My piece of you [Terminé]

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My piece of you [Terminé] - Lun 26 Fév - 10:53
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sorciers
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EFFIGIE : Charlize Theron
BAFOUILLES : 10946
PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
CREDIT : Carnavage
LARS
&
VARRI
MY PIECE OF YOU
Elle aurait pu être belle, cette vie à deux. Quand on s’aime autant, à s’en perdre dans les yeux l’un de l’autre pour l’éternité, à tenter de mettre des mots – des mots trop faibles – sur des émotions trop fortes qui galopent à vous en faire tourner l’œil. Elle aurait pu être belle, cette vie à trois, sans le drame d’un nom éclipsé, les inquiétudes latentes d’un esprit faible et l’incompréhension terrible des désirs respectifs.

Pourquoi est-ce que tu parles, Varri ?
Pourquoi n’est-elle pas née muette ? Il aurait fallu. Il aurait fallu au moins ça pour espérer vivre une vie sans passer son temps à blesser les autres. Par ses maladresses et ses pirouettes d’équilibriste incertaine sur le fil tendu de sa vie, menaçant de chuter au fin fond du précipice de la solitude et de la déraison.
Pourtant, elle avait pensé faire ça bien, trop heureuse de baigner dans les mirettes écarquillées d’admiration d’un Lars en pleine découverte. De quoi sceller leur complicité et le soutien indéfectible qu’ils se portent. Elle aurait pu faire ça avec la peluche gagnée, l’annonce de l’enfant qu’elle attend de lui mais il a fallu qu’elle le fasse dans la peur panique de le voir partir. Dans la vague nocive de l’inquiétude qui gangrène.

Varri se tord la cheville sur la corde tendue et Varri plonge.

L’expression du faciès de Lars ne peut-être qualifié tant elle est violente de révulsion. D’un malaise suffoquant. D’une déception terrifiante. Il chancelle, il s’éloigne. Se morcelle sous le regard terrifié d’une Varri qui comprend les prémices d’une décision. Ce quelque chose d’inéluctable qu’elle a nourri sans le vouloir de par ses angoisses familiales et son incapacité à expliquer le fond de sa pensée. Ses failles – ses putains de failles qui reviennent sans cesse pour lui pourrir la vie.

Non.

Elle voudrait être loin, Varri. Loin d’ici. Loin de Rome. Loin de tout. Quand du silence glaçant de désespoir naît la colère froide d’un ordre abominable. Quand dans les yeux de Lars, Varri perçoit un homme brisé. Et si elle ne réalise pas de suite l’horreur qui fermente dans l’esprit de l’homme, elle capte néanmoins tout le mal qu’elle lui fait. L’énième éboulement qu’elle provoque dans la montagne de ses affects.

Un dernier acte qui se scelle dans toute cette foutue tragédie. Comme si elle était une putain de dramaturge.

Alors, quand elle commence à se sentir dépossédée de son corps, le visage blême et la tachycardie aliénante, Varri ramène une main contre sa panse dans l’appréhension de cette réponse – de l’odieuse volonté qu’il lui jette au visage après s’être liquéfié sous ses yeux. Dans l’instinct farouche de protéger cet enfant qu’il condamne dans un mot amer. Un seul suffit.
– Avorte.

La peinture idyllique de cette journée se délave autour d’eux à n’en laisser que cette empreinte sinistre de malédiction. Choquée, Varri écarquille les yeux – bloque une inspiration douloureuse dans sa poitrine pour se retenir de s’effondrer. Et il poursuit, Lars, quand c’est à elle de secouer la tête dans un geste de négation sec. Cette chose. Cette… Chose ? Il parle de leur enfant, d’un être vivant. De leur création. Et le rire d’enfant qu’elle s’est rêvée dans la faiblesse d’un espoir s’éclipse dans un son tordu et à demi étouffé.
Parce qu’à quoi bon avorter quand elle sent que c’est ça qui va la tuer. Le tuer.

L’injustice des mots déferlent quand il lui vitupère de se débarrasser de ça. Furieux, avec ce même jugement dans son regard, porteur d’ignominie. Et elle décèle le reproche dans ce reflet qu’il lui retourne, comme si c’était elle qui avait parlé de cette chose dans son ventre. Comprend qu’il la voit porter ça comme un fardeau, une sombre résignation nourrie par des prétextes qu’elle a bâtis durant toute sa vie. Comment constituer son plaidoyer en de telles circonstances ? Comment vouloir parler du vrai dans la cohorte d’impressions faussées qu’elle a du lui donner ? Parce qu’elle le veut ce bambin, envers et contre tout. Parce que l’idée de la famille ne lui a jamais semblé aussi naturelle qu’aujourd’hui. Parce qu’ils s’aiment, bien qu’il y ait eu des épreuves à surmonter. Parce que ses sentiments pour lui n’ont pas changé. Parce qu’ils auraient pu être heureux, vraiment heureux si elle ne s’était pas portée à lui dans un pessimisme déroutant.
Tais-toi, Varri. A jamais. Le vœu de silence c’est encore ce qui pourrait la sauver. Elle et son âme déglinguée. Elle n’a jamais été bien douée dans l’impulsion désespérée. Elle n’a jamais été bien douée tout court lorsqu’il s’agit d’exprimer ce qui relève pourtant de convictions profondes. Alors quand il lui cause de tous les mauvais exemples, les mauvais souvenirs et leur incapacité à se stabiliser, eux – et qu’il met le doigt et qu’il appuie férocement sur cette lubie d’être mère, cette lubie qui la fait hurler dans un sentiment d’injustice à l’intérieur, Varri fait un pas en arrière, resserrant les pans de son blouson contre son ventre dans la volonté de faire rempart à ça. A toute cette colère brute et cette dénégation farouche.
Ca va nous digérer. La colère et l’incompréhension.
Il n’en veut pas, Lars, de ce bébé. Il parle d’être raisonnable comme si ça n’allait pas les détruire. Il est désolé et dit que ce n’est pas négociable.

Je pourrais tuer quelqu’un par amour pour toi. Je pourrais tuer, alors pourquoi donner la vie pour nous, ce n’est pas concevable ?





Le chemin du retour vers le motel s’est fait dans l’asphyxie du silence, le choc brutal semé dans les callots. Varri n’a pas même eu la force de s’excuser lorsqu’elle s’est évadée dans la salle de bain pour s’y enfermer et y vomir en ouvrant le robinet de la douche pour en couvrir les bruits. Puis elle est restée là, une bonne dizaine de minutes, assise à même le sol, ses longues jambes en travers de la pièce, à regarder son ventre et à se demander si elle serait vraiment capable de faire ça. Choisir entre Lars et son enfant. Vivre un avortement qu’elle n’a pas désiré, seule, parce que jamais il ne l’accompagnera pour l’aider à surmonter ça. Elle s’est demandée si son déni serait assez convaincant pour l’empêcher de sombrer – définitivement, dans la folie. Dans la sensation physique de mettre à mort un enfant désiré et dans le désespoir lancinant de n’offrir que dépouille et souffrance.

Lars ne veut pas la toucher. Il ne veut pas voir son ventre. Il ne veut pas se confronter à elle et à cette vie qu’il récuse. Du moins pas jusqu’à ce que ce soit fait. Qu’elle avorte et que la vie suive son cours. Qu’ils puissent prétendre tout deux que rien ne s’est passé et que leur couple ne vient pas d’endurer un drame. Mais ce silence, ce déni et cette indifférence… C’est impossible à supporter. Trop difficile à essayer de comprendre tandis qu’elle sent la vie en elle, Varri. Lars l’ignore mais elle, ne le peut pas. Et elle s’accroche à ses espoirs, Blondie – elle s’y accroche comme elle s’attache à ce bébé, jetant loin ses peurs les plus stupides pour ne penser qu’à l’amour qui l’unie. A Lars, et au petit être qu’elle veut sentir grandir en elle.

« Lars, je suis désolée. Je ne peux pas te laisser dire toutes ces choses. Je ne peux pas m’exécuter et me débarrasser de lui comme ça. Pas avant de t’en avoir parlé. » Le jour s’est levé depuis quelques heures déjà et Lars est vaguement accoudé à la fenêtre – comme souvent lorsqu’il est plongé dans ses pensées les plus brumeuses. « S’il te plait, est-ce que tu veux bien m’écouter ? » Elle s’approche doucement de lui, Varri. Tente de lui prendre la main pour qu’il la regarde.
« Ce que je t’ai dit, Lars. Ce n’était pas des mensonges. L’amour que j’ai pour toi et l’envie que j’ai de construire quelque chose. De faire un trait sur le passé pour me tourner vers l’avenir. Notre avenir. Ce bébé, je trouve que c’est la plus belle façon de se montrer qu’on s’aime. Il ne s’agit pas de ça ou d’une chose. C’est notre enfant, notre création et même si ce n’était pas prévu et que ça soulève beaucoup de questions, je suis heureuse d’être enceinte. Je ne le veux pas par défaut. Je ne le veux pas par tristesse ou par résignation. Je le veux parce que c’est le tien et que je t’aime comme jamais je n’ai aimé quiconque. » Une certaine détermination anime les prunelles derrière le scintillement émotif de ses iris cristallins. Elle a le besoin de le toucher, son ventre – s’assied sur le lit pour y faire descendre un regard dans un sourire d’une douceur un peu lointaine. Caresse la rondeur à travers le tee-shirt large avant de reprendre la parole. « Je l’ai imaginé, tu sais. Je nous ai imaginé toi et moi. Je t’ai vu me serrer la main pour chasser mon angoisse des hôpitaux et je me suis vue sourire quand tu aurais embrassé mon ventre rond pour la première fois. Je veux sentir ses coups de pied et te les faire partager. Je veux qu’on se chamaille pour lui trouver un nom qui nous convienne et te voir comblé de joie lorsqu’il naîtra. » Et je veux te voir le tenir dans tes bras, te battre avec ses couches sales dans la crainte de ne pas faire ça bien tandis que je viendrais t’aider sans avoir la moindre notice sous la main. Le chatouiller pour le faire rire, lui raconter des histoires qui lui écarquilleront les mirettes comme tu avais les tiennes grande ouvertes à la fête foraine. «Je veux être aux côtés du père aimant que tu seras. Je veux qu’on l’aide à grandir, cet enfant. Qu’on lui donne de cet amour et de cette dévotion que nous avons l’un pour l’autre. Il n’y a pas de bons moments pour être parents. Je crois que c’est une chance que l’on saisit. J’aspire tellement à vivre cette vie, si tu savais Lars. Là, maintenant, avec toi. » Elle lève ses yeux noyés d’émotion vers lui, lèvres pincées dans l’appréhension grandissante de ce verdict qu’il lui a craché la veille. Puis elle s’ébrèche dans l’aveu de sa douleur, flanchant un peu vers l’avant. « Je ne veux pas le perdre… » Articule-t-elle en se recroquevillant contre ses genoux, les bras serrés contre son râble dans une cage de chaleur pour l’embryon.

Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE


☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

(c)lazare.
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My piece of you [Terminé] - Mar 27 Fév - 0:38
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HJELM Lars
&
BJURMAN Varri
MY PIECE OF YOU

Alors elle ne négocie pas, Varri. Drapé du silence que je nous impose par les mots que j’emploie. Par leur violence et leur impact. On reste là, un instant, à se regarder sans savoir quoi se dire de plus horrible encore. On attend la surenchère – j’attends qu’elle acquiesce, surtout. Qu’elle me dise qu’elle va m’écouter, que j’ai raison, après tout. Que c’est complètement stupide de vouloir garder un bambin pour sauver un couple ; que c’est égoïste et que c’est sacrifier l’innocence d’un être qui n’a rien demandé. Qu’elle s’excuse d’avoir enfoncé le clou sur nos difficultés quand je pensais le chapitre clos. Qu’on ne tâtonne pas vraiment parce que nous avons trouvé des compromis la veille et qu’il faut juste voir si ça peut marcher. Qu’elle m’avoue qu’elle n’attendait que ça, au final ; qu’en se montrant si pessimiste sur notre avenir, c’était juste parce qu’elle n’aurait jamais eu le courage que j’ai eu. Qu’elle ne voit pas notre relation si morose… Qu’elle confirme que je ne vais pas être père, dans la claque totale de toutes ces révélations gâchées. Qu’elle fera le nécessaire parce qu’elle est incapable d’être mère. Parce que penser sauver un sentiment avec un être vivant c’est encore plus abject que tirer une balle dans la tête d’un psychopathe. Parce que je ne comprends même pas comment l’idée a pu traverser son esprit et que je comprends encore moins pourquoi elle a essayé de me faire adhérer à cet état de fait avec tellement de tristesse. Parce qu’elle vient de détruire le plus beau jour de ma vie, qu’il ne se représentera probablement jamais et qu’elle me fait tuer mon second enfant. C’est toujours moi le méchant de l’histoire.

C’est donc sans plus de cérémonie que nous quittons la fête foraine, beaucoup moins heureux que ce que nous y sommes rentrés. Nous ne passons pas par le stand où notre peluche nous attend, parce que je n’ai aucune envie de me souvenir de cette journée, et je jette la bague que Varri a passé à mon auriculaire dans une bouche d’égout. Dégout. Le trajet de retour est plein de tensions. L’ambiance est électrique. La porte de ce foutue motel claque encore. Puis celle de la salle de bains, où Varri s’enferme persuadée que je ne l’entends pas vomir avec l’eau qui coule. J’évite de m’enfuir quand tout me pousse à aller boire un verre – beaucoup de verres, beaucoup d’alcool, beaucoup d’oublis. Je me rabats sur une bière tiède. Louche sur mon sac, dans un angle, ampli de tellement de sachets de came que je serais bon pour ne plus penser à rien une bonne partie de la journée. Ca serait con de replonger, maintenant… Mais je n’ai plus rien à perdre. Que je prenne un fix ou pas… J’effleure la lanière de la boite de Pandore. Sursaute lorsque je sens Varri dans mon dos, se mouvoir à distance. Je fais mine de chercher mes cigarettes. M’en grille une sans conviction. Vais m’asseoir à la table. Allume la télévision dans un automatisme un peu hagard ; couve du regard la poche avant entrouverte de ma besace où quelques cachets colorés dépassent. Qu’est-ce qu’il te reste à perdre, Lars, que je me répète tout le reste de la journée, Kiruna, ton statut, ton coven, Eija, ton enfant, Skuld, tes pouvoirs, tes illusions… Ton enfant. Bientôt Varri. Pourquoi préserver ta santé ?

Le soleil se couche.
Je bouge.
Agrippe le sac.
Vitupère que je ne souhaite guère la voir nue dans la lit lorsque je rentrerais, plus tard. N’attend aucune réponse avant de disparaitre dans les rues de Rome pour vendre sans consommer. En contrepartie, je bois pour me consoler. Reviens tôt auprès de Varri. Répugne à la toucher. Reste de mon côté du lit. Dors pas, ou peu. Me réveille sans le soleil, n’ai l’impression de ne m’être assoupi que quelques minutes alors. Dans une impulsion stupide je me rhabille pour aller courir. Prendre l’air. M’arrête au premier bar qui s’ouvre. Me fais plaisir avec un vieux whisky. Vais acheter le journal sans trop savoir pourquoi – ça doit faire des mois que je n’ai pas lu une seule nouvelle. Le feuillette jusqu’au motel. Le jette sur le lit. M’accoude à la fenêtre pour fumer une cigarette. Qu’est-ce qu’il te reste à perdre ?

La voix de Varri tarie le film muet qui se déroule depuis des heures. M’enserre le bide en me ramenant dans une réalité moins cotonneuse qu’un décuvage classique. Mon sang pulse à mes tempes. Je ne saisi même pas ce qu’elle babille – je n’ai rien dit, ça serait un comble de ne pas pouvoir me laisser dire un truc quand je n’ai rien dit ! – le conçois quand elle essai de toucher ma paluche – caresse de laquelle je me soustrais dans un habille détournement qui ne semble pas voulu. C’est maintenant ? que j’aimerais lui demander. C’est maintenant, pour toi, le bon moment pour négocier ? M’est avis que, quand bien même il y en aurait un, le lendemain d’un drame n’est certainement pas LE bon moment. Je soupire, dans une lassitude que je ne parviens pas à masquer. Me reflanque devant ma fenêtre en croissant les bras sur mon torse. Perd mon regard sur la rue à défaut de le perdre sur elle. Tu me rappelles la décision que tu m’as fait prendre… Et ton charabia censé me remonter le moral me donne envie de me jeter 7m plus bas. Soudain, Varri, elle m’aime et elle veut construire quelque chose. Elle veut tirer un trait sur le passé – ou du moins me le faire croire, ça serait bête de se priver de me reparler de nos familles respectives pour justifier l’horreur de l’engrossement et notre potentiel à tout foirer. Ce n’est plus complexe, on ne tâtonne plus et il n’y a plus de raison d’essayer puisqu’on va y arriver. Elle nous a imaginé, après tout. Elle est heureuse, et pas par défaut. Juste parce que c’est beau de porter la vie. Elle parle de création, de trucs fascinants quand on ne s’est pas mangé les réticences égoïstes de la veille. Elle veut le gosse parce que je suis le père – comme si le père avait de l’importance. Elle parle de la dévotion que nous avons l’un pour l’autre – ah, ils sont loin les essais hein ? Elle parle d’aspiration. Elle répond aux doutes de hier comme si elle était entrée dans ma putain de tête. Ou comme si elle était tellement tarée qu’elle avait complètement changé d’idée. Et demain, t’auras encore un autre avis sur la question ? Tu me demanderas de t’épouser ou tu avorteras comme si de rien n’était ? Tu seras encore heureuse ou plus triste encore que hier ?

Silence. Expiration. Haussement d’épaules. Je ferme la fenêtre. Glisse plus que ce que je ne marche vers le lit pour y récupérer le journal. Vais me poser contre la table. Bouquine, distrait. – Il y a un nouveau restaurant qui a ouvert sur l’avenue, soufflé-je. Il paraît qu’on peut se faire livrer… C’est de la cuisine indienne, je crois. On pourrait commander pour ce midi, ça nous changerait des viennoiseries et de nos sempiternels sandwichs. Elle n’a pas besoin de parler. Ni de se lever. Esquisse juste geste et pensée avant que je ne froisse bruyamment ce que je tiens pour le balancer contre le mur le plus proche, me redressant de toute ma taille. Je sais que tu t’en fous de ma cuisine indienne. Une colère sourde gronde dans la crispation de mes muscles. Ordonne le silence et la stoïcité. – Tais-toi, dis-je d’une voix bien plus tremblante que ce que ma stature l’aurait laissé croire. Je me pince les lèvres. Frotte mes paumes contre mon pantalon. L’encéphale fuse, me conseille de partir comme je sais si bien le faire lorsque je commence à m’énerver – à avoir ces émotions trop vives qui pourraient me faire dégoupiller. Je calcule, d’un œil aguerri, ce qu’il faudrait que je prenne dans la tempête de mon départ – sac, blouson, clé de moto - avant de me reprendre. Parce que je calcule pour ne jamais revenir. – Tu te souviens… Tu te souviens il n’y a pas si longtemps tu m’as demandé quelle vie j’aurais choisie si… Si j’avais pu choisir ? Je tique. La revois me prendre les mains, se surprendre à m’imaginer dans un autre monde ; dans un monde où je pouvais avoir une vie normale. – Tu m’as demandé si je me voyais avec des gosses. Et je t’ai répondu que oui, dans ma vie idéale, j’aurais eu une femme et des gosses. Kvènes, forcément mais… J’en aurais eu. Ma langue claque sur mon palais. Ma caboche tangue. – Et hier, lorsque tu m’as annoncé que tu étais, enceinte, moi qui pensais que ce jour serait le plus beau de ma vie et qu’il n’était même pas envisageable, j’ai eu l’impression que c’était le pire. Tu m’as… Tellement déçu lorsque tu m’as dit ça. Pas parce que nous avions fait une erreur - un enfant ne devrait pas en être une même s’il n’est pas prémédité - mais ta vision de notre couple et cette redondance à regarder derrière nous alors que tu prônes qu’il faut regarder devant ; ce pessimiste sur des essais qu’il faudrait entreprendre pour nous sauver en engendrant. Tu serais prête à mettre l’innocence d’un enfant en jeu pour sauver un couple. Notre couple. Je ne savais même pas qu’on était à ce point fragilisé… Au bout de seulement deux mois de vie commune. Alors, tu peux me dire, une fois que je suis… Triste que tout ça c’est cool pour me remonter le moral mais j’ai énormément de mal à y croire. Et je ne pense pas non plus qu’un enfant peut nous aider à surmonter ça.

- Je n’ai pas la force de t’ordonner une seconde fois d’avorter, Varri. Mais j’ai la force de te quitter, débité-je avec constance, sans l’ombre d’une menace mais dans la clarté d’une décision qui est prise. Je lève une main, légèrement, pour éviter qu’elle ne me coupe. – Parfois l’amour ça ne suffit pas. Et putain pourtant qu’est-ce que je t’aime, soupiré-je dans un douloureux sourire. Mais tu ne changeras pas. Et ça me fait du mal. Tu me fais du mal. Tu souffles le chaud, le froid ; m’assure qu’on va y arriver et le lendemain tu parles de nos familles, de toutes ces mauvaises choses qui transforment l’espoir en essais minables. Tu me dis peut-être, tu me dis que c’est compliqué, t’as pas l’air heureuse et moi je te regarde et j’me dis Putain c’est fini, il faut la prendre cette décision pourrie. Alors je la prends et là tu m’dis c’est sûr, tu m’dis c’est pas compliqué, t’as l’air heureuse et moi je te regarde et je me dis Putain elle est folle. Je vais laisser le sang de mon sang à une folle. Et j’en ai pas envie. Alors je vais te quitter. Je vais prendre mes affaires, je vais partir, te donner tes papiers avant la fin de la semaine ; tu vas t’ouvrir un compte et je te virerais de l’argent régulièrement. Je te surveillerais de loin et tu auras mon numéro en cas de problème. Et tu as 9 mois, la voix est plus marquée, plus sévère, 9 mois pour me prouver que tu es ni folle ni égoïste. Parce que je ne laisserais pas mon enfant, à une folle égoïste. Est-ce que je suis bien clair, Varri ?









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My piece of you [Terminé] - Mar 27 Fév - 10:58
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EFFIGIE : Charlize Theron
BAFOUILLES : 10946
PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
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LARS
&
VARRI
MY PIECE OF YOU
Regarde-moi. A-t-elle envie de supplier, Varri, témoin de la fuite de ses prunelles à lui. Dans la colère qu’elle lui devine sous peau, la ramenant à l’idée que Lars garde beaucoup en lui et Lars n’est pas tout à fait humain. Elle ne maîtrise rien, Varri, dans tout ça. Elle n’est même pas sûre de pouvoir comprendre l’homme qu’elle aime – celui qui a laissé définitivement entrer la bête pour la sauver, elle. Et la tristesse se fait corrosive parce qu’elle réalise que tout est sa faute. Depuis le début, elle est responsable de ces revirements afflictifs, de ses angoisses qui turbinent à lui faire perdre pied. C’est comme un cauchemar où tout ce qu’elle redoute se déroulerait sous ses yeux. Et Lars trinque, prisonnier de ses propres perceptions et ils gesticulent l’un devant l’autre sans même pouvoir comprendre l’ébauche de la souffrance insidieuse de chacun comme s’ils étaient pieds et poings liés. Comme s’ils avaient perdu l’usage de la voix.

Dans l’indifférence la plus totale, Lars se meut. D’un point à l’autre, froissant le papelard qu’il a ramené de son expédition matinale. C’est comme ça que ça va se passer maintenant, Lars ? On va s’éviter ? Alors elle ferme les yeux, toujours recroquevillée contre sa panse et elle presse les paupières à s’en faire mal, dans le désir stupide de retourner en arrière. De faire un bond dans le temps pour en revenir à la veille, lorsqu’elle était au plumard avec lui et qu’elle aurait pu guider sa paluche sur son ventre en le regardant dans les yeux juste pour lui dire « Tu vas être papa, Lars. » Même si rien n’est sûr. Que c’est la première fois qu’elle fait ça. Il aurait fallu qu’elle extériorise ce sourire – celui qui supplantait toute la crainte de revivre les drames qui ont ponctués son existence.

Le passé c’est le passé. Elle se l’est dit, ce credo. Alors pourquoi c’est si difficile de l’appliquer ?

Puis ses réflexions se brisent comme un miroir lorsque Lars s’ébranle et se noue pour lui ordonner de se taire. Dans cette même violence qu’éructent ses prunelles à chaque fois que le reproche vient. Elle le sent tendu, Varri, comme une bombe menace d’exploser – comme un fil tendu entre la peur que ça suscite et le désarroi de l’incompréhension mutique qui stagne entre eux. Tu veux fuir. Comprend-t-elle dans le frémissement de paupières masculines quand ses globes balaient l’endroit. Et quand est ce qu’on parle ? Quand est-ce que tu me fais comprendre ce que tu veux vraiment ? Ce que tu attends de moi ? Le souffle bloqué dans la poitrine, Varri l’observe, les mains jointes contre son ventre dans l’espoir d’y trouver un réconfort. La contenance de ne pas s’effondrer parce que tout se joue là.

Il lui demande si elle se souvient, Lars. De la question qu’elle lui a posée sur cette autre vie qui aurait pu être la sienne dans l’idéal de ses pensées. Une femme et des enfants dans la réserve Kvène. Elle se souvient, Varri. L’éclat réprobateur ponctue les paroles avant qu’il ne poursuive – qu’il écarte les pans de sa souffrance pour lui livrer la vérité sur ses sentiments. Les yeux perdus sur la silhouette nouée, sur l’homme profondément meurtri à qui elle a balancé tant de doutes, Blondie se perd dans le souffle qui s’égrène à ses lèvres, douloureusement. A quoi ressemble le plus beau jour d’une vie ? Pas à une confidence pourtant joyeuse révélée dans les difficultés. Et Varri comprend que Lars n’aurait pas fui. Que Lars aurait pu être heureux, vraiment heureux, d’être père. Que le passé, c’est des conneries et qu’elle s’empoisonne avec sa paranoïa latente. Avec ses hypothèses foireuses.

Qu’est-ce que j’ai fait. Statufiée, paralysée, Varri écoute ce qu’il lui dit – l’étreinte d’une main glaciale autour du cœur à mesure qu’elle comprend que c’est son discours à elle qui l’a tué. Les a tués. Dans un geste lent, Varri juche ses doigts contre sa bouche avec l’envie de secouer la tête dans la frénésie de la dénégation. Non, je ne veux pas nous sauver par ce bébé. Elle a l’envie de riposter mais se tait parce qu’il parle, Lars. Pour une fois, il parle et elle écoute. Elle veut l’entendre et le comprendre même si ça lui fait un mal de chien que de se confronter à l’inévitable. La déception induite et le pessimisme violent qui ont ponctués l’annonce. Il lui cause aussi de cet autre son de cloche qu’elle lui sert aujourd’hui. Le vrai, outre les angoisses et les pensées moroses qui la rattrapent dans cette peur. Mais Lars n’y croit pas.

Tu crois que je te mens ? Tu crois que je prétends ?

Le visage de la blonde penche un peu vers l’avant dans le désarroi qui la frappe de plein fouet. Son regard tombe sur la moquette et s’attache aux détails d’une tâche. Une tâche dans l’univers. Le détail de cette discussion terrible dans cette chambre de motel minable tandis que le monde est en train de tourner. Irrémédiablement, elle se le dit Varri – qu’elle aurait dû fermer sa gueule aux appréhensions qui lui sont passées par la caboche. Elle se dit que Lars a besoin de constance et pas d’une girouette paumée dans le sens du vent qui souffle. Mais elle a peur, Varri, et elle ne sait pas à qui en parler. Et elle ne peut surtout pas en parler.

Ses pensées se bousculent quand elle saisit les paroles de l’homme à retardement. Tu veux… Me quitter ? C’est irréel. Elle en perd ses couleurs, Varri. Veut se redresser pour prendre la fuite mais se trouve paralysée par la violence de l’information qu’il articule platement – comme si ça avait été mûrement réfléchi et accepté depuis des semaines. Mais ce n’est pas ça, le pire – la phrase qui fait mal au milieu du déluge de lames qui lui déglingue le cœur.

Folle.
Il croit qu’elle est folle, Lars.
Et il ne veut pas laisser son enfant à une folle, doublée d’une égoïste.

On y est Varri. Au jour où tu les entends prononcées par l’homme que tu aimes, ces choses horribles dont tu avais si peur. Ces choses qui la hantent depuis des années. Elle ne sait pas ce qui est le plus horrible, Blondie. Que ça lui fasse autant mal ou de voir l’homme qu’elle aime souffrir autant des peurs qu’elle reporte sur lui.

Le couperet tombe sur ses espoirs de bonheur. Le rideau s’ouvre sur l’horreur au goût amer de trahison.

Est-ce que je suis bien clair, Varri ?
Lars attend certainement une réponse dans une autorité froide. Avec cette sorte de résignation terrifiante qui fait suffoquer la blonde sans qu’elle ne parvienne à trouver le chemin pour expirer. Et pourtant dans ses méandres, une violence sourde se déchaîne. Là, du ventre qu’elle protège jusqu’au creux de ses côtes contre lesquelles le cœur cogne. Et elle n’entend que lui – son palpitant dans sa tête comme un métronome défectueux prêt à rendre l’âme et à dégueuler sur leur belle histoire pour n’en laisser que les miettes d’une amertume lancinante.

Une vague de chaleur la pousse à bouger.

T’es cintrée.
T’es givrée.
Y te manque des putains de cases pour espérer vivre épanouie.


Elle s’arrache au lit et tend l’échine dans une impulsion sauvage – l’affliction calcinant ses callots et l’insurrection lui léchant les entrailles. Le poing serré se détend dans la fulgurance du mouvement et il suffit d’un pas pour qu’elle ne l’atteigne d’une extension de bras dans une gifle vive qui fait détourner le museau du mâle de côté. C’est ce bruit là qui la réveille un peu de cette cavalcade des sens. Et ça lui fait mal en dedans. Terriblement. A lui en faire fermer les paupières durant quelques secondes dans une tension qui s’évade. Et pourtant, elle s’avance encore Varri et lui empoigne le tee-shirt pour le repousser contre la fenêtre dans un geste sec. Et elle confronte ses yeux – ses beaux yeux verts emplis de déception.

« Alors, on en est là ? Tu me dis que je suis folle et tu me dis que tu ne veux pas de cet enfant avec moi ? » Son timbre dérape et elle s’étrangle dans la tristesse un peu coupable. « On en est là, quand mes putains de cauchemars deviennent réalité. Toi qui me quittes et qui me menaces de me prendre notre enfant. J’étais heureuse, Lars. C’était pas des conneries tout ça. Nous deux hier avant que dans la panique je ne te déçoive, encore… » Elle secoue la tête dans un dégoût d’elle-même éclipsé par la violence de cet échange. La violence des mots. « J’ai besoin de parler. J’ai besoin de parler de toutes ces choses qui me hantent. Parce qu’elles me pourrissent la vie, ces interrogations. Tu m’aimes mais tu me fuis. Tu m’aimes mais tu m’en veux. Je sais simplement que j’ai peur que tu me quittes et que tu le fais. Je provoque ça parce que je suis bouffée par des peurs qu’il faut que je règle. Pas avec toi mais avec quelqu’un en capacité de comprendre sur quoi je butte. Pourquoi quand je veux faire un pas en avant j’en fais trois en arrière. Et je te fais du mal et je ne veux pas te faire du mal. Et toi tu me fuis, putain. Tu me fuis et tu bois et moi je me demande si tu me reviendras. » Les phalanges se crispent contre le thorax de l’homme dans une expression douloureuse. « Mais quand t’es là, je suis heureuse putain. J’ai besoin de toi. J’ai besoin de l’homme que j’aime pour élever notre enfant. Cet enfant que j’aime, pas parce qu’il est là et qu’y a pas le choix mais parce que je le veux. » Le menton plonge un peu vers l’avant quand elle inspire profondément, Varri – les yeux rivés vers cette vie qui grandit en elle. Celle qu’elle a envie de bercer de murmures plutôt que de cris. La tension s’étiole quand elle prend la paluche de Lars pour la mener à son ventre. « Je t’aime. Je l’aime. Je ne renoncerai pas à notre enfant et je ne renoncerai pas à toi. » Plus sévère, ses yeux dans les siens, Varri se perd jusqu’à ses lèvres dans un baiser destiné à sceller cette promesse un peu folle. « Je te le prouverai, que je suis pas folle ni égoïste. Et tu as neuf mois, Lars. Neuf mois pour me prouver que tu n’es pas alcoolique. » Pas de doute dans les prunelles, cette fois-ci. Elle est plus téméraire que jamais, Blondie.


Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE


☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

(c)lazare.
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My piece of you [Terminé] - Mer 28 Fév - 0:09
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HJELM Lars
&
BJURMAN Varri
MY PIECE OF YOU

CLAC ! C’est comme une pellicule qui claque. Comme la fin d’un film ancien, qu’on a trop vu ou pas assez. Ca à des odeurs de cinéma, de caramel et de maïs grillé ; de pièce confinée qui a peu respirée. De nostalgie et de tristesse. De souvenirs. C’est comme une pellicule qui claque. Sauf que ce n’est pas une pellicule. Ce n’est pas un film. Ce n’est pas pour de faux. Il n’y a ni scénario, ni metteur en scène ; il n’y a ni acteur ni actrice. Ce n’est pas pas grave et ça n’a pas pas d’incidence. C’est brutal et précipité. C’est ma vie. Et elle se barre en miette. Et je ne peux rien y faire. Je ne peux pas rembobiner. Je ne peux pas retourner la scène – dire couper et tout recommencer, remonter le temps et les jours pour que rien de tout ça ne se passe. Ou faire un bon dans le futur pour voir ce que je serais, dans quelques années – si tout ça nous aide à aller mieux parce que pour l’instant ça me donne juste l’impression qu’on est en train d’en crever – puis pour oublier plus vite ce qu’on est en train de se faire. Pour que je vois ça avec le recul nécessaire. Pour avoir un avis objectif sur cette putain de question, sur cette putain de grossesse. Pour me dire que j’ai été con ou assez intelligent ; qu’elle a été excessive ou particulièrement patiente. Pour me dire Ah ! Si j’avais su… avant qu’on ne me rattrape pour me balancer cette saloperie de réplique, si facile Oh, avec des si, on referait le monde. Pour que j’en ris, de cette période, de ces colères, de ces amours ; de cette vaisselle qui pète et des ses cris qui esquintent. De ces paroles si fortes qu’elles en ont fait trembler les murs du motel bien plus que nos orgasmes. Pour que je puisse y penser sans avoir envie de pleurer. Sans me dire Prend la dans tes bras, maintenant. Qu’est ce que tu attends ? Tu sais que sinon tu ne reviendras jamais. Même pas pour vérifier. ; sans me dire ça et son parfait contraire dans la contradiction terrible d’une âme contrariée. Pour pouvoir vivre sans avoir envie de tout foutre en l’air.

CLAC ! C’est plus comme une pellicule qui claque, comme un film au ralenti. C’est comme une gifle et ça fait mal – à l’ego surtout, mais je t’épargne les détails. Elle est allée si vite, Varri, que je ne l’ai pas vu se lever du lit. Si agile. Si féline. Même pleine. La haine donne des ailes. Le plat de sa main percute ma face avec une telle colère que j’en reste bouche bée. Paralysé dans un genre d’amertume. Liquéfié. La caboche fixant le mur d’en face. Je me sens encore ballotté. Bousculé jusqu’à la fenêtre. Je ne résiste pas. Me convainc, qu’au fond, j’ai dû le mériter, tout ça. Je ravale ma répartie, mon cynisme ; mon plaisir de me battre et mon amour de la guerre. Je me la ferme. T’en a assez fait que je me moque de moi-même. Entre la mettre enceinte, lui demander d’avorter et l’ordre de rupture. Mais ce n’est pas juste. Ce n’est pas juste parce que c’est sa faute. Sa faute à elle. T’as quel âge, Lars, pour chercher un fautif dans une situation insoluble ? Je ferme les yeux dans la première salve de paroles. Lutte contre ma propre voix avant de capter ce que celle de Varri me reproche. C’est ça, que j’ai envie de lui répondre en serrant la mâchoire pour ne pas la mordre. Je ne veux pas d’enfant avec toi. Tout ça pour quoi ? Pour lui faire mal ; aussi mal que ce que j’ai eu mal quand j’ai compris au son de sa douce voix qu’il y avait un truc qui foirait - que ce truc c’était l’habitant sous son nombril. Tu peux essayer de me faire gober des couleuvres mais ça prend pas avec moi ; non ça prend pas. J’ai vu que tu mentais pas. J’ai vu que t’en voulais pas. J’ai vu que tu savais pas. J’ai vu que t’étais paumée. J’ai vu que ça ne serait pas bien ; toi et moi sur un transat avec le môme dans les bras, même pas tu l’as rêvé. Même pas tu le rêvera. Même pas ça se passera.

CLAC !
C’est pas comme une pellicule qui claque, ni même comme une gifle. C’est plus percutant – plus insidieux. Ca me fait remarquer un truc, un détail – une évidence. Ca me fait me demander : Et si elle disait la vérité, Varri. Entre deux engueulades, quelques mensonges et une bonne dose de maladresse – le genre de maladresse qui tue. Si-elle-disait-la-vérité. On ne sait pas, on sait jamais. Mais dans l’éventualité – soit empathique Lars, pense y deux secondes. Mon cerveau s’y refuse. Mon cerveau s’y refuse parce que ça serait encore plus affreux que la version que je me suis faite de l’histoire. Parce que ça voudrait dire qu’on s’est tué à trop peu s’écouter ; qu’on s’est tué parce qu’on avait pas confiance. Pas confiance à ce qu’on était capable de produire en temps que parents. Et qu’elle était sûre que je fuirais comme un lâche et que j’étais sûr qu’elle était folle. Qu’est-ce qu’on est en train de devenir ?

Ses phalanges se tendent non loin de mon cœur. Mon cœur qui tambourine dans ma poitrine. De rage, de peur, de désolation. Pourquoi ça ne pourrait pas être facile de s’aimer ? Parce que je l’aime, parce qu’elle m’aime, parce qu’elle l’aime. Pourquoi on n’y arrive pas ? Pourquoi ça devrait être un handicap ? Pourquoi se détruire ? Pourquoi douter ? Pourquoi se faire souffrir ? Pourquoi avoir du mal à communiquer ? Pourquoi être gauche et empoté ? Pourquoi se rater ? Pourquoi être conditionnellement inconditionnel ? Pourquoi ces mots douloureux balancés en pleine gueule ? Pourquoi détester la présence de l’autre et abhorré le vide qu’il laisserait ? Pourquoi provoquer un départ et implorer qu’il reste ? Pourquoi être cons, extrêmes, excédés et excédants ? Pourquoi être fiers, dépendants, indépendants, lamentables, arrogants, faibles et forts ? Pourquoi être lâches ? Pourquoi être téméraires ? Pourquoi faire comme si la solitude ne nous effrayait pas alors qu’on serait terrifié de se retrouver seul ? Pourquoi vouloir des preuves quand on gagnerait à mieux regarder pour les voir ? Pourquoi faire semblant de ne pas y croire ? Pourquoi se focaliser sur un passé qui n’existe plus et ignorer un présent pourtant plein de sens ? Pourquoi être quelqu’un d’autre quand il serait plus simple d’être nous ? Pourquoi se piquer alors qu’on pourrait s’aider ? Pourquoi se pointer du doigt au lieu de se tendre la main ? Pourquoi critiquer nos défauts ? Pourquoi ne pas honorer nos qualités ? Elle me prend la paluche, Varri, pour la ramener jusqu’à son ventre. Je résiste dans un hoquet, dans un soubresaut protestataire pour ne pas y toucher. Dans le stupide désir que tout ça ne soit pas réel – que tout ça ne prenne du sens que dans neuf mois, pas maintenant, pas après ce qu’on a pu se jeter, se cracher au visage. Cet évènement est moche. Il est laid dans ce qu’il a engendré, dans ce qu’il a créé ; dans ces turpitudes et l’ouragan qu’il a déchaîné. Ca n’aurait pas dû se passer comme ça, ça n’aurait pas dû être si triste. Elle insiste. Je résiste. Elle se hisse sur la pointe des pieds, dans un dernier souffle, une dernière réplique. Le dernier couperet. Elle me guillotine de ses termes. De l’accusation qu’elle me jette. L’alcoolisme biaisé par les évènements récents. Je bois, parfois, mais je ne suis pas malade, que j’aimerais lui affirmer. Mais à défaut je la laisse m’embrasser. Effleurer mes lèvres avant de baisser piteusement le menton pour dodeliner du chef de droite et de gauche dans un soupir étranglé. Tu pus la clope et le whisky Lars, qu’est ce que tu veux lui faire entendre raison.

Mes poings se crispent. Mon cœur se serre. Mon bide. Ma gorge. C’est à mon tour. C’est à mon tour d’être paumé. Je viens de la quitter putain. Je viens de la quitter et je suis encore là. Et je la laisse poser ses mains sur moi. Je la laisse me causer et me faire rentrer ses fausses idées dans le crâne – ces fausses bonnes résolutions. Et j’ai envie de la croire. J’ai envie de la croire. Mais j’y arrive pas, j’y arrive plus. J’en ai marre. J’en ai marre de me battre. Et c’est perpétuel. On se bat. On se bat depuis qu’on s’est retrouvé. On se bat pour tout. Pour faire l’amour. Pour s’écouter et s’entendre. On se bat même pour se taire – on se bat même pour réfléchir. Pour le silence. Pour s’éloigner. Pour faire le point. Pour pas penser. Et je me suis battu toute ma vie. Toute ma vie pour exister. Pour exister dans les yeux de quelqu’un. Pour exister dans les yeux de quelqu’un ; pour y exister bien tu vois. Et je me bats encore aujourd’hui pour ça ; et je devrais pas me battre pour ça. Je ne devrais pas me battre pour me faire aimer – pour qu’on croie en moi, au moins une fois. Une fois pour un bel acte. Je ne devrais pas me battre pour qu’on ne me prenne pas pour un connard, un fuyard, un mec sans remord. Un mec violent qui est bon qu’à ça parce qu’il a la carrure pour ça. Je ne devrais pas me battre pour avoir une vie normale. Pour qu’on m’annonce des bonnes nouvelles dans un véritable plaisir de me les annoncer. Je ne devrais pas me battre pour qu’on comprenne ; et je ne devrais pas me justifier quand je me suis déjà justifié et… Et j’en ai marre tu vois. J’en ai marre de tout ça. J’en ai marre. J’en ai marre d’être fort, de devoir l’être. De prendre des décisions pour les autres, de les aider sans qu’ils m’aident. De les aider sans qu’ils ne placent en moi un seul petit espoir que je puisse changer. J’en ai marre d’être exactement celui que vous voulez que je sois et ne pas vous surprendre lorsque je suis un vrai con ; ne plus être crédible à partir du moment où je ne le suis plus. Et j’en ai marre qu’on me déteste quand je ne donne pas la réponse qu’on attend de moi et quand c’est pourtant la réponse qu’on m’a poussé à avoir.

- Varri… murmuré-je d’une voix plus basse encore que ce que je l’aurais voulu. C’est ça ta grossesse idéale ? Une grossesse qui n’a pas de bon moment pour arrivée et qui doit être vécu aux côtés d’un homme qui se demandera toujours s’il va haïr son enfant comme son père l’a haït ; aux côtés d’un homme qui se demandera toujours si un beau matin il ne va pas te tuer par simple pulsion animale ? Aux côtés d’un homme qui n’est pas humain ? Pas humain. Le problème persiste, dans l’équation du pire. – Varri il faut que je parte. C’est mieux pour toi. Je ne t’amènerais rien de positif. C’est mieux pour nous. C’est mieux pour le gosse. C’est quand j’esquisse le geste de me reculer pour manœuvrer jusqu’à la sortie – hagard, sans savoir où aller ailleurs que dans un bar, pour pas penser, pas penser à ma nature profonde – que je me rend compte de mon bras resté en suspend entre mon flanc et son ventre. Son ventre. L’œillade est naïve et innocente ; la réponse immédiate et sans appel. Qu’est-ce-que j’ai fait ? Mes jambes se scient devant le rebond imaginaire. Je m’écroule à genoux. Tire vivement sur le pan de son tee-shirt. Enlace ses hanches pour la rapprocher de moi – pour plaquer mon front contre sa peau tiède dans un frémissement mélancolique. Tu t’énerve Lars. Tu t’énerve et tu la pousse à faire la chose la plus difficile de sa vie pas seulement parce qu’elle trouve que c’est compliqué entre vous… Pas seulement parce qu’elle est pessimiste. Pas seulement parce qu’elle ne t’a pas donné ce que tu voulais. Mais parce que tu sais… Tu sais qu’il y a plus grave pour elle qu’un simple avortement. Il y a la fausse couche. Alors je l’enlace plus intensément encore. – C’est mieux pour toi, répété-je comme pour m’en convaincre quand, pourtant, la seule chose dont j’essaie de me convaincre c’est de ne pas me mettre à chialer. – C’est mieux pour toi. C’est mieux pour toi… Indubitablement.C’est mieux pour vous. C’est mieux pour vous si je n’suis pas là. C’est mieux pour vous, continué-je dans un débit mécanique. Laisse-moi partir Varri. Laisse toi une chance. Laisse moi partir et va voir quelqu’un. Parce que c’était pas juste pour être méchant quand je te disais qu’il n'était pas viable. Je crois vraiment qu’il l’est pas. A cause de moi. A cause de ce que je suis. A cause de ce que je suis devenu. Pardon. Pardon Varri.









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My piece of you [Terminé] - Mer 28 Fév - 23:06
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sorciers
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EFFIGIE : Charlize Theron
BAFOUILLES : 10946
PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
CREDIT : Carnavage
LARS
&
VARRI
MY PIECE OF YOU
Il se passe quelque chose à ce moment, dans la tête de Varri. Ça a l’allure d’un tournant décisif dans sa vie. Un revirement salutaire dans la pollution insidieuse de ses pensées défaitistes. Et si au lieu de se laisser gagner par ce qui lui fait peur, elle parlait de ce qu’elle veut ? Et si elle se donnait les moyens de réussir au lieu de se laisser submerger par l’idée du pire ? Se battre pour gagner. Reprendre le contrôle sur son existence pour choisir de s’épanouir. Même si ce n’est pas simple et que c’est bien beau sur papier. Même si elle a besoin d’aide – celle d’un psy – pour mettre loin derrière ce qui l’envahit irrémédiablement au moment de nouer les belles choses. Le doute, la peur. Les et si. C’est irrationnel – complètement stupide. Et ça dévaste. Pas qu’elle, surtout lui.

Le face à face est douloureux.
Les mots incisent.
Et ce qui lui fait mal à Varri, c’est surtout l’entêtement de Lars à croire qu’elle ment. A lui, sournoisement ou à elle-même dans cette folie qu’il lui prête. Ça l’indigne à Varri, parce qu’elle a envie de lui crier que c’est la vérité. Elle voudrait se rompre le crâne et s’arracher le cœur pour leur faire cracher tout le vrai qui la compose. Tout ce qu’elle a de plus intime et qu’elle pourrait lui offrir dans ce don de soi déroutant. Mais il est meurtri, Lars. Mutilé, par son passé et son présent. Il ne s’accepte déjà pas comme il est alors comment parvenir à le réconforter ? Elle voudrait être clairvoyante, Blondie. Elle voudrait être convaincante et disponible. Elle voudrait que sa présence seule puisse être capable de chasser le trouble qui les confronte.
Elle voudrait pouvoir lui offrir ce regard qui veut dire t’inquiètes pas, t’inquiètes plus.

Alors elle demeure suspendue à ses lèvres - avec la fugacité de ce baiser, entre légèreté et dévotion, perdu dans la violence des mots qu’ils se sont crachés. Tu veux que je te haïsse ? Que je te haïsse pour mieux partir ? C’est que ça l’interroge dans l’impulsion de la gifle qu’elle lui a rendue et elle refuse de céder à la panique ou à l’amertume. Comprends qu’il est paumé. Tout aussi perdu qu’elle.

Yeux dans les yeux et tension nouée à cette proximité, Varri se heurte à la réticence de Lars quant à lui toucher le ventre. Mâchoire verrouillée, elle force un peu sur son poignet, ses prunelles lui hurlant de reconnaître cet enfant qu’elle porte en elle. On ne peut pas faire comme si il n’était pas là, Lars. Et ça commence par là, la hantise du passé – la bêtise de nos parents que l’on reproduit en étant pertinemment conscient que ce n’est pas ce que l’on veut, pourtant. Alors pourquoi ?

Il est défait, Lars. Entre colère et surprise. Entre lassitude et résignation. Mais il est là, toujours là. Ne fuis pas. Les prunelles implorent en silence. Blondie articule son museau pour pouvoir capter les mirettes qui chutent. Qu’est ce que je t’ai fait ? Se demande-t-elle alors dans un effroi lucide – dans la promesse pourtant revendiquée de le rendre heureux. De se rendre heureux. Et il murmure son prénom, Lars. Brise le silence pour formuler une nécessité qu’elle récuse dans un pincement de lèvres. Il faut que tu partes ? Tu crois vraiment que c’est mieux pour moi ? Pour nous ? « Non. » Non. Non. Le chef reste immobile tandis qu’elle aimerait le secouer de droite à gauche pour marquer le refus. Si tu t’en vas, je n’abandonnerai pas. Parce que je sais que tu m’aimes toujours. Et je t’aime, tu vois. Parce qu’on le désire, cet enfant, tous les deux. Je te veux, Lars, même si ça fait mal, parfois.

Varri s’humecte les lèvres quand elle le voit bouger. Frémit de la tête aux pieds quand elle le sent sur le point de partir. « J’ai besoin de toi… » Articule-t-elle faiblement dans une complainte sourde. La menotte veut l’étreindre mais elle interrompt son geste quand il en fait de même, comme frappé par une idée douloureuse. Elle suit son regard jusqu’à son ventre – à cette paluche suspendue dans le vide qui ne sait plus si il faut fuir ou rester. A ce pas, juste un pas – pour accepter de se retrouver et se soutenir mutuellement.

Le colosse s’effondre et Varri sent son cœur bondir hors de sa poitrine. Il n’y a rien de pire que l’indifférence ou la froide colère, le mépris ou le dégoût – cet instinct de survie qui force un homme tel que lui à se draper d’une solide carapace pour se protéger des coups. Tu es humain, Lars. Plus que quiconque.
Blondie sent sa respiration s’enrayer dans un hoquet d’émotion quand il l’attire à lui pour nicher son visage contre son ventre. Elle voudrait croire que c’est pour accepter, finalement – pour oublier toute cette bataille sordide et se réjouir de ce qu’ils ont créé tous les deux. Mais il y a ce désarroi en lui – cet anéantissement qui l’ébranle et qu’elle ne lui a jamais vu auparavant. Ou peut-être que si, elle l’a vu. Dans cette forêt, quand l’homme a laissé entrer la bête. Qu’il s’est perdu au détour de la nécessité de la sauver.

Pardonne-moi. Les paumes de la blondine glissent dans les cheveux noués de Lars. Descendent jusqu’à sa nuque pour le presser davantage contre elle quand il lui cadenasse les hanches pour l’étreindre. Et qu’elle aime ce contact – peau contre peau, front brûlant contre nombril. Premier effleurement d’un père effrayé dans une tragédie que Varri se refuse de voir concrétisée. Et il répète, Lars, comme un vieux disque rayé – le timbre étranglé par une émotion trop vive. Dans cette satanée culpabilité qu’il n’a pas à avoir, celle de croire qu’elle serait mieux sans lui – comme s’il était la fausse note dans l’équation. Le méchant. Celui qui ne mérite pas le bonheur.

Il répète inlassablement et elle voudrait le faire taire. Se froisse dans l’affliction lorsqu’il lui dit qu’il faut qu’elle le laisse partir et qu’il évoque cette viabilité incertaine à cause de ses gênes de lupin. Il s’excuse, Lars. S’excuse d’être celui qu’il est devenu. Se fustige d’être responsable de l’incompatibilité menaçant d’altérer leur progéniture. Et chamboulée par ces confidences qu’elle trouve trop injustes, Blondie pince le menton de Lars pour lui intimer de la regarder. « Non, Lars… Ce n’est pas de ta faute. Ne t’excuse pas. Tu m’as sauvé ce soir là, dans cette forêt, en devenant le loup. Et je t’aime, toi, qu’importe qui tu étais et qui tu es devenu. » Devrait-elle lui rappeler que c’est sa faute à elle ? Son manque de vigilance si elle n’a pas pris de contraception avec lui – empêtrée dans le lot de médicaments qui a éteint son utérus et dans l’idée farfelue que ce n’était peut-être pas possible qu’elle tombe enceinte ? Mais peu importe. Ce n’est pas important parce qu’elle le veut, ce bébé. « Je t’aime Lars Hjelm. Je ne te laisserai pas partir car je compte bien faire ma vie avec toi. » Elle lui caresse les joues et se penche pour lui embrasser le front. Se laisse glisser à son tour jusqu’au sol en se démêlant de lui pour pouvoir le regarder yeux dans les yeux. « Notre enfant va vivre. » Les globes ne laissent filtrer aucun doute. Pour la première fois, aucune peur. « Je remuerai ciel et terre pour que ça arrive. On va trouver une solution. Il est là, tu sais. Il s’est accroché. Et il grandit, je le sens. Quand je l’ai su, mon ventre s’est de suite arrondi pour lui faire de la place. » Heurtée par la tristesse imprégnée sur le visage masculin, Varri se penche pour lui embrasser les paupières – l’incite à venir courber l’échine pour qu’il repose contre elle. Contre sa poitrine, qu’il puisse entendre les pulsations rassurantes de son cœur. Parce que ses doutes à elle se sont éclipsés en réalisant dans la violence de la confrontation ô combien elle veut vivre avec lui et porter son enfant. « Partons d’ici. De ce motel. Trouvons nous un endroit sain pour vivre, Lars. Et je chercherai à voir une psychiatre dès que j’aurais mes nouveaux papiers. Nous irons ensemble à l’hôpital pour faire des examens complémentaires pour le bébé et j’irai me renseigner auprès de personnes compétentes pour savoir comment faire pour le préserver tout le long de la grossesse. Et je t’aiderai, si tu veux de mon aide. » Pour tes problèmes d’alcool. Elle le caresse tendrement, Varri. Veut le retenir dans ce moment où elle le sent en déroute. « On a besoin de toi. » Mais laisse-toi porter, Lars. Pour une fois, laisse moi t’aider.

Et son museau se perd contre le sien. Ses bras l’enserrent avec ferveur. Et le temps semble se suspendre au gré du souffle chaud qui lui caresse la pommette. « Reste avec moi, Lars. Reste avec nous. »


Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE


☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

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My piece of you [Terminé] - Lun 5 Mar - 0:06
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HJELM Lars
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BJURMAN Varri
MY PIECE OF YOU

Ca datait d’avant. Ce n’est pas spécialement dans cette forêt que tout a commencé à déconner. C’est là où tout a basculé mais… Mais j’étais déjà un loup. C’était quelque part en moi, tapis. Enchaîné dans les tréfonds de mon être par des potions expérimentales pour retarder l’échéance – l’inévitable. Je m’étais transformé, une fois ; énervé plusieurs autre fois jusqu’à trouvé le dosage parfait. Cela dit, ça ne m’assurait pas des gènes sains. Je savais pertinemment que quoi que je fasse, je ne serais plus un Suprême. Le menton relevé, le regard perdu sur le minois de Varri, plus compatissante que jamais, je me rappelle que j’étais furieux contre elle, il y a de cela quelques minutes à peine. Vraiment furieux. Si furieux que je n’ai pas envisagé une seconde qu’elle puisse avoir une bonne raison de l’être, elle aussi – et c’est une impression qui dure depuis la veille. C’était magique. C’était comme si elle était parfaitement insensible et robotique ; que quoi que je puisse lui dire elle l’encaisserait parce qu’elle le méritait et que je m’en fichais, et qu’elle s’en fichait, au fond. Parce qu’elle n’avait pas le droit d’avoir un autre sentiment que cette constance terrifiante noyée dans cette résignation méritée. Parce qu’elle s’était trompée dans la désignation de l’annonce, en chacun de ces termes, et que ça m’arrangeait. Ca m’arrangeait parce que je pouvais exprimer sur elle ce que je ne pouvais pas exprimer sur moi – cette colère pleine de violence. Cette colère qui n’était destinée à personne d’autre qu’à la providence. Parce qu’on ne peut véritablement en vouloir à personne de ne pas être compatible – seulement à nous de ne pas en avoir parlé. Et peut-être… Peut-être que c’était plus facile pour moi de me dire que Varri ne voulait pas de ce qui nous arrivait. Pas parce que ça me rebutait d’avoir un gosse mais parce que j’avais une vraie bonne raison d’abandonner maintenant. Et qu’abandonner maintenant c’était ne pas se confronter à l’échec. A la perte. A la mort. C’était accepter, avec quelques mois d’avance, une évidence. Mais tu me dis que tu le veux. Que tu veux de cet enfant et moi je me rends compte que je ne veux peut être pas essayer, parce que ça m’effraye dans la réalisation, ce projet. Ca m’effraye d’essayer dans les difficultés que l’on traverse. Ca m’effraye dans tous ces doutes qui ressortent depuis les derniers jours. Même si t’as l’air sûre de toi aujourd’hui ; encore une fois, même si on s’aime.

Je frémis au baiser qu’elle dépose sur mon front. Desserre l’étau de mes bras quand elle se met à genoux. Meurs de l’espoir qui né, dans une parfaite incompréhension de moi-même. Soi heureux. Or je n’y arrive pas. Pourquoi tu n’y arrives pas ? Je ravale une émotion douloureuse, proche du sanglot. Tente une introspection bancale qui me ramène bien vite à un passif percutant. A Eija et à ce que je suis capable de faire sans véritablement m’en rendre compte – ce n’est pas une excuse valable mais c’est la seule que je me trouve dans les circonstances directes. J’aimerais me réjouir, être fort avec Varri ; oublier le pessimisme qui m’enraille et refaire partir la mécanique de mon encéphale dans une attitude plus joviale. Tente de m’y contraindre en me laissant aller contre Blondie. A quel stade il faut que je lutte que je me demande le visage appuyé contre son sein. Contre le boum-boum régulier et rassurant de son palpitant. Est-ce qu’il faut encore que je lui dise non pour cette maison commune ? Est-ce qu’il faut encore que je lui explique que ça serait mieux pour nous de nous séparer, de nous quitter, de vire séparément pour avoir un espace où se replier ? Est-ce qu’il faut que je le fasse rentrer dans l’équation, ce môme ? Est-ce qu’on peut vraiment baser notre vie sur quelque chose qui ne va, potentiellement, jamais voir le jour ? Est-ce que j’en ai vraiment envie, de vivre seul ? Est-ce que ce n’est pas une nouvelle manière de me protéger – de tout, de ça, de nous ? Et les questions se bousculent quand les réponses me manquent ; quand le silence étreint ma gorge à tel point que ça en devient ridicule de fatalisme. Varri ne nous portera pas. Varri a prouvé qu’elle n’en était pas capable ; elle a besoin de moi ne serais-ce que pour retrouver un semblant de vie. Il faut que je me reprenne. Il faut vraiment que je me reprenne. Que je trouve dans ce que nous arrive le courage du déni ; le courage de me dire que c’est possible dans l’impossible. Baisser les bras à cet instant précis n’est pas envisageable. N’est pas une éventualité acceptable. Laisse moi un instant. Laisse moi encore un instant pour chercher dans ce chaos une brèche d’optimisme et de clarté. Alors je reste là, dans l’attente de l’illumination. Les mirettes grandes ouvertes à fixer un point vague – un accroc dérisoire sur son tee-shirt. A humer son odeur particulière, cette odeur bizarre qui prend un sens désormais – le sens de la maternité. Et j’inspire profondément pour me repaître de ce détail. Encore et encore jusqu’à avoir l’impression que la fragrance glisse sur ma langue. Dégage la boule d’angoisse de ma gorge pour me permettre de causer. De mettre des mots sur ce bordel dans ma tête que je ne parviens pas à organiser comme ça le mériterait. C’est horrible. Horrible de ne pas pouvoir mettre de l’ordre dans sa propre caboche. D’être paumé au point de ne plus savoir comment on s’appelle, ni si un jour dans sa vie on a été utile à quelqu’un ou à quelque chose. De ne pas savoir quoi babiller pour s’apaiser. Pour apaiser une situation que l’autre s’est évertué à désamorcer. Je voudrais être utile et je n’y arrive pas.

C’est dans une volonté un peu improbable que je me recule finalement. Que je me redresse. Que je me lève. Que je reprends contenance dans une contraction vive. J’aide Varri à se remettre sur ses jambes. – C’est bon, que je souffle comme pour m’en convaincre moi-même. C’est bon, c’est fini, je suis revenu. C’est faux, surtout. Entièrement faux. L’acceptation de cette situation me donne la sensation particulièrement désagréable de baisser les bras. Mais je n’ai pas mieux, là. Je n’ai pas mieux que dire oui à tout ce que tu viens de me balancer parce que ça me donnerait l’impression d’être d’une mauvaise foi si épouvantable que je m’en remettrais pas.Je vais me doucher, continué-je d’un débit structuré et froid. Sans vriller. Reniflant et chancelant jusqu’à la porte de la salle de bains pour prendre une douche interminable. Le jet d’eau tiède ne m’aide pas à éclaircir les zones d’ombres – les hésitations. Le jet d’eau glaciale me permet au moins de songer à autre chose – de freezer mes doutes pendant des secondes bénies. Et je traîne, un peu, à la recherche d’un jean, avant de revenir dans la pièce principale d’une dégaine lente et léthargique. Je glisse jusqu’au journal froissé, sur le sol. Le touche du bout du pied. Le récupère dans un effort assez colossal pour souligner à lui seul la fatigue psychologique qui s’est immiscé là. En moi. Je l’étends sur le lit. Le lisse d’une main. Tourne les pages, concentré. M’arrête sur quelques annonces immobilières. Me laisse tomber sur le flanc pour les lire – envisage la vie à deux derrières les lignes noircies de précisions édulcorées. – Il y a un quartier qui te plait ? Je relève le museau pour capter le regard de la blonde. – Plus qu’un autre j’entends. Mon index souligne un métrage. Les références d’une baraque isolée en périphérie de la ville. Les tapote doucement pour interpeller Varri d’un intérêt mitigé. Elle s’approche. Une tension tend mon échine. – Comment tu fais ?, que je crache soudainement. Ma nuque se tord quand je dodeline du chef, le nez frôlant quasiment les draps. Je crache pas pour toi. Je crache pour moi. Parce que je m’énerve. Mon désarroi m’énerve. Mon dépit m’énerve. Ma démotivation à vivre m’énerve.Comment tu fais pour douter, pour trouver ça particulièrement compliqué, pour trouver notre relation approximative malgré notre amour et pour y croire, la seconde d’après ? Pour y croire si fort que la survie de notre enfant te paraît évidente ? Pour y croire et vouloir que je reste alors que hier encore tu ne me faisais pas confiance – parce que c’était ça le problème, tu avais peur que je partes, tu avais peur que je sois lâche, que j’abandonne. Comment tu fais pour y croire alors que toutes tes peurs se sont concrétisées ? Et moi… Et moi j’en avais aucune et maintenant j’en ai plein la gueule. Alors explique moi Varri. Explique moi comment tu as fait.






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My piece of you [Terminé] - Lun 5 Mar - 15:27
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sorciers
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EFFIGIE : Charlize Theron
BAFOUILLES : 10946
PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
CREDIT : Carnavage
LARS
&
VARRI
MY PIECE OF YOU
Le voir fuir et le retenir. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. Qu’est ce que c’est l’égoïsme, finalement ? Le convaincre de rester avec elle alors qu’elle le dévaste - l’érode le titan, un peu trop malgré elle ? Ou faut-il qu’elle lâche, le libère, à s’en arracher le cœur ?
Et se rendre à l’évidence qu’elle ne peut pas le combler. Que sans elle, peut-être que son problème d’alcool serait réglé. Qu’il en trouvera une autre de femme, qui puisse lui épargner ce genre de passion destructrice dont il pourrait volontiers se passer.

Le silence.
Pas de oui, pas de non – pas de merde. Que dalle ne flotte à la frontière des lèvres masculines dans la transparence de ses pensées. Mais ce n’est pas pour autant que Blondie est imperméable à tout ce qui traverse l’homme qu’elle tient dans ses bras. Il y a cette colère sous sa peau, cette détresse terrifiante qui serpente dans ses callots et elle peut même sentir la boule qu’il a dans la gorge – le frisson de ses muscles tendus dans la menace d’un effondrement proche. Elle va le perdre.
Putain.
Plus elle le sent et plus elle a envie de le serrer contre elle. Avec cette détermination un peu folle. Avec cette persévérance détraquée. Elle ne se savait pas si possessive, Varri. Et même elle, ça l’effraie un peu.
Mais elle la ferme, sa gueule. Se contente de clore les paupières pour s’attacher au souffle irrégulier du mâle et en saisit les fluctuations dans la volonté de le faire céder à son rythme à elle.
Dans la réminiscence d’un passé commun dans les montagnes lapones, la blondine entend le murmure de sa mère – le timbre guttural, primal et empli de mysticisme d’un Joik qu’elle lui chantait pour l’apaiser. Et ça roule sous sa langue dans le besoin de le souffler dans le creux de l’oreille de Lars. Dans l’envie de le bercer contre elle en espérant lui faire oublier tous les doutes et le tumulte nauséeux qui l’accapare.

Où est ce que tu es ?

Loin, très loin. Sûrement prisonnier de ses hésitations. La conscience balançant entre deux rives comme un pont en corde menacerait de rompre vers l’une ou l’autre. Ce serait quoi, le meilleur choix à faire là-dedans ? Et si le sauver, ça n’était pas de lui tenir la main mais de la lâcher ?

Un long frisson secoue l’échine de Blondie à cette pensée et elle ouvre les yeux pour l’observer en silence son homme – s’extirpant doucement de cette léthargie quand il se vautre davantage contre elle et qu’elle le serre de nouveau en réponse à cette manifestation. Elle voudrait croire que ça signifie que ça va mieux mais Lars bouge finalement pour rompre le contact. C’est bon. Qu’il dit. Et Varri se noie un instant dans ses mirettes pour déceler la vérité que le timbre froid dissimule.
Il ne l’abandonne pas pour autant, Lars. Il l’aide à se relever et poursuit dans la même platitude pour l’informer qu’il va se doucher. Puis il disparaît, comme ivre, malheureux et résigné et Blondie a besoin de s’asseoir sur le lit pour ne pas flancher.

Parce que qu’est ce que c’est dur, de le voir comme ça.

Je ne veux pas être ton fardeau. Et pourtant, et pourtant. C’est qu’elle s’entête et qu’elle se maudit. Mais il y a beaucoup de choses auxquelles penser et tout ne tourne pas autour d’elle. La crainte de Lars, elle est la première à la comprendre – et même si elle aime croire qu’une solution existe pour donner vie à cet enfant, l’angoisse persiste à lui creuser l’estomac. La magie, Varri. Se dit-elle dans un battement de cils un peu absent. La magie existe. Si ça, ce n’est pas l’espoir de quelque chose, ça... Elle se masse les tempes en essayant de ramasser ses impressions. Se mord la lèvre dans la culpabilité évidente de cet échec. De ces tensions. Il faut vraiment que t’ailles voir ce con de psy. Mais avant ça, il lui faut des papiers – une identité propre qu’elle puisse revendiquer pour espérer se faire une place dans la cité ritale. Même si ce n’est que pour être la foutue patiente d’un énième docteur.

L’eau coule de l’autre côté du mur et Varri tend distraitement l’oreille avant de se rendre jusqu’à l’encadrement de la fenêtre pour jeter un œil à travers la vitre sale. Les mégots sur le bitume, les déchets dans le caniveau – quotidien des filles qui tapinent et des clients qui s’égarent. Comment ne pas avoir envie de s’envoyer une bouteille de whisky tous les soirs avec ce genre de paysages ? La crasse humaine – celle qui est là pour rappeler la fragilité de l’espèce – les déambulations de chacun. Est-ce que la vie a été un jour facile pour toi, Lars ? Elle se demande ça, Varri. Essaie de s’imaginer l’homme comblé et sent la douleur lui poinçonner l’âme à l’idée de l’en priver.

L’homme revient sans un mot pour s’emparer du journal et le lire sur le plumard et même si il ne dit rien, son corps parle pour lui. La lassitude lui pèse et Varri reste près de la fenêtre à ne pas savoir où arrimer son regard. Accroche toi à cette certitude. Se dit-elle d’une épaule contre les boiseries, la main irrémédiablement attirée vers le ventre noyé sous le tee-shirt ample. C’est que ça la rassure. Ça lui rappelle qu’elle veut se battre bec et ongles contre la chienne de vie qui lui en fait voir de toutes les couleurs.

Une question brise alors le silence et Blondie s’incline vers son interlocuteur. Elle comprend rapidement que Lars est en train de regarder les annonces immobilières et chasse la question qui lui brûle les lèvres. Est-ce que tu veux qu’on vive ensemble ? Parce que finalement, il n’y a pas eu de réponse dans tout ça. Pas la moindre confirmation excepté ce « c’est bon » arraché par le désespoir dans une froide contenance. « Hmm... » Marque-t-elle la réflexion en étirant les lèvres. « J’imaginais un endroit calme. » Sans voisin. A-t-elle envie d’ajouter dans un sourire. Mais quand elle s’approche pour s’intéresser au bien qu’il pointe sans grande conviction, Lars semble sursauter sous un élan colérique qui l’arrête dans son mouvement.

– Comment tu fais ? Elle ne sait pas si c’est de l’indignation ou de l’incompréhension dans son timbre. L’observe dans un froncement de sourcils interrogatif quand lui semble s’enfoncer dans le matelas pour disparaître complètement. La salve de questions lui demande quelques secondes pour essayer de faire de l’ordre dans ses pensées. Il en revient à cette inconstance chez elle. Ces pures contradictions qui semblent le faire virer fou.

« Je n’ai pas évoqué nos difficultés passées pour remettre en question notre relation, même si ça te semble être le cas. Ce que je voulais dire, c’est que malgré tout ça, on pouvait faire le choix d’être qui on veut, ensemble. Peu importe nos familles, peu importe le passé… » Quant à cette volonté farouche, celle qui a balayé tous les doutes, elle la fait grimacer parce que Lars lui brandit ses appréhensions à la figure, maintenant. Comme si elle les lui avait communiquées. « J’en ai marre, Lars. Marre de voir que tout m’échappe. A commencer par la maîtrise de mes désirs. J’en ai marre d’avoir peur… J’en ai marre de me laisser gagner par ces angoisses irrationnelles qui me conduisent irrémédiablement vers le pire. Je m’en rends compte tu sais. J’ai confiance en toi mais il y a toujours cette graine de panique en moi qui finit par germer à en devenir nocive. J’ai juste peur qu’on me laisse… J’ai peur que les personnes que j’aime disparaissent. Je crois que c’est l’impuissance qui me rend folle. L’idée de me dire que je n’ai rien fait pour ma mère qui me travaille. » Les globes dérivent un peu vers le pan de mur de la tête du lit. « Mais je ne serai pas impuissante. Pour ce bébé et pour nous. Je ne vais pas laisser le pire arriver. » Elle s’approche du lit comme elle s’approcherait d’un animal sauvage. S’y assoit lentement avant d’inspirer dans la conviction de ses paroles. « Je ne voulais pas que ça t’atteigne. Mais ça n’arrivera plus car je vais me soigner. Je veux vraiment me soigner. Me guérir de toutes ces craintes insensées. Je veux tellement mettre au monde ce bébé et je veux le faire avec toi. Je n’en doute pas… Oh non, je n’en doute pas de ça. » L’émotion lui fait chavirer le timbre. La blondine fait courir sa main jusqu’à la sienne pour l’étreindre dans la sienne. Elle la porte jusqu’à sa joue et l’embrasse dans une tendresse émotive - s’imprégnant de son odeur musquée à travers le parfum du gel douche dans l’envie fulgurante d’anéantir la distance qui les sépare. Elle s’approche en faisant rouler ses vertèbres, Blondie. Se penche sur lui pour lui voler un baiser, cherchant dans le vert trouble de ses prunelles les prémisses d’une réciprocité. « Regarde-moi. » Vraiment. Elle se redresse pour faire passer le tee-shirt au dessus de sa tête, Varri. Le laisse choir à ses pieds quand elle se tient là, devant lui – lui exhibant ses rondeurs pour déceler autre chose que fuite et déni.







Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE


☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

(c)lazare.
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My piece of you [Terminé] - Mar 20 Mar - 20:21
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HJELM Lars
&
BJURMAN Varri
MY PIECE OF YOU

Malgré tout on peut choisir. Je hoquette, d’un rire qui se meurt dans ma gorge. Un rire jaune qui souligne une nouvelle vague d’incompréhension. Parce que ça me fait marrer – ironiquement marrer – qu’on puisse pointer du doigt certains ratés de nos vies pour les utiliser comme contre exemples d’exemples à suivre. Parce que peut être que nos familles ont pensé la même chose, et que c’était le mieux qu’elles pouvaient nous offrir par rapport à ce qu’elles avaient connu. Peut être qu’elles ont fait de leur mieux et que ce n’était pas aussi terrible que ce qu’on le pense, avec notre œil extérieur et avec le recul d’une vie d’enfant. Peut être que c’était fun, peut être que ça aurait pu être pire et qu’on l’a mal vécu parce qu’on la vécu comme on n’aurait pas du le vivre. Peut être que tant mieux que mon père ne m’ait jamais causé parce que les seules fois où il l’a fait il m’a collé de sales idées dans le crâne, et peut être que ça aurait pu être pire : peut être que tant mieux que ce soit le père de Varri qui en ait eu la garde parce qu’elle n’aurait jamais pu aider toutes les personnes qu’elle a aidé et que sa mère aurait été un mauvais exemple à suivre. Peut être que c’était écrit, quelque part, et que ces épreuves nous ont permis de nous trouver, en Italie – peut être que nos familles ont eu ça de positif dans l’éducation qu’elles nous ont donné, une éducation pas si terrible parce qu’on n’est pas devenu des personnes si terribles. On est devenu des gens biens avec plein de mauvais côtés, mais nous sommes humains. Nous sommes devenus des gens biens à hauteur des cartes qu’on nous a mis en mains. Peut être que ce n’est pas malgré tout qu’on peut choisir mais grâce à et ça a de suite une autre teneur de propos. Et peut être qu’il ne faut pas oublier le passé ou l’ignorer ; peut être qu’il faut composer avec et s’en servir pour avancer comme d’un trépied. Peut être qu’il faut faire le deuil de nos erreurs et pardonner à ceux qui nous ont offensé au lieu de ressasser l’horrible en priant pour qu’il n’arrive plus. Parce qu’il reviendra forcément – ça doit avoir un nom cette loi qui fait qu’à force de penser à de la merde, on à de la merde.

Moi aussi j’en ai marre. Marre d’avoir tout perdu. De faire comme si j’avais tout. Marre de faire comme si ça ne me faisait rien qu’on me le fasse remarquer en permanence. Je n’ose relever le museau vers Varri. Aimerais pourtant lui dire que, non, elle n’a pas confiance en moi. Que c’est faux. Qu’elle ne peut pas me le certifier alors que hier encore elle doutait de ma réaction. Qu’elle pensait que j’étais capable de l’abandonner dans une telle situation quand j’avais soutenu mon coven jusqu’à ce que ça devienne dangereux pour tout le monde – je peux fuir pour prendre l’air mais jamais je n’abandonnerais quelqu’un que j’aime. Ou Varri elle a une confiance bizarre en moi. Une confiance étrange qui la rend complètement irrationnelle. Ou Varri elle ne me connait pas, en fait. Ou Varri elle persiste à croire que je suis ce connard sans cœur qu’elle a arrêté trop de fois à Kiruna. Je ferme les yeux. Arrête Lars, tu sais qu’elle n’y pense même plus, à ça. Pourtant ça, ça expliquerait. Ca expliquerait ses doutes, à elle. Les doutes logiques qui veulent qu’on ne peut pas avoir une grossesse sereine aux côtés d’un dealer meurtrier. Ca expliquerait qu’elle hésite. Ca expliquerait qu’elle ressasse et qu’elle n’utilise pas forcément les bons mots pour contourner le problème. Mais putain plus elle explique et plus on s’éloigne de cette solution facile. Plus elle explique, en vrai, et plus je me perd, en vrai.

Quelle surprise de sentir le matelas bercer faiblement ma carcasse quand elle s’y assoit dans un soupir contrit. C’est dommage que tu ne te sois pas rendu compte de tout ça avant que ça ne m’atteigne. Comme quoi nous avons un véritable problème de timing. Je me force à lui jeter une œillade. A capter son émotion que je ne saurais reconnaître – probablement pour m’en protéger, parce que je n’ai aucune envie de savoir ce qu’elle ressent vraiment. Elle prend ma main. S’y frotte comme le ferait un chat en manque d’affection avant de venir me voler un baiser. Je le lui rends du bout des lèvres – ce doit être l’un des plus chaste qu’on s’est échangé depuis qu’on se fréquente, et l’un des plus fade, aussi. Je ne sais pas si c’est parce qu’elle s’en aperçoit or je n’ai pas le temps de répondre à sa tirade qu’elle tombe le tee-shirt dans un mouvement ample et assuré. Elle me demande – m’ordonne – de la regarder, Varri. Se tend pour que je constate par moi-même, surement, son état véritable. Et… ? J’arque un sourcil. Mes mirettes ne descendant pas plus bas qu’à l’orée de ses clavicules. A quoi on joue, là ?Je t’ai vu nue des centaines de fois, Varri, que je vocifère en retroussant les babines. Ca devrait soigner mes peurs ? Parce que ça a soigné les tiens dans la nuit ? Non parce que l’époque où tu en avais ne remonte pas à des semaines, qu’on se le dise… Ca remonte juste à l’annonce. L’annonce et à l’expression de mon désir de ne jamais voir cela se concrétiser. Etonnamment c’est là où tu n’as plus rien eu. Ou tout a été balayé. Ou tu as pris conscience de… Quand j’ai voulu que t’avorte. Alors, je me questionne : Est-ce que t’as pas seulement un putain d’esprit de contradiction ? C’est à cet instant précis que l’attention bascule. Qu’elle dérive. Qu’elle dégringole sur la poitrine rebondie et le ventre plus tout à fait plat. Celui que j’aurais dû reconnaître entre mille si elle m’avait laissé la contempler sans sa nuisette – celui que j’aurais dû reconnaître entre mille si j’avais un peu plus fait gaffe à un moment donné. Parce qu’Eija avait le même – peut être un peu plus prononcé. Parce qu’Eija avait le même et je n’ai pas su le voir… Et je m’étais promis que ça n’arriverait plus. Un haut le cœur m’arrache un tremblement quand je me redresse vivement sur mes avant-bras. Le cou enfoncé dans les épaules et le nez plissé d’une appréhension dérangeante – d’une haine que je me porte et d’une déception que je nous accorde – je détourne la caboche pour récupérer le journal. Se focaliser sur autre chose. Une chose qui me chamboule pas autant.Rhabille toi Varri. La seule chose que tu vas arriver à faire s’est choper froid.  Je saisi même pas ce que tu as envie de nous prouver en t’exhibant sans raison, au milieu d’une conversation sérieuse.Ca ne t’es jamais venu à l’esprit que ta mère elle ne voulait, peut-être, juste pas que tu l’aides ? Qu’elle avait envie d’être tranquille avec ses problèmes, dans sa réserve ? Ou qu’elle voulait simplement ton bien et qu’elle s’en foutait que tu la laisses seule pourvu que tu puisses vivre heureuse sans te faire stigmatiser par tes racines toute ta vie ? Qu’elle t’ai sauvé de quelque chose en toute connaissance de cause ? Ca ne t’es jamais venue à l’esprit qu’elle ait pu prendre de  tes nouvelles régulièrement jusqu’à disparaître ? Sans qu’on te le dise mais qu’elle l’ait fait quand même – de loin ou de plus près. Et que, de fait, elle a parfaitement pu disparaître en paix ? Ca ne t’ai jamais venu à l’esprit de faire le deuil de cette histoire ? Pas un deuil complet parce qu’on oublie jamais sa famille, mais assez pour réaliser que tu n’étais qu’une enfant et que ce n’est pas le rôle d’une enfant de sauver les adultes ?  Je claque ma langue contre mon palais. Dodeline du chef dans une expression maussade. Je ne vois même pas le rapport entre ta mère absente à contre cœur et toi, bien présente, loin de Kiruna et de nos putains de problème de réserve.Laisse tomber, que je crache soudainement. Cherche plutôt des logements que te conviendraient, continué-je en repoussant la paperasse jusqu’à sa hanche. Je vais passer des coups de fils en attendant.  Pour ta nouvelle identité. Je m’en fiche de là où tu veux qu’on vive. Je me contenterais de ce qui te fait plaisir.






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My piece of you [Terminé] - Mer 21 Mar - 11:02
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BAFOUILLES : 10946
PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
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LARS
&
VARRI
MY PIECE OF YOU
Il veut savoir, Lars. Il veut comprendre. Capter la signification des peurs de Blondie même si pour ça il faut l’exhorter au pire. Elle le voit dans ses mimiques et dans le désarroi colérique qui lui noue la charpente. Tout en lui hurle qu’elle est incapable de faire ce qu’il faut, de dire ce qui est juste – parce qu’il la fait se sentir comme une folle, là, présentement. Qu’importe ce que je vais dire, hein ? Elle s’insurge en silence tout en l’observant quand elle lui devine de nouvelles pensées incisives. Tu fais chier, Lars. Tu fais chier à ne pas vouloir croire en moi, putain. C’est ce qu’il en ressort. C’est ce qui l’épuise.
Elle a l’impression de lui donner envie de mourir.
Elle a l’impression qu’il s’éteint à petits feux, simplement en restant à ses côtés.

Tu es sûr que tu l’aurais quand même voulu cet enfant, sans mon annonce foireuse ? Parce que, vraiment – Varri a l’impression d’être seule dans le monde un peu biaisé qu’elle s’est imaginée. Seule dans le rêve un peu fou d’avoir pu être heureux à trois.
Mais il n’est peut-être pas viable, le môme. Et alors ? Devrait-elle baisser les bras pour ne pas prendre de risque ? Celui de s’attacher et le perdre. ça va me tuer de ne pas essayer, il faut que tu le comprennes, Lars.

Quand elle jette son tee-shirt à ses pieds, Varri sent son derme se hérisser. Pas parce qu’elle a froid mais parce qu’elle désire que Lars la touche et l’accepte. Parce qu’elle veut que l’amertume s’éclipse de ses prunelles pour laisser place à un peu de cet amour qu’il lui porte et à l’acceptation de ce corps qui brûle pour lui. C’est qu’elle a envie de lui, Blondie, et que la réponse froissée d’un froid mécontentement a la saveur d’un violent rejet qui lui reste coincé en travers de la gorge. Elle lui dit de la regarder mais il ne le fait pas. Bute sur cette initiative comme si c’était quelque chose de complètement fou. De hors de propos. Et il attaque, Lars. Il mord de par les mots. Tu m’as déjà vu des centaines de fois ? Alors fais-le, une fois de plus, Lars.La mâchoire de la blonde se verrouille tandis qu’elle reste droite à le confronter de ses prunelles, ravalant sa propre colère qui commence à claquer sourdement dans ses tréfonds. Il a une réaction vive, le mâle, qui résonne d’une farouche répulsion et Varri tente d’encaisser sans montrer le plus gros de son trouble.

 – Rhabille toi Varri. La seule chose que tu vas arriver à faire s’est choper froid. Elle pourrait laisser échapper un petit rire sec mais le garrotte dans la déception qui lui noue la gorge. Les globes de Lars la fuient à nouveau pour aller chercher réconfort du coté des lignes noircies sur le papier, jetant un voile d’indifférence sur les ardeurs de la blondine qui ramasse son tee-shirt informe pour l’enfiler dans un geste agacé. Et il parle, Lars. Pas de la nudité qu’elle lui impose ou de cette folie qui se trouve être au centre de leur conflit mais de sa mère  - de cette peur de l’abandon et de ce traumatisme qu’elle se traîne depuis l’adolescence.

Quoi ? Surprise, elle bat des paupières. Esquisse un pas vers l’arrière tout en tirant sur le bas de son tee-shirt pour s’occuper les mains parce que causer de sa mère suscite toujours autant de nervosité. Qu’elle m’ait sauvé ? Mais elle ne voulait pas être sauvée, Varri. Elle ne voulait pas impliquer un sacrifice. Pas non plus de déception. Que sa mère ait pu disparaître en paix ou de désespoir – ça, elle ne le saura de toute manière jamais. Et c’est finalement ça, le pire. Ne pas savoir et laisser libre court à son esprit d’inventer la suite. « Dix sept ans. » Articule-t-elle dans le trouble d’un murmure. « J’avais dix sept ans quand elle a disparue. Je n’étais plus une enfant. » Et j’aurais pu faire quelque chose. Et je me sens coupable. Et ça ne change rien. Parce qu’elle a disparue et ne reviendra pas. Elle secoue un peu la tête, Varri. Se pince les lèvres pour se forcer au silence. Tu crois que je n’ai jamais voulu faire deuil, Lars ? Tu crois que c’est ce que j’adore, me rappeler cette histoire ? Me rendre compte après vingt ans que c’est toujours ça mon foutu problème ? C’est ancré. Il ne suffit pas de le dire pour que ça passe. C’est un peu plus compliqué que ça. Comme toi et ton père.

Peu importe, Lars interrompt lui-même sèchement les réflexions amenées par ses questions – la mine sombre et le timbre tout aussi sinistre. Et Varri reste bouche bée, saisie par l’enchaînement brutal – d’un froid jugement à la résignation de leur situation. Il repousse le journal vers elle pour qu’elle s’en saisisse mais un frisson désagréable lui fait frémir l’échine dans une perte totale de ses repères. Elle met quelques secondes avant de bouger, la pupille hagarde. Attrape veste et blouson pour les enfiler dans la nécessité de sortir de la piaule. A son tour à elle de s’enfuir. Il faut qu’elle respire – bien assez violemment pour ne pas que les sanglots la bouffent de l’intérieur.

« Je vais marcher un peu. J’en ai pas pour longtemps. » Un peu froidement, un peu sèchement, Blondie franchit le pas de la porte pour descendre les marches deux à deux et gagner l’air libre. Mains plantées dans ses poches, elle sent la douleur se réveiller dans sa poitrine quand le motel est derrière elle. S’arrête dans le quartier un peu plus loin pour s’appuyer contre un lampadaire et museler les à-coups de sa respiration. Elle niche un instant son front contre son avant-bras – laisse échapper un grondement furieux avant d’inspirer bruyamment. Renverse la tête vers l’arrière pour reprendre contenance.

Je ne sais pas, Lars.
Je ne sais pas si c’est contre moi que tu es le plus furieux ou si c’est contre toi.
Je ne sais pas si tu vivrais plus heureux avec ou sans moi.
Je ne sais pas si j’ai le droit de te retenir ou si je dois te regarder partir.


Alors elle marche Varri, le regard coulant à droite à gauche sur les trottoirs – tentant de deviner ce qui occupe les caboches des gens. Puis ses yeux s’agrichent aux silhouettes minuscules de deux mioches qui traversent un passage piéton avec leurs parents et ça lui fait manquer un battement de cœur.

Un rire d’enfant. Qui relance ses visions chimériques et son désir de vie de famille qui l’habitent et la transportent. Elle le voit Lars et ça semble plus vrai que jamais – ce sourire et cette insouciance qu’il peut avoir dans le bonheur. Il existe. Elle ne l’invente pas. Elle s’attache alors à l’avenir qu’elle effleure du bout des doigts dans les turbulences d’un présent qu’elle ne veut pas laisser s’enfuir. Noie sa main droite dans les plis de ses vêtements du cocon formé par son ventre dans l’impression d’y sentir un mouvement.


Quand elle revient trente minutes plus tard au motel, un sac rempli de plats à emporter indiens qu’elle a achetés au restaurant évoqué par Lars, c’est dans un empressement survivant qu’elle dépose le tout sur la table pour se débarrasser de son blouson, de sa veste et de sa paire de godasses qu’elle repousse sur le côté. « J’ai acheté à manger pour tout à l’heure… Mais avant... » Elle a chaud – chaud d’avoir marché vite. Le corps habité par l’envie au ventre et le désir comme deux braises ardentes dans ses callots. Je t’aime. Je t’aime et j’ai envie de toi. Elle reste un instant dos rabattu contre la porte d’entrée de la piaule à fixer Lars, les joues empourprées et les hormones en cavale puis s’arrache dans la brièveté d’un souffle pour le rejoindre tandis qu’il ne semble pas bien comprendre la situation. Alors qu’il se relève du plumard elle l’y repousse presque aussitôt dans une impulsion téméraire, y grimpant pour pouvoir s’asseoir sur lui. Elle s’empare de ses lèvres dans un baiser impatient avant de partir à la conquête de son torse – goûtant à sa peau dans la satisfaction d’un soupir concupiscent. Son odeur réveille la sensation grisante de leur deux corps qui se connaissent et s’enchaînent. « Lars.... » Gémissement exhalé à son oreille. « J’ai envie de toi. Je veux te faire jouir. » Elle se redresse, Varri. S’applique à déboutonner le pantalon du mâle, ses yeux dans les siens pour ne pas louper une miette de ce qu’il pourrait lui donner. « Touche-moi... Je t’en supplie. » Mais d’abord. La blondine fait courir sa langue sur la contraction de ses abdominaux, prenant un malin plaisir à éveiller la vigueur masculine dans le but d’en prendre possession avec sa bouche. Lécher, mordiller, avaler – guettant la crispation torride qui ne ment pas.  
 
Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

(c)lazare.
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My piece of you [Terminé] - Sam 31 Mar - 16:55
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HJELM Lars
&
BJURMAN Varri
MY PIECE OF YOU

A 17 ans. A 17 ans on est encore des enfants. Surtout pour nos parents.

Varri se lève. Peu de temps après moi. Cinq secondes. Peut être six. Paumée. Chancelante. Aussi vive que ce que j’ai pu l’être en allant prendre ma douche, plus tôt dans la matinée. Elle me fait penser à une poupée blonde que la providence tiendrait par des fils invisibles – une nouvelle acquisition dont elle n’a visiblement aucune maitrise. Elle ne parle pas, Varri. Ou du moins le fait-elle avec parcimonie, après que tout soit évident – parce que je me doute qu’elle n’enfilait pas son blouson pour aller se mettre au lit.

Debout à côté de ma table de chevet, le regard vrillé – pointé fixement sur les pieds dansants – je ne réponds pas à son départ soudain. Ne saurait quoi rajouter si ce n’est pour lui souhaiter une bonne ballade, si ça peut lui faire plaisir. Si ça peut lui permettre de respirer librement. De ne plus être asphyxié par ma présence ; par cette atmosphère que je nous impose malgré moi. Cette lourdeur extrême à travers des reproches conjugués. La porte claque. Encore. Me fait fermer les paupières les quelques dix secondes que je compte. Puis je me réanime. Doucement. La paluche tremblante – de nerfs, d’une envie d’alcool et de drogue. Ramène à mon oreille le portable sans n’avoir composée de numéro. Parce que j’hésite. J’hésite à appeler. J’hésite à appeler les bonnes personnes. Celles qui aideront Varri – celles qui ne m’enfonceront pas à moi. Et qu’est ce que c’est tentant. Le fond du sceau – le fond de l’espérance. Il paraît qu’on ne peut que remonter, quand on est au fond. Mais est-ce qu’il y a un fond, au fond ? Est-ce que c’est aussi simple ? Est-ce qu’on ne peut pas juste y crever ?

Remise à zéro. La caboche dodeline. Le découragement lattent affaisse les épaules. Je me mets en mouvement. Fais les cents pas comme pour me dégourdir les jambes – l’esprit. Je suis un loup en cage. J’en serre les crocs, de cette prise d’otage mesquine – enfantine. De cette chose que je n’ai pas décidé et qu’on m’a foutu sous le nez en me brandissant les erreurs commisses comme des solutions acceptables. Je me réentends lui demander d’avorter, à Varri. Trouve l’idée horrible or, à force de répétitions, je recommence surtout à ne pas la trouver si horrible ; je recommence à me dire qu’à la lumière de nos modèles, on aurait tout à y gagner de ne pas essayer. Tu vas ressembler à ton père. Je m’arrête devant la fenêtre, une minute ou deux, pour m’allumer une cigarette. Serait-ce si terrible, de ressembler à mon père ? De pas parler à mon enfant ? Mon pouce s’égare sur l’écran de mon tactile y faisant défiler des numéros anonymes. Quitte à ne pas lui parler, pourquoi rester ? Il s’arrête, mon pouce. Presse. L’appareil cherche à lier le contact. Sonne à n’en plus finir. Puis ça décroche, de l’autre côté. Ca cause. Une fois. Deux fois… Trois fois. J’en passe des coups de fil, appuyé à la fenêtre de la chambre. A ne pas voir le temps défiler, ni les clopes diminuer. Je n’ai pas faim, pas envie de penser ; les phrases s’emmêlent à mesure de discussions barbifiées. Ca m’emmerde. Mais je continue. Me dit que c’est important. L’indépendance. On me raccroche au nez, on m’insulte. On me dit non. On me demande C’est pour qui ? Et je réponds pas, moi. Je m’énerve. Je m’en prends à des gens important, dans une colère irrationnelle que je me porte. C’est ta faute, me hurlé-je en balançant le portable sur le lit. Tout ça, c’est de ta faute. Nous n’avons que ce que nous méritons.

Je me laisse tomber sur le matelas. A la renverse. Sur le dos. La respiration basse et les mirettes perdues sur le plafond sale. Jusqu’à ce que la poignée distille mes songes. Jusqu’à ce qu’elle revienne, Varri, les mains chargées des emplettes faites et que l’odeur de nourriture emplisse la pièce. De nourriture indienne. Je me redresse. Suis plus inspiré par les joues rougies de la blonde que par ce que contiennent les sachets de bouffe. Mais je n’ai pas le temps de terminer mon geste que je suis renvoyé en arrière par l’impact de son corps contre le mien. Elle me chevauche, Varri, dans un désir pressant, que je ne partage pas vraiment. Malgré tout je tente de m’enivrer de ses gestes saccadés ; de son souffle qui se perd contre ma peau. L’embrasse dans une sensibilité absente, lui cède une œillade abîmée qu’elle ne daigne saisir. Pourquoi ? Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que tu veux nous prouver ? Que le sexe règle les problèmes quand tu t’es évertuée à me dire que nous n’étions pas que ça ? Je m’enfonce dans les draps quand sa bouche vogue sur mon torse ; quand elle cherche à réveiller la libido de l’assurance – l’assurance que tout va bien. Or qu’est ce qui va bien dans un monde où j’ai refusé de te regarder ? Où j’ai refusé de te voir enceinte de moi ? Pour toutes ces raisons que je tais. Qu’est ce que tu penses qu’un orgasme va régler ? Je la laisse descendre dans un murmure. S’aventurer vers mon pantalon qu’elle déboutonne. L’aide, par habitude, pour qu’elle le baisse jusqu’à mes chevilles. Ne prend même pas la peine de l’envoyer valser plus loin. Soupire lorsqu’elle m’avale pour me faire durcir contre sa langue. Oublie toi Lars. Oublie tout.

- Arrête… soufflé-je au bout d’un moment en me mettant sur un coude pour profiter une dernière fois de ses lèvres coulissant sur mon membre. – Je veux te sentir, continué-je la voix étranglée par un râle. Je m’assois quand elle se met sur ses jambes. M’impatiente sur la fermeture de son jean. Retiens le tee-shirt qu’elle tente de passer au dessus de sa tête. Crispe les phalanges dans une négation autoritaire avant qu’elle n’insiste. Glisse mes doigts entre ses cuisses pour qu’elle s’épargne d’insister. La sens flancher dans une flexion des genoux qui la fait basculer au dessus de moi. Elle se colle contre mes cuisses. Bouge au rythme des secousses de ma main. Mon nez se perd dans son cou ; tout contre sa carotide qui bat plus fort à chacun de ses gémissements. Elle se frotte. M’attise. Aligne nos bassins et je la libère pour qu’elle fasse entrer trop lentement mon sexe dans le sien. – Plus vite, que je soupire dans le creux de son oreille. – Plus vite, que je la supplie en donnant un coup de reins profond qui la fait s’arquer dans une présentation de sa poitrine – une présentation qui aurait été plus suggestive si je lui avais accordé de se mettre nue. Et je grogne quand elle danse autour de moi. Quand elle envoie ses cheveux de droite et de gauche – ses cheveux que je tire. Quand ses va et vient fouettent nos chairs humides. Quand on s’emplit de nos corps. Quand elle serre plus fort ses cuisses autour de mes hanches. Et je nous penche en avant. Nous saboule. Nous anime. On se griffe. On se mord. On s’agrippe là où on peut – aux draps, au lit, à nous. On s’excite. On s’aime. On s’aime. Pendant un instant… Un tout petit instant, on s’aime comme avant. Et à la lumière de cet amour, je jouis. Dans une vibration terrible. Epidermique. Dans un spasme et un rugissement rauque. Dans un geste brusque sur le pan de son tee-shirt dont une couture cède. Mes canines clapent l’intérieur de mes joues. Du sang mêlé inonde ma bouche. Je refuse de m’écrouler. M’attache à ce goût de fer pour sortir de la beauté de notre union. Attend quelques secondes à peine avant de basculer Varri sur le côté. Ignore la frustration de sortir d’elle trop tôt après l’orgasme. Me lève. Remonte mon pantalon comme le ferait un amant occasionnel qui rêve de partir plus que de rester. Chancèle. Titube entre deux pulsions d’endorphines. Fuis le plaisir auquel je ne suis pas certain d’avoir droit pour me retenir maladroitement à la table. Fourre mon nez dans les sachets de bouffe. En sors la première boisson que mon œil croise ; la vide de moitié d’une traite. Pose mon cul sur une chaise. Ne daigne lui offrir un regard complice. L’ignorance et l’indifférence ne régleront pas plus vos problèmes qu’une partie de jambes en l’air. Par méchanceté j’aimerais lui demander si quelque chose a changé ; si elle se sent mieux maintenant. Pour le contentement égoïste de ne pas être le seul à avoir mal. Ce putain de contentement égoïste, encore. Alors je le ravale. Mange. Erre. Pianote sur mon téléphone. Ecoute Varri qui, finalement, se met à me parler d’appartement et de maison isolée ; de ces annonces que je lui ai passées plus tôt dans la journée. Je hausse tête et épaule pour toute réponse. Me restreint à des phrases courtes pour finalement lui avouer que je me sentirais bien partout ; qu’elle peut parfaitement choisir sans moi. Ca n’aide pas. On se mure. On se leurre. On s’enterre. Les minutes semblent être des heures. Je m’amarre à la fenêtre, le museau dehors, parce que je préfère la pollution à la vision de notre vie qui part en charpie.

C’est incapable de faire preuve de bonne volonté que je pars à la nuit tombée. Ne prétextant rien d’autre que le travail. Même si c’est la soif qui m’anime.

Et la porte claque.






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