A beep on the nose is a sign of great affection | ft. Felice

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A beep on the nose is a sign of great affection | ft. Felice - Mar 27 Fév - 18:15
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sorciers
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EFFIGIE : Douglas Booth.
BAFOUILLES : 218
PACTE : 02/01/2018


OSSATURE : Premier quart de siècle fraîchement atteint.
CONTRAT : Coeur qui n'a encore jamais battu d'amour, garçon persuadé qu'il ne le vivra jamais. Avide de regards fascinés et de caresses-louanges, Florian, trop vite las, subit son célibat.
BESOGNE : « “Sometimes I lie awake at night, and I ask, 'Where have I gone wrong'. Then a voice says to me, 'This is going to take more than one night.” » Illustrateur de bouquins pour gamins qui ne se vendent pas très bien ; vient de perdre son poste de libraire qui lui permettait de se nourrir.
ÉCHINE : Il y a dans ses veines une magie tirant sa puissance des étoiles et du temps. Les danses et les drogues hallucinogènes dominent les classiques incantations. Magie associée aux charlatans, mais celle à laquelle il se donne corps et âme. (chamanisme)
PRESTIGE : Le futur murmure à ses oreilles des fables que lui seul entend. Insidieux, il tache de ses desseins parfois troublants les carnets de l'artiste.
GANG : Coven Heracleum.
CREDIT : DΛNDELION (avatar). Astra (signa). DΛNDELION (icons).


A beep on the nose is a sign of great affection
Florian & Felice

«He's a wallflower. You see things. You keep quiet about them. And you understand.»
Un drap couvrant la fenêtre empêchait la lumière de pénétrer à travers les rideaux translucides et de venir altérer les couleurs que Florian étalait sur son plafond. Dressé sur son lit, lui aussi couvert d’un drap blanc, son nez pointait au plafond et son bras tendu donnait des coups de pinceaux qui prenaient la forme d’une galaxie violacée. C’était un projet qu’il avait entrepris il y avait quelques semaines, mais qu’il n’avait jamais, faute de motivation, mené à terme. Pieds nus et jeans aux rebords enroulés sur ses mollets, visage et mains tachés ici et là de peinture violette et air concentré, joues légèrement gonflées et lèvres pincées, lui conféraient une allure juvénile. Il n’avait plus l’air d’avoir vécu un quart de siècle. La troisième guerre mondiale s’était probablement déroulée dans sa chambre à la vue de son plancher disparu sous les décombres artistiques, les étagères mal rangées et ses murs couverts de trucs en tout genre. En fait, c’était qu’il avait dû déplacer tout ce que contenait la pièce qui lui servait d’atelier : elle allait devenir la chambre de l’enfant qu’allait expulser Camellia. Ça l’irritait. Il ne comprenait pas pourquoi elle ne déménageait pas simplement avec son fiancé, mais il avait arrêté de chercher des explications aux actes de sa sœur. Ceci étant dit, il négociait une pièce chez ses parents fraîchement emménagés à Rome pour ne pas rendre sa chambre plus anxiogène qu’elle ne l’était naturellement. Au moment où il soupira, le téléphone sonna. Florian glissa son pinceau derrière son oreille et répondit. La voix était trop reconnaissable pour qu’il ait besoin de demander de qui il s’agissait. Les mots qu’elle lui dit le troublèrent. Il pensa aux aveux d’Olimpia et manqua dire à Felice qu’il vaudrait mieux aller voir quelqu’un d’autre si elle avait envie de se jeter du haut d’un immeuble ; son regard divagua instinctivement vers la petite carte de visite psychiatrique, au rendez-vous daté pour la semaine prochaine, épinglée à son babillard, manquant lui arracher un soupir. Felice n’avait pas donné de nouvelles depuis des mois et il avait, de toute manière, envie de la revoir.

Le di Rosa jeta son téléphone sur son lit et sauta à pieds joints sur le sol ; en deux grands pas habiles et presque félins, il s’accroupit devant sa bibliothèque. Les deux premières étagères à partir du bas portaient sa collection de young adult literature. Son doigt effleura les couvertures alors qu’il marmonna chacun des titres. Il ne voulait pas lire à Felice quelque chose de trop déprimant. Quelque chose qui transpirait d’espoir et de résilience, peut-être. Ce fut alors Wonder, de J.R. Palacio, qu’il tira de l’étagère avant de se redresser et de quitter sa chambre.

L’appartement était terriblement silencieux. Le gros chat gris dormait sur le canapé et ses sœurs étaient absentes. Il n’y avait que le murmure des voitures dans la rue en bas pour troubler le calme. Le livre fit un bond et tomba au sol quand Florian le lança sur le canapé avant d’aller ouvrir la fenêtre. Il s’appuya sur le bord de celle-ci et sortit la tête pour regarder en bas comme un enfant qui attendait. L’air frais emplissait la pièce, avalant l’odeur de l’encens et des fleurs brûlées qui avaient servi à leur rituel matinal ; une incantation hybride mêlant les principes wiccas à ceux chamaniques ; fruit de l’imagination de leurs parents. Des plantes, il y en avait trop dans leur salon qui semblait calqué sur un album Pinterest. Entre les fougères et autres plantes banales, suspendues ou dans des pots à même le sol, s’en trouvaient quelques-unes aux drôles de feuilles qui finissaient en fumée lorsque le besoin de repos mental se faisait sentir. Sur les murs, des icones religieuses alors qu’on se contrefichait tous du christianisme et des miroirs à n’en plus finir comme si on craignait de s’oublier soudainement. Le soleil caressait le visage de Florian qui sentit son sourire s’étirer. À vrai dire, l’absence prolongée de Felice l’avait affecté ; à ne plus recevoir de nouvelles, il avait cru que c’était de sa faute et s’en était voulu. Ce genre de disparition ne faisait jamais de bien aux individus dont la crainte de l’abandon était maladive. Mais Florian n’était pas vraiment rancunier. Il prenait sur lui et, puis, c’était ça qui était ça. Une dizaine de minutes s’écoula et, puis, il partit dans la cuisine avec l’intention d’y faire du thé.

Son regard se posa sur les feuilles qui étaient éparpillées sur la table. Une série de dessins similaires s’y trouvait. C’était une vision qu’il avait depuis quelques temps et qui l’obsédait, mais sur laquelle il n’arrivait à mettre ni lieu, ni nom. Un frisson lui parcouru le dos pendant qu’il fit claquer les portes d’armoire à la recherche de la fichue bouilloire. Lorsqu’il la trouva enfin, il la remplit d’eau et la brancha. Le temps passa lentement pendant que le sifflement persistait et Florian en profita pour rêvasser un peu jusqu’à ce que la sonnette le sorte de ses pensées. Il se précipita à l’avant. Même s’il savait qui se tenait derrière la porte, il regarda à travers l’œil magique avant d’ouvrir. « Je suis surpris que tu veuilles me revoir, mais je suis heureux. », articula-t-il rapidement en guise d’accueil, posant sur elle un regard bienveillant comme toujours. Florian l’invita à entrer et ferma la porte derrière elle. « Fais comme chez toi ! », qu’il lança avant de se précipiter dans la cuisine : la bouilloire venait de pousser son cri d’agonie comme elle le faisait à chaque fois que l’eau était prête. Le gros chat gris se frotta sur les mollets de l’invitée comme pour excuser la précipitation de son maître.

(c) DΛNDELION

☾ ☾ ☾ ☾ ☾


keep your eyes wide open
Florian☽ Closing your eyes isn't going to change anything. Nothing's going to disappear just because you can't see what's going on. In fact, things will even be worse the next time you open your eyes.
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A beep on the nose is a sign of great affection | ft. Felice - Ven 2 Mar - 13:15
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humains
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EFFIGIE : Keira Knightley
BAFOUILLES : 151
PACTE : 04/01/2018


OSSATURE : vingt-sept anniversaires
CONTRAT : célibataire condamnée mais vaillante. fleur bleue dans l'âme, elle évacue sa solitude avec de sordides guerriers de passage - ceux qui n'ont pas d'intérêt pour l'amour. les autres sont aux mains de perfides petites saintes de la normalité, tendresses quotidiennes moins dérangeantes qu'elle.
BESOGNE : ancienne mécanicienne, schizophrène paranoïde reconvertie dans la peinture contre son gré. ses oeuvres profitent à la gloire d'un autre, et lui assurent protection en plus de menus cachets.
FABLE : le seul moyen qu'elle aurait encore de croire au surnaturel, serait qu'on lui enfonce la foi directement dans le neurone, avec un bistouri et une seringue
ÉCHINE : chamane délaissée, condition ignorée, don étiolé par les âges et la négligence de maintes générations avant elle.
PRESTIGE : felice peut sentir l'âme des gens, qu'elle interprète au bon vouloir de son esprit malade. elle est sujette à un spiritualisme sensible, exposée aux éléments les plus sombres de ce monde, jusqu'à la démence. plus qu'un don, une condamnation dès la naissance.
GANG : monarca, collaboration récente, saine exploitation de son art en échange de sa vie
CREDIT : (ava) ABANDON (gifs) imogenpoots / underthecut (image) quirkbooks
Pré… four… 180°… émietter ? émincer… tomates… quarante minutes…

Migraine cinglante ponctuée d’un soupir morne. D’un geste trop doux pour son dégoût et sa révolte, Felice reposa le livre de recettes et s’enfuit de la cuisine, renonçant à se nourrir d’autre chose que des sempiternelles pilules blanches en ce déjeuner découragé. Se contenta pour l’heure, de traîner sa carcasse amaigrie jusqu’aux coussins encombrés de son canapé, dans le miracle d’un salon qui parvenait à être tout à la fois bordélique et vide, dysfonctionnel et impraticable. Vêtements s’entremêlaient aux papiers importants sur le sol, tout autour des deux seuls meubles qui le constituaient, éventrés dans les peintures qu’elle avait fini par sortir de l’atelier, incapable de supporter l’autre pièce plus longtemps sans y étouffer. Au bord de l’insalubrité, quoiqu’elle ne consommât plus assez de nourriture pour l’y laisser pourrir, l’ambiance restait à la poussière et au désordre, dans lesquels Souris bondissait avec indifférence, loin des considérations bien inutiles de l’Homme rangé. Le corps échoué et le visage enfoncé dans les coussins, Felice quant à elle, subissait derrière des paupières closes, le chaos plus internes de ses pensées qui avaient oublié il y a bien longtemps de savoir s’imbriquer. Cultivait comme une petite routine, l’angoisse omniprésente et gelée de sa vie en berne, son existence sans repère ; la régression indéniable et palpable, de ses us comme de ses facultés. Réveil abandonné pour des léthargies matinales, rigueur délaissée au profit d’un métier anarchique, trop libertin pour elle. Elle avait l’impression de se sentir en crever, de cette routine en souk, cette descente vers des états plus que primitifs. Tout en n’ayant plus aucune volonté à la combattre, pas une maigre force pour se débattre encore dans la mélasse de sa descente aux enfers.
Et l’idée, mauvaise et obsédante, comme une alarme de danger au fond de son crâne : cette envie de plus en plus forte, aliénante – d’un estomac vide de pilules autant que de nourriture. La libération totale et atroce de ses carcans chimiques, la torture moins tortueuse de son cerveau en roue libre. Alea jacta est comme disaient les lettrés. Ces improbables instants de grâce et de couleurs au milieu de la discorde et de la violence, qui lui manquaient désormais du fond de sa grisaille vide et pâteuse, bonne pour le suicide assisté. A quoi bon s’infliger la torture de la conscience, dans un monde aussi plein d’inconsistance. Dans la respiration qu’elle s’écoutait à défaut du moindre bruit dans le silence, Felice se vautrait dans le manque des sirènes qu’elle pouvait entendre y chanter, parfois, dans les instants de grâce avant la violence.
Elle était fatiguée.

C’est moi. Je sais que ça fait longtemps, désolée. On pourrait reprendre une leçon ? J’ai besoin… il faut que je fasse quelque chose.

C’était là son dernier élan vital, à Felice – du moins c’était le sentiment qu’elle en avait. Tout en prenant conscience de son injustice pour l’autre, et que de reposer ses espoirs sur quelqu’un c’était s’exposer à la déception, sentiment qu’elle ne gérait jamais sereinement. Que Florian devait être l’une des dernières âmes en ville à ne pas avoir assisté à sa laideur, les véritables monstruosités de sa difformité constitutive, que si elle avait été intelligente elle aurait continué à œuvrer en ce sens. Dans le ronron du taxi à qui elle devait avoir donné toute sa fortune depuis le temps, Felice cherchait les beautés cachées dans la vitre, un semblant de poésie et de grâce dans ce monde triste. Et tout s’entêtait à demeurer dur, statique, déprimant comme un dimanche sans famille, métaphore dont l’ironie ne lui échappait guère. Ce fut pourtant avec fermeté qu’elle rejeta l’image imposée de sa mère, Felice, pas plus beau ni poétique que les bâtiments dégueulasses où il tentait de se dessiner.


Bonjour. Maigre et droite sur le porche de la demeure familiale, Felice s’arrachait le sourire un peu statufié des convenances dans la gêne, automatisme idiot dont les protocoles ne lui échappaient, eux, pas tout à fait encore. Délaissant l’allusion pour l’invitation, la démente traîna timidement sa carcasse à la suite de Florian, du bout de ses tennis usés ; accueillant dans un processus cognitif fastidieux, qui n’annonçait rien de bon pour la suite, les raisons de la fuite soudaine du jeune homme vers une autre pièce, sitôt arrivée. Un peu bête, un peu figée, agressée par la caresse de plantes tombantes et les parfums mêlés de divers aromates thérapeutiques, Felice se pencha sur le gros minet venu se frotter à sa jambe, vision plus familière et moins chaotique que l’environnement autour d’elle – qu’elle adorait, pourtant, se souvint-elle après une seconde, toujours heureuse de lever le nez de sa concentration pour se perdre dans les visions amusantes et amazoniennes de tant de plantes, ou le reflet charmant de leurs corps assis dans les miroirs.

En une caresse contractée, Felice aperçut le livre échoué aux pieds du canapé, étira bustes et grands bras au bout de ses genoux pour s’en emparer. Un titre s’injecta dans sa rétine, pratiquement lettre par lettre, récité du bout des lèvres. Gagnée par le vertige de l’exercice, tout à coup, la malingre arracha son corps au sol, matou ronronnant sous son bras, pour suivre la silhouette familière là où elle s’était en allée. Fais comme chez toi Je te présente mes excuses. marmonna la longue brune d’une voix un peu scandée, après un temps à le regarder s’affairer à préparer une boisson chaude. Ses yeux glissèrent sur la peinture qui constellait de part en part, sa tenue de travaux manuels, l’obligeant à se mordre la lèvre pour taire les questions qu’elle ne savait plus si elle était en droit de poser. Elle coula ses mirettes une seconde sur les différentes feuilles éparpillées sur la table, dont elle se détourna à leur tour, pour reposer chat au sol et livre sur un coin de chaise. J'étais à l'hôpital. J'ai fait une… petite rechute. C’est bien comme ça que disaient les gens malades ? Rechute, c’était toujours plus agréable à dire que délire, moins fastidieux que les aveux de ce qu’elle se laissait convaincre d’être sans doute une crise de paranoïa idiote. C’est gentil de prendre de ton temps. Ça te dérange pas si on fait ça dans la cuisine ? Ton salon est très... réfléchissant.
Et j’ai tendance à éviter mon propre reflet ces derniers temps

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'ai besoin d'ouvrir les vannes tu comprends de tout lâcher comme un puceau qui ment de hurler ma peur de l'abandon ma recherche phonétique d'attention mon besoin de reconnaissance en permanence comme un chien des caresses ma cruauté ma politesse maladive mon zèle dangereux mes réflexes à la con.
(c)lazare
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A beep on the nose is a sign of great affection | ft. Felice - Sam 3 Mar - 20:23
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OSSATURE : Premier quart de siècle fraîchement atteint.
CONTRAT : Coeur qui n'a encore jamais battu d'amour, garçon persuadé qu'il ne le vivra jamais. Avide de regards fascinés et de caresses-louanges, Florian, trop vite las, subit son célibat.
BESOGNE : « “Sometimes I lie awake at night, and I ask, 'Where have I gone wrong'. Then a voice says to me, 'This is going to take more than one night.” » Illustrateur de bouquins pour gamins qui ne se vendent pas très bien ; vient de perdre son poste de libraire qui lui permettait de se nourrir.
ÉCHINE : Il y a dans ses veines une magie tirant sa puissance des étoiles et du temps. Les danses et les drogues hallucinogènes dominent les classiques incantations. Magie associée aux charlatans, mais celle à laquelle il se donne corps et âme. (chamanisme)
PRESTIGE : Le futur murmure à ses oreilles des fables que lui seul entend. Insidieux, il tache de ses desseins parfois troublants les carnets de l'artiste.
GANG : Coven Heracleum.
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A beep on the nose is a sign of great affection
Florian & Felice

«He's a wallflower. You see things. You keep quiet about them. And you understand.»
L’image qui s’offrait à lui l’attendrissait autant qu’elle l’attristait ; la vision de son amie qui lui avait tant manquée et qui lui était revenue si maigre, affamée, peut-être, il n’en savait rien, tenant son chat sous son bras comme une vulgaire valise lui arracha un sourire triste. Il n’avait rien pu faire pour l’aider. Il n’aurait rien pu faire, de toute manière. Toujours prendre tous les maux du monde sur ses épaules n’avait probablement rien de sain. Mais lorsque ses iris balayèrent le sol, ses chaussures, ce n’était que l’amertume qui lui vint au cœur et à la tête. Comme toujours, le masque du sourire, des yeux pétillants et des rires innocents camouflerait tout. Un voile hypocrite que peu parvenaient à soulever. Le chat, enfin libéré, passa entre les jambes de Felice, rejoint celles de Florian avant d’aller s’étendre au soleil. « Tu n’as pas à t’excuser, Felice. », finit-il par dire, après de longues secondes saturées par le miaulement du matou en manque d’attention. Le ton de sa voix, léger et rassurant, n’avait rien à voir avec son intériorité, avec le besoin qu’il avait de s’excuser à son tour de ne pas avoir fait assez d’efforts. Des efforts, même s’ils n’auraient rien donné. C’était pour la bonne volonté. « Tu n’y pouvais rien, ce n’est pas de ta faute. L’important, c’est que tu sois là, maintenant, okay ? » Un clin d’œil espiègle ponctua ses propos alors qu’il se retourna et continua à remplir les deux tasses qu’il avait sorties (et il avait choisi les plus colorées !). Il y plongea deux poches de tisane fruitée dans chacune d’entre elles.

La remarque sur son salon parvint à lui tirer un petit rire ; lui-même n’appréciait pas trop la panoplie de miroirs, mais ses sœurs y tenaient – en pensant que ça donnait autre chose qu’une esthétique malaisante au salon. Pourtant, ils devenaient un véritable handicap lors de ces journées où même respirer est un rappel pénible de son existence. « C’est un peu le désordre, mais on sera mieux ici. » Et puis, la lumière du jour réfléchissant contre les glaces finirait par lui infliger une migraine de l’enfer. Maladroitement, il s’empressa de ranger tout le bordel qui traînait sur la table, le tout sans défaire l’ordre de ses dessins qui, pour ceux qui ne connaissaient pas son don, pouvaient paraître être de la pure obsession. Au cas où, il épargna quelques feuilles de papier et deux stylos qui pourraient être utiles pour la séance de lecture. « Tu sais, ça me rend vraiment heureux que tu veuilles reprendre les leçons. Peut-être que tu ne le penses pas, mais je crois que tu as beaucoup de potentiel et que ce serait dommage de le laisser te filer comme ça entre les doigts. » Peut-être qu’il aurait dû étudier pour devenir enseignant plutôt qu’en neurosciences, un domaine qui finalement ne l’avait pas tellement rejoint. Peut-être qu’il aurait apprécié pouvoir apprendre les mathématiques et la lecture à des enfants, mais Florian avait peu d’estime envers le système éducatif qui, selon lui, n’avait pas les outils nécessaires pour prendre en charge ni les élèves trop doués, ni les élèves trop en difficulté. Ramassant les feuilles qui s’envolèrent au passage, le sorcier parvint finalement à donner un peu d’ordre au chaos qu’était la table. Il invita Felice à s’asseoir et d’un geste vif, parlant pour son impatience à l’idée de commencer la lecture, il prit les deux tasses sur le comptoir et les posa sur la table. « Si tu veux manger quelque chose, ma sœur a fait une super salade de couscous avec des raisins secs et du feta ; il en reste encore beaucoup ! » Se permit-il de faire cette parenthèse au moment où il vint s’asseoir à côté de la place qu’il avait offerte à la jeune femme. Plein de questions trottaient dans la tête de Florian, mais aucune d’entre elles ne concernaient des choses qui le regardaient, alors il les garda muettes, bien enfermées au fond de lui. Si elle voulait lui parler, il écouterait sans juger, mais ça ne servait à rien d’initier une conversation sur un tel sujet par pur égocentrisme – parce, qu’évidemment, il y aurait dans ces interrogations une volonté d’assouvir sa propre curiosité. « Le livre que j’ai choisi aujourd’hui est assez sympa, même qu’ils en ont fait un film il n’y a pas trop longtemps. C’est l’histoire d’un garçon qui est né avec de grosses déformations faciales et, pour le protéger, ses parents ont préféré lui faire l’école à la maison, mais la mère décide finalement, quand il commence le middle school, de l’envoyer à l’école. Alors, le récit suit l’expérience émotionnelle de cet enfant dans un nouveau milieu à travers sa propre narration, celles de son meilleur ami et de sa meilleure amie, de sa grande sœur et du copain de celle-ci. Ça peut paraître dramatique dit comme ça, mais je pense que ce livre est un beau message de résilience. » Pensif, il hocha un peu la tête. Il préférait prendre un peu de temps pour résumer l’œuvre à son « élève », ainsi, si elle ne lui convenait pas, il pourrait en choisir une autre qui la motiverait un peu plus.

(c) DΛNDELION

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A beep on the nose is a sign of great affection | ft. Felice - Mar 20 Mar - 19:06
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EFFIGIE : Keira Knightley
BAFOUILLES : 151
PACTE : 04/01/2018


OSSATURE : vingt-sept anniversaires
CONTRAT : célibataire condamnée mais vaillante. fleur bleue dans l'âme, elle évacue sa solitude avec de sordides guerriers de passage - ceux qui n'ont pas d'intérêt pour l'amour. les autres sont aux mains de perfides petites saintes de la normalité, tendresses quotidiennes moins dérangeantes qu'elle.
BESOGNE : ancienne mécanicienne, schizophrène paranoïde reconvertie dans la peinture contre son gré. ses oeuvres profitent à la gloire d'un autre, et lui assurent protection en plus de menus cachets.
FABLE : le seul moyen qu'elle aurait encore de croire au surnaturel, serait qu'on lui enfonce la foi directement dans le neurone, avec un bistouri et une seringue
ÉCHINE : chamane délaissée, condition ignorée, don étiolé par les âges et la négligence de maintes générations avant elle.
PRESTIGE : felice peut sentir l'âme des gens, qu'elle interprète au bon vouloir de son esprit malade. elle est sujette à un spiritualisme sensible, exposée aux éléments les plus sombres de ce monde, jusqu'à la démence. plus qu'un don, une condamnation dès la naissance.
GANG : monarca, collaboration récente, saine exploitation de son art en échange de sa vie
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Les yeux de Felice s’égaraient sur les croquis, avant que des mains précipitées n’en ramassassent les preuves, sans la discrétion sociale dont d’autres auraient pu faire preuve à sa place. Absorbée par l’énigme, moins pour en tirer des conclusions que des questions, elle se demandait surtout quel genre de livre pouvait contenir pareilles images, et pourquoi cela ressemblait-il à s’y méprendre aux esquisses griffées furieusement sur la toile de son auguste tueur.

Florian était-il harcelé par un assassin ? Un coup d’œil inquiet à l’adresse du jeune homme octroya à Felice le temps de déduire l’improbabilité de sa supposition, et ce fut un peu mortifiée par ses questionnements trop rentrés qu’elle plongea le nez dans une tasse brûlante et pleine de couleurs. Elle savoura dans une douleur énergisante la sensation de sa langue devenue carton brûlé incapable de discerner les saveurs, la raclure humide et piquante du liquide incandescent tout le long de son œsophage. Rappel sensoriel, à la dure, de la réalité présente, pour un corps fatigué de n’en discerner plus grande nuance, sinon un gris sale affreusement déprimant. Tout était gris, les plantes et les miroirs, le chat et le ciel. Même Florian, lui paraissait plus gris. Elle le regardait, Felice, et ne voyait qu’un corps délité sous le poids d’une tristesse profonde et un peu insondable, un mal être interne renforcé. Il ne lui avait jamais paru l’homme le plus optimiste d’une assemblée, c’était d’ailleurs pour ça qu’elle en appréciait la compagnie – car les optimistes étaient encore plus déprimants que les défaitistes quand on se savait condamné. Mais cette fois, il y avait quelque chose de maussade dans le cynisme habituel de sa nonchalance ; un souci de paraître bien et de ne pas faire de mal là où il se fichait habituellement d’avoir l’air de ci ou de ça, bien ou mal. Pour la ménager, peut-être. Parce qu’elle devait avoir l’air malade et grise, elle aussi, à force de tout voir en gris. Comme ce compliment lâché entre deux installations, pour encourager le moral des troupes avant un saut dans le vide. Tout ça ne lui fit que craindre la déception fatalement subséquente, à Felice ; encore trop soucieuse du précieux regard qu’il portait sur elle pour l’affronter quand il s’effriterait de dépit, devant l’absence révélée de ce potentiel présumé.

Se dandinant sur un siège, la brune émaciée gagna les rangs du paraître dans un sourire saccadé à son adresse, dissimulant maladroitement son inquiétude sous la couche plus admissible de sa reconnaissance. Fébrile d’angoisse, prise de sensations physiques, par les assauts d’un cœur serré dans sa poitrine, de tripes toutes contractées dans leur boîte abdominale. Elle craignait une mauvaise initiative, tout à coup, et regrettait de ne l’avoir plutôt appelé quand ça irait mieux, si ça allait mieux. Felice se sentait laide, elle se sentait conne, elle se sentait folle. Et toutes ces sensations avec lesquelles elle vivait d’habitude sans trop s’en émouvoir, elle s’y perdait de mélancolie d’avoir aujourd’hui laissé quelqu’un voir l’émanation physique de ce marasme.

Mais elle tint bon, l’égérie usée, dédaignant poliment le repas offert à cause de sa nausée omniprésente et son appétit en berne. Se contenta de se brûler à nouveau à sa tasse, comme elle en voyait d’autre s’envoyer une rasade d’alcool pour oublier l’instant, bienheureuse de ne pas connaître cette sensation pour qu’elle ne lui manquât devant l’épreuve. Son œil effleura le titre du livre tendu avec moins d’ardeur que les dessins désormais précieusement cachés, trouvant les lettres imbriquées pour la deuxième fois avec plus de facilité. Le livre de Julian, et des mots en anglais qu’elle n’était pas sûre de comprendre. Agitée d’un mauvais pressentiment, elle ne put qu’en constater la justesse quand Florian lui en décrivit la substance, redressant son corps d’une offuscation quelque peu incertaine, une hésitation vaguement vexée.

C’est déprimant. répondit l’implacable avec l’absence de tact que le monde lui connaissait trop bien, dans un froncement de sourcils courroucé, une ruade faciale évidente. J’ai pas envie de lire un livre pour apprendre à me résigner.

La confusion de vocabulaire commise par ignorance lui apparut alors, dans les explications toujours admirablement patientes de son professeur par intermittence. Résignation n’est pas résilience. se dessinait un nouveau protocol,e à son esprit chétif. Regagnée par une sensation de bêtise et dans la crainte évidente d’essayer pour échouer, Felice poursuivit avec obstination sa gestuelle de rejet, repoussant son corps hors de la table pour s’enfuir vers la fenêtre, s’y allumer une cigarette empressée. Fumée de tabac insipide, bien inefficace lui semblait-il après une brûlure au premier degré. Dans un tic gestuel permanent, elle se massa les paupières, Felice, larguant des bribes d’indices entre deux exhalaisons opacifiées.

Il a peut-être déjà filé, le potentiel, tu sais. J’arrive pas à me concentrer. A cause des médicaments.

Les médicaments qu’elle blâmait aujourd’hui pour tous les maux, comme elle avait blâmé la voisine et les docteurs et son ancien chat et l’éboueur et ce type dans la rue avec son regard de fouine. Amorce évidente et dangereuse d’une fuite thérapeutique, Felice fut encore cependant assez intelligente, assez consciente d’elle-même, pour éluder le sujet dans un revers de la main nonchalant  - ou l’ersatz scandé qu’elle parvenait à singer.

Tu sais pourquoi je fume, Florian ? grommela t’elle, appuyant la parole par le geste en assassinant sa tige, à l’écraser comme du chewing gum entre ses lèvres. Je fume pour emmerder le monde. s’enorgueillit-elle, une œillade de défi ricochant dans la pièce pour tomber finalement sur le matou pataud, faible étincelle de sa personne derrière la fatigue et la brume, la bêtise et la dépression. Je fume pour faire grimacer les cons dans la rue, parce que je vais mal finir de toute façon alors autant partir le cerveau digne avec un cancer. Parce que je sais, que j’emmerderai le cancéro du coin dès qu’il ouvrira mon dossier et qu’il y aura écrit schizophrène dedans. Et ça me console, de me dire que j’emmerderai sa journée juste parce que j’existe. Je fume et mon psy m’en empêche pas parce qu’on sait tous les deux que ça sert à rien d’étirer une existence en sursis. Parce que quand j’aurai l’air d’une cancéreuse avant d’avoir l’air d’une folle, je quitterai le cercle des gens qu’on juge pour ceux qu’on plaint. Fumée en un temps record, la chose orange fut écrasée nerveusement dans un cendrier offert, tension dans ses geste retranscrite en hargne de sarcasme entre ses lippes. Ton garçon, là, il peut être aussi résiliant qu’il veut, il aura toujours une sale gueule. Et on le lui pardonnera jamais. Et il grandira et il sera un adulte avec sa sale gueule et il aura perdu le joker attendrissant de l’enfance, et ce sera bien pire qu’avant.

Le visage un peu défait de Florian, ramena Felice a la dure réalité d’un début de diarrhée verbale. Larguant les dernières fumées dans un profond soupir, le visage défait d’un enfant morveux contrastant déjà avec sa colère naguère, Felice regagna sa place dans une moue déconfite, consciente de son ingratitude soudaine.

Excuse-moi. marmonna t’elle du bout des lèvres, en récupérant l’objet de crainte et de haine aux pages interminable du bout de ses doigts fins. C’est pas sympa. Toi non plus tu vas pas bien en plus. déclara la belle, sans filtre ni preuve, sans rien que cette intuition qu’elle avait toujours eue et qu’elle croyait que tout le monde avait, quand elle n’y voyait pas un simple délire. Un sourire bonne patte, pourtant, étira les lèvres minces, première page ouverte dans une œillade contrite. Il est parfait ce bouquin.

Sûrement.
Pour les dix lignes qu’ils s’apprêtaient à en franchir, de toute façon…

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'ai besoin d'ouvrir les vannes tu comprends de tout lâcher comme un puceau qui ment de hurler ma peur de l'abandon ma recherche phonétique d'attention mon besoin de reconnaissance en permanence comme un chien des caresses ma cruauté ma politesse maladive mon zèle dangereux mes réflexes à la con.
(c)lazare
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A beep on the nose is a sign of great affection | ft. Felice -
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