Alcohol

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Alcohol - Lun 2 Avr - 13:09
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sorciers
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EFFIGIE : Charlize Theron
BAFOUILLES : 10946
PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
CREDIT : Carnavage
LARS
&
VARRI
ALCOHOL
Assise en tailleur sur le plumard, noyée dans son tee-shirt trop grand qui baille sur son épaule, Varri tourne et retourne le petit poste radio entre ses mains pour régler une fréquence qui puisse lui offrir un semblant de musique rythmée. A cette heure tardive, les rediffusions italiennes sont innombrables et particulièrement irritantes, sur des sujets pas franchement passionnants - la crise financière, la reproduction des coccinelles ou l’obsolescence programmée des appareils. Les doigts fins tripatouillent les boutons, le son crache quelques perturbations et elle capte quelques mots en idiome local qui la font grimacer. C’est que Blondie comprend bien maintenant ce qu’on peut lui baver. Elle n’a pas lésiné sur l’apprentissage de la langue ritale durant les dernières semaines, manière d’oublier la tragédie qui se joue dans son couple. Celle avec laquelle elle se lève et elle se couche – douloureusement brandie par le fantôme de son homme qui s’efface devant ses choix. Le voir comme ça, ça lui corrode le cœur – ça lui fissure l’âme. Deux étrangers. Ils sont en train de devenir deux putains d’étrangers l’un pour l’autre. Dans un moment aussi important que celui-là, n’est-ce pas parfaitement insensé ?
Parce qu’on s’aime, non ?

Varri bat des paupières, perdue dans le vague – tournant le bouton jusqu’à ce qu’une mélodie entraînante ne vienne lui chanter aux oreilles dans une muette satisfaction. Un quelque chose qui a des notes suaves méditerranéennes, radicalement opposé à ce qu’elle a pour habitude d’écouter en Suède. La mine pensive, elle se fait la remarque que ce n’est pas si mal. Elle dépose le poste sur la table de chevet à ses côtés et tente de dénouer ses épaules en se redressant légèrement, le regard porté vers le mur trop jaune qui lui rappelle que ça fait trop longtemps qu’ils crèchent ici. Dans le tiroir, les journaux s’accumulent, tous pliés à la page des locations immobilières du coin. Elle a beau les avoir regardés dans un semblant d’enthousiasme, la solitude renvoyée par Lars qui se détache complètement de tout ce qui concerne leur vie commune a bien vite entamé toute motivation.

Tu la vois comment ta vie, maintenant, Varri ? S’interroge-t-elle tristement, profil vaguement tourné vers la fenêtre constellée de gouttes d’eau. Dans la hantise de tes foutus échecs. C’est là. Ça ne peut pas s’éluder. Elle peine terriblement à s’arrimer aux notes censées lui prodiguer un peu d’entrain et d’optimisme quand tout la ramène à la situation inextricable dans laquelle elle a l’impression de se noyer. Que c’est dur. Parce que son impuissance se rappelle à elle à chaque fois qu’elle tente de plonger ses yeux dans ceux de Lars. Et qu’elle cherche dans l’éclat de ses prunelles mordorées, qu’elle y cherche l’étincelle à ranimer – les braises enfouies sous l’immonde blizzard qui souffle sur les vestiges de leur passion dévorante. De cet amour sincère qu’ils ont l’un pour l’autre. Plus le temps passe, plus son ventre s’arrondit et plus elle se demande – est-ce que tu peux faire ça, Varri ? Réaliser qu’elle est le problème dans l’équation du bonheur conjugal. Qu’elle l’a trop abîmé Lars et que la seule manière de soulager les affres qu’elle lui a plantées dans le crâne c’est encore de le lui rendre sa vie. Le libérer d’elle. D’eux.
Qu’elle s’y refuse, putain. Ça fait trop mal.

Blondie ramène ses genoux contre sa poitrine pour les serrer contre elle – y collant son front dans une triste mouvance de la nuque. Elle émiette un soupir puis se trouve alpaguée par la perception de sa panse arrondie qui prend un peu plus de place. Un peu plus tous les jours, la poussant à disparaître sous des frusques toujours plus grandes pour ne pas que Lars ne détourne le regard d’elle.
Que c’est triste.


Il est 23:30 lorsque les vibrations de son portable l’arrachent à la lecture du bouquin qu’elle a entamé en déterminant que la musique frivole est inefficace contre sa morosité. Elle pense d’abord à Lars dans un sursaut d’inquiétude avant de se traiter silencieusement d’idiote. Il s’éloigne, chaque soir un peu plus. Il s’enterre, il se noie. Dans l’alcool, dans son boulot, au milieu de ses fréquentations. Le pouce reste en suspens sur le bouton de réponse lorsqu’elle voit le nom de Basile s’affichait sur le tactile. Un frémissement nerveux lui ébranle l’échine. Les examens. Le bébé. Elle a les mains moites d’un coup, Varri. Abandonne le livre sur le plumard pour s’y arracher et se remettre sur ses pieds dans la nécessité de faire le tour de la pièce exigu. « Salut Basile. » Elle déglutit difficilement, bloque sa respiration au fin fond de sa poitrine en se pinçant les flancs de sa main libre. La voix placide du médecin blond répond à l’autre bout du fil et Varri a l’impression de crever quand elle ne décèle rien dans son timbre qui puisse être encourageant.

Et pourtant…

Quand elle raccroche, la blondine se laisse tomber sur le lit – une émotion vive perdue au bord de ses cils. Deux mois et demi, lui a-t-elle dit. L’enfant a deux mois et demi et se porte bien, du haut de ses quatre centimètres. Elle peine un peu à réaliser. Contemple son ventre qu’elle exhibe à la lueur du néon d’en face dans une fascination teintée de pudeur. Dans le geste fébrile d’une mère qui communique avec son enfant, la paume flatte lentement l’arrondi de son ventre. Elle voudrait percevoir plus – sursaute dans l’impression de sentir remuer. Mais ce n’est pas possible, Varri. Il est bien trop petit.

Elle n’a pas sommeil, oh ça. Elle a envie de le crier sur les toits, qu’il est bien là, installé depuis un petit moment et qu’il va bien. Se rend assez vite compte qu’elle n’a personne avec qui partager la nouvelle. Qu’elle veut le dire à Lars mais qu’il n’est pas là et qu’il éludera probablement l’information comme tout le reste. Ou peut-être que… Elle jette un œil à sa montre. Bouillonne d’une impatience un peu folle en voyant qu’il est deux heures du matin passé. Hésite avant d’envoyer un texto à Lars pour lui demander quand il rentre. Pas de réponse. Appel. Pas de réponse. L’encéphale turbine dans ses appréhensions maladives. Est-ce qu’il bosse encore ? Est-ce qu’il boit ? Elle sent un mauvais pressentiment qui la taraude jusque dedans sa chair. A lui faire l’effet d’un électrochoc. Est-ce qu’il s’est passé quelque chose ?

Elle se raisonne, Varri. Durant l’espace de quelques minutes. Tourne et vire comme un lion en cage avant de céder à son envie dans un grognement de frustration. Elle enfile un jean, chausse ses baskets et jette son manteau sur ses épaules, rabattant la capuche sur son crâne en constatant le rideau de pluie qui tombe dehors. Quand elle sort du motel pour darder son regard à droite puis à gauche, elle se sent pleine d’une énergie nouvelle – savoure les connexions de son encéphale qu’elle trouve particulièrement alerte pour une heure aussi tardive. Par où commencer ? Elle avise les plantureuses femelles qui se pavanent dans la ruelle et se dirige vers l’une d’elle qui danse d’un pied à l’autre sous son parapluie transparent. « Salut Erika. » La grande brune à la peau d’albâtre et aux traits fins mais fatigués incline le chef et étire un sourire en distinguant le minois sous la capuche. « Hey, Aurore. » Varri papillonne des yeux devant le nom qu’elle s’est donnée depuis quelques semaines. Peine parfois à se dire que ce sera probablement celui qui figurera sur sa nouvelle carte d’identité. « Temps d’merde hein ? » Erika la coupe dans ses pensées. Lui arrache un maigre sourire dans une approbation distraite. C’est que Varri s’est attachée à ces oiselles en perdition – monnayant leur corps contre un salaire. « T’as vu Némésio ce soir ? T’as une idée d’où je peux le trouver ? » C’est qu’il faut jongler avec les noms – se rappeler lequel employer dans les situations qui conviennent. La brune étire une moue pensive avant de désigner une direction de ses faux ongles peinturés. « Il est à l’Alibi ce soir j’crois. C’est à quelques rues d’ici. Tu peux pas louper l’enseigne du club. » Elle laisse filer un sourire énigmatique et après que Blondie l’ait gratifié, l’interpelle avant qu’elle ne se détourne. « Tu lui dis d’passer après ? J’prendrais bien une dose. » Confesse Erika, les lèvres pincées par le manque.
Business is business.




L’Alibi. Et son flingue qui clignote, comme pour dire – bienvenue dans la crasse de la ville basse. Un club pour les gros durs, à n’en pas douter, où quelques jeunes viennent traîner pour le grand frisson avant de réaliser que la maison abandonnée du coin ferait mieux l’affaire. Il pleut toujours et Varri reste plantée devant la façade à dissiper ce nœud qu’elle a dans les tripes en imaginant où elle va le trouver à Lars. Un club. C’est là où ils se sont rencontrés la première fois en Italie. Là où toutes les choses ont commencées.

Elle pousse la porte et croise les prunelles de deux gorilles qui surveillent le sas d’entrée. On la reluque – ne se formalise pas sur sa tenue vestimentaire et lui fait signe de passer dans la pièce suivante. Étrangement, l’endroit ressemble plus à un bar intimiste aux odeurs de tabac et d’alcool fort qu’à un réel club italien dans lequel les jeunes viennent s’entasser. Il y règne une chaleur suffocante qui pousse Blondie à défaire la fermeture de son manteau ruisselant. Cheveux humides, elle s’approche du bar et tente de distinguer la carrure familière de son homme perdue au milieu des piliers de comptoir malheureux qui viennent oublier leurs malheurs dans les effluves alcoolisés et la fumée de leur clope. Sourcils froncés dans la gêne suscitée par le mélange d’odeurs rances de parquet humide, spiritueux renversés, tabac et sueur, Varri brave les courants nauséabonds pour rejoindre les charpentes avachies. Dans la semi pénombre, elle fait traîner une œillade attentive sur les visages tout en jetant un voile d’indifférence sur le barman qui semble attendre de sa part qu’elle commande quelque chose.

T’es où, Lars ?
Un rire de femme un peu plus loin se fait bien assez bruyant pour couvrir un instant la musique. Blondie tourne la tête et en cherche la provenance du regard. Au bout du comptoir, dans un coin un peu plus reculé et éloigné des autres, une grande blonde rit en cascade en faisant remuer sa crinière bouclée. Fine silhouette serrée dans une robe outrageusement courte qui se dresse entre elle et la mine patibulaire d’un Kvène qui lorgne le fond de son verre.

Varri se mord les lèvres. Tu vas bien. Se fait-elle le constat dans un soulagement qui interroge l’inquiétude qu’elle s’est faite sans réel fondement. Enfin bien…
Pas plus mal qu’hier, sûrement, lorsqu’il s’est noyé dans son énième verre. Elle peut pas nier – ça lui fait mal à Varri. Mal de vraiment constater que Lars préfère traîner dans les clubs en tête à tête avec une bouteille d’alcool ou une blonde inconnue au bataillon plutôt que d’être auprès de sa femme enceinte. Il ne l’a pas encore vu. L’est toujours temps de tourner les talons, Varri. Avant que ça ne lui arrache davantage le cœur.
Elle hésite, se suspend dans un souffle chaotique puis serre les poings dans une contemplation prédatrice de la donzelle qui égare sa main sur l’avant bras masculin pour le solliciter dans la discussion.

Connasse. C’est étonnant. C’est détonnant. Ce qui remue dans ses tripes comme un incendie vindicatif qui voudrait chaos et destruction. Une violence se déchaîne à l’égard de celle qui aguiche le mâle d’un sourire rafraîchissant – qui pourrait être plus belle, plus tendre, plus drôle qu’elle.

Elle s’avance. Se pose contre le comptoir juste à côté de la gonzesse qui glousse et capte ses prunelles dans un regard appuyé et intimidant. Celle d’une louve territoriale, probablement.

« N'y pense même pas. » Possessive. Menace à la frontières de ses lèvres. « Il est à moi. Bouge. » Grogne-t-elle, manquant cruellement de politesse envers celle qui écarquille ses billes en cherchant de l’humour sur le visage de la scandinave. La nymphette s’incline vers Lars, cherche probablement un semblant de soutien puis ouvre la bouche sans pouvoir dire quoi que ce soit. C’est que les prunelles de Blondie dissuade. Bien.
Elle décampe sans demander son reste et Varri la suit vaguement du regard avant de poser ses yeux sur le mâle. Se dit qu'elle va éviter de lui faire une scène mais se pose la question qui dérange. Est-ce que t'as aimé ça ? Qu'elle te cause. Est-ce que t'avais envie de rester avec elle ? Plus que d'être avec moi, maintenant. « J’ai essayé de t’appeler. Tu répondais pas. Je m’inquiétais. » C’est concis. Le timbre veut se donner contenance mais les prunelles trahissent une poignée de tristesse. Elle essaie vaguement de balayer l’endroit d’un regard las – se demande vraiment ce qu’il peut y trouver comme semblant de réconfort puis arrête ses billes sur le verre pincé entre les épaisses phalanges. La musique est trop forte. Ça l’agace. Elle se penche un peu plus vers Lars et lui lâche après quelques secondes d’hésitation. « J’peux te parler un peu plus en… Privé ? » Elle fuit son regard. Ne veut pas s’attarder sur le vide probable et les réticences qui y traînent. Il est probablement saoul. C’est peut-être pas la meilleure des idées que t’as eues Varri. De venir là. A ce moment même. Lui parler de ça, maintenant, entre deux verres de gnôle qu’il s’enfile.

Mais tant pis.

Elle amorce un mouvement et le mâle semble la suivre. Elle lorgne un instant le sas d’entrée mais se dit que sous la flotte, ça ne rendra le tout que plus sinistre. Pousse la porte des chiottes des filles pour l’y entraîner. C’est pas comme si le club était plein à craquer de gonzesses ce soir. Blondie vérifie qu'ils sont bien seuls et va vers le fond, ne sachant pas vraiment comment amener le sujet. Elle se débarrasse de son manteau pour le poser dans l’angle du meuble vasque et fait traîner ses doigts aux anneaux de son jean dans une posture attentive. « Je voulais attendre que tu rentres pour te le dire... » Mais tu ne rentrais pas, alors… Elle s’approche d’un pas et noue ses phalanges aux siennes, une satisfaction presque enfantine brouillant son expression. Là, yeux dans les yeux, elle tente de lire autre chose que cette souffrance agressive qui ne cesse de le gangrener. « J’ai eu Basile, Lars. Elle a eu les résultats des examens. » Elle s’approche timidement, dansant un peu sur ses pieds comme pour apprivoiser la bête. Mais elle tient plus. « Deux mois et demi. Je suis enceinte de deux mois et demi. » Elle sourit, passe la langue sur ses lèvres dans la réminiscence pudique de leurs souvenirs à deux. Se laisse entraîner par le soulagement que ça représente en cueillant son visage entre ses mains pour pouvoir le regarder. « Et bébé va bien. » Elle a envie de l’embrasser mais ne sait pas si elle peut prendre ce droit. Et elle le regarde, encore. Se perd dans la plus infime de ses expressions pour guetter la réciprocité d’un réconfort. Un espoir derrière ce rempart de tristesse. Elle dresse son petit doigt, en désigne les deux premières phalanges avant de lâcher dans un sourire. « Il est grand comme ça. »  

Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

(c)lazare.
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Alcohol - Mer 4 Avr - 1:41
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HJELM Lars
&
BJURMAN Varri
ALCOHOL

Assis dans l’herbe, à l’embouchure de Abiskojåkka mon regard erre sur le lac Torneträsk près d'Abisko. La nuit est claire. La lune pleine. Il n’y a ni vent ni neige et la moindre habitation ou le moindre semblant de civilisation a disparu du territoire suédois. Il n’y a rien. Seulement les odeurs d’une nature oubliée, d’un passé lointain, de souvenirs étonnamment olfactifs. Ca fleure bon le musc, le printemps, les fleurs, l’écorce humide d’arbres puissants. Ca titille mes instincts sauvages. Ces envies primitives de me jeter dans une course folle à travers les steppes familières ; celles de chasser pour me nourrir du fruit d’une traque endiablée. Pourtant… Pourtant au fond de moi, j’ai peur. Pourquoi j’ai peur ? Une peur étrange, qui vient me secouer les entrailles. D’un coup d’un seul. Qui me met mal à l’aise dans cet endroit qui est l’un de ceux où je me sens le mieux au monde. Tu as peur parce que tu n’es pas seul, Lars. L’évidence me frappe avec la violence d’un coup de poing. Mon ventre se retourne. Mon cœur manque un battement avant de s’exciter dans un flot d’adrénaline désagréable au possible. Il y a quelqu’un derrière moi. Juste là. Je déglutis. Ma mâchoire se crispe. Mes phalanges se serrent. – Tu veux un conseil ? La voix est tremblante. Pâteuse. Elle me fait sursauter dans un frisson glacé. Mes jambes tressaillent et je remercie la providence d’avoir le cul posé sur la terre ferme. Mon corps entier se couvre de chair de poule. La température perd de précieux degrés. J’ai froid. J’ai froid et je me rends compte que je suis dans mon plus simple appareil. Nu comme un ver et la peau hérissée de minuscules papilles blanches. Parce que j’ai froid. Encore. Toujours. Toujours plus froid.

C’est un rêve, que je me dis comme si ça allait régler le problème. Bien sur que c’est un rêve, Ducon. T’es à Rome, dans la vraie vie. En Italie. Pas en Suède. Et je dors dans le lit inconfortable d’un motel pourri à des milliers de kilomètre de la Laponie… Je dors pendant qu’une tempête de pluie hivernale fait rage dehors. Je dors à côté de Varri, ma compagne, pleine de ce gosse que je regrette souvent de lui avoir fait. Un regret qui s’étend depuis deux bonnes semaines et qui bouffe notre quotidien. Tant et si bien que je me suis remis au sport, à défaut d’arrêter de boire et de supporter nos silences. Je me lève tôt, tous les matins, pour aller courir. Tout ça pour ne pas la voir se lever, dans le tee-shirt ample que je la force à porter. Notre vie est entrée dans une routine tragique, presque lugubre ; de celle que nous n’espérons avoir qu’après des siècles à avoir vécu avec la même personne. Je n’ose plus la regarder, de peur de voir son ventre s’arrondir et elle, elle n’ose plus s’habiller qu’avec des fringues difformes – tellement difformes qu’on dirait qu’elle a volé à la femme obèse du sixième. On se parle plus, voire peu. Nos échanges sont brefs et efficaces. Quand elle me cause de logement je me contente d’hocher vaguement la tête en lui fournissant des réponses toutes faites. Je crois même que j’ai arrêté de l’écouter, véritablement. Puis, quand l’atmosphère devient vraiment trop suffocante, on fait l’amour sans que ça n’arrange rien. C’est au moins une forme de communication. Il y a eu une certaine perte de passion, dans cette machination impulsive. Une perte de plaisir aussi, probablement. Je pense que c’est mécanique. Et c’est triste.

Je dodeline doucement du chef. Il me semble plus sage, plus prudent aussi, de ne pas me retourner. – Je n’ai pas besoin de conseil, craché-je en contemplant toujours le lac et la lune. – Tu es sûr ? Cette voix. Mes dents grincent pour retenir un sanglot – un putain de sanglot. – Fais attention à la fausse Médecine.  De quoi ? suis-je tenté de demander. Mais à quoi bon se fatiguer ? – Si tu veux vivre tu dois pouvoir te libérer de la colère. Les gens normaux peuvent peut-être s’offrir ce luxe douteux mais pour les alcooliques c’est un poison. Voilà qu’elle me cite le Grand Livre des Alcooliques Anonymes, maintenant. C’est une saloperie de blague pas drôle. C’est plus fort que moi. Je tourne la tête. Eija est là, assisse avec moi à l’entrée de la buse, une minuscule couverture brodée nonchalamment balancée sur ses frêles épaules. Et cette vision qui pourrait être magique est soudainement anéantie par ses cheveux terreux collés à ses joues. Son visage décharné. Ses yeux troubles. Elle est morte. Là. Elle est morte pour de vrai et dans mon rêve. Couchée dans sa tombe depuis presque une année. Tu n’es pas réelle, veux-je lui répondre en baissant le menton pour voir si j’aperçois son ventre rond. Aucun mot ne sort de ma bouche. J’ai de nouveau 36 ans, je vis à Kiruna, les conflits inter-réserves sont toujours présents et il y a ici une femme morte que j’ai naguère aimée.Ce n’est pas grave, me dit-elle d’une voix douce et abîmée qui remonte de sa gorge serrée. Ma gorge aussi, se serre. Pas pour les mêmes raisons – pas dans le même contexte. – Je suis pas trop mal là où je suis. Je dirais même que je suis bien. Elle sourit. Laisse apparaitre un ver à la commissure de ses lèvres pleines.  – Je t’aimais, Lars Hjelm. Et je continue de t’aimer. Elle étale lentement ses jambes. Passe ses longs doigts nécrosés sur son bide flétri par la décomposition. – On aurait eu un garçon. - Tais toi. J’aurais aimé qu’il ait tes yeux. Et ta peau. Je ferme les yeux. – Lars ? Lars pourquoi tu ne réponds pas ? Qu’est-ce que tu fais ? Lars ! LARS ! Elle hurle. Dans un hurlement strident et poignant qui me prend aux tripes. Et le hurlement s’étire. Encore et encore. Il résonne atrocement dans ma tête jusqu’à devenir un ululement modulé – celui du vent dans mon motel pourri de Rome.

Je me réveille dans un bond. Tombe du lit dans un mouvement brusque. Me fracasse les genoux contre le sol quand je n’ai même pas le reflex de mettre mes mains devant mon visage. Ma pommette prend cher. Aussi cher que le reste. Je suis à Rome. Le souffle court, chaotique – je suis proche de la crise de panique, clairement. Les mirettes embrumées et l’esprit complètement enlisé je tente de capter l’heure en des gestes saccadés. Bouscule mon portable en tâtant la table de chevet. Le fait brutalement tomber sur le sol sans parvenir à le rattraper. Le choc l’éclaire. Il indique 04h du matin. Je viens de faire un cauchemar. C’était juste un cauchemar, que je tente, pour me rassurer. J’ai les bras et le torse collant de sueur. Je me redresse vivement pour regarder ma Blonde. Pense trop tard que je n’aurais peut-être pas dû le faire. Mais Varri est là. Allongée sur le flanc. Vivante. La mine circonspecte. A mi chemin entre un réveil franc vu le bordel monstre que je fous depuis 5 minutes, et une nouvelle embarquée dans le royaume des songes. – C’est 04h. Rendors-toi. Un petit conseil ? - Je ne veux pas de conseil, murmuré-je en me remontant sur le matelas.


Le bruissement d’une démarche trainante et l’affaissement du canapé qui répond au séant lourdement déchu. – Quelle soirée ! qu’Ada s’exclame en balançant sa tête en arrière sans me regarder. Je suis couché sur la banquette, les mirettes rivées sur l’intérieur de ma main. J’en étudie les lignes comme si une illumination divine allée s’en extraire. Une réponse. Une image. Une pause nécessaire dans une vie de remise en question.Qu’est-ce que tu fous Musclor ? Silence. Un silence qui s’allonge durant des minutes pensives où nous sommes tous les deux complètement absorbés par les reliefs osseux de mes phalanges. Elle s’est même penchée, Ada, au dessus de ma face, tant et si bien que je suis parfaitement capable de sentir son parfum – un mélange de vanille des îles et de fraise, un parfum qui lui donne des airs d’adolescente. Ada, elle pourrait facilement dire qu’elle a 15 ans. Tout le monde la croirait malgré son quotidien de débauche. – Tu as de grandes mains… qu’elle soupire, songeuse avant de sursauter quand je serre le poing ; et de glousser en repartant contre son dossier. Elle a bu. Elle ne glousse comme ça que quand elle a bu, me dis-je en inspirant profondément pour essayer de deviner les alcools qu’elle s’est enfilée. – On m’a demandé de la Pikku, ce soir. De nombreuses fois, tu sais. Je hausse une épaule. M’enfonce un peu plus dans le moelleux des coussins. Qu’est ce que ça peut bien me foutre ? Y a plus de Pikku. Les stocks sont vides et je suis incapable d’en fabriquer d’autre.Nemesio tu… Elle semble gênée. – J’vois bien que tu veux pas m’en causer et que tout doit se jouer plus haut mais j’sais plus quoi raconter aux clients quand ils m’réclament la Pikku. Je cligne doucement des paupières. Tente de capter ses prunelles claires en me tordant légèrement la nuque. Un voile de peur traverse son visage diaphane – de peur ou d’autre chose, je ne suis pas sûr.  Elle frotte ses cuisses. Danse d’une fesse à l’autre. – Qu’est-ce qui se passe ?C’est pour ça que t’es gentille ?Quoi ?! Elle sursaute, outrée. Blessée, même. – Tu m’accuse d’quoi là ? D’être hypocrite ?Juste de vouloir savoir ce qui se passe. Silence.Peut-être, avoue-t-elle après une longue réflexion. Mais t’es quand même moins con que ce que je l’avais pensé.

Je vais à l’Alibi, enchaîné-je en sentant poindre le malaise de l’aveu. – Quand ?Maintenant.Tu veux encore vendre ?, geint-elle épuisée. – Je veux boire. Elle fait la moue. Semble interroger son estomac quand je me remets sur mes pieds. – J’ai trop bu.On ne boit jamais assez. Son sourcil s’arque. – Tu veux un conseil Nemesio ?Non, craché, soudainement glacial. Je tourne les talons. Termine la discussion. Elle en reste pantoise, Ada et elle ne me suivra pas.

Vous m’emmerdez, tous, avec vos conseils.


L’Alibi c’est un bar, un club. Un peu tout à la fois. Les gens y boivent. Les gens y dansent. Surtout les filles. A moitié nues contre des barres – ouais, à moitié seulement sinon ça serait compliqué de leur donner des billets pour qu’elles soient plus disposées..

L’Alibi c’est le rendez-vous des pochards. Des saoulards. De ceux qui ne veulent pas parler – ni de leur problème, ni de leur vie, ni du temps qu’il fait. Même le barman qu’ils ont choisis est antipathique. Il cause pas, il fait des gestes vagues à travers la fumée opaque de son autel de trépassés. Il ne connait pas un seul cocktail, ne répond qu’à des mots simples du genre un verre, whisky, une tournée ! Je sais qu’il sait le nom de certaines filles. Lilas. Il aime bien Lilas. Son visage s’illumine d’un sourire chaque fois qu’elle traverse la scène avec son string à paillettes. J’ai pris l’habitude de plus le regarder à lui, qu’à elle. Parce que je m’en fous d’elle. J’ai Varri moi. Sans string à paillettes mais avec une peau qui fleure bon la mûre sauvage.

Comme tous les soirs je suis installé au fond du zinc, à cette place collée contre le mur. Dans ce coin mystérieux. Dans ce triangle des Bermudes. Dans cet angle mort ; celui juste entre les piliers silencieux et la porte des chiottes. Stratégique. C’est le tabouret de l’ivrogne. L’expérience m’a appris que c’est le plus approprié quand tu as l’intention de passer le trajet à te cuiter. Genre sévère. Je crois même qu’à force d’expérience, ces dernières semaines, on y a donné mon nom, à cet emplacement à la con. Enfin. Mon nom… Je commande un verre. Puis deux. Puis trois, quatre, cinq… Une bouteille. Renifle chaque fois le liquide ambré que je me sers. Que je savoure – ou plus vraiment, parce que j’imagine qu’on arrête de savourer à partir du moment où on a envie de se mettre une race. Pourtant cette odeur, c’est un peu comme la peau de Varri. Elle ne sait pas parler mais elle a malgré tout un message à délivrer. Un seul. Salut vieil ami. Meurs encore un peu. La rengaine. L’habitude. L’incroyable constance. Plus je bois. Plus je m’affaisse. Plus je disparais, happé par le décor. Les meubles. Le labri vieillot. Plus je ressemble à tous ces types en enfilade dont je me moquais avant de boire. Moins je fais tâche. Moins je m’en rend compte, surtout.Je vous tiens compagnie ? qu’une voix ronronnant me propose. Et moi, je n’ai d’yeux que pour la gorge qui m’a posé la question, incapable de lever le regard plus haut. Alors que le laisser tomber plus bas, ça, c’est complètement envisageable par une loi physique improbable. Ca la fait rire, à la fille. Blonde. Elle est blonde la fille. Je le vois à ses cheveux décolorés qui cascadent sur ses épaules dénudées. – Je vais vous excuser. Et puis, je n’ai pas osé venir vous parler avant que vous n’arriviez à la moitié de votre bouteille de Whisky. Je peux ? qu’elle me demande en m’indiquant le maigre espace entre le mur et moi. – Il n’y a pas de tabouret, que je bafouille, un peu benêt. – Ca ne fait rien, qu’elle chantonne bien trop près de mon oreille. – Nina, se présente-t-elle en jouant de ses talons pour appuyer sa silhouette élancée. – Nina, vous avez une robe très très courte, constaté-je en jaugeant la taille de ses talons hauts. – Vous pourriez m’offrir un verre à la place d’estimer la distance qui sépare le bas de ma robe et… Le reste. Ses doigts se pressent trop aimablement autour de mon poignet. Son sourire nous englobe d’une bulle intimiste qui fait taire jusqu’au bruit entêtant de la musique. J’ouvre la bouche, sans savoir quoi répondre ; sans savoir s’il faut que je sois flatté de l’attention ou un peu outré. Pourquoi outré ?

N’y pense même pas. Quoi ? La bulle explose dans une violence cartoonesque. Ca me fait tanguer sur mon assisse. Toi ? Dans un bar ? Me dis pas que je suis encore en train de rêver ! Mais non. Elle semble bien là, avec moi affublé comme d’habitude de ses fringues beaucoup trop grandes. Ca fait contraste, avec Nina. Nina qui est habillée court et sexy et qui n’a pas un habitant qui lui pointe sous le nombril. Lâchement je me détourne du combat de lionnes. M’épargner l’étrange et l’humiliant de la situation. Ma pauvre Varri, si tu savais comme les femmes s’en foutent de ton saoulard de concubin. Je joue de mon verre. N’accorde aucun regard à l’inconnue qui ne demande finalement pas son reste. Ca n’aura même pas été marrant une seule seconde. Et je m’exécute, sans réfléchir, lorsque Clochette m’enjoint à aller causer, un peu plus au calme. J’embarque mon godet. La suis comme si j’étais son ombre. Trouve que les toilettes sont définitivement un drôle de lieu pour retrouver son amoureuse – ou son amoureux. Tellement glamour. Je colle mon fessier à une vasque en me demandant comment je tiendrais debout si elle n’était pas là. La vasque hein. Pas Varri. Je baisse le museau. Le bascule de droite et de gauche dans une embarquée très philosophique sur le sens de la vie et et pourquoi on appelle une vasque, une vasque d’abord ? L’empoignade poignante de Blondie n’y fait rien, j’estime toujours que les Et pourquoi ? sont plus palpitants qu’avoir les raisons de son déplacement jusqu’ici. Elle aurait pu se faire agresser, avoir un vrai problème ; me chercher pour quelque chose d’important. D’ailleurs Lars, c’est probablement pour cette chose importante qu’elle te parle. Et je me reprend quand elle me prend le visage à deux mains. – […] Je suis enceinte de deux mois et demi. Et bébé va bien.

C’est radical, au moins. La neutralité de mon faciès se crispe avant de se fermer. Un dégout incompréhensible me malaxe l’estomac. Un frisson me remonte l’échine. Eija. Je crois que je préfère encore le ver d’Eija à la commissure de ses lèvres plutôt que cette nouvelle noyée de trop de doses de Whisky. J’étais pas prêt. Je ne le serais jamais. Mon monde s’écroule au lieu de se construire. Je ne pensais pas que le miracle de la vie pouvait être si moche et pessimiste. Je fronce le nez. Puis ça pouvait pas attendre franchement ? T’étais obligée de venir m’emmerder alors que je bois juste pour me dire que t’es bel et bien enceinte ? Déjà, c’est pas la meilleure nouvelle du moment, puisque c’est pour ça que je bois : Pour l’oublier, notre putain de môme. Mais en plus tu te réjouis qu’il ait pas trois mois ? Juste pour le plaisir de lui enlever son sourire, j’ai envie de lui demander à quel âge elle a perdu son premier enfant. Mais je m’abstiens. Ca serait puéril. Aussi puéril que venir retrouver son mec dans un club, complètement beurrer, pour lui rappeler qu’il a raison de se beurrer la gueule. Tu te souviens que c’est pour ça que je ne daigne plus te toucher quand t’es à poil ? Et que je ne rentre plus, non plus, le soir après le travail ? Du coup là, le but de la manœuvre c’est que je ne rentre plusdutout ou plusjamais ?

Elle remue le couteau dans la plaie en plus, Varri. Estime la taille de la Chose quand je ne prends même pas la peine de détourner le regard pour juger de ce qu’elle me montre. C’est à toi qu’il faudrait donner des conseils. Le premier étant d’apprendre à te taire quand tu vois que je ne suis pas réceptif. Je termine plutôt mon verre en calculant vaguement le temps qu’il me faudrait pour faire mon sac et dégager de cette ville maudite. Cinq. Peut être dix minutes ? Je repousse son corps plein qui me rend vide. – Prend un taxi pour rentrer, que je lâche comme si elle ne m’avait strictement rien dit. Comme si elle c’était simplement perdu au détour d’une ruelle et qu’elle ne savait pas comment faire pour rentrer chez elle. Chez nous. Je me redresse. Tapote mes poches à la recherche de mon téléphone. Dans ma veste. Il est dans ma veste. Et ma veste est restée sur mon tabouret. Je soupire. Me détourne pour me diriger vers la porte. M’en tape un peu qu’elle me suive ou pas. L’alcool m’a toujours rendu ingrat dans des cas extrêmes de protection émotionnelle.

Mais alors que mes doigts ripent sur la poignée de la porte, les enceintes grésillent. La musique tapageuse se coupe. Quelques beuglements s’élèvent – que je ne comprends pas, l’ouïe endiguée par les spiritueux. J’essai, pourtant, de me concentrer, balançant une main en arrière pour intimer à Varri de ne pas bouger. – […] patron [..] où ? [..] Aahah […] Mon front se plaque contre le chambranle. Mes phalanges viennent masser mes tempes. Concentre toi Lars. Ou sors. Tout simplement.Fouille l’établissement. Je ne veux aucun témoin. Je sursaute, comme s’ils venaient de prononcer ces mots juste à côté de mon oreille. Dans un susurrement intimiste et un peu trop carnassier pour être sincèrement intimiste. Ca ressemblait à une menace de mort. Je pivote. Jette une œillade un peu embrumée vers la fenêtre du fond. Une fenêtre qui est parfaitement sécurisée avec ses beaux barreaux en fer forgée. Eux, on a trop souvent dû les arnaquer en se barrant à la cloche de bois.Cache toi, dis-je tout bas. Comment ? Où ? C’est pas la femme invisible, ta Blonde. Il lui suffit pas de le penser très fort et de se foutre à poil pour devenir transparente.Par chance… Je me pince l’arête du nez. Faut que j’arrête de me répondre, je vais virer barge.







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Alcohol - Mer 4 Avr - 15:17
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sorciers
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EFFIGIE : Charlize Theron
BAFOUILLES : 10946
PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
PRESTIGE : Clairvoyance empathique. Varri peut vivre les souvenirs des autres.
CREDIT : Carnavage
LARS
&
VARRI
ALCOHOL
Est-ce qu’elle s’y fera, Varri, à cette nouvelle habitude ? Cette façon lointaine qu’il a de la considérer, aussi inerte qu’un pantin désarticulé. Alors qu’elle y met ses tripes dans son regard, elle. Elle n’a jamais pu faire autrement. Parce que ses deux billes sont une fenêtre sur son âme, incapables de dissimuler l’émotion pour ceux qui daignent seulement les regarder. Mais Lars, il ne la regarde plus vraiment, de toute manière, alors qu’importe.
C’est pas grave si t’as les larmes qui t’montent aux yeux. Il suffit de les détourner pour de reluquer la jointure crasseuse des carreaux en céramique à leurs pieds. Ça lui donne un peu de courage dans ses appréhensions. Parce qu’elle le sait, dans le fond, que vu l’état du mâle y a quand même peu de chance que ce qu’elle veuille lui dire l’enchante. Ne serait-ce que parce qu’il a bu. Ne serait-ce que parce qu’il la fuit.
Aussitôt qu’elle l’a bavée sa nouvelle, aussitôt qu’elle regrette l’idée insensée d’avoir eu l’envie de lui dire. A quoi tu pensais ? Et pourquoi elle pense d’abord ? Pourquoi c’est si dur de composer avec les désirs et les déceptions de l’autre ? Pourquoi c’est si difficile pour elle d’accepter l’évidence. Ce môme, il n’en veut pas Lars. Ce n’est pas qu’elle le problème – elle et la dimension folle qu’il lui a donnée. Elle voulait y croire, pourtant – au fait qu’il ait pu craindre de le perdre l’enfant. Que c’est une des raisons pour lesquelles il refusait de le considérer. Mais de toute manière, ça veut rien dire et tu le sais, Varri. Il est bien là. Il va bien pour l’instant mais jusqu’à quand ?
C’est usant. Usant de constituer des espoirs qui s’effondrent en permanence. Alors elle le regarde, Lars, se liquéfier sous ses yeux dans cette grimace qu’elle commence à trop bien connaître. Ce rejet viscéral qui le crispe de la tête aux pieds alors qu’il rompt le contact pour finir son verre. Son putain de verre qu’il a ramené jusqu’ici. Sa dose d’alcool, son rail de courage pour probablement se taire assez longtemps pour ne pas qu’il la brise, elle.

– Prend un taxi pour rentrer.
Silence pour seule réponse.
C’est tout ? Qu’elle est belle sa carapace d’indifférence froide à Lars. Varri ne voit plus qu’elle, maintenant. L’homme qu’elle aimait s’y noie, s’y perd, s’y confond. A lui faire demander si il y est encore, là quelque part en-dessous, celui qui lui disait qu’elle avait les yeux verts et non bleus et qu’il n’avait jamais eu envie d’une autre comme il avait eu envie d’elle. Celui qui l’appelait, Amour pour la faire râler jusqu’à ce que ça ne devienne si vrai qu’elle en redemande. A l’entendre, encore et encore. Et que ça lui manque, ça, à Varri. Combien de temps ça fait ? Une éternité. Une foutue éternité qu’ils ne se sont pas parlés dans quelques anecdotes tendres de banalité. Sur eux et sur ce qu’ils aiment de leurs travers irritants. Excessive et attractive – que tout le monde apprécie sauf moi quand je suis mal luné. Songe-t-elle des mots de Lars la concernant dans une réminiscence lointaine de leur face à face et des confidences qu’il lui a faites il y a longtemps. Ca résume plutôt bien notre situation, non ? C’en est frappant. Frappant d’une ironie fataliste.

L’enthousiasme se meurt, forcément. Blondie se sent même complètement stupide de l’avoir été. Mais malgré ça, elle reste là, à faire taire le tumulte dans sa poitrine. L’orage d’un sanglot qu’elle étouffe dans ce qu’elle tente de dompter de l’océan qui se déchaîne. Elle inspire profondément, clôt les paupières lorsqu’il cherche dans ses poches, se détourne d’elle pour amorcer un geste en direction de la porte. Ce n’est qu’une fois de plus. Une fois de plus où il lui tourne le dos.

Mais c’est pas grave, Varri. Tu vas rentrer et tu vas oublier ça la tête enfouie dans ton oreiller, comme lui l’oubliera après une énième bouteille de whisky. Elle veut tout effacer pour avoir l’opportunité de tout recommencer. Si seulement ça pouvait être aussi simple.

Elle se reprend dans une inspiration un peu brutale, Blondie. Attrape son manteau et s’apprête à lui emboîter le pas sans même acquiescer à l’injonction avant qu’il n’en vienne à interrompre tout mouvement dans un geste de paluche tendue. Il se passe quelque chose – quelque chose qui n’a rien à voir avec eux et l’éboulement sentimental qu’ils sont en train de vivre. Les vibrations de la musique viennent tout juste de cesser. Le mâle se penche pour écouter à la porte, s’ébranle dans l’illustration alarmée de ce que ça évoque. Les yeux écarquillés, frustrée par le silence qu’il impose et le brouillard de la situation, Varri l’interroge du regard et suit le sien qui vient à s’attarder sur la fenêtre du fond, bardée de barreaux métalliques. – Cache toi. Décrète-t-il à voix basse dans une gravité sourde. Et la blondine sent l’adrénaline lui faire vriller l’échine dans une étreinte glaciale. « Qu’est ce qui se passe ? » Chuchote-t-elle, alerte dans le désir de réduire la distance entre eux. Mais y a pas vraiment le temps, ni l’envie, manifestement. Il baragouine un truc pour lui. Par chance… ? De ? Perplexe, Blondie tourne la tête à droite puis à gauche – une main dans ses boucles blondes en pagaille. Elle avise les cabines de toilettes – quatre portes battantes de ce qu’il  y a de plus classique où on peut distinguer les pieds de ceux qui s’y trouvent si on se baisse assez. Se retourne tout en dansant d’un pied à l’autre pour ficeler un semblant d’échappatoire dans sa caboche en effervescence. S’enfermer dans une cabine ? C’est la seule possibilité. Ne pas se faire griller face à des curieux qui prennent leurs précautions ? Pari risqué.

« Cache-toi, cache-toi. T’en as de bonnes. » Grogne-t-elle pour elle-même. Autant dire qu’elle ne peut pas trop se contorsionner du haut de son mètre 80 et gênée par son ventre rebondi. Elle s’empare du panneau « Hors service » qui traîne sous le meuble des vasques et étire une grimace rebutée en sentant le revêtement poisseux sous ses doigts avant de l’épingler sur l’une des portes. Elle ouvre ensuite la cabine et attrape Lars par le bras pour l’arracher d’une impulsion vive de l’entrée des toilettes pour l’attirer dans l’habitacle très étroit.

La cabine se referme, le verrou enclenché. Regards qui se croisent dans le flottement nébuleux de quoi faire ensuite - dans la panique d’une oreille tendue vers les bruits extérieurs. « Assieds-toi et lève les pieds. » Qu’elle lui lâche dans le reflet des ordres qu’il aime articuler.  Elle tire sur ses poignets pour l’inciter à s’exécuter. S’impatiente devant la lueur d’ébriété dans ses prunelles et les réticences qu’il oppose de par sa charpente nouée. Puis quand il daigne finalement poser son séant sur l’abattant rabattu, elle se flanque maladroitement sur lui, assise sur ses genoux de biais, un bras passé autour des épaules massives pour se maintenir tout contre dans l’appréhension des bruits de pas qui approchent.

Grincement de porte. Silence. Reniflement. Il est rentré. Nouveau silence. Puis un battant claque. Un autre.  

Varri glisse un coup d’œil vers la porte avant de tourner son museau vers Lars. Il est prés – bien assez pour qu’elle distingue le plus infime des détails de son faciès fatigué. Elle ne lit pourtant pas d’angoisse, s’étonne devant ce thorax trop calme et cette respiration mesurée quand la sienne est complètement chaotique. Alors elle cherche. Cherche son propre calme dans un froncement de sourcils inquiet. S’attarde aux lèvres masculines dans un regard trouble avant d’en revenir au sol crasseux et aux pieds qui apparaissent juste là. Tout devant.

Raclement de semelle audible. Leur battant résiste à la pogne et l’homme jure. Il s’abaisse au niveau de leurs pieds et Varri se suspend dans une crispation musculaire. Bordel de merde. Elle sent un léger pincement de son avant bras. C’est Lars. Elle le regarde quand il arrime sa large paluche contre le bas de son visage, coupant ainsi tous les bruits inopportuns de sa respiration haletante. Sa paume sent le musc, le tabac et l’alcool. Elle aurait cru ça plus désagréable pour son odorat sensible mais il n’en n’est rien. Cette infime pression contre son visage la rassure. Alors elle ferme les paupières dans cette espèce de bulle étrange – se perd au contact du Kvène qui la tient et se surprend à désirer que ça ne s’arrête jamais. Qu’elle en crève, de manquer d’air – tant qu’elle est avec lui.
   
Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

(c)lazare.
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Alcohol - Dim 8 Avr - 18:46
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HJELM Lars
&
BJURMAN Varri
ALCOHOL

Qu’est-ce qui se passe ? Si seulement je le savais, ce qui se passe. Et pas que dans la pièce principale de ce club minable, mais aussi dans notre vie. Enfin, de toute évidence, je ne peux pas convenablement réfléchir. Tout est embrumé par l’alcool et peut-être que ce n’est pas si terrible. Peut être que c’est des gens respectables là derrière. Peut-être que ce ne sont que les services sanitaires qui veulent faire une inspection des lieux. Peut-être qu’ils ne veulent pas de témoin parce qu’ils sont corrompus. Peut-être que l’alcool est coupé avec de l’eau et que tout ça n’est qu’une vaste arnaque ! Mon menton soubresaute quand mon regard se pose sur mon verre. Non… Non Lars ne t’inquiète pas. Ce n’est pas possible que ce soit ça, tu t’en serais rendu compte, quand même. Tu ne serais pas si bourré si c’était le cas. En bon pochard tu aurais senti que quelque chose de cet acabit déconnait. Alors que t’as jamais senti que quelque chose déconnait dans l’utérus de Varri. Ni même celui d’Eija tu m’diras! Le soulagement qui fait flageller mes jambes m’interpelle à peine par son cynisme. On va potentiellement se faire tirer une balle en travers de la tempe mais, ouais, t’as raison mec, c’est beaucoup mieux de se formaliser simplement sur ce que tu t’es envoyé dans le gosier. N’aide pas ta Blonde à chercher une solution. Ca serait une perte de temps colossale. Je suis à deux doigts de lui proposer de se faire passer pour un porte-manteau. C’est commun dans des chiottes ? Aussi commun qu’y annoncer l’âge d’un môme j’imagine. Dans ma caboche l’idée ne me semble pas surfaite – en levant un peu les bras, sans bouger, dans l’angle de la pièce, entre deux vasques… Qui sait… Je ne suis pas certain que dans la verbalisation le délire ferait très sérieux mais, allez. Qui ne tente rien… Je vais pour m’appuyer contre le mur – pour m’y laisser glisser, manière d’essayer de reprendre mes esprits. Ouvre la bouche – un porte manteau Varri, est-ce que ça te parle ?. Or Varri me coupe. M’empoigne l’avant bras pour me trainer dans des toilettes. L’action est assez virulente pour faire danser le monde devant mes mirettes – le genre de danse qui me donne l’impression de faire un tango avec le Titanic plutôt qu’avec Roxanne. Je commence vraiment à me sentir mal. Mon estomac joue aux montagnes russes quand mon cerveau rêve d’un nouveau verre pour faire passer cet état d’ébriété. Elle m’ordonne de m’asseoir. Je baisse le museau vers l’abattant peu entretenu. – Non, que je crache dans une mine de dégoût. Et tu comptes faire comment pour pas qu’on voit tes pieds ? Te mettre à léviter ? Varri bataille. Varri pince mes poignets. Varri parvient à me faire céder par manque d’idée plus originale que le porte-manteau. Je m’affaisse. Je m’esclaffe. Tord ma nuque vers l’arrière dans une grimace lorsque je la sens se mettre sur moi. La proximité me dérange. Depuis quand ? Je tente de ne pas y penser. Cale mes pieds sur les rebords de la cabine et ferme les yeux quand j’entends la porte s’ouvrir.

Äppel, päppel, pirum, parum
Kråkan satt på tallekvist

La comptine s’impose à moi. Tant et si bien que je finis, en une seconde à peine, à oublier là où je suis. J’oublie Rome. L’Italie. L’Europe. Le Monde. J’oublie jusqu’à ma propre existence ; j’oublie mon corps, mon âme, mon essence. Mon stress. Me contente de me focaliser sur la mer rouge de mon sang et cet espèce de voile translucide et brillant qui y flotte. Qui y stagne. Des nuées de spiritueux qui viennent s’écraser violement contre la charpente de ma chair rognée par une corrosion prévisible. La corrosion de l’ivresse. Ca me pique, un peu. Le genre de piqure qui rappelle lorsqu’on met du sel sur une plaie. Mais ça m’apaise. Bizarrement. Et je calque ma respiration lointaine sur le remous des vagues. M’enivre de l’horizon noir, blanc et rouge. Ecoute le clapotis hémorragique de mon être. Jusqu’à être dérangé par un hoquet vertigineux. Un tremblement de terre dans mon nouvel environnement. Une émission d’air. Varri. Mes paupières clignent quand les pulsations de sa carotide me paraissaient tapageuses. Quand son palpitant déraille carrément ; son pouls pourrait réveiller l’établissement entier. Pourrait réveiller des morts. Tais-toi. Tais-toi tu pourrais réveiller Eija. Elle va me vendre des conseils que j’ai pas envie d’acheter, que je pense sans savoir d’où cette pensée me vient – d’un cauchemar, d’un cauchemar réanimé par un trop plein de bibine. Et si le type qu’ils ont envoyé ici n’est pas humain ? Il va nous trouver. Il va nous trouver à cause de toi. Et même si je trouverais ça un peu marrant de se faire prendre – me demande pas pourquoi – je viens plaquer ma paume à sa bouche pour qu’elle s’arrête. Pour qu’elle s’arrête de respirer. Insiste en venant pincer son nez de mon pouce et mon index. La lapone ne se débat même pas – probablement parce qu’elle sait que j’ai raison de vouloir l’étouffer. Ou peut-être pas Lars, mais est-ce que tu écoutes au moins autre chose que ta comptine ?

Hon sa ett, hon sa tu
Ute ska du vara nu
Ja just du!

Mais l’homme ne nous trouve pas. Il insiste à peine sur la poignée des toilettes. Tente de regarder par-dessous. Râle en claquant la langue sur son palais. Sort ensuite en trainant les pieds. - Äppel, päppel, pirum, parum, que je marmonne. - Äppel, päppel, pirum, parum, que je répète comme si quelque chose clochait là dedans. Pourquoi j’ai ça dans la tronche ?! - Äppel, päppel, pirum, parum, puff. Un frisson me glace jusqu’aux os. J’en sursaute. Manque de tomber. Lève le regard en sentant une présence dérangeante. Penchée au dessus d’une des cloisons des toilettes, Eija et sa décomposition étonnamment inodorante. – Tu vas finir par la tuer, qu’elle me dit dans un rire fluet en balançant un doigt distrait vers Varri. Merde. Je me redresse brutalement. Lâche ma Blonde par la même occasion. J’ai un problème, qu’il faudrait que je l’informe. Je vois des gens qui sont morts. Je l’inspecte un instant. Un instant qui me suffit à remarquer que je suis bel et bien le seul à voir ce que je vois. C’est bon. Je suis barge. – Tu es sûr qu’elle comprendrait ton problème ? que je l’entend me demander sans même la voir. Panique. Je rue dans ma cabine. Tangue de droite et de gauche pour bousculer le corps frêle de Varri. Il faut que je dégage de là. Arrive à ouvrir la porte pour sortir en trombe de ces chiottes. Me fige à deux pas, dans l’emprise de la vision d’Eija, les fesses enfoncées dans une vasque, enroulée dans un linceul déchiré et les jambes à moitié nues battants l’air. – Ca va pas être possible, que je murmure avant de bifurquer vers la seule issue de la pièce. – Je t’en prie Lars, tu ne vas pas te faire prendre pour moi ! Point de départ atteint pour la seconde fois de la soirée. Me revoila le front collé contre ce putain de chambranle et la caboche en berne. Ca me faisait pareil. Ca me faisait pareil quand je me droguais trop. Mais mes hallucinations avaient le mérite d’être beaucoup moins glauques. – Si tu voyais la tronche de Bjurman ! que ça glousse à s’en taper les mains sur les cuisses. Je me doute. – Depuis quand c’est ton genre de femmes, ça ? La silhouette d’Eija apparaît sur ma droite. Le râble collé contre le carrelage clair. Elle y laisse d’ailleurs une trainée marron visqueuse. Et elle a toujours son ver à la commissure des lèvres, que je remarque un peu à contre cœur. – Tu ne les préfère pas plus petites, plus jeunes et plus dégourdies du verbiage tes blondes ?Il va falloir qu’on sorte de là. – Elle est pas dégourdie, mais elle est pas débile à ce point, Captain Obvious. Je me détourne. Fixe Eija – du moins ce point dans le vide. Elle en profite pour s’étirer, la petite Samii. Attarde ses phalanges sur son ventre. – Si tu sors assez vite et assez fort en gueulant un peu, je suis sûre que tu pourrais te faire descendre. Je fronce les sourcils. – Je… – Si tu meurs tu me reviens. – Je crois qu’il y a une porte sur la gauche en sortant. Je me détourne encore pour capter Varri par-dessus mon épaule. – Je ne sais pas où la porte mène mais, avec un peu de chance, l’extérieur ne sera pas très loin. Après tout on est pas dans un putain de palace.

– Mais quand t’ouvres la porte des chiottes, tu te retrouves pile poil dans la pièce principale. Et voilà Eija qui se trémousse derrière Varri. Elle inspecte son profil comme si c’était la première fois qu’elle le voyait. – Mais quand t’ouvres la porte des chiottes tu te retrouves pile poil dans la pièce principale, débité-je comme un automate. Eija touche le bout de son nez. Inspire profondément. – Tu ne trouves pas que ça sent l’alcool ?On est dans un bar, soupiré-je un peu excédé. Me reprend la seconde d’après. – On est dans un bar il doit bien y avoir des issues de secours assez discrètes pour ne pas se faire prendre. Il est hors de question que je reste enfermé là toute une soirée. Avec Varri c’était déjà pas simple, avec mon subconscient c’est encore pire. – LA ! Les ongles poisseux grattent une bouche d’aération. - Viens m’aider à la place de faire le sceptique. Je dodeline du chef. M’avance à pas feutrés pour venir jouer avec les rebords de la bouche d’aération. Ils cèdent assez rapidement. Me laissent en extirper une bouteille de Vodka à moitié entamée. - Je t’avais dit que ça sentait l’alcool. C’est mon odorat de femme enceinte ça ! J’inspecte l’étiquette. Me demande vaguement l’histoire qui l’a amené là. La débouche. En prend une… Deux puis trois grosses gorgées. - Tu veux que ce soit moi ou Varri qui disparaisse ? Les deux. Je me mords la langue pour ne pas le dire à haute voix. – Tu en veux ? que je propose en tendant la bouteille. Me ravisse certainement un peu trop lentement. – Ah beh non, forcément, que je baragouine pour moi-même. Il ne te reste qu’à ronger les barreaux Lars, pour espérer vivre une situation beaucoup moins malaisante. - Un sort.Un sort, peut-être. Tu saurais… Tu saurais faire appel à ta magie pour, je sais pas, ouvrir une putain de porte à travers ce mur ? vociféré-je en pointant le mur du fond avec le cul de la Vodka.




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Alcohol - Lun 9 Avr - 20:49
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PACTE : 04/01/2017


OSSATURE : 37 ans
CONTRAT : Kiffe se soumettre à un certain mâle alpha et a du mal à l'admettre. A le palpitant qui déconne en sa présence. En couple donc, toujours fourrée dans les bras d'Irénée.
BESOGNE : Ancien officier de police. Morte aux yeux du monde dans l'asile dont elle s'est échappée.
FABLE : Elle a des doutes, surtout depuis qu'elle a perdu le bébé difforme qui grandissait en son sein. Celui qui a bien failli la rendre folle
ÉCHINE : Tout porte à croire qu'elle est la chair faible. Une humaine. Et pourtant, ses rêves ont toujours été peuplés de visions indéchiffrables à la symbolique poignante. Maintenant qu'elle est à Rome, elle rêve éveillée - sur le passé des gens. Elle est sorcière mais ignore encore tout de la vraisemblance de cette situation.
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VARRI
ALCOHOL
Tu suffoques, Varri. Sursaut de poitrine quand elle sent l’oxygène lui manquer à travers l’épaisse paluche que le Kvène a plaquée contre sa bouche pour faire taire son souffle court. Et qu’il lui pince le nez pour s’assurer de son silence. Un silence de mort. Faut dire que c’est une opportunité qu’il doit se rêver depuis des lustres - qu’elle la boucle. Dans un manque de considération flagrant, le geste réconfortant tourne au calvaire mais elle reste sidérée, Blondie, transie d’une peur un peu sauvage. Elle se rend compte que dans la tiédeur familière de cette paume, le geste est impersonnel, froid et impitoyable. L’air lui manque encore mais Lars ne relâche pas la pression. Probablement ne se rend-il même pas compte de ce qu’il est en train de lui faire essuyer. Il est ivre. Saoul et distant. T’es où, Lars ? Il est où cet homme qui se perdait dans la contemplation muette de son profil après l’amour, un éclat d’admiration dans les callots, une phrase étonnante suspendue aux lèvres ? Ce n’est pas lui. Ce n’est pas le colosse avachi qui maugréé tandis qu’elle le comprend à peine, la tempe martelée par le battement d’une veine qui lui rappelle qu’elle asphyxie.
Prend un flingue. Ça ira plus vite. Pense-t-elle succinctement dans le délire d’une agitation nerveuse tandis qu’elle sent son esprit divaguer.

Et ça remue vaguement. Sursaute. La repousse dans l’angle de la cabine de toilettes tandis que l’air se fraie un passage jusqu’à ses bronches. Et la poitrine repart dans sa cavalcade effrénée. Elle arrime ses yeux au visage frappé d’un éclair de panique du mâle et le considère avec stupeur. Il se passe quoi, là ? La question a envie de sortir mais se heurte à un nouvel élan d’effervescence. C’est qu’ils étouffent dans cette cabine trop étroite. Varri ne sait pas si c’est elle que Lars fuit ou si c’est autre chose – un peu plus en haut, vers la paroi en contreplaqué qui les surplombe. Il rue, comme un diable qui sauterait hors de sa boîte, manifestement aux prises avec de pénibles réflexions. Il murmure de manière assez inaudible pour faire grogner la blonde et elle le suit du regard, frappée de colère et de torpeur. Qu’est ce que tu fous, Lars ? Les billes de Blondie crachent la question pour elle. Elle se retient aux pans de la cabine et réprime une grimace nauséeuse. C’est que le titan lui tourne le dos, en proie aux ressacs de son ébriété manifeste – le regard se portant dans un effroi tangible en direction du pan de carrelage blanc qui jouxte sa charpente. « Calme-toi, tu me fais tourner la tête. » Articule Varri en s’éclaircissant la voix. Elle a la gorge sèche et les mains moites. Lars énonce l’évidence et a du mal à mettre en route l’encéphale pour réfléchir à une échappatoire. Une main appréhensive posée contre son ventre, la blondine sort de la cabine pour venir s’appuyer contre l’une des vasques, un regard de biais vers le reflet du miroir qui lui renvoie un Lars en pleine réflexion. Elle tente de s’attacher à ce qu’il dit – bien plus qu’à son trouble. Une porte sur la gauche. Mais les chiottes donnent sur la pièce principale – pièce qui est manifestement truffée de types qui ont mauvais genre. Varri juche une main contre son front pour le masser dans la réflexion. Elle balaie quelques mèches de cheveux humides de son front dans la réponse nerveuse à l’agacement témoigné par son interlocuteur. T’aurais du rester au motel Varri, est une certitude qui ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle ferme les yeux, s’appuie contre la céramique et soupire avant de se reprendre. Peut-être qu’ils n’auraient pas du se cacher. Peut-être qu’il aurait suffit qu’ils se fassent griller dans les chiottes et prétexter de s’emballer pour qu’on les pousse gentiment vers la sortie.

Lars s’anime. Se rend à l’autre bout des toilettes pour déloger la grille d’une bouche aération. Sourcils froncés entre exaspération et perplexité, Varri le fixe. T’es quand même au courant que t’y passerais pas même un bras dans cette bouche d’aération, Lars ? A-t-elle envie de lui demander dans l’idée saugrenue qui s’impose à elle de prime abord. Mais il fouille dans l’étroit conduit et en extirpe une bouteille d’alcool qu’il reluque avant de s’en envoyer quelques rasades dans le gosier.

Sérieusement ? Silencieuse, Varri bat des paupières d’un air halluciné pour ne pas laisser gronder la colère que ça suscite en elle. T’as raison, Lars. Biture-toi davantage à ne plus être capable de mettre un pied devant l’autre histoire de flinguer toutes nos chances d’en sortir. Elle le déteste. Le déteste d’être aussi con. Alors elle serre le poing pour museler l’envie féroce qu’elle a de lui retourner une gifle pour faire opposition à l’effet que l’alcool a sur lui. Se contient dans un soupir entre ses lèvres pincées. Laisse tomber. Je vais nous faire sortir de là. C’est qu’elle prend sur elle, Blondie, pour ne pas laisser le chaos prendre le dessus. Et que c’est dur, putain, quand les hormones te flanquent la sensation d’être en plein grand huit émotionnel. Il pousse l’affront jusqu’à lui proposer d’en boire une lampée. Silence gênant. – Ah beh non, forcément. Qu’il se reprend, plus pour lui que pour elle. « Ah beh non forcément. » Répète-t-elle avec une certaine noirceur dans le regard. Ca ne va pas. Qu’elle se dit. Plus rien ne va. Est-ce qu’elle veut vraiment de ça ? D’un père ivrogne qui reste seulement par… Obligation ? Quelle obligation d’ailleurs ? Il n’est pas là. Il n’est plus là. Il ne la regarde plus.
C’est qu’elle le pousse au suicide.
Qui voudrait ça ?

Elle s’englue dans la tristesse de ses réflexions et ça lui semble interminable, comme si la réalité s’était mise sur pause le temps que sa lucidité ne vienne lui rappeler son existence. Mais Lars parle à nouveau et la blondine se fait violence pour replacer ses syllabes. C’est qu’elle ne s’attendait pas à ce qu’il la sollicite dans cette évidence même que lui a de vouloir la fuir, alors quand il l’interroge avec impatience sur un potentiel sort pour les faire sortir d’ici, Varri serre les dents. « Arrête de boire. » Lui lâche-t-elle. « L’alcool ne te sauvera pas. Ni de moi, ni d’eux. » Elle désigne la porte des toilettes du pouce et largue une grimace teintée de dépit. Mais à quoi bon… Elle chasse le sujet houleux d’un geste de main avant de joindre ses phalanges sur ses tempes. « Tu sais que je ne maîtrise pas grand-chose. Même si j’ai quelques formules… » On ne sait pas. On ne sait pas ce que ça peut donner. Mais non, il n’en sait rien. Il s’en contrefout probablement d’ailleurs. Et ils n’ont pas vraiment le choix de toute manière. Face à l’irritation communicative, elle s’avance et le bouscule un peu pour faire face au pan de mur qui pourrait abriter leur porte de sortie. Le regard oscille des carreaux aux barreaux et dans un ressac tempétueux, Varri ferme les yeux pour sentir la magie crépiter en elle. C’est assez grisant comme sensation. Elle l’avait un peu contenue par peur de l’effet qu’elle puisse avoir sur le bébé – tout en sachant que c’est peut-être ça aussi qui l’a foutu en l’air dans le passé. Mais faut bien tenter quelque chose. De désespoir, c’est que ça la connaît.

Une porte à travers un mur, t’en as de bonnes. Elle visualise la chose, Varri. Crache une formule de transposition dans le plus grand des hasards en sentant sa magie la faire vaciller comme le ferait une bourrasque de vent sur sa charpente. C’est comme un shoot d’adrénaline, ça la retourne. Blondie s’affaisse contre le meuble vasque, les yeux un peu dans le vague, incapable de comprendre ce qui vient réellement de se passer. La nuque ploie vers les néons qui crachent leur lumière blafarde du plafond. Elle se brûle les rétines l’espace de quelques secondes puis renverse le museau en direction du mur.

Pas de porte.

- Pas de porte. Que ça répète dans le silence des chiottes. C’est une voix de femme qui ricoche et s’amplifie entre les murs froids. De quoi faire manquer un battement de cœur à Varri qui fait volte-face pour regarder derrière eux. La paluche tente instinctivement d’empoigner le premier objet qui passe à portée de main pour se défendre de la personne qui vient tout juste de se manifester. La blondine choppe le distributeur de savon qu’elle balance derechef vers la silhouette dépenaillée qui se tient là, habitée par l’horreur macabre de la putréfaction. L’objet passe à travers mais l’image demeure. C’est un corps pâle grignoté par endroit, exsudant quelques viscosités héritées d’une décomposition lente. Un minois aux yeux vitreux et aux joues anguleuses entamées par le temps – des cheveux blonds intacts, vestiges d’une beauté lointaine ravie par la mort. Les lèvres sont encore pleines, charnues. Et elles grimacent, un ver gigotant à leurs commissures. Ça ressemble à un sourire. Sinistre sourire.

« Par les esprits de Saivo. » Murmure Varri en langue same – horrifiée de reconnaître ce visage malgré la morsure laissée par la décomposition. « Eija. Eija Blix. Elle la reconnaît, la petite Blix – pour l’avoir vu flanquée de ses frères dans la réserve Same, pour l’avoir entrevue à de rares occasions dans la tête de Lars. Celle qu’il a aimée. Celle qu’il a tuée. - Ce n’était pas la bonne porte à ouvrir. Ajoute la voix de femme en dodelinant de la tête, provocatrice. - Mais il faut avouer que c’est plutôt cocasse. Elle remplit le silence de son rire fluet, tourne la tête en direction de Lars pour capter ses prunelles. - Ton passé et ton présent. Tellement de similitudes. Varri sent une pointe d’angoisse lui vriller les entrailles. Son premier réflexe est de se pincer l’avant bras, pensant juste que la formule joue des tours à sa caboche. Puis, voyant que la créature famélique est toujours là, la blondine se tourne vers la vasque pour ouvrir le robinet d’eau froide afin de se mouiller le visage. Brève inspiration. Confrontation de la pâle incarnation de la same toujours présente dans son dos puis un frémissement un peu plus loin. Lars. La même expression vissée sur son visage que tout à l’heure, lorsqu’il était dans la cabine avec elle. « Tu la vois aussi ? » Demande la blondine avec inquiétude. Pas besoin qu’il réponde. « Tu la vois aussi. » Varri se déplace de biais pour rejoindre lentement Lars, un œil toujours porté sur la défunte – déplie son bras pour s’emparer de la bouteille de vodka qu’il tient toujours à la main. Ça ne la tuera pas. Ça ne le tuera pas. C’est qu’elle a besoin d’un remontant, là, tout de suite. Mais la poigne masculine résiste. C'est qu'il ne veut pas lâcher son trésor, le dragon. A savoir si c'est parce qu'il croit que Blondie va vider la bouteille dans la vasque ou si il a vraiment capté qu'elle voulait s'en envoyer une gorgée. Varri abdique. Pivote lentement vers le cadavre ambulant. « Qu’est ce que tu fais là, Eija ? » Demande Varri en langue same, ses yeux rivés aux siens. Qu’est ce que t’as foutu, Varri ? Exhumer un cadavre des souvenirs de son tueur, c’est peut-être un peu trop glauque. - ça, c’est à lui qu’il faut que tu le demandes… Glisse-t-elle dans un sourire carnassier.          

   
Dialogues:
 
CODAGE PAR AMIANTE

☾ ☾ ☾ ☾ ☾
J'AI TOUT AIME DE TOI.

Y a que comme ça qu’on peut rêver de caresses au réveil. De torrents dans nos veines. D’une épaule pour pleurer sans honte. Et d’une oreille pour tout dire. Tout dire toujours quoiqu’il arrive.

(c)lazare.
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