigt en l'air, comme les grandes dames. Alors ! explosa t'elle un peu fort, assez pour surprendre le serveur en voie de les quitter, pas encore suffisamment pour choquer quiconque. Tu es encore dehors parce que tu n'as tué personne d'autre ou parce que tu as mieux appris à planquer tes cadavres ?

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'ai besoin d'ouvrir les vannes tu comprends de tout lâcher comme un puceau qui ment de hurler ma peur de l'abandon ma recherche phonétique d'attention mon besoin de reconnaissance en permanence comme un chien des caresses ma cruauté ma politesse maladive mon zèle dangereux mes réflexes à la con.
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Dessine-moi un mouton ▬ Varri - Sam 20 Jan - 23:17
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OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
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FELICE
&
VARRI
DESSINE-MOI UN MOUTON
Tu m’as appris le courage, tu sais.

Il y a de ces petites choses, dans la vie. Ces rencontres qui changent tout, même durant les pires moments – surtout durant ceux-là d’ailleurs. Tant de gens se perdent dans le flot d’individus, dans l’absence d’identité flagrant de la masse humaine et passent sous silence de la perception de l’autre. Varri n’aurait probablement jamais rencontré Felice si elle n’avait pas été internée. Elle n’aurait pas envié sa verve et son courage bravache de fille malmenée par ses angoisses – elle ne lui aurait pas trouvé cette force raisonnable et admirative dans le brouillard nébuleux de ses troubles les plus communs. Hors des murs insalubres de l’asile, Felice lui apparaît bien différemment à Varri. Pas d’uniforme anthracite trop ample dans lequel nage sa silhouette gracile mais une joliesse de jeune femme épanouie qui sonne résolument faux. C’est que ça doit lui coûter à Felice, de prétendre être normale. De faire taire les sursauts inopportuns de ses humeurs qui ne rentrent pas dans les cases acceptables de cette bonne société.

Dans le biais d’une oeillade, Varri surveille la progression de la brune aux yeux sombres à ses côtés, se questionnant vaguement sur le fond sincère de ses pensées. Il doit y avoir une certaine violence, claquemurée là derrière – étouffée par le traitement indispensable pour sa survie en milieu urbain. Mais Varri n’est pas dupe. Felice est aussi encline aux envolées candides qu’à l’agressivité sourde lui cognant parfois les tempes.

C'est Hitman. L'agent 47. La remarque boute Blondie dans la contemplation hasardeuse de quelques passants face à eux - employés de bureau probablement conditionnés par un code vestimentaire réglementaire très précis. Pourquoi ça lui semble si lointain à la blondine, tout ça ? La loi et l’ordre. L’insigne et le tailleur. Vingt ans de carrière, ça ne s’oublie pas comme ça. Pas dans un claquement de doigts. Mais elle est censée être morte, Varri Bjurman, alors bon…
Hitman. Aussi tardive que la réponse de la brune, Varri se fend d’un sourire amusé – s’épargnant l’approbation de la référence en question. C’est ce genre d’anecdotes qui lui rappellent qu’un monde continue de tourner autour d’elle, avec ses préoccupations somme toute futiles qui aident à garder les pieds sur terre et parfois la tête dans les nuages. Blondie essaie d’imaginer son interlocutrice ramassée en tailleur contre quelques coussins, remuant énergiquement un joystick et meurtrissant les boutons d’une manette dans l’espoir de dégommer du méchant à tour de bras. Il n’y a pas si longtemps, c’était son métier.
Enfin…
Si l’on en passe l’éthique de flic qui impose d’utiliser son arme en dernier recours. Intelligemment. Mais Varri a tué froidement il y a peu alors Hitman pourrait aller se rhabiller avec ses pirouettes trop théâtrales pour être plausibles.

Felice prend l’initiative de choisir la terrasse et Varri s’installe face à elle dans une posture plus raide, coudes plantés contre les accoudoirs et mains jointes devant elle. Ce qu’il faut savoir sur Felice, c’est que Varri l’a toujours côtoyée avec une tige coincée entre les lèvres. Blondie a toujours été une fumeuse assidue, surtout en périodes de crises qui se sont révélées plus fréquentes qu’imaginables – mais Felice est bien pire. Oh ça… C’est comme si chaque inhalation était un rail de coke destiné à l’arracher à ses remugles intérieurs. Ou peut-être que c’est seulement une manière de s’occuper les doigts pour chasser le malaise omniprésent dont le monde se compose pour elle. Varri plie l’échine, coudes rejoignant la table dans la torsion fugace de ses lèvres. Elle se sent coupable mais sait que ça n’aurait pu se passer différemment. Malgré l’affinité et le soutien témoigné l’une pour l’autre. Tu n’aurais pas du me voir ce soir là, Felice. Je pense que tu aurais dû rester. Mais tu sais, moi, ce que je pense... Le regard de Blondie se perd sur le paquet de clopes exhibé sous ses yeux comme une invitation muette à se servir. Deux doigts y galopent pour s’emparer d’une cigarette avant que ses prunelles ne se suspendent dans celles de sa vis-à-vis en la gratifiant d’un sourire sincère. Varri préfère se taire que de donner crédit à sa volonté. Rester et accepter la mort lente de ses capacités cognitives ? Comment ils font les autres ? Ils n’ont pas le choix, eux. Mais Felice, elle est là. Elle ne fait pas partie de ces patients qu’on envoie mourir à l’asile, comme si elle était une privilégiée au sein de l’institution. Parce que dans la tragédie de sa maladie, on lui a donné une chance de s’en sortir, réellement. Mais elle n’a pas tué, Felice – même si elle a déjà probablement eu des gestes violents à l’encontre des autres.

Varri reste lapidaire face au serveur qui vient prendre leur commande. Elle est fascinée – fascinée de voir que Felice semble nager dans l’aisance des mœurs sociales alors que tout prêterait à croire qu’elle est la moins normale d’entre elles deux. L’opposition entre elles est d’ailleurs visible – autant physiquement que comportemental – à cet instant même. Une réflexion qui pousse la blondine à redresser l’échine pour se donner un peu de contenance.
C’est pas grave. Lui lâche une Felice, pétrie par la mansuétude d’un sourire tendre. Un calme d’avant tempête en l’occurrence, que la blondine capte dans un sursaut d’appréhension intrigué. Et il n’y a pas que le c’est pas grave, Varri – il y a autre chose et ça vient bien assez tôt. Assez pour que la blonde s’humecte les lèvres dans la réticence un peu amère de la suite. L’asile et le monde - comme une injustice frappante et un égoïsme forcené dont elle se drape. « Comme tout le monde ?! » Le timbre se froisse d’indignation, par instinct, dans une stupidité un peu immature qu’elle ravale en secouant la tête. C’est vraiment ce que tu penses ? Elle a triché Varri, parce qu’elle s’est enfuie – elle, la flic qui déroge aux règles qu’elle a toujours voulu imposer aux autres. Elle est en cavale – ironie qui se rappelle à elle dans un grincement de lâcheté - si on oublie qu’on la croit morte en plus de ça.

« Felice… » Varri passe une main sur son visage, éprouvée par l’idée que Felice sache tout. Si entre les murs de l’asile, elle était l’un des piliers destiné à lui maintenir la tête hors de l’eau – maintenant, elle aurait aimé la garder dans l’ignorance de tout ça. Lui épargner colère, l’incompréhension et la préserver du danger qu’elle puisse représenter pour elle. Au tableau que dépeint la brune, Varri y répond par une grimace coupable. « ça ne s’oublie pas tu sais… » Lui répond-t-elle en se perdant dans l’amertume de ses callots dans une affliction sincère. « Trois mois passés là-bas, ça ne s’oublie pas. Même si j’aimerais bien parfois… » Confidence interrompue par le serveur revenant avec capuccino et chocolat chaud qu’il dépose devant ses clientes avant que Felice ne reprenne, faisant fi de toute discrétion à l’égard de ce qui les unie. La facétieuse braille ouvertement comme si le meurtre était comme la vilaine manie de se rogner les ongles qu’il fallait voir cesser. Manquant de sursauter sur son assise, Varri se redresse et laisse échapper un petit rire sec destiné à relâcher l’attention du serveur qui finit par s’éloigner. Loin d’elle l’envie d’encourager les éclats de violence de son interlocutrice. Elle peut déjà flairer que Felice est sur la corde sensible de l’hostilité défensive. Ça lui fait un peu mal en dedans à Varri, ce rejet abrupt qu’elle lui jette au visage. « Je ne t’ai pas oublié, Felice. » Murmure-t-elle dans un froncement de sourcils. « J’ai fait un choix. Un choix égoïste, je le reconnais. Injuste, aussi. Mais c'est mon choix. » Tu ne crois pas que ça me fait bien assez mal ? D’être une hors-la-loi. Elle rapproche un peu son museau, Blondie. Plonge ses yeux dans ceux de la brune pour guetter l’émotion vive qui incendie sa pupille fixe – se perd un peu dans la noirceur la plus fascinante qui lui a été donné de voir chez quelqu’un. « Ne me juge pas, s’il te plait, Felice. » Au nom de cette amitié un peu fébrile. De cette connivence qui est le seul bon souvenir à retirer de tout ce désastre. La blonde jette quelques coups d’œil autour d’elle, la conscience des autres lui revenant comme une gifle en pleine figure. Elle se plonge dans la contemplation de la crème de son cappuccino et y dessine distraitement une spirale du bout de la cuillère avant de la porter à sa bouche. « Je ne me fais plus beaucoup d’illusion sur mon cas, Felice. Je n’ai jamais été parfaite. Ça, je l’ai toujours su. » Affirme-t-elle sur un ton un peu raide avant battre des cils pour en revenir aux pensées qui la travaillent. « Mais toi... Raconte-moi. Pourquoi te caches-tu derrière tes peintures comme je me cache derrière mon maigre espoir d’innocence ? » Et elle allume sa clope, Varri. Se range contre le dossier de son siège pour espérer se détacher d'elle-même dans cet intérêt vif pour son interlocutrice.        

Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

(c)lazare.
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Dessine-moi un mouton ▬ Varri - Mer 24 Jan - 12:12
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EFFIGIE : Keira Knightley
BAFOUILLES : 151
PACTE : 04/01/2018


OSSATURE : vingt-sept anniversaires
CONTRAT : célibataire condamnée mais vaillante. fleur bleue dans l'âme, elle évacue sa solitude avec de sordides guerriers de passage - ceux qui n'ont pas d'intérêt pour l'amour. les autres sont aux mains de perfides petites saintes de la normalité, tendresses quotidiennes moins dérangeantes qu'elle.
BESOGNE : ancienne mécanicienne, schizophrène paranoïde reconvertie dans la peinture contre son gré. ses oeuvres profitent à la gloire d'un autre, et lui assurent protection en plus de menus cachets.
FABLE : le seul moyen qu'elle aurait encore de croire au surnaturel, serait qu'on lui enfonce la foi directement dans le neurone, avec un bistouri et une seringue
ÉCHINE : chamane délaissée, condition ignorée, don étiolé par les âges et la négligence de maintes générations avant elle.
PRESTIGE : felice peut sentir l'âme des gens, qu'elle interprète au bon vouloir de son esprit malade. elle est sujette à un spiritualisme sensible, exposée aux éléments les plus sombres de ce monde, jusqu'à la démence. plus qu'un don, une condamnation dès la naissance.
GANG : monarca, collaboration récente, saine exploitation de son art en échange de sa vie
CREDIT : (ava) ABANDON (gifs) imogenpoots / underthecut (image) quirkbooks
Comme tout le monde, oui, comme tout le monde. Ce n'est pas un mal! Ce n'est pas une tare! Ce n'est pas une tumeur des os d'être comme tout le monde. Tu sais combien de gens tueraient pour être comme tout le monde ?
Ce n'est pas comme si tu les avais fréquentés.
Même si. Tu...

Tu ne m'as pas oubliée mais tu aimerais bien, parfois. siffla Felice dans un débit de mitrailleuse, les dents serrées pour elle-même, entre deux phrases. Résumé injuste lui dirait-on, réduction grossière de nuances pour des conclusions arrangeantes; mais le sous-texte demeurait là et elle défiait quiconque de lui soutenir le contraire. Combien de fois elle avait entendu ce discours, combien d'amis perdus sitôt qu'ils étaient sortis de dépression. Comme si ce n'était qu'une colonie de vacances, finalement, l'asile; que les amitiés forgées là-bas n'avaient pas de vraie prétention dans ce monde. C'est pas pour de vrai, Felice. C'est pour faire semblant. C'est pour les divertir. C'est pour qu'ils se sentent moins perdus, les pauvres. Mais pas Varri. Varri... la langue de Felice claqua bruyamment sur son palais, pour chasser une pensée interdite, qu'elle enfuma comme un renard au fond de sa gorge dans une énième bouffée de cancer. Galopante, elle se darda sur la rue dans une œillade fébrile, les doigts pianotant nerveusement sur son accoudoir.

Elle regrettait, tout à coup : cette rencontre, ce café, son mensonge à prétendre normalité et endurance. Elle regrettait son entêtement à croire qu'elle pouvait bien prendre ce genre de choses, qu'elle était capable de conversations d'adultes sans se laisser aller à des pulsions de violence érotomanes. A nouveau, l'envie de frapper, adoucie par les drogues qui faisaient du toboggan entre les sillons de son cortex. C'était mal. Mais elle se retenait, Felice. Elle essayait de se féliciter de se retenir, dans sa violence et son éternelle culpabilité.

Une phrase malgré tout, désamorça quelque peu la bombe, l'obligeant à revenir sur les attitudes boudeuses et défaites de sa sœur d'arme. Ne pas juger. Felice tordit la bouche, déglutit une salive difficile qu'elle noya dans une cuillère de chocolat trop sucré, tant bien que ça ressemblait d'avantage à du sucre au chocolat. Le mélange pourtant bien immonde avec les restes jaunes de cigarette sur ses papilles l'adoucit dans un frisson de plaisir, un soupir capricieux de renoncement. Personne t'a demandée d'être parfaite. répliqua t'elle d'une voix cruelle à cette phrase pourtant clémente. Rester, ça lui aurait bien suffi à Felice, mais elle eut l'indulgence miraculeuse de ne pas le dire. Si la perfection est la condition sine qua non de l'existence, alors il faut tout de suite rouvrir les chambres à gaz et vider tout l'hôpital dedans. Pour commencer.

Et puis... la question. Ce fut au tour de Felice de s'employer à massacrer sa boisson à la petite cuillère, avec cependant moins d'élégance que la blondine. Pourquoi, pourquoi. Un virage désagréable qu'elle rechigna à prendre dans une absence, contrainte d'évaluer si oui ou non elle avait la force de s'y engager. Alors qu'elle était bien clémente, mais toujours aussi énervée, de ces colères tristes qu'il n'était jamais bon de trop lui remuer.

Un type est venu me voir pour me proposer une protection en échange de mes peintures. Il m'a crue. elle marmonna du bout de ses lèvres pincées, n'osant pas lever les yeux vers Varri pour découvrir à l'intérieur que ce n'était pas son cas à elle. Elle l'avait trop dit, Felice. On ne l'avait jamais crue, et elle était fatiguée de le dire. Quelqu'un voulait la tuer, alors au moins dans son malheur, son isolement et ses foutues peintures, arrêter d'entendre des gens ne pas la croire était une consolation comme une autre. Ou peut-peut-être pas. Peut-être qu'il veut juste tirer profit de la folle d'ici à ce que ça lui passe. temporisa t'elle, dans un élan de clairvoyance terriblement amer, la bouille un instant fendu des brèches dépressives inhérente à son malheur latent. Mais j'ai un nouvel appartement, loin de l'ancien. Et je suis pas morte. Et personne ne sait que c'est moi, les tableaux, et c'est très bien comme ça.

Décocha un œil à sa compère sans être sûre de s'être fait comprendre, ni ce qu'un être normal allait imaginer de tout ça. La pensée qu'elle était la première à entendre parler de cette histoire depuis des mois frappa un peu Felice en pleine joue, un malaise qu'elle tua dans une cigarette allumée avec la précédente agonisante. C'était sans doute moche. Sûrement idiot de sa part. C'était ce qu'elle avait trouvé de mieux, ce que Felice pouvait faire de mieux. En attendant... En attendant rien. En attendant Dieu. Tendue, elle laissa s'égrainer un silence, la nerveuse, cassa l'ongle de son pouce quand sa cigarette ne lui suffisait plus. Oublia la boisson qui refroidissait dans l'air d'un hiver bien timide, l'espace d'une absence, une considération. Avant d'ajouter d'un marmonnement pensif, la discrétion involontaire d'un murmure boudeur. Ils te croient morte. Ils te croient tous morte. C'est horrible. Pour toi je veux dire.

Déclaration du coq à l’âne, choquant tant dans la forme approximative de son arrivée sans alarme que dans la cruauté compatissante de son fond. En guise de maigre explication, Felice sauta sur le parallèle en une transition peu élégante, le cours de sa pensée au mieux d’une forme encore grossière, approximative. Si je fais tout ça c'est pour continuer à exister. Pas beaucoup. Peut-être pas longtemps. Tant que ça durera.

Je sais que j'ai moins de chance de trouver quelqu'un que si j'avais le SIDA, et que je peux pas faire d'enfant sans arrêter mes traitements ou risquer de leur transmettre une vie merdique. Je sais que je m’acharne à foncer dans un mur que j’ai pas choisi de dresser. Je sais que si ça se trouve je vais me lever un matin et tuer quelqu’un, moi aussi, mais que ce sera pas passager. Ce sera là, toujours là, et y aura pas d’explication miraculeuse pour me dédouaner de ce que j’ai fait ou de prince charmant pour tuer le dragon et me faire sortir de ma tour. Mais tu vois, exister, être vivante et parler à du monde, c'est tout ce qu'il reste quand y reste plus rien. déclama t'elle avec solennité, dans un grondement amer, secouée des relents d'une dépression constante, une morosité colérique. Felice écrasa sa deuxième cigarette d'un geste un peu brusque, poursuivit le cours de sa pensée sans filtre, d'une voix dont les mots et les notes s'agaçaient en passant de l'un à l'autre. Je te juge pas. Je t'en veux, c'est pas pareil. Je t’en veux et je trouve ça triste. Et ingrat, et puis peut-être bien que je te juge mais j’ai bien droit non ? T'avais une vraie chance, une chance que d’autres ont pas d’avoir une vie, peut-être pas la même mais une vie quand-même. Y avait des gens qui t’écoutaient, y avait des traitements et oui c’est long de trouver une solution mais à quoi ça rime de fuir, c’est mieux peut-être? Moi je te juge mais toi, tu fais quoi ? Tu fais comme si c’était une injure de te dire que t’es normale, t’as oublié le type qui s’est tranché les veines dans sa chambre ? Qu’est ce que tu crois qu’y faisait, de la peinture lui aussi ? Il-essayait-d’être-normal. On essaye tous. Ca t’arracherait d’être reconnaissante une foutue fois ? C’est quand-même fou de croire qu’on n’a pas assez de problème pour rester là où on peut les régler, et ensuite taper du poing sur la table quand on se fait accuser de pas avoir de vrai problème !

Felice se rejeta sur son siège, daignant enfin lâcher le mégot dont elle semblait chercher à faire de la bouillie au pilonnage dans le cendrier. T’as préféré arrêter d'exister. T'as préféré être morte. Et tu m'as abandonnée pour le faire. Un sifflement de rancœur entre ses dents, parachevant les accusations cinglantes et la prière non respectée de neutralité bienveillante aux imperfections de son amie tendre. Alors me parle pas de jugement, et fais pas semblant de t'intéresser à ce que je fais. T'as fait tes choix comme tu dis, c'est trop facile de revenir après en prétendant que t'en as quelque chose à foutre parce que tu m'as retrouvée par hasard. T’aurais jamais essayé toute seule et on le sait toutes les deux.

Sac vidé, retourné jusqu'au fond, Felice souffla bruyamment ses bronches dans l'air chargé de tabac de la petite terrasse et prit sa boisson tiédasse pour daigner enfin la boire.

C’est vrai que ton italien est meilleur.

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'ai besoin d'ouvrir les vannes tu comprends de tout lâcher comme un puceau qui ment de hurler ma peur de l'abandon ma recherche phonétique d'attention mon besoin de reconnaissance en permanence comme un chien des caresses ma cruauté ma politesse maladive mon zèle dangereux mes réflexes à la con.
(c)lazare
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Dessine-moi un mouton ▬ Varri - Mer 31 Jan - 0:17
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EFFIGIE : Charlize Theron
BAFOUILLES : 10946
PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
CREDIT : Carnavage
FELICE
&
VARRI
DESSINE-MOI UN MOUTON
Varri réalise dans un battement de cils ô combien la discussion peut paraître animée à qui tendrait l’oreille. Felice dans toute sa possessivité amicale, reproche à la blondine d’avoir un jour voulu oublier l’enfer psychiatrique dans lequel on l’a enfermé. Surtout d’avoir voulu l’oublier, elle. Trois mois, c’est autre chose qu’une vie. On a peut-être encore l’espoir de vouloir s’en sortir. Enterrer tout ça aux oubliettes, dans les archives sombres et poussiéreuses de son soi non assumé. Mais elle n’a pas cette chance, Felice. Celle de fuir ou d’oublier. Parce que les gens autour d’elle sont là pour lui rappeler qu’elle n’est pas comme eux. Que les pilules qu’elle prend peuvent seulement lui faire prétendre de l’être un peu, jusqu’à ce que ça ne suffise plus. Tous les chemins mènent à l’asile. A tous les coups qu’elle y retournera un jour, Varri.

La nervosité de Felice est palpable, au-delà de l’évidence du tournant qu’emprunte doucement la conversation. Il y a toujours ce foutu martèlement des doigts qui revient, en tout en chacun. Pas qu’à l’asile d’ailleurs. C’est un geste répétitif qui comble le vide là où des joues empourprées et des mains qui tremblent pourraient offrir une vulnérabilité trop visible. C’est presque discret…
Pas pour Varri qui revoit les patients de l’hôpital psychiatrique se laisser aller à leurs tocs. Cogner, grincer, frapper.

Elle doit se faire violence pour se détourner du détail, Blondie. Egare un index contre son front pour le masser l’espace de quelques secondes avant d’en revenir à elle. Felice et son museau mutin. La fille qui pourrait tout révéler de la supercherie et les mettre en danger, elle et Lars dans une combine dont ils n’ont jamais été les réels instigateurs. L’évasion si, la mort non.
Elle cause d’injustice Felice, à la voir hors de ces murs. Pourrait facilement l’y renvoyer en vendant la mèche. Par jalousie, pour sûr. Dans le sentiment d’avoir été trahie. Les raisons sont nombreuses, la situation presque aberrante en y songeant plus de deux minutes. Parce qu’elles sont deux cintrées dans un café, à échanger tout sauf des banalités. Personne ne m’a demandé d’être parfaite ? Elle en sourit, de cette bravade un peu goguenarde dont elle n’est pas très fière. Tout le monde attend ça de tout le monde. C’est ainsi que les gens jugent les autres. C’est ainsi que le monde tourne. Que l’humain se campe dans un conditionnement bête et méchant que lui imposent la société et les mœurs sociales. Et que l’esprit déraille. Qu’à trop répondre aux attentes des autres, on se perd. Il suffit parfois d’une mauvaise journée, tu sais…

Tandis que Felice assène sa frénésie au contenu de sa tasse, elle accepte finalement de faire dériver le sujet sur elle pour laisser tomber les accusations. Ramène Varri aux quelques confidences qu’elles se sont faites sous médicaments à l’asile concernant les inquiétudes de chacune. Elle cause d’un type, Felice. Qui l’aurait aidé à la mettre hors de danger. Une histoire de mafias, disait-elle la brune. Un meurtre sous ses yeux qui aurait fait basculer son existence. Difficile de faire la lumière sur ce qui est vérité et délires paranoïaques dans un repère d’aliénés. Mais Varri a écouté tout ce qu’elle lui a dit – captivée par cette lueur convaincue dans ses yeux quand elle lui parlé de tout ça. Et elle lui en a dit, des choses, en retour. Sur ce meurtre qu’elle ne se rappelait pas avoir commis. Sur ses soupçons quant à une machination à son encontre - délires de persécution qu’elles pourraient se partager sous l’œil morne du personnel soignant. Varri se mouille les lèvres dans un regard attentif pour son interlocutrice, l’expression froissée par une empathie appréhensive – soucieuse au-delà de ces quelques informations lâchées de savoir si Felice est vraiment bien entourée là-dehors. C’est qu’elle ne sait pas vraiment, comment elle vit, la brune. Une situation stabilisée, qu’elle dit – un sentiment de sécurité. C’est ce qui compte, non ? Varri approuve d’un sourire un peu lointain, avant de caresser son filtre du pouce dans une réflexion marquée par le froncement des ses sourcils. ça pourrait être vrai. D’une folle à une autre.

Puis elle s’agite encore, la ritale. Nerveuse. Et en revient à Blondie dans une réflexion qui noue les épaules de cette dernière dans une gravité un peu gauche. Lui arrache un soupir résigné à travers les saccades de l’agacement à l’entendre tout évoquer sans le moindre filtre. Pas de garde-fou pour lui épargner le plongeon dans la douleur.Morte, Varri. Horrible. Evocation qu’elle contient derrière ses billes fixes, observant le faciès de la brune – désirant gratter derrière cette façade de provocation déroutante. Qu’est ce que tu cherches à faire, Felice ? La pousser dans ses retranchements ? Dans les pensées douloureuses ? Lui glisser l’ombre d’un avertissement ? Tandis qu’elle s’interroge, la brune ajoute quelques mots pour le parallèle entre elles – brandissant une fois de plus l’injustice de sa situation face à son imposture à elle. Elle parle d’exister, de l’importance que ça représente pour elle. Et Blondie vient écraser la cigarette dans le cendrier dans un geste sec, s’articulant vers l’intérieur de la table avant de se laisser choir contre le dossier de son siège en dardant ses prunelles dans celles de l’agacée. Elle devine là où elle veut en venir – peut comprendre l’ébauche de ses pensées sournoises. Entend le reproche qui prend la forme d’allusions pour se perdre avec brutalité dans la vérité de cet échange.

Je sais Felice. Car elle a raison de s’indigner, faisant écho à l’esprit de la flic qui subsiste en quelques miettes éparpillées en elle. Celle qui lui gueule qu’elle aurait du rester là-bas et attendre son foutu procès. Percluse par l’incompréhension et le doute poignant de ce qui a été commis ou non. Mais ce n’est pas aussi simple. Parce qu’il ne s’agit pas que de ça. Il s’agit aussi de l’homme dont elle s’est entichée et qui l’a fait sortir car elle lui a demandé.
Elle imagine que c’est monnaie courante, Varri, les aliénés qui maintiennent le fait de ne pas être fous. De ne rien avoir à faire ici alors elle s’abstient d’une telle audace et se contente de se crisper à chacun de ses mots qui taillent, tirent et condamnent. Elle la laisse vider son sac – exulter sa rancœur. Parce qu’il fallait bien que ça sorte et qu’elle ne s’attendait pas à une accolade amicale et quelques banalités échangées. Non, pas avec Felice. Elle n’est pas de ces amis se confondant en bienséances morales et sociales. Et Blondie l’apprécie, cette sincérité. Lui accorde autant de crédit qu’à celle des autres. Ne se formalise simplement pas de cette amertume qu’elle lui trouve parfaitement légitime. Même si elle ne sait pas tout, Felice.

T’as préféré arrêter d'exister. T'as préféré être morte. Et tu m'as abandonnée pour le faire. Pardon ? Varri se redresse sur son siège et trahit un frémissement de paupières indigné, lâchant sa cuillère pour s’agripper aux bords de la table. « Non, Felice. » Le ton est sec, tranchant. Varri se mord les lèvres et secoue la tête quand la brune continue son petit laïus. Evidemment que cette dernière se fourvoie, évidemment qu’elle ne sait rien de l’histoire. Et le pire dans tout ça ? C’est qu’elle en fait une histoire personnelle. Ramène ça à elle et cause d’abandon. La violence de ses paroles la laisse coïte à Varri. Dans un hébètement frôlant l’hilarité maintenue sous cloche, une colère que son interlocutrice lui communique de par son œil venimeux, la blondine la laisse finir – dans une patience feinte. Une tempérance bidon.

Elle attend. Encore un peu, même après la remarque livrée sur le ton de l’anecdote sur son verbiage en idiome local qui ne se défend pas trop mal. Hausse brièvement les sourcils dans l’interrogation muette – c’est bon, Felice, t’as fini ?

« Je n’ai pas choisi. » Lâche-t-elle finalement dans une crispation des lèvres et un regard négligemment jeté vers l’arrière. « Etre morte. Qu’est ce que tu crois, Felice ? Que j’ai le bras assez long pour corrompre le personnel ? Pour falsifier un dossier d’autopsie ? » C’est livré dans un murmure, dans un besoin viscéral de rétablir la vérité alors que l’endroit ne se prête pas du tout à ce genre de discussion. Elle le sait, Blondie. C’est pour ça qu’elle courbe l’échine par-dessus la table pour fixer ses prunelles dans celles de sa vis-à-vis. « J’ai choisi de m’enfuir, pas de disparaître. Si tu crois que ça m’amuse… » Grogne-t-elle en se massant les tempes. « Si tu crois que ça m’amuse que mon père me croit morte. » Elle se frotte la bouche avant de soupirer, Varri. Un peu défaite dans ses réflexions. « Est-ce que tu penses savoir ce que ça fait de découvrir ton nom dans la rubrique nécrologique d’un journal que l’on te fait parvenir ? Sans savoir vraiment, pourquoi ? Ne pas saisir les intentions. Ne pas savoir de quoi tu dois te réjouir ou pleurer. » Une ombre passe sur le visage grave de Blondie. « D’avoir l’impression d’être la folle dont les autres ne cessent de tirer profit. » Sans savoir. Sans comprendre. Dans l’abîme vertigineux  du non sens et de la stupidité dont ça t’affuble. « Tu te trompes, Felice. » Assure-t-elle en soutenant ses globes noirs. « Je ne m’en fous pas de toi. »Je te crains un peu parce que tu sais beaucoup de choses. Des choses qui pourraient nous faire tomber. Et je t’aime bien aussi, parce que tu es la seule en dehors de Lars qui me voit comme Varri Bjurman. L’unique qui sait sans vraiment y croire dans quelle merde je me suis fourrée. Parce que tu es la seule femme à qui j’ai vraiment parlé à Rome. Parce que t’es attachante dans ta folie. Humaine. « Tu as le droit de m’en vouloir. C’est même parfaitement sensé que tu le fasses. » Concède-t-elle dans un sourire songeant à l’ironie de la situation. Mais elle sait très bien que Felice se passera de son avis à ce sujet. « Je peux pas te parler de tout ça, Felice. » Lui murmure-t-elle dans une grimace. « De toute façon, tu ne me croirais certainement pas. » Parce que tu n’as jamais cru que ça puisse être vrai, ce que je t’ai raconté, n’est-ce pas ? Comme j’ai toujours douté de la véracité de ton histoire. Et pourtant, y aurait bien une solution pour en avoir le cœur net. Varri le sait pertinemment. Mais rentrer dans la tête d’une schizophrène décrétée, ce n’est pas rien. Vivre ses souvenirs par son biais, c’est pire encore. Et elle n’a pas vraiment besoin de ça, Blondie.

Elle songe vaguement aux paroles de son interlocutrice. Se perd dans la contemplation vague de quelques passants dans la brume italienne. « J’aime bien te parler, même si c’est pour t’entendre me dire toutes ces vérités qui fâchent. » De celles dont je ne sais quoi foutre. Dans un hochement de tête dubitatif, la blondine en revient à son cappuccino pour le finir d’une traite. « Je serai restée à l’asile que tu en serais sortie toi. » Lâche-t-elle ensuite dans un haussement d’épaules. Tu crois que tu serais vraiment venue me rendre visite, là-bas ? Tu ne penses pas que tu aurais voulu m’oublier un peu, toi aussi ?  

Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

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Dessine-moi un mouton ▬ Varri - Dim 11 Fév - 13:37
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EFFIGIE : Keira Knightley
BAFOUILLES : 151
PACTE : 04/01/2018


OSSATURE : vingt-sept anniversaires
CONTRAT : célibataire condamnée mais vaillante. fleur bleue dans l'âme, elle évacue sa solitude avec de sordides guerriers de passage - ceux qui n'ont pas d'intérêt pour l'amour. les autres sont aux mains de perfides petites saintes de la normalité, tendresses quotidiennes moins dérangeantes qu'elle.
BESOGNE : ancienne mécanicienne, schizophrène paranoïde reconvertie dans la peinture contre son gré. ses oeuvres profitent à la gloire d'un autre, et lui assurent protection en plus de menus cachets.
FABLE : le seul moyen qu'elle aurait encore de croire au surnaturel, serait qu'on lui enfonce la foi directement dans le neurone, avec un bistouri et une seringue
ÉCHINE : chamane délaissée, condition ignorée, don étiolé par les âges et la négligence de maintes générations avant elle.
PRESTIGE : felice peut sentir l'âme des gens, qu'elle interprète au bon vouloir de son esprit malade. elle est sujette à un spiritualisme sensible, exposée aux éléments les plus sombres de ce monde, jusqu'à la démence. plus qu'un don, une condamnation dès la naissance.
GANG : monarca, collaboration récente, saine exploitation de son art en échange de sa vie
CREDIT : (ava) ABANDON (gifs) imogenpoots / underthecut (image) quirkbooks
Agacée, Varri - par les propos somme toute injustes que Felice ne cessait de tenir, sans filtre et sans soucis de tendresse, pour lesquels elle n'aurait pas la foutue décence de s'excuser, ni même arguer qu'ils avaient dépassé sa pensée.
Elle était bien là, sa pensée; aussi brutale et sans pitié que ses paroles acides, sans la moindre déformation ni dans sa conscience ni dans ses délires. Felice avait pensé chaque mot ce soir-là, quand elle avait appelé une radio locale pour les obliger à lui donner l'antenne, séance tenante, prévenir le monde d'un message divin urgent; elle pensait chaque propos aujourd'hui, quand dans sa révolte puérile et trop normale elle préférait détester l'impie que de la comprendre. Parce que c'est épuisant, de comprendre; il est altruiste et réducteur cet effort. Parce que si je te comprenais, faudrait que je te pardonne, et j'en ai pas la moindre envie.

Elle se retenait, pourtant, Varri. Dans ses paroles et dans ses gestes, le murmure secret de ses confidences. La soupçonnant de ménager la folle furieuse par conservation, Felice ne pouvait que lui accorder le doute, à cette contenance qu'elle lui avait toujours plus ou moins connue. Qui l'avait toujours un peu fascinée. Cette capacité incroyable à murmurer quand les traits de son visage semblaient se crisper sous la menace des hurlements internes. Par maîtrise ou par terreur, Varri ne criait pas, ne gerbait rien; expulsait l'acidité qui lui devait lui ronger les entrailles au compte goutte, dans la demie mesure. Cette pudeur à ne plus savoir si elle faisait preuve de passivité ou de réserve, si c'était une façon de contrôler le monde ou un aveu d'abandon. Déchirante dans la morosité avec laquelle elle étalait des horreurs dont d'autres se seraient révoltés. C'était comme regarder un animal se débattre dans une énorme marmite de colle, Varri; le moindre de ses mouvement furieux ankylosé, ralenti par la matière gluante qui l'engonçait. Cachée derrière mille cynisme, cent sarcasmes, comme on fait danser des voiles autour de soi pour se dissimuler derrière dans une élégance scandée, métallique. Toutes ces petites subtilités d'attitude qui échappaient à la compréhension binaire et chaotique de Felice, elle les admirait autant qu'elle les détestait. Parce que ça la rendait belle mais que ça lui donnait envie de hurler à sa place; ça lui faisait gonfler la révolte pour deux dans le ventre, l'enfermait dans une claustrophobie par association, bonne à la faire frapper dans les murs.

Le compte goutte des mots, des explications très rationnelles et extérieurs aux folies qui lui étaient arrivées, bientôt suivies de réserves et de caresses. Parfaitement sensé. Va te faire foutre, Varri. Elle écoutait tout ça, Felice, les mains campées dans ses poches et la stature furieuse dans son inertie, semblant pourtant détendre ses muscles à mesure que les bribes d'explication lui parvenaient. Un pauvre sourire lui fit un instant trembler les lèvres aux louanges partielles qu'elle crut recevoir. Et sans la moindre transition, sans un prémisse d'explication, sa main fluette s'emparait déjà de la tasse de chocolat à demie remplie pour la renverser sur la table. Dans le cendrier, à faire une bouillie d'orange noir chocolaté avec les mégots; débordant sur les rainures en bois simulé, jusqu'à goutter par cascades sur son jean sans sembler l'en déranger le moins du monde. En reposant le récipient vide, Felice darda son regard sur sa camarade splendide, une lueur de défi dans ses yeux bruns; comme une étincelle de lumière dans sa nuit noire. Pourquoi tu crois que j'ai fait ça ? Est-ce que tu te demandes si c'est pas déjà un délire - si les petits hommes verts ne viennent pas de me suggérer de vider ma tasse pour sauver le monde. Oh, j'aimerais Varri. J'aimerais que ce que j'entends ne me demande que de renverser mon chocolat dans les cendriers pour me laisser tranquille...

Tu t'entends ? siffla t'elle entre ses dents serrées, pour seule explication à ses gestes aberrants. Furieuse, tellement qu'elle sentait presque les larmes la menacer. Furieuse de révolte, tremblante d'injustice. Tu t'entends me demander à moi, si je sais ce que ça fait d'être la folle de l'histoire ?

Tu m'as crue, toi ?
Ils m'ont crue, eux ?
Est-ce que tu me croirais, moi qui n'ai pas plus de preuve qu'avant, toi qui te ramènes avec toutes tes évidences ? Si je te disais exactement la même chose qu'avant, sans appui ni lettre de recommandation, est-ce que t'aurais la folie confondante, la générosité aveugle de me croire ?
Non, et t'aurais raison.
Parce que même moi je me crois pas. J'ai perdu le luxe d'avoir confiance en mon cerveau quand j'ai fêté mon treizième anniversaire en hurlant contre des ennemis imaginaires.

Nous confonds-pas. Ne me fais pas l’insulte de nous mélanger. Toi tu fais partie de ceux qui préféreraient oublier l’asile ; moi de ceux pour qui c’est une torture d’en partir. On en part parce qu’il faut. Parce qu’il faut bien construire une vie. Que l’illusion de communauté là-bas, nous construira jamais vraiment. On le quitte dans l'illusion éphémère et très vite massacrée de pouvoir se faire un nom. Et on y revient, toujours. Pour dire bonjour à un vieil ami. Pour se guérir; parfois seulement parce que ça devient trop dur de faire semblant qu’on y a pas sa place. La différence entre toi et moi, Varri, c’est que j’en suis jamais partie. J’en partirai jamais vraiment. Je mourrai là-bas, attachée aux quatre coins du lit.
Alors moi, tu vois, j'ai plus l'énergie de me faire chier avec les crises existentielles des autres. C'est horrible, je sais.
J'ai rien qu'envie de vous frapper par sentiment d'injustice - de vous tabasser par rancœur pure.


Dans un tremblement spastique, un soupir saccadé, Felice se massa les orbes derrière leurs paupières en quelques gestes brusques. Ignorant le serveur qui déjà venait éponger la table, ou les politesses qu'il faudrait dire pour s'excuser de sa peine. Voilà, elle avait fini de jouer - n'avait déjà plus la force de prétendre.
Et les mots roulaient dans l'esprit de Felice, au compte goutte, aussi sûrement que le chocolat sur son jean.

Compliquées, les âmes comme celles de Varri. Les fragmentées, celles avec qui il fallait abstraire la bonne volonté liée entre mille éclats de maladresse. Tout ça ne sonnait plus que comme une mauvaise blague, commencée entre les murs d'un asile, dont la chute se rapprochait dangereusement. C'était tout un spectacle, Felice et Varri - deux âmes prétendument moins démentes que les autres qui se balançaient des théories abracadabrantes en riant jaune d'être les seules à se savoir dans le vrai. Un duo grotesque bon pour les cabarets de Paris. L'une à faire semblant d'un déséquilibre dans la routine chimique de ses traitements, l'autre balancée là par des forces qui dépassaient son esprit bien trop solide, du moins dans les miroirs déformant des regards psychotiques. A ne jamais délier le vrai du faux - parce qu'après tout, chez les fous, la vérité importe peu. Quand il y en a cinquante délitées par cent lèvres différentes, des vérités, ce serait un épuisement inutile, une tâche herculéenne et vaine, que de débattre la bonne.

Et maintenant ? Aujourd'hui qu'il est réel, le monde ? Lancées dans le combat pour nos vérités, comme un chevalier pourfendrait le dragon. Est-ce qu'elle t'importe tellement, Varri, ta vérité ? Celle dans laquelle tu n'es ni morte ni folle, et que tu dînes avec ton père en lui parlant de ta dernière affaire. On dirait pas. On dirait que t'y as renoncé, plutôt. Tu coules dans le courant de la foule sans jamais le remonter, t'as tout juste la force d'interrompre la course folle dans le lit de la rivière, accrochée à des pierres de passage que tu lâches quand elles sont trop érodées.
Fais attention, Varri.
D'abord on baisse les bras. Ensuite on doute. Enfin, on se laisse noyer dans les mensonges des autres. Logique, convention et facilité - la devise coulante et dégueulasse de l'Humanité.


Si quelqu'un a vraiment simulé ta mort, c'est que y a un taré dans cette histoire, mais que c'est pas toi. largua t'elle dans un murmure rauque, un battement de cils alarmant pour reconnecter avec le monde. Pas si conne, la tarée. Campait déjà une énième tige à ses lèvres quand elle éructa encore, ne se fendant même plus des transitions d'usage.
Et oui, tu devrais en pleurer. Et tu devrais te battre. Tu devrais être dehors, à rétablir la vérité. Tu devrais retourner les entrailles de cette foutue ville, si t'es convaincue de ce que tu dis et qu'on t'empêche de le dire. Je sais pas ce qui t'est arrivé. Mais apparemment t'as pas que tes yeux pour pleurer, et rien qu'une langue que personne ne croira jamais. T'as un rapport d'autopsie, une preuve, putain. Le diable en personne devrait être entrain de la lire, si c'est ce qu'il en coûte. Plutôt que d'avoir le culot de venir me dire qu'on t'a rangée chez les fous et que t'as aucun moyen de te défendre de cette affreuse, indigne condition. De te plaindre que ton père te croit morte, alors que Dieu a inventé le téléphone, à quelqu'un dont les parents préféreraient la savoir morte.
C'est horrible, oui. C'est injuste de ma part. Je suis sûre que t'en souffres et que ta souffrance est légitime. Mais tu vois j'ai plus la force, moi, de vous comprendre. Dans mes moments de lucidité, quand mes yeux s'ouvrent sur un monde terne et gris, j'ai pas la force de regarder des gens qui ont tous les moyens de s'en sortir, se plaindre qu'on les empêche de le faire. Sans considération pour le type qui fait la manche sur leur passage, ou leur grande tante garée dans la chambre sale d'un hospice avant l'heure, ou le cul de jatte qui traîne son fauteuil dans les métros. Vous n'êtes qu'une bande d'ingrats, et je me déteste de vous haïr de toute mon âme. De vous envier, à ne plus en dormir le soir.
Dans un soupir opacifié par la fumante, retenue par des efforts de contenance, Felice laissa étaler une grimace de colère et de douleur sur son visage. Un bref instant, assassiné dans une nouvelle bouffée plus spastique encore que la précédente. Mais t'as raison. Tu peux pas me parler. Et je peux pas t'aider. Mais si c'est pour ne pas me parler, fous le camp s'il te plaît. J'ai pas l'énergie d'embrayer sur la pluie et le beau temps.

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'ai besoin d'ouvrir les vannes tu comprends de tout lâcher comme un puceau qui ment de hurler ma peur de l'abandon ma recherche phonétique d'attention mon besoin de reconnaissance en permanence comme un chien des caresses ma cruauté ma politesse maladive mon zèle dangereux mes réflexes à la con.
(c)lazare
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Dessine-moi un mouton ▬ Varri - Jeu 1 Mar - 0:02
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EFFIGIE : Charlize Theron
BAFOUILLES : 10946
PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
CREDIT : Carnavage
FELICE
&
VARRI
DESSINE-MOI UN MOUTON
Felice a ce quelque chose de fureur sourde dans la mare opaque de ses callots. Une menace grondante, derrière un visage lisse et hypnotique aux angles esthétiques. Et quand Varri daigne s’insurger face aux accusations intempestives dans le sursaut malhabile d’un entre-deux épuisant – à ne pas savoir quoi dire ni quoi faire – le portrait de la brune se fissure dans cette grimace ironique qui lui sied si bien. La carrure longiligne plantée contre sa chaise trahit un geste bref pour précipiter sa tasse contre la table et en verser le contenu qui reflue lentement vers les bords de la table. Blondie fixe alors l’épais liquide inondant le cendrier pour en revenir aux yeux de son interlocutrice dans la sensation que le geste n’est pas anodin – et à l’évidence dénué de maladresse en vu de la lueur provocatrice léchant les prunelles de sa vis-à-vis. Mieux vaut ça qu’un poing dans la gueule. Et Varri n’a pas besoin d’aller plus en dedans des réflexions pour comprendre qu’elle vient tout juste de porter atteinte à cette femme avec qui elle a partagé tant de choses. Elle qui se rapproche le plus d’une amitié sincère dans les relents nauséeux de leur prison psychiatrique. Après quelques secondes, Varri se redresse pour éponger le gros du liquide en tirant frénétiquement sur les feuilles de papier du distributeur posé sur la table. Et ses yeux se noient en contrebas dans la confusion des mots dont Felice s’insurge. Blondie suspend son geste dans un soupir éhonté et ferme les paupières sous l’inflexion terrible du timbre de la brune. Elle ne voulait pas la blesser. Elle ne voulait pas la planter et a besoin de cette claque là pour revenir plus résolument dans ses pompes et prendre conscience de l’autre. De cette jeune femme qui à même pas trente ans, a passé la plus grande partie de son existence dans cet endroit qu’elle, n’a subi que trois mois durant. Vire tes yeux de ton nombril, Varri. Evidemment que Felice trinque. Evidemment que c’est injuste.

C’est épineux cette affaire. Deux folles qui se retrouvent dans un café pour causer rupture, destinées à se déchirer dans l’incompréhension mutuelle parce qu’elle sont suspendues à la vérité informelle de leur situation. Et dans ce lot de convictions et de croyances dont elles se tannent le cuir, qu’est ce qui est vrai ? Qu’est ce qu’elles peuvent entendre et accepter l’une de l’autre ? Varri est un peu lasse de se battre dans l’appréhension de trop en dire ou pas assez. Elle sait pertinemment qu’elle devrait rester muette, muette comme une putain de tombe parce que de toute manière on la croit morte. Mais c’est qu’elle a envie de rager. De le dire. Puis tant pis si on la croit folle. Etre prise pour une folle c’est mieux qu’être prise pour une morte.
Ou pas…

« Excuse-moi, Felice... » A-t-elle le temps de confesser, Varri, avant que le serveur ne vienne interrompre l’échange chargé de tensions. Et à travers la gestuelle robotique du larbin qui s’interpose entre elle deux pour nettoyer la table, Varri laisse courir un regard jusqu’aux traits tendus de sa comparse. L’envie se pointe à l’orée de ses globes – celle de plonger dans cette tête là et se prendre un shoot de désordre pur et dur. Egoïstement, un peu pour se rendre compte ô combien elle est normale, elle, derrière les couches de conneries qui mettent à mal son identité. Aussi peut-être un peu pour la connaître davantage à Felice. Se sentir plus proche qu’elle ne s’en éloigne en lui crachant ses propres ressentis. Sa propre injustice.

La crédibilité. Tout est toujours une question de crédibilité. Avant,  elle avait l’insigne pour annoncer ses certitudes sans qu’on en vienne à douter d’elle. C’était une facilité un peu dérangeante – une autorité maîtresse dont elle a abusée. Tout était pourtant simple – il y avait les indices qui menaient toujours à la vérité. Une vérité qui de toute manière l’a toujours obsédée. Mais là ? Il lui reste quoi pour se prouver qu’elle n’est pas complètement en train de dérailler ? Maintenant, Varri doit lutter pour se faire entendre. Et elle est foutrement dépassée parce qu’elle ne sait pas comment s’y prendre. Et même si elle n’est pas seule parce que Lars la soutient dans ce serment muet et indéfectible – c’est lui qui l’a sorti de l’asile et lui qui subvient à ses besoins – elle se sent parfois isolée à en perdre le nord.

Le flottement pensif se distille brusquement lorsque Felice arrache une nouvelle cigarette de son paquet pour donner crédit à sa version dans un constat déroutant. Si quelqu’un a voulu simuler sa mort, alors c’est qu’il y a vraiment quelque chose qui cloche et dont son esprit retord n’est pas responsable. Le regard troublé par cette pensée, Varri repousse sa tasse de café vide sur le côté avant de capter les pupilles de la brune dans le discours téméraire qu’elle lui livre. Pleurer, hurler, rager, se battre pour rétablir la vérité – parce qu’elle n’est plus muselée par quelconque institution et les faits accablants sont là pour prouver qu’elle n’est pas seule dans son délire – que quelqu’un s’est dit que Varri Bjurman devait être morte.
Peut-être pour échapper à de mystérieux détracteurs ?
Peut-être pour l’étouffer sous la complexité d’intentions qui lui échappent totalement ?
Elle n’en sait foutrement rien.

Un profond soulagement se dénoue là-dedans. Sous sa peau. Dans son être – réveillé par les mots durs mais d’un impact profond d’une Felice qui lui livre un souffle de solution dans les entrelacs de sa propre impuissance. Et la culpabilité s’oppose doucement de la voir se fondre dans la brume colérique de ses propres affects – de se sentir démunie face à la détresse intime qu’elle hurle de tout son être, Felice.

Parle ou dégage. En voilà, un choix pertinent. Les lippes serrées dans l’examen de sa vis-à-vis, Varri finit par laisser échapper un soupir, phalanges égarées contre l’arête du nez.

« Tu as raison. Je dois me battre. C’est juste que… Je ne sais pas encore contre quoi. » Lui révèle-t-elle dans le murmure meurtri de ses lèvres. Une pause. Une lassitude, creusée dans la clarté de ses pupilles. Puis un petit rire sec se dégage dans la fraîcheur hiémale. « Je dois restée cacher... Parce que les circonstances ne sont toujours pas claires sur ce qui m’a amené là-bas. » Et que je me suis enfuie, aussi. A la base. Ce n’est pas juste une histoire de malentendu, tout ça – ça nage en plein dans la strate obscure et puante de la corruption italienne. De la mafia.
Encore. C’est toujours question de mafia quand ça tourne dans ce bouge.

« Kiruna me manque. » Dilapide Varri dans un soupir douloureux en faisant courir son regard sur la naïveté attendrissante de deux adolescentes qui font la queue au cinéma de l’autre côté du trottoir. Deux bonnes copines. C’est quelque chose que Varri n’a jamais vraiment connu – plus solitaire que populaire. « Je pense que tu pourrais aimer, tu sais. L’immensité sauvage. Les rennes et le froid. Ça te sort des villes. Du regard des autres. Du seuil de normalité qui pourrit la vie de ceux qui y accordent trop d’importance. Ma mère était une folle pour les gens venus d’ailleurs. » Varri se remémore ça dans la vigueur d’une nostalgie qui la fait néanmoins sourire. « Alors qu’elle était juste en phase avec son identité et sa culture. Ses croyances la rendaient forte, même si elles la mettaient en marge des autres. » Ou du moins des colons. L’histoire des chamans lapons, c’est la tragédie de la chasse aux sorcières. Un grand classique en somme.

Varri ne sait pas vraiment pourquoi elle lui dit tout ça à Felice. Elle se sent proche d’elle malgré ses reproches et sa virulence. Aimerait défaire le nœud d’amertume qui s’est figé entre elles pour en revenir à cette même simplicité échangée lorsqu’elles étaient entre les quatre murs de l’hôpital psychiatrique. « Je suis désolée, Felice. » Confesse-t-elle sur un timbre affecté. « Je ne voulais pas te blesser. C’est juste que… Je ne peux pas parler à ma famille - je ne peux pas prendre le risque de les mêler à tout ça. Mais toi… Tu sais déjà une partie de la vérité – et c’est peut-être égoïste de ma part mais je ne veux pas perdre ça. Notre lien. » La blondine hésite. Se redresse sur son siège, rattrapée par la stupidité de cette révélation. Tu vas la mettre en danger, Varri. Ou peut-être qu’elle se donne trop d’importance ? Le doute l’étrangle.

Elle reste là, stupidement. Debout à ne pas savoir que foutre de ce choix qui la déglingue.
Peut-être bien que t’as plus envie de me voir, Felice. Et elle cherche dans les prunelles adverses le signal du départ. La brèche. La fracture. La résonance de ses sentiments ébréchés.        

Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

(c)lazare.
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Dessine-moi un mouton ▬ Varri - Mar 20 Mar - 16:15
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humains
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EFFIGIE : Keira Knightley
BAFOUILLES : 151
PACTE : 04/01/2018


OSSATURE : vingt-sept anniversaires
CONTRAT : célibataire condamnée mais vaillante. fleur bleue dans l'âme, elle évacue sa solitude avec de sordides guerriers de passage - ceux qui n'ont pas d'intérêt pour l'amour. les autres sont aux mains de perfides petites saintes de la normalité, tendresses quotidiennes moins dérangeantes qu'elle.
BESOGNE : ancienne mécanicienne, schizophrène paranoïde reconvertie dans la peinture contre son gré. ses oeuvres profitent à la gloire d'un autre, et lui assurent protection en plus de menus cachets.
FABLE : le seul moyen qu'elle aurait encore de croire au surnaturel, serait qu'on lui enfonce la foi directement dans le neurone, avec un bistouri et une seringue
ÉCHINE : chamane délaissée, condition ignorée, don étiolé par les âges et la négligence de maintes générations avant elle.
PRESTIGE : felice peut sentir l'âme des gens, qu'elle interprète au bon vouloir de son esprit malade. elle est sujette à un spiritualisme sensible, exposée aux éléments les plus sombres de ce monde, jusqu'à la démence. plus qu'un don, une condamnation dès la naissance.
GANG : monarca, collaboration récente, saine exploitation de son art en échange de sa vie
CREDIT : (ava) ABANDON (gifs) imogenpoots / underthecut (image) quirkbooks
Des excuses scandées désamorçaient une première bombe, tempétueuse laissée dans le morcellement de la seconde. Des airs de conventions sociales scandées dans l’automatisme des conditionnements, pourtant, continuaient de tendre les nœuds en nylons que formaient les pauvres neurones de Felice. Comme ces automatismes qu’elle marmonnait elle-même, dans la confusion de certitudes en montagnes russes, ces creux de vague où la moralité même se perdait entre deux couleurs déplacées. Felice connaissait le ton de ces excuses qu’on lâchait ainsi dans le doute – dans la connaissance parfaite de devoir en présenter mais sans être bien sûr de les penser, ni pourquoi elles étaient requises. Ces petits boulons d’anticipation qui étaient le ciment de la société, et dont on lui disait que les amis n’avaient pas besoin entre eux.
Des amies. Les deux mots chantaient à tue-tête dans le tissu tordu, immature de myocarde ; et sa tête ne cessait d’en réclamer tempérance, trop échaudée d’expériences, ce que les savants qualifiaient d’attachement pathologique ou encore d’érotomanie, et qui dans le secret des cobayes ne sonnait jamais que comme de profondes blessures. Peut-être l’attitude de Varri était-elle la plus adaptée – la plus normale ou encore la plus convenable. Fuite, secrets et conventions, toutes ces saines précautions dont on gratifiait les étrangers ou semi étrangers pour conserver les espaces vitaux qui étaient un autre ciment de société. Quelques semaines à partager des cigarettes entre deux parties de puissance quatre ou d’un scrabble auquel il manquait le x et le z – ce qui en tuait tout l’intérêt – ne suffisaient donc pas à qualifier une amitié digne de ce nom : digne d’inquiétude, d’intrusion. Perdue, Felice, dans ce que ses tripes voulaient griffer l’injuste au visage de l’avoir ainsi blessée, et ce que le nylon rigides des neurones dénouait là une agression sociale ; comme des relents de déjà vu, d’esclandre public et de plainte au commissariat repeintes en tableau sur l’écran de ses pupilles rétractées.

Elle la contemplait, s’attendant à la voir partir, s’astreignant à ne pas la vouloir tuer pour ça. Dans ces exercices ridiculement épuisants qui régissaient sa survie sociale, ce qu’elle arrachait de normalité à ses contentions chimiques pour bien se conduire. Se conduire proprement. Dignement. Il ne s’agissait plus de se convaincre qu’elle avait tort de vouloir cogner, seulement que le vouloir ne l’obligeait pas à agir.
Alors inlassablement, dans l’esprit tordu de Felice et la suspension d’un silence., la silhouette blonde se levait pour partir afin qu’elle pût s’y préparer. Parfois en disant au revoir, souvent en ne disant rien, une ou deux fois dans le salut digne de sa silhouette altière. Le manteau peu flatteur déposé sur les interminables jambes s’élevait puis s’en allait, carré blondin bondissant à aux à coups de ses foulées trop grandes. Et réapparaissait pour reproduire une version plus fidèle de son départ. Les dernières séquences lui paraissaient d’ailleurs si fidèles, si solides, à Felice ; qu’un léger choc lui secoua le corps lorsque au lieu des tiges longilignes, deux lèvres fines s’agitèrent sous son regard, dont les noisettes semblaient s’être carbonisées sous leurs pupilles.
Il fallut plusieurs mots pour rattacher la réalité à cet instant, et l’imaginaire pur à celui d’un départ. Une cavalcade neuronale un peu statufiée pour rattraper ce qui venait de se dire au cours de son absence. Sidérée par ce bref passage entre les lignes trop minces de la réalité, Felice manqua jusqu’à l’accès aux émotions évidentes de voir sa comparse rester. Pour quelques secondes, peut-être ; à n’être qu’un bloc de pierre bien occupé à se rappeler qu’il était fait de chair, d’humanité.

Les détours étonnamment pragmatiques de leurs sentiers peu façonnés pour l’exercice regagnèrent rapidement les voies plus familières d’une nostalgie propre aux caractères mélancoliques. Varri évoquait sa terre natale, Felice se laissait porter par la tiédeur paradoxale nichée dans la déclamation des contrées hiémales. Evita la maladresse défaitiste d’une réponse au sujet de sa mère en se concentrant plutôt sur l’émotion tantôt oubliée à la voir rester. Rassurée, un peu, que dans ses obstinations patibulaires elle eût obtenu gain de cause, pour une petite fois. Contente et même heureuse, d’entendre dans les mots de Varri l’écho des chants lyriques de l’amitié résonnant le myocarde aux attachements pathologiques. Felice n’eut pas besoin de deuxièmes excuses pour changer sa hargne de pierre en sourire, sans se fendre de la prudence que d’autres auraient dans leurs transitions émotionnelles. Elle oublia de lui dire que se perdre dans un pays dont elle ne parlait pas la langue revenait à sublimer encore d’avantage le mythe de Cassandre qu’elle ne le faisait déjà et que quitter l’Italie lui était bien impensable ; ou qu’elle doutait pouvoir convaincre qui que ce fût qu’elle était seulement très en phase avec sa propre identité, pas la définition même de la folie bien équilibrée. Elle oublia tout ça, Felice, dès que deux petits mots vinrent conclure la délicatesse d’une réponse, et donner crédit aux sérénades du cœur.


Où tu vas ?

Oxymore gestuelle.
Contempler la blonde aux deux tiges redressées pour partir ne manqua pas de lui faire remettre en doute la possibilité d’un délire d’une étape à l’autre. Mais laquelle ? Enflammée dans la contradiction du choix binaire qui lui avait été donné, Varri avait choisi de parler et dégager, peu soucieuse de créer un gouffre entre Felice et la moindre accessibilité à sa logique comportementale. Décontenancée, la brune contemplait la blonde dans l’attente d’une réponse, une instruction qu’elle aurait oublié d’écouter. Un rendez-vous qui l’attendait. Une odeur qui l’incommodait. Une envie pressante. Une raison, n‘importe laquelle Et la blonde contemplait la brune, dans l’attente d’une logique à rester, qui ne fût pas stupide, dangereuse. Une raison, encore Et la raison n’était pas son fort.
Tétanisée par l’inertie soudaine de cette nouvelle démonstration de théâtre absurde, Felice prit sur elle de jeter trop d’argent sur la table et de rassembler ses affaires pour la suivre quand, dans un instant de clairvoyance, elle réalisa que la réponse était une chose qu’elle ne voulait peut-être pas entendre. Qu’elle préférait, quitte à s’entêter dans une parcelle de délire, s’en tenir à ce lien qu’elle se chantait et dont elle venait de se faire prouver l’existence. Elle prit les devants, la vaillante, sans s’encombrer de logique ou même de clémence. Rejoignit l’autre dans son départ, plutôt que de s’épuiser sur la logique de cette absurde décision.

On va à la bibliothèque. déclara t’elle, péremptoire, les deux jambes lancées dans un premier départ pour ne pas subir de mauvaises visions qui se réalisaient. On va écrire tout ce qui t’est arrivé sur un papier, ensuite on fera des recherches pour savoir comment c’est arrivé. poursuivit la longue brune, campée dans la logique binaire et quelque peu bancale d’expériences fictives à la télé, qui étaient d’ailleurs les seules qu’elle pouvait avoir d’un tel problème. Sans trop être bien sûr de l’utilité de l’entreprise, qui lui importait peu, d’ailleurs. Elle ne nourrissait aucune illusion d’être une aide précieuse dans une affaire d’internement et de simulation, ne cherchait qu’un bon prétexte de repousser une séparation à la logique illogique – il était après tout difficile de ne pas perdre un lien si on s’en séparait. Si jamais on trouve rien, tu pourras toujours me montrer Kiruna sur une carte. sourit Felice, une nouvelle tige embrasée entre ses lèvres, dans la fierté éphémère de son initiative. Une façon à elle de rester en phase avec son identité, délitée.

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
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Dessine-moi un mouton ▬ Varri - Mar 10 Avr - 10:28
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sorciers
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EFFIGIE : Charlize Theron
BAFOUILLES : 10946
PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
CREDIT : Carnavage
FELICE
&
VARRI
DESSINE-MOI UN MOUTON
Dans le silence du non sens, Blondie contemple le visage de la brune et suspendue à ces lèvres qu’elle presse dans le chaos démentiel de ses pensées, elle y voit son reflet. Celui d’une fille paumée dont elle se sent proche même si elles sont à l’opposé. Cette fille qui souffre d’une pathologie qui la rend imprévisible et qui ferait fuir la première personne sensée – une drôlesse à la caboche qu’il vaut mieux garder sous scellés, belle boîte de Pandore pour les détendeurs de pouvoirs psy. Tu n’as pas envie de savoir ce qu’elle a dans la tête, Varri. Se dit la lapone, statufiée par le temps qui cristallise entre elles. Tu n’as pas envie de savoir comment ça tourne là-dedans – tu n’as pas envie de goûter à cette virulence nocive. Celle qui gonfle derrière les cachets en guise d’expression la plus spontanée de ce qu’elle a à offrir. C’est probablement tout ce qu’elle a, Felice. Elle a des raisons pour être en colère mais démolir une gueule, ça ne fait jamais bon genre. Parfois, être civilisé, ça fatigue. Varri peut en attester – en tant que flic, elle a toujours tenté de l’être. Même si parler, ce n’est pas trop son truc. Bien le faire, encore moins.

Les consciences flottent au gré de leurs billes qui virent et chavirent comme deux aimants contradictoires. Varri amorce un pas vers l’arrière mais s’étonne du sourire de compassion que lui lâche finalement une Felice qui semble plus clémente. Peut-être même un peu émue par les réminiscences qu’elle lui offre au sujet du pays qui l’a vu grandir. Kiruna. Berceau de ses souvenirs. Mémoire d’un cocon de brume et de l’immensité sauvage surplombée par les vols d’hélicoptère.

Où tu vas ? Qu’elle demande alors Felice – comme si cette décision de s’effacer était aussi imprévisible qu’inopportune. Comme si elle faisait tâche, Blondie, à ne pas vouloir rentrer dans les cases de la banalité sociale. Comme si cette question résumait assez bien le bordel sans nom de la situation actuelle et le foutoir dans sa tête. Qu’est ce que tu veux faire, Varri ? Balancer à une schizophrène toutes les sinistres vérités qui te dépassent toi-même ? C’est vrai, ça. Elle s’interroge. Se maudit d’être encore là, à espérer parler à cette femme. Comprendre l’amitié, éluder la violence.

Varri se sent bête, muette à renâcler ce qu’elle pourrait faire. Mal faire, surtout. Ses prunelles vont et viennent entre la rue et la brune puis finissent par s’attacher à la silhouette filiforme qui bondit dans un bruit de pièces laissées à la volée. Elle est aveuglante de témérité, cette Felice quand on veut bien daigner s’y pencher. Elle la rejoint, la dépasse et l’entraîne dans le méandre de rues pavées hantées par le mysticisme de son brouillard hivernal. Propose de gagner la bibliothèque ce qui fait sourciller la blondine dans une moue partagée entre perplexité et satisfaction de ne plus être là à ressasser les questions fâcheuses. Une autre fleurit néanmoins. « A la bibliothèque ? » A-t-elle le temps de glisser à Felice tout en la rattrapant, mains dans les poches et cheveux dans les yeux. Son minois affiche scepticisme, juste le temps que la brune ne poursuive pour préciser sa pensée. Ecrire ? Faire des recherches ? La surprise ondule dans les callots de la blonde et les lèvres s’étirent dans un sourire attendri. C’est qu’on la lui a rarement faite, celle-là. Proposer d’enquêter en plongeant son nez dans les bouquins de la bibliothèque. L’attention est touchante. La proposition quelque peu irréaliste. Que Felice veuille bien lui accorder le reste de son après-midi est en soi une preuve de complicité qui la trouble. Et la volonté farouche qu’elle brandit pour lui venir en aide fait naître une pointe de réconfort qu’elle voudrait se refuser de ressentir. Parce que Felice n’est pas la première à vouloir l’aider et que ça se paie généralement cher, de vouloir le faire. Sauf que c’est un peu différent pour Lars. C’est toujours compliqué quand l’amour s’en mêle.

Ce n’est pas une bonne idée. Se dit-elle en suivant du regard les pieds de la brune qui les dirige vers la bibliothèque. C’est qu’elle redoute un peu quel sujet aborder dans tout ce qui ne va pas depuis son arrivée à Rome. Commencer par ses soupçons vis-à-vis des autorités italiennes ? Causer de son partenaire aussi exaspérant qu’attachant s’étant révélé être un loup-garou tandis que des pouvoirs psychiques lui ont complètement fait tourner caboche à elle ? Ou devrait-elle commencer par le fait qu’elle s’est entichée du responsable des meurtres sur lesquels elle était censée enquêter - lui qui bosse pour l’une des mafias les plus tentaculaires de Rome et qui a été déchu de la sorcellerie pour devenir un lupin. Lui qui est possiblement responsable malgré lui de son internement.
Non. Résolument, ça ne se fait pas de dire ce genre de choses.

Varri la rattrape dans la ruelle, se portant à son flanc pour lui couler une œillade intriguée. « Dis, est-ce que t’as déjà rencontré le directeur de l’asile ? Belphegore Fornese. Tu ne l’as jamais trouvé… Un peu bizarre ? » L’interroge-t-elle. En voilà, un sujet qu’elle peut aborder. Une question qui taraude, toujours. Pourquoi Fornese l’a faite passer pour morte ? Pourquoi s’est-il empressé de le lui faire comprendre après sa fuite ? La mine pensive, Varri se laisse porter par la complicité qui se noue au détour du cadre où elles se sont rencontrées. « Il a disparu. Juste après avoir prétendu mon décès. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi. » Maugréé-t-elle dans un soupir agacé avant de couler une œillade vers son amie. « Il se passe beaucoup de choses dans cette ville. Des choses étranges. » Peut-être que tu n’es pas folle, Felice tu sais. Toute ta vie t’as flirté avec l’étrange mais ce n’est peut-être pas toi qui l’es. Ce sont les autres. Elle tente de lire sur son visage, un semblant de réciprocité sur l’allusion qu’elle lui livre. Connaît-elle l’existence des créatures surnaturelles ? « Quand je suis arrivée ici, mon monde s’est un peu écroulé. J’ai perdu toutes mes certitudes. J’imagine que ça m’a appris l’humilité, de me dire que le monde m’est inconnu. Qu’il préserve ses mystères. »  

Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

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